Avianus L'enfant De Pompei by stephanefortin12 at Inkitt
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Avianus L'enfant De POMPEI

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Summary

Le Pitch : Pompéi, août 79 apr. J.-C. Avianus, 14 ans, est le petit-fils du grand architecte Marcus Fabius, l'homme qui a tracé et façonné la cité. Autrefois aristocrate patricien, Avianus a vu sa famille ruinée et son père mourir de honte. Pour survivre, il a dû devenir apprenti chez un forgeron, échangeant la soie contre la suie.

Status
Complete
Chapters
10
Rating
5.0 1 review
Age Rating
13+

L’Aube d'une Semaine Funeste

​Note de l’auteur​:

L’histoire que vous venez de lire puise ses racines dans la réalité troublante et fascinante de l’histoire antique. Si l’éruption cataclysmique du Vésuve en l’an 79 est un fait historique documenté avec précision par des témoins de l’époque comme Pline le Jeune, le destin d’Avianus, quant à lui, s’ancre dans la véritable étoffe du passé.​Ce jeune adolescent a réellement existé. Les recherches et les témoignages historiques nous indiquent qu’il a effectivement traversé cet enfer de feu, de cendres et de pierres ponces, et qu’il a miraculeusement survécu à la destruction de Pompéi.​Cependant, afin de redonner vie à ce témoin du passé et de combler les silences de l’Histoire, j’ai choisi de tisser autour de son parcours des éléments de fiction.

La chute sociale de sa famille patricienne, son apprentissage à la forge aux côtés de Marcus, ainsi que le rôle de son grand-père dans l’architecture et le tracé des rues de la cité sont des constructions romanesques imaginées pour mieux faire ressentir le choc de cette tragédie.​À travers ce roman, j’ai souhaité rendre hommage non seulement à la résilience extraordinaire d’Avianus, mais aussi à tous ces anonymes dont les pas résonnent encore aujourd’hui sur les dalles de pierre de Pompéi.​

Stephan Fortin


La lumière du matin glissait sur les pentes du Vésuve avec la douceur d’une caresse.

Ce 18 août de l’an 79, le ciel au-dessus de la baie de Naples arborait une teinte d’un bleu si limpide qu’il en paraissait presque irréel. La montagne se dressait, colosse paisible, drapée dans son manteau de vignobles luxuriants, d’oliviers aux feuilles d’argent et de châtaigneraies ombragées. Pour les habitants de Pompéi, le géant n’était qu’un voisin bienveillant, une terre bénie par les dieux où le vin coulait à flots et où la terre offrait ses récoltes les plus généreuses.

Mais à l’aube, alors que les premiers rayons du soleil doraient les toits de tuiles rouges de la cité, Avianus ne regardait pas la montagne. Ses yeux étaient rivés sur ses propres pieds.

Il marchait d’un pas rapide le long de la Via Consularis, le martèlement de ses sandales usées résonnant contre les larges dalles de tuf sombre. Sous la poussière du chemin, chaque pierre taillée racontait une histoire qu’il connaissait par cœur. C’était son grand-père, le grand architecte et édile Marcus Fabius, qui avait dessiné ce tracé des décennies plus tôt. C’était lui qui avait imaginé ces trottoirs surélevés, ces pierres de traversée permettant aux piétons de franchir la chaussée sans se souiller les pieds lors des grandes pluies, et ce réseau de fontaines publiques où l’eau fraîche, acheminée par l’aqueduc, jaillissait sans fin de la gueule des monstres marins sculptés dans la pierre.

Autrefois, marcher dans cette rue était pour un Fabius une marche triomphale. Les esclaves s’écartaient, les marchands s’inclinaient, et les autres patriciens saluaient le cortège de la famille.

Aujourd’hui, Avianus baissait la tête.

