From Hearts To Spades Tome 1 by Lucie Teller at Inkitt
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From Hearts To Spades - Tome 1

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Summary

La liste. C'est à cause de cette foutue liste que Vladimir Sokolov est mort. Et que Nika a dû laisser sa vie derrière elle, à Moscou. Elle pensait bien faire. Elle pensait pouvoir les sauver, elle et son père. Mais c'était une erreur. Un aller simple vers Los Angeles, c'est la solution. La seule qu'elle ait, à vrai dire. Sur les conseils de Vassili, son ami d'enfance, elle se fond dans la masse à presque dix-milles kilomètres de chez elle. Alors même qu'elle atterrit à Los Angeles, elle fait une rencontre qui bouleversera son avenir mais aussi ce qu'elle croyait savoir de son passé. Nikolaï Pavlovkov, sous ses airs de bon-samaritain, est peut-être la plus dangereuse personne qu'elle n'ait jamais connue. Il est séduisant, maniaque sur les bords et un stratège hors-norme, prêt à tout pour obtenir ce qu'il pense lui revenir de droit. Lorsqu'il lui propose son aide, elle voit ça comme une opportunité de commencer une nouvelle vie, loin des dangers de Moscou. Mais entre Nikolaï et elle, rien ne sera jamais aussi simple que ça. Il la repousse autant qu'il l'attire, et Nika commence à comprendre que le danger ne vient pas toujours de là où on l'attend.

Status
Ongoing
Chapters
11
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapitre 1.1

NIKA

10 Janvier.

Si on m’avait dit la semaine dernière que je me retrouverais à dix mille mètres d’altitude à l’autre bout du monde, j’aurais émis quelques doutes sur le sens de l’humour particulièrement mauvais du Tout Puissant au-dessus de ma tête. Mais en l’occurrence, je n’étais pas dans ses petits papiers ces derniers temps.

J’ai toujours entendu dire qu’il est impossible d’échapper à la Mafia. Que peu importe l’endroit où l’on se cache… Notre passé finira par nous rattraper. Et le seul moyen d’en sortir, c’est les deux pieds devant. Mais, malgré tout, traverser un océan m’avait paru être la meilleure option, si je voulais survivre. Parce qu’il était hors de question de me résigner à payer mes erreurs par le sang. Et puis, on ne m’avait pas vraiment laissé le choix de toute façon.

Les yeux rivés sur le hublot, je n’avais aucune idée de ce qui m’attendait sur la terre ferme. L’horizon nocturne semblait ne jamais vouloir s’éteindre. À l’instar de mes angoisses. Je n’avais qu’une envie : Disparaître au fond de l’océan. J’en étais presque venue à la conclusion que si l’avion s’écrasait, ce ne serait pas pire. Au moins, ma mort serait rapide.

Mon cœur battait trop vite. Trop fort. Pas à cause des turbulences. Mais à cause de Moscou.

Je repensais à ma vie là-bas. À ma Niania, celle qui connaissait tout de moi depuis l’enfance et qui m’avait presque élevée comme sa propre fille. Aux matins silencieux dans la cuisine, aux robes pliées sans qu’on me le demande, aux petits gestes du quotidien que je ne reverrai plus jamais. Je me demandai si elle avait compris, en trouvant la chambre vide ce matin, que je ne reviendrais pas. Et surtout, en apportant quelque chose avec moi sans lui demander la permission.

Je consultai mon téléphone plus par réflexe que par nécessité. Aucun réseau. Aucun message. J’avais changé de numéro avant de monter dans l’avion. Coupé les ponts. Effacé mon existence comme on formate un disque dur. Et pourtant, j’avais l’impression d’être traquée.

Mes yeux parcouraient les visages autour de moi. Un homme trop immobile. Une femme qui chuchotait. Un regard qui insistait une seconde de trop. Le danger pouvait se dissimuler partout. Mon père me l’avait appris très tôt. Bien avant même que je ne prenne conscience qu’il était lui-même, le danger.

Mes paupières me démangeaient, me rappelant combien je luttais pour ne pas sombrer dans le sommeil depuis plus de soixante-douze heures. Mais l’épuisement finit par me rattraper, conséquences de cicatrices internes encore mal refermées. Je bâillai une nouvelle fois et sentis mes paupières s’alourdir. Mon corps était trop faible pour continuer à se battre contre lui-même.

C’était le jour où j’étais censée repartir à zéro. Les poches vides, une identité que je devrais porter comme une seconde peau. Les affres du doutes se mirent à me ronger. Je serrai instinctivement la croix à mon cou, les yeux serrés.

