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L'obsession

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Summary

Elle pensait pouvoir recommencer à zéro. Oublier, avancer et ne plus jamais dépendre de quelqu’un, mais il est arrivé. Soren. Froid, implacable, inaccessible. Il ne lui promet rien, il ne lui demande rien. Il la regarde simplement comme s’il savait déjà comment elle allait céder. Lina aurait dû fuir. Elle aurait dû se protéger, mais certaines présences ne se choisissent pas, elles s’imposent. Plus elle tente de garder le contrôle, plus elle comprend une vérité dangereuse : ce n’est pas lui qui la retient mais c’est elle qui revient toujours même quand elle sait qu’elle devrait partir. L’obsession commence là où la raison abandonne.

Status
Ongoing
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
16+

Le contrat

Je me suis longtemps dit que changer de vie serait simple. Qu’il suffirait de partir, de tourner une page, et de ne plus jamais revenir en arrière. Mais la vérité, c’est que rien ne disparaît vraiment, on apprend juste à vivre avec ce qu’on ne veut plus voir. Aujourd’hui, je commence un nouveau travail, ce qui est pour moi un vrai nouveau départ. Un contrat signé il y a deux semaines, après des jours à hésiter, à relire les conditions, à me demander si je faisais une erreur. Mais j’ai fini par signer quand même parce que je n’avais plus envie de rester là où j’étais et surtout plus envie de me sentir coincée.

Je suis assistante administrative dans une entreprise privée. Un poste simple en apparence : gérer des dossiers, organiser des réunions, filtrer des demandes, faire des plannings. Rien de compliqué, ni dangereux. C’est exactement pour ça que j’ai accepté. Avant ça, ma vie était devenue instable. Pas dans le sens spectaculaire mais dans le sens silencieux. Des relations qui s’effritent sans bruit, des messages sans réponse, des présences qui disparaissent sans explication et moi, au milieu, à essayer de comprendre à quel moment je deviens “trop” ou “pas assez”. Je crois que le pire, ce n’est pas d’être quittée mais de ne pas comprendre pourquoi. Alors j’ai décidé de recommencer ailleurs, dans un endroit où personne ne me connaît, où personne ne sait qui j’étais avant et où je peux être juste Lina. Pas celle qui attend, pas celle qui s’accroche, pas celle qui reste quand il ne faut pas rester. Juste Lina.

Le bâtiment de l’entreprise apparaît au bout de la rue, grand et moderne. Trop parfait pour être rassurant. Du verre, du métal, des lignes nettes. Tout ici respire l’ordre, le contrôle et l’efficacité.

Je m’arrête une seconde devant l’entrée. J’inspire. Je répète mentalement la même phrase depuis ce matin : Repartir proprement, sans attaches, sans erreurs, sans dépendance.

Je pousse la porte. L’air à l’intérieur est plus froid que je ne l’imaginais. Tout est silencieux, mais pas vide. Un silence organisé, presque vivant. Des employés passent sans vraiment se regarder. Des conversations basses, des gestes précis. Ici, tout semble maîtrisé. Je serre mon sac. Je fais tout pour ne pas paraître perdue ou fragile. Je ne laisse rien transparaître. C’est devenu un réflexe chez moi.

Une femme à l’accueil lève les yeux vers moi.

“Lina ?”

Je hoche la tête.

Elle vérifie mon nom sur son écran, puis se lève immédiatement.

“Suivez-moi, s’il vous plaît.”

Je la suis. Nous traversons un premier couloir, puis un autre. Le bâtiment est plus grand que ce que j’avais imaginé. Trop grand peut-être. Les couloirs sont longs, identiques, presque déstabilisants. Des portes closes défilent sur les côtés avec des vitres opaques. Des bureaux où je ne vois que des silhouettes floues. Je ne suis plus vraiment dans un simple travail mais plutôt dans un système. Un endroit où tout semble fonctionner sans effort visible. Quelque chose en moi, sans que je sache pourquoi, se met légèrement en alerte. Juste une sensation subtile et inexplicable, Comme si cet endroit me regardait déjà alors que je n’ai encore rien fait. Je chasse cette pensée. Je suis ici pour travailler, pas pour imaginer des choses, pas pour douter.

La femme s’arrête enfin devant une porte en verre dépoli. Elle consulte sa tablette, puis se tourne vers moi.

