Les Ailes De Memoria by Lucie_Ardalune at Inkitt
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Les Ailes de Memoria

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Summary

À Memoria, les souvenirs valent de l'or. Certains valent même une vie. Alison est une Récolteuse. Les souvenirs des autres l'entourent, elle les échanges contre quelques pièces de salaire. Elle se plie aux règles, et au dirigeant tyrannique qui dirige d'une main de fer. Les papillons bleus des travailleurs sont partout. Même au fond des esprits les plus résistants. Mais lorsque des souvenirs dangereux refond surface, que les intentions se dévoilent, que les langues se délient et que les secrets empoissonnent les récoltes, les ailes commencent à se tacher de sang. La rébellion se paie par l'oubli. Mais peut-on faire taire ceux qui se rappellent ?

Status
Ongoing
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
18+

Prologue

⚠️Trigger Warning : Ce chapitre contient des scènes susceptibles de heurter la sensibilité de certains lecteurs. Afin de ne pas dévoiler son contenu, la liste des avertissements sera placée à la fin du chapitre. Vous pouvez aller les consulter avant de commencer votre lecture si vous en ressentez le besoin.

À celles et ceux qui choisiront de poursuivre cette aventure avec moi, je vous souhaite une bonne lecture… Et un bien bon courage pour suivre mes pauvres petits personnages !




Dix ans, et déjà les doigts tachetés de sang. Alison entendit l’inquiétude dans la voix de son père, quand il lui demanda où était sa soeur. Alors elle monta les escaliers et son coeur lui sauta dans la gorge. La chambre. Fenêtre ouverte, un morceau de robe arraché pendait encore dans le vide.

Ses petits pieds traînants approchèrent le garde corps, ses mains tremblantes s’y accrochèrent comme au gouvernail d’un bateau en pleine tempête ; la sensation de couler, de lutter contre les vents, les flots, le mal de mer...

La nausée gagna du terrain, la boule d’acide de son estomac remonta son oesophage dans une désagréable brûlure, puis le vomi surgit de ses lèvres. Lesplashfrôla le cadavre tordu, sanguinolent, de son aînée, une dizaine de mètres plus bas. Des confettis de nourriture encore mal digérée lui sautèrent dessus. Elle s’en fichait sûrement, elle était morte.

Morte, morte, morte !

Une fois les marches dévalées, ses pieds nus sur le bitume pataugèrent dans l’hémoglobine.

Alison ne sentit pas la main de son père sur son épaule, n’entendit pas les chevaux qui traînaient les carrioles de secours, pas plus que les voix d’hommes en uniformes. La radio grésillait, encore, et encore, comme une bourdonnement dans ses oreilles même quand elle se fut tut pour le reste des témoins.

Dix ans. Petite comme si elle en avait deux de moins, frêle, fragile, et déjà les mains poisseuses de sang. Celui d’Aspen. Celui de sa soeur. Sa meilleure amie, sa confidente.

Le gouffre du temps n’avait jamais rien séparé dans les affres de l’amour. Alison, naïve, était certaine que, même maintenant, rien, jamais, n’effacerait ce qu’elle ressentait en son for intérieur.

On la fit reculer, elle tomba sur les fesses, retenue par la main rigide d’Aspen, alors qu’elle était celle qui la maintenait avec la force du désespoir.

Quelque chose crissa dans sa paume, mais à part le sang bruni qui séchait trop vite elle n’en sentit rien. Les bras musclés de son père l’attirèrent contre lui. Tout homme soldat qu’il était, gardant carrosses et robots des nobliaux le jour, à l’énergie inconnue et mystique, il laissait échapper tout son chagrin dans les cheveux blonds de sa petite fille. Son dernier enfant.

Femme morte en couches, deux enfants à élever, désormais une suicidée. Jamais, jamais Alison n’avait vu dans ses yeux pareille malédiction. Autant d’effroi. Autant de douleur. Même elle, du haut de ses dix ans, ne devait en avoir plus à offrir, si un miroir, trop cher pour sa famille, lui était présenté.

Sa main frôla le visage brûlant de chagrin de son père dont les extincteurs n’étaient que des larmes salées qui sillonnaient ses pommettes saillantes de rivières troubles et agitées. Une griffure légère apparut sous les flots salins, qui fit porter ses doigts à son visage au paternel.

Alison déplia ses fines phalanges, révélant dans sa paume à la carapace de sang craquelé, un morceau de papier, qu’elle n’avait même pas sentit se glisser. Il y était recueilli comme un oiseau tombé du nid.

La petite fille blonde, ses cheveux déjà lisses collés sur ses traits encore poupins par la sueur, plongea ses prunelles azures dans celles de son père, qui détourna le regard sur la feuille. Il s’y plongeait, ses pupilles se dilataient comme si l’encre éclairait, tout au fond de lui, une partie qu’il dissimulait.

— Qui pourrait oublier Aspen ?

Il ne fallait ni être grand, ni bien malin pour comprendre qu’il ne posait la question qu’à son coeur de parent agonisant de chagrin. Il ne fallait pas être une orpheline de soeur, pour retenir un sanglot, rarement entrecoupé de syllabes intelligibles. Réponse douloureuse, réception désastreuse.

— Moi, papa, je te promets de ne jamais l’oublier.

Un grincement lui fit relever ses yeux. Ils se plissèrent sous les éclats lumineux que le métal du Ramasseur émettait sous le halo de la lune. Le corps d’Aspen disparut sans adieu, sansje t’aime, sous une nuit sans nuage, car les coeurs détruits les aspiraient mieux que des trous noirs.

Le ciel, quand elle l’observa, semblait se moquer d’eux. Quelques étoiles, des ombres sur l’astre rond, plein, donnaient l’impression à la petite fille que tout le monde riait, tournait, continuait de faire danser le destin.

— Nous vous contacterons quand le corps aura été nettoyé, pour sa restitution.

La voix râpeuse du Ramasseur, grave, basse, vibra jusque sous les os du crâne d’Alison. Ils avaient toujours sonné comme une promesse, mais il ne fallut pas un mois sans nouvelles, puis le jour fatidique annonçant la conservation du corps sur ordre gouvernemental, pour que la petite fille apprenne combien les promesses n’avaient aucune valeur.

— Et moi, papa, lorsque tu ne seras plus là... A qui je pourrais demander de se souvenir ?

— Le jour où tu mourras, les souvenirs n’auront plus d’importance, car je sais que tu auras fait de grandes choses, ma fille.

Alison essuya son nez plein de morve sur la manche de sa chemise de nuit grisâtre, et laissa le bout de celui-ci teinté d’un peu de rouge sang dilué dans son mucus. Elle ne se préoccupa pas de l’aspect grossier et dégoûtant de son apparence.

— Je ferai de mon mieux, papa. Je te le promets.

Les mots doux qu’ils échangèrent et les heures de chagrin qu’ils s’offraient à tour de rôle n’avait pas de prix face à la réalité.

Les promesses coûtaient moins cher que les souvenirs, et n’intéressaient personne. Leur valeur chutait à mesure que l’on apprenait que personne n’y croyait.

Alison se souviendrait, sans doute au-delà de son père, mais pour combien de temps encore ?




⚠️TW : vomi ; sang ; suicide ; mort

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Strong Dialog

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