Le bruit ambiant s’évanouit doucement autour de moi et le bourdonnement des moteurs diminua jusqu’à complètement disparaître. Ce n’était pas normal. Je le savais parce que j’avais vu trop de films catastrophes avec Vassili pour savoir qu’ils finissaient tous de la même façon sordide. Je sentis ma gorge se nouer, mon corps s’engourdir.

Lorsque je rouvris les yeux, mon cœur s’emballa et la panique irradia de mes orteils jusqu’au sommet de mon crâne. Mes pupilles dilatées passèrent de ma main gauche à la droite. Je tentai de les bouger, mais ils étaient noués aux accoudoirs avec précision.

Une silhouette encapuchonnée se tenait à côté de moi, immobile. Je serrai les poings, le souffle court. J’essayai de percevoir qui se trouvait sous la capuche, en vain. Son bras chercha une seconde derrière lui, avant de revenir vers moi avec la lenteur de quelqu’un qui a tout son temps.

Je déglutis difficilement en sentant le canon de son arme se coller à ma tempe. Mes yeux cherchaient de l’aide autour de moi, mais les passagers s’étaient volatilisés en un claquement de doigts. L’avion était vide. J’étais seule. Mon corps ne réagissait plus. J’étais tétanisée. On venait manifestement d’atterrir. Comment diable, m’étais-je retrouvée attachée sans m’en rendre compte ? Avais-je été droguée ? Avais-je reçu un coup derrière la tête ?

La silhouette se pencha vers moi et je vis ses yeux vairons. Un œil bleu. Et l’autre vert. C’était lui. Celui qui avait tiré. Celui qui m’avait tout enlevé. Dmitri Zormov.

— Je t’avais dit que je te rattraperais, gamine.

Désemparée, je tentai de hurler, mais même mes cordes vocales refusaient d’obéir. Sentant la pression du canon sur ma peau frigorifiée, je fermai les yeux dans l’attente douloureuse de la détonation. Des fragments de ma vie défilèrent sous mes paupières, comme un film mal monté. Le corps de papa affaissé derrière son bureau et la tache sombre qui s’étendait lentement de son corps jusqu’à mes pieds ; le mur couvert des photos de ma défunte mère que j’allais bientôt rejoindre. La liste. Cette foutue liste qui avait détruit ma vie. Et Vassili qui me tirait violemment en arrière, hurlant qu’il fallait courir. Plus vite. Toujours plus vite.

Clic… Clic…

— Madame ?

Je fis un bond sur mon siège, les yeux exorbités. Putain, je suis vivante. Je portai la main à ma gorge, le souffle erratique. Mes yeux passèrent une seconde sur mes poignets libérés de toute emprise. Puis je relevai la tête, fouillant l’avion des yeux. Tous les regards étaient rivés sur moi sans vergogne, comme si j’étais cinglée. Et peut-être bien que j’étais en train de le devenir.

— Vous allez bien ?

La silhouette s’était évaporée. L’avion était à nouveau bondé. Je ne parvins pas à reprendre mes esprits immédiatement et l’hôtesse de l’air sembla déstabilisée. Je me redressai sur mon siège et inspirai un grand coup.

Je me raclai la gorge et esquivai les regards tandis que l’hôtesse se penchait vers moi.

— Vous avez fait un cauchemar... Nous allons atterrir dans une vingtaine de minutes.

Incapable de prononcer un mot, j’acquiesçai d’un bref signe de tête. J’aurais voulu me muer en vermisseau et disparaître sous un siège. J’avais l’impression de perdre pied. Mes doigts tremblants glissèrent dans mon sac, cherchant désespérément ma boîte d’alprazolam. Mais je ne la trouvai pas.

Au lieu de ça, mes mains tombèrent sur une photo froissée que je sortis, avant de la contempler un instant. Papa détestait être photographié. Mais ce jour-là, il avait cédé. Sur ce seul cliché que j’avais de lui, il souriait, sa main posée fermement dans mon dos. Et moi, à côté de lui. Mes cheveux bruns tombant en boucles sur mes épaules, le teint encore hâlé par l’été que nous venions de passer à Sébastopol. Mes yeux en amande qui pétillaient et mes lèvres charnues que tout le monde disait tenir de ma mère. Je me reconnaissais à peine. Cette fille-là vivait encore dans un monde intact. Je portai la photo à mes lèvres, au bord des larmes.

— Je te demande pardon, papa.

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