“Vous commencerez par rencontrer le responsable.”

Je fixe la porte. Responsable, un mot simple et neutre mais il me laisse une impression étrange, comme s’il avait plus de poids ici que partout ailleurs.

Je hoche la tête. Elle ouvre la porte et je fais un pas en avant. La porte se referme derrière moi dans un léger bruit sourd. Je fais quelques pas à l’intérieur, puis je m’arrête. Le bureau est vaste, trop vaste. Épuré au point d’en devenir presque froid. Rien ne dépasse et chaque objet semble placé avec une précision calculée. Un bureau sombre, une bibliothèque parfaitement alignée, de larges baies vitrées laissant entrer une lumière blanche, presque dure et au centre de tout ça lui. Il est debout, légèrement tourné vers la fenêtre, comme si ma présence ne méritait pas encore son attention. Costume sombre et parfaitement ajusté, aucune trace de négligence. Tout chez lui est net, maîtrisé, contrôlé. Il ne bouge pas tout de suite. Ce silence dure une seconde de trop. Puis il se tourne lentement et sans précipitation, comme s’il avait tout le temps du monde. Son regard se pose sur moi et quelque chose se fige. Je ne saurais pas dire exactement ce qui me dérange. Ce n’est pas juste son apparence même si elle est difficile à ignorer. Il est imposant, sans être excessif, charismatique, mais sans chercher à l’être. Son visage est fermé, presque froid et ses traits sont nets, précis, sans douceur inutile, mais ce n’est pas ça, c’est son regard. Il ne me regarde pas comme les autres, il ne me découvre pas, il m’analyse. Ses yeux glissent sur moi, lentement mais pas de manière déplacée, ni avec insistance. Juste précis, trop précis, comme s’il notait quelque chose, comme s’il comprenait déjà. Je sens ma respiration se bloquer légèrement. C’est ridicule car c’est juste un regard.

“Lina,” dit-il la voix calme, grave, posée.

Ce n’est pas une question mais plutôt une affirmation. Je hoche la tête, un peu trop rapidement.

“Oui,” dis-je la voix calme extérieurement.

Il s’approche enfin de deux pas. Pas un de plus, mais ça suffit pour me faire comprendre que la distance entre nous est différente. Comme lourde, dense. Comme si l’air lui-même changeait.

“Vous êtes en avance.”

Toujours ce ton neutre. Sans émotion apparente.

Je fronce légèrement les sourcils.

“Je pensais que c’était mieux.”

Il laisse un silence court s’installer mais suffisant pour me faire douter.

Ses lèvres esquissent quelque chose. Pas vraiment un sourire mais plutôt une réaction imperceptible.

“Intéressant.”

Il détourne légèrement la tête, comme s’il validait une information invisible, puis ses yeux reviennent sur moi, encore plus directs.

“Vous savez pourquoi vous êtes ici ?”

La question me surprend. Je m’attendais à quelque chose de classique avec un accueil, des instructions, un discours mais pas ça.

“Pour le poste d’assistante administrative.”

Ma réponse est immédiate et logique mais dès que je la prononce, je sens que ce n’est pas vraiment ce qu’il attendait.

Un nouveau silence, cette fois plus lourd encore. Il s’approche encore légèrement, pas assez pour m’envahir mais juste assez pour déranger.

“”Non.”

Son seul mot, calme mais tranchant.

Mon cœur rate un battement.

“Vous êtes ici parce que vous avez besoin de recommencer.”

Je reste complètement immobile, il sait, je n’ai rien dit, rien montré. Mon regard se durcit légèrement, par réflexe.

“Je ne vois pas le rapport.”

Il incline très légèrement la tête comme s’il s’attendait à cette réponse.

“Bien sûr que si.”

Sa voix baisse à peine, mais elle devient plus précise.

“Vous voulez repartir proprement.”

Le mot résonne trop fort en moi et je sens une tension immédiate dans ma poitrine. C’est impossible. Je ne lui ai jamais dit ça.

“C’est ce que tout le monde dit quand il arrive ici,” ajoute-t-il simplement.

Et pourtant je n’y crois pas complètement parce que son regard ne me lâche pas, parce qu’il ne parle pas “de tout le monde” mais bien de moi.