À quatorze ans, le garçon ne portait ni la toge prétexte bordée de pourpre des fils de bonne famille, ni les anneaux d’or qui marquaient l’appartenance à l’élite campanienne. Ses épaules fines mais déjà musclées étaient recouvertes d’une tunique de lin brut, rapiécée aux coudes et tannée par la suie. Ses mains, qui auraient dû apprendre à tenir le calame ou à feuilleter les papyrus de rhétorique, étaient couvertes de petites cicatrices brunes — les empreintes indélébiles laissées par les étincelles du fer en fusion.

Il dépassa la majestueuse Domus qui avait appartenu à son sang. La porte monumentale en bois de cèdre, autrefois ornée de poignées en bronze étincelantes, arborait désormais la marque des nouveaux propriétaires : un riche affranchi ayant fait fortune dans le commerce du garum, qui s’était empressé de faire marteler les armoiries des Fabius au-dessus du linteau.

Avianus serra les poings, ses ongles s’enfonçant dans sa paume calleuse.

La chute avait été brutale. Une suite de décisions maritimes désastreuses, des navires de mer engloutis au large de la Sicile avec leurs cargaisons d’huile et d’épices, suivies de procès sanglants intentés par des créanciers impitoyables. Son père, homme trop vertueux pour les intrigues politiques de la cité, avait vu le patrimoine familial fondre comme la cire au soleil. Puis était venue la saisie. La liquidation pièce par pièce du mobilier, des statues de marbre grec, des esclaves, et enfin de la demeure ancêtre.

Le cœur brisé par la honte et l’humiliation, son père s’était éteint un soir d’hiver, laissant sa femme, son fils et sa jeune fille dans une misère noire.

Pour ne pas mourir de faim dans les ruelles, Avianus avait dû faire le choix que peu de nobles auraient eu le courage de faire. Il avait ravalé son orgueil. Il était allé frapper à la porte de la forge de Marcus, l’artisan le plus bourru mais le plus respecté du quartier de la Porte Herculanum.

— Tu es en retard, le garçon ! gronda une voix de roc dès qu’Avianus franchit le seuil de l’atelier.

La forge étouffait déjà sous une chaleur lourde. Au centre de la pièce, le foyer de briques crachait des lueurs orangées qui dansaient sur les murs sombres, incrustés de suie. Marcus le forgeron, un homme trapu d’une cinquantaine d’années aux bras épais comme des troncs de chêne, tenait une longue pince en fer dans sa main droite.

— Le soleil vient à peine de franchir les remparts, maître, répondit Avianus en attrapant son tablier de cuir rapiécé suspendu à un clou.

— Le fer n’attend pas le soleil, retorta Marcus en plongeant une barre rougie à blanc dans le bac d’eau froide.

Un sifflement strident s’éleva, enveloppant la pièce d’un nuage de vapeur brûlante qui sentait le soufre et le métal mouillé.

— Aujourd’hui, nous devons livrer trente gonds de porte renforcés pour la villa du duumvir, et cinq socs de charrue pour les domaines du vallon, continua l’artisan en désignant le soufflet de cuir. Actionne-moi ça. Et mets-y du cœur, tu as l’air aussi mou qu’un patricien après un banquet.

Avianus ne répliqua pas. Il saisit la grande poignée de bois du soufflet et commença à pomper dans un mouvement fluide et régulier. L’air insufflé réveilla le cœur du foyer ; les charbons de bois crépitèrent, passant du rouge sombre au jaune étincelant.

Pendant des heures, le rythme de la forge devint le seul univers d’Avianus.

Clang. Clang. Clang.

Le marteau de Marcus s’abattait sur l’enclume avec une précision chirurgicale, façonnant la matière brute, éliminant les scories, tordant le métal selon sa volonté. Quand venait son tour de frapper, Avianus y mettait toute la rage qu’il gardait enfouie dans sa poitrine. Chaque coup porté sur le fer brûlant était une frappe contre la ruine de sa famille, contre les marchands qui se moquaient de son nom, contre le destin qui l’avait arraché à son destin de citoyen pour le plonger dans la poussière.

