Chapter 1
Prologue.
Je me suis toujours dit que les pires décisions de ma vie seraient celles que je prendrais toute seule.
Celles qui commencent par une idée brillante à trois heures du matin, comme décider de boire un café sans sucre alors qu'on déteste ça, ou accepter un reportage à l'autre bout du pays en me persuadant que « ça ne prendra que quelques jours ». Avec un peu de recul, je peux affirmer que mon sens du jugement laisse parfois sérieusement à désirer.
Mais j'avais tort sur un point.
Les décisions capables de bouleverser une vie n'ont pas toujours besoin de venir de nous.
Parfois, elles vous attendent tranquillement de l'autre côté d'un bureau, enfermées dans un simple dossier cartonné, pendant que la seule personne en qui vous devriez avoir confiance vous regarde avec cet air beaucoup trop calme pour être rassurant.
C'est exactement ce que faisait Ethan.
Mon frère était installé derrière son bureau, les doigts croisés devant lui, comme un avocat qui s'apprêtait à annoncer le verdict d'un procès dont l'issue était déjà connue. À trente-cinq ans, il avait développé cette capacité agaçante à rester parfaitement maître de lui-même, même lorsqu'il savait qu'il allait dire quelque chose que son interlocuteur n'avait aucune envie d'entendre.
Je m'installai en face de lui sans quitter le dossier posé entre nous.
Il ne disait rien.
Et ce silence m'inquiétait davantage que n'importe quel discours.
— Arrête de me regarder comme ça.
Un léger sourire apparut au coin de ses lèvres.
— Comme ça comment ?
— Comme si tu attendais simplement que je tombe dans le piège.
— Tu vois des pièges partout.
— Parce qu'avec toi, il y en a souvent.
Il secoua doucement la tête avant de pousser le dossier vers moi.
— Ouvre-le.
Je baissai les yeux vers la couverture bleu marine.
Aucune inscription.
Aucun indice.
Juste un dossier qui semblait beaucoup trop banal pour provoquer un tel malaise.
Je n'y touchai pas.
— Tu sais, commençai-je en m'adossant contre mon fauteuil, chaque fois que tu prononces les mots « fais-moi confiance », il m'arrive quelque chose.
— Ce n'est pas vrai.
Je haussai un sourcil.
— La dernière fois que je t'ai fait confiance, j'ai passé deux heures dans un poste de police.
Son sourire s'élargit malgré lui.
— Tu refuses de me laisser oublier cette histoire.
— C'est un souvenir qui mérite d'être entretenu.
Il laissa échapper un rire discret avant de retrouver son sérieux.
— Cette fois, c'est différent, Alva.
Je soutins son regard quelques secondes.
Depuis que nous étions enfants, Ethan avait toujours eu cette manière de croire qu'il pouvait réparer tous les problèmes du monde. Les siens. Les miens. Ceux des autres. Et, bien souvent, il y arrivait. C'était sans doute pour cette raison qu'il était devenu avocat. Il croyait sincèrement qu'il existait toujours une solution, même lorsque tout semblait perdu.
Moi, j'avais appris le contraire.
À vingt-six ans, le métier de journaliste m'avait surtout appris qu'il existait des vérités impossibles à adoucir et des histoires qui laissent des cicatrices longtemps après leur fin.
Mon retour à Hawthorne en était la preuve.
Je n'étais revenue que pour ma grand-mère. Pas pour rouvrir des blessures.
Pas pour retrouver les fantômes que j'avais laissés derrière moi.
Et certainement pas pour laisser quelqu'un décider de la suite de ma vie.
Pourtant, le dossier était toujours là, entre nous. Comme s'il attendait patiemment que je baisse ma garde.
— Tu ne vas pas abandonner, n'est-ce pas ?
Ethan esquissa un sourire.
— Tu me connais.
Je soufflai, déjà résignée.
— C'est justement ça, le problème.
Je tendis finalement la main et ouvris le dossier.
Les premières lignes suffirent à figer mon expression.
Je relus une seconde fois, persuadée d'avoir mal compris.
Puis une troisième.
Un contrat.
Une proposition.
Ou peut-être un marché.
Je relevai lentement les yeux vers mon frère.
— Tu ne peux pas être sérieux.
— Je le suis.
Son ton était calme, mais son regard ne laissait place à aucun doute.
Je reposai les feuilles devant moi.
Tout cela paraissait absurde.
Presque irréel.
Et pourtant, une partie de moi savait déjà qu'Ethan ne m'aurait jamais convoquée pour quelque chose d'aussi important s'il n'avait pas pensé que cette proposition pouvait réellement tout changer.
Je croyais encore avoir le choix.
Je croyais qu'il me suffirait de refermer ce dossier et de repartir comme si cette conversation n'avait jamais existé.
Je ne savais pas encore que ce contrat allait bouleverser bien plus que mon quotidien.
Je ne savais pas encore que certaines vérités attendent simplement le bon moment pour refaire surface.
Et je ne savais surtout pas qu'en acceptant d'ouvrir ce dossier, je venais déjà de faire le premier pas vers une histoire que j'avais juré de ne jamais revivre.
Mais pour comprendre comment je me suis retrouvée assise dans ce bureau, face à ce contrat qui allait changer le cours de ma vie...
Il faut revenir une semaine en arrière.