Un frisson discret glisse le long de ma nuque. Je ne sais pas pourquoi. Je ne sais pas encore ce que ça veut dire, mais une chose est certaine c’est que je viens à peine d’arriver et j’ai déjà l’impression d’être vue, et ça devrait me rassurer mais ce n’est pas le cas. Je ne dis rien. Je pourrais répondre ou me défendre. Lui demander ce qu’il insinue exactement mais quelque chose m’en empêche parce qu’il me regarde toujours sans détour et sans gêne. Ce n’est pas un regard normal, ni celui d’un supérieur qui évalue une nouvelle employée mais c’est autre chose, quelque chose de plus précis et de plus dérangeant.

“Votre CV est intéressant.”

Sa voix me coupe dans mes pensées. Calme, posée et presque détachée.

Je fronce légèrement les sourcils.

“Il est assez classique.”

“Non. Il est incohérent.”

Mon ventre se contracte immédiatement.

“Trois postes en deux ans. Des périodes vides et aucun motif clairement justifié mais pourtant, des compétences solides.”

Il marque une pause. Ses yeux ne me quittent pas.

“Ce genre de profil ne correspond pas à quelqu’un de stable.”

Je serre légèrement les mâchoires.

“J’ai juste changé d’environnement.”

“Plusieurs fois ?”

Il s’approche encore d’un pas mais ni brusque, ni agressif, juste suffisant pour encore réduire l’espace entre nous.

“Les gens ne changent pas d’environnement sans raison. Ils fuient quelque chose.””

Sa voix est plus basse maintenant, plus proche.

Mon cœur bat plus vite. Je déteste cette sensation d’être exposée sans avoir rien dit.

“Ou quelqu’un,” ajoute-t-il.

Je relève le menton par réflexe et défense.

“Vous tirez des conclusions un peu rapides.”

Ses lèvres bougent à peine. Encore cette esquisse presque invisible.

“Non, j’observe.”

Je ne comprends pas totalement mais assez. Il ne devine pas il assemble mes silences, mes réactions, ainsi que mon CV et ma manière de me tenir, de répondre et de respirer. Il ne cherche pas la vérité mais il la construit et le pire c’est qu’il n’a pas complètement tort.

Un frisson remonte lentement le long de ma colonne vertébrale, pas de peur mais quelque chose de plus trouble.

“Vous êtes venue ici pour reprendre le contrôle. Pour faire propre et structuré mais sans erreur, sans attache.”

Il continue, comme si c’était évident. Ses yeux plongent dans les miens.

Ma respiration se bloque une fraction de seconde. C’est trop précis. Je n’ai rien dit, rien laissé passé et pourtant je sens quelque chose céder en moi, très légèrement et presque imperceptible. Je devrais me fermer et mettre une distance, refuser mais je reste là

“Et vous pensez pouvoir faire ça ici ?”

Il ne répond pas tout de suite mais il m’observe encore comme s’il attendait quelque chose ou comme s’il savait déjà.

“Je pense que vous allez essayer.”

Il marque une pause avec un petit silence puis se détourne légèrement comme si la conversation était déjà terminée pour lui.

“Vous commencerez demain à huit heures. Vous recevrez vos accès dans l’après-midi.”

Son ton redevient professionnel comme si rien ne s’était passé mais moi je suis encore là, figée parce que quelque chose a changé. Je ne saurais pas dire quoi exactement, ni pourquoi mais je le sens dans ma poitrine, dans ma respiration et dans cette tension étrange qui refuse de disparaître. Je fais un pas en arrière, puis un autre.

“Bien.”

Je me tourne pour partir. Je devrais être soulagée et contente, c’est juste un travail mais au moment où ma main se pose sur la poignée.

“Lina.”

Je m’arrête sans me retourner.

“Essayez de ne pas fuir trop vite cette fois.”

Mon cœur rate encore un battement. Je ne bouge plus, puis j’ouvre la porte et je sors. Le couloir me semble différent, plus étroit et silencieux. Je marche sans vraiment réfléchir mais plutôt automatiquement. Une seule pensée tourne dans ma tête. Je viens à peine d’arriver et j’ai déjà l’impression de ne plus vraiment être libre et le pire c’est que malgré le malaise, malgré cette sensation d’avoir été mise à nu sans permission, je pense encore à lui et trop.

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