— Mieux, gronda Marcus en observant le travail du garçon alors que le soleil atteignait son zénith. La forme est nette. Tu as le geste précis, Avianus. C’est le sang de ton grand-père qui parle... il savait comment assembler les choses pour qu’elles durent.

Le compliment était rare chez le forgeron. Avianus essuya la sueur qui lui brûlait les yeux d’un revers de manche maculé de noir.

— Mon grand-père bâtissait avec le marbre et le tuf, maître. Moi je ne fais que tordre du fer.

— Le marbre se brise sous le coup des hommes ou du temps, garçon, répliqua Marcus en posant son marteau. Le fer, lui, plie mais conserve la marque de celui qui l’a forgé. C’est le fer qui tient les portes des temples, c’est le fer qui attache les charpentes, c’est le fer qui nourrit le peuple en creusant la terre. Ne méprise jamais l’enclume.

Vers la huitième heure de la journée, Marcus envoya Avianus livrer une commande de clous de charpente renforcés près du Forum.

Le garçon chargea le lourd sac de toile sur son épaule et ressortit dans les rues baignées de lumière. La chaleur de l’après-midi était étouffante, presque anormale pour un milieu d’août. L’air semblait lourd, immobile, saturé d’une odeur étrange, un mélange d’eau stagnante et d’œuf pourri qui s’échappait parfois des bouches d’égout.

Sur la grande place du Forum, la vie battait son plein avec son insouciance habituelle.

Des marchands d’esclaves haranguaient la foule du haut de leurs estrades de bois ; des avocats en toge blanche discutaient vivement sur les marches de la Basilique ; des femmes vêtues de stolas colorées choisissaient des étoffes sous les portiques de l’édifice d’Eumachia. Au loin, dominant les colonnades, la silhouette du Vésuve se découpait avec une netteté parfaite sur le ciel bleu.

Avianus s’arrêta un instant près de la fontaine centrale pour se rafraîchir. Il plongea ses mains calleuses dans l’eau claire et s’en aspergea le visage.

C’est alors qu’il le sentit.

Ce ne fut pas un bruit, mais un frisson. Une vibration très légère, presque imperceptible, qui remonta le long des dalles de pierre, traversa la semelle de ses sandales et fit tinter doucement les pièces de monnaie dans la bourse d’un marchand voisin.

Dans la fontaine, la surface de l’eau, d’ordinaire si calme, se ridât en une série de cercles parfaits.

Avianus se redressa d’un bond, le cœur battant. Il leva les yeux vers les citoyens qui l’entouraient. Personne ne semblait avoir remarqué. Les conversations continuaient, les rires fusaient, les transactions financières se concluaient dans le bruit des sesterces.

— Encore une secousse... murmura-t-il pour lui-même.

Depuis le grand tremblement de terre de l’an 62 — celui qui avait détruit la moitié de la ville alors qu’il n’était qu’un enfant —, Pompéi s’était habituée à ce que la terre bouge de temps en temps. Les habitants mettaient cela sur le compte de la colère passagère de Neptune ou de Vulcain, rapiéçaient les fissures sur les fresques de leurs atriums et reprenaient leur cours quotidien.

Mais Avianus, en tant que petit-fils de l’architecte, avait parcouru les notes de son grand-père. Il savait que Pompéi repose sur une assise de tuf volcanique ancien. Il savait que sous la douceur des vignobles du Vésuve se cachaient des veines de roche fracturée où circulaient des gaz brûlants.

Il leva le regard vers la cime de la montagne.

Pendant une fraction de seconde, il lui sembla voir un fin filet de vapeur grise s’échapper du sommet et se fondre dans l’azur du ciel. Il frotta ses yeux brûlés par la suie de la forge. Quand il rouvrit les paupières, le sommet était de nouveau paisible, immobile, silencieux.

Un illusion de la chaleur, se dit-il.

Avianus ajusta le sac de clous sur son épaule et reprit sa marche à travers le Forum. Il ignorait que le compte à rebours venait de commencer, et que dans exactement sept jours, la pierre, le fer et la mémoire des hommes seraient balayés par le réveil du géant.

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