Chapter 1: LA PRISON SANS ADRESSE
On m'a demandé d'écrire sur la prison...
Alors j'ai cherché des barreaux.
Des gardiens.
Des cellules.
J'ai cherché des murs assez hauts
pour empêcher les hommes de rêver.
Des portes assez lourdes
pour retenir les espoirs.
Puis...
Je me suis regardée dans un miroir.
Et j'ai compris
que les prisons les plus dangereuses
n'avaient pas d'adresse.
Elles détruisent
sans faire de bruit.
Elles enferment
sans condamnation.
Elles exécutent des rêves
sans procès.
Elles fabriquent des prisonniers
sans uniforme.
Car certaines prisons
ne sont ni de pierre,
ni de béton.
Elles sont bâties
avec des mots.
Des regards.
Des silences.
Des peurs.
Des blessures.
Des habitudes.
Des "tu n'y arriveras jamais"
répétés jusqu'à devenir des vérités.
...
Bienvenue...
Dans la prison du regard des autres.
Là-bas,
les miroirs sont des juges.
On ne choisit plus ses vêtements
pour se sentir beau,
mais pour être accepté.
On ne choisit plus ses mots
pour dire la vérité,
mais pour éviter d'être rejeté.
À force de vouloir plaire à tout le monde...
On finit
par disparaître devant son propre reflet.
...
Bienvenue...
Dans la prison de la peur.
Ici,
les portes sont ouvertes.
Mais personne n'ose sortir.
La peur
est un gardien rusé.
Elle ne crie jamais.
Elle murmure.
"Et si tu échouais ?"
"Et si tu n'étais pas assez ?"
Alors on renonce
avant même d'avoir essayé.
Quelle drôle de cellule...
Les barreaux
sont fabriqués
avec nos propres doutes.
...
Bienvenue...
Dans la prison des préjugés.
Le juge
ne connaît même pas ton prénom.
Le verdict est déjà prononcé.
Une couleur.
Une origine.
Une religion.
Une manière de parler.
Et voilà
qu'on te résume
à ce que les yeux voient,
sans jamais chercher
ce que ton cœur raconte.
Les préjugés
sont des lunettes si sales
qu'elles finissent par salir le monde entier.
...
Bienvenue...
Dans la prison de l'argent.
Là où certains
comptent leurs billets...
En oubliant de compter
les sourires perdus.
Ils passent leur vie
à gagner de quoi vivre...
Jusqu'à oublier
de vivre.
Ils possèdent des maisons...
Mais plus un foyer.
Des montres...
Mais plus une minute
pour ceux qu'ils aiment.
Drôle de richesse...
Quand le portefeuille grossit
et que l'âme maigrit.
...
Bienvenue...
Dans la prison des réseaux.
Un endroit
où les filtres sont plus nombreux
que les vrais sourires.
On compare son chapitre un
au chapitre vingt
de quelqu'un d'autre.
On collectionne les "j'aime"...
Mais on ne s'aime plus soi-même.
On affiche une vie parfaite.
Puis on rentre chez soi...
En compagnie de la solitude.
...
Bienvenue...
Dans la prison des traditions.
Certaines sont des racines.
D'autres deviennent des chaînes.
On dit :
"C'est comme ça."
Sans jamais demander :
"Est-ce que c'est juste ?"
À force de respecter des habitudes
qui blessent,
on finit
par appeler la souffrance
une coutume.
...
Bienvenue...
Dans la prison de la haine.
Étrange prison...
Celui qui croit y enfermer les autres
est souvent le premier prisonnier.
La haine,
c'est boire du poison
en espérant que quelqu'un d'autre
tombe malade.
Elle brûle d'abord
le cœur
qui la nourrit.
...
Bienvenue...
Dans la prison des traumatismes.
Le passé
est un gardien
qui connaît toutes nos failles.
Certaines blessures
cicatrisent sur la peau.
D'autres
continuent de saigner
dans la mémoire.
On avance...
Mais avec des chaînes
attachées aux souvenirs.
...
Bienvenue...
Dans la prison du silence.
Là où des milliers de cris
ne font aucun bruit.
Des personnes
sourient le jour...
Et s'effondrent
quand la nuit ferme la porte.
Leurs lèvres
gardent le secret.
Leurs cœurs,
eux,
hurlent dans une langue
que personne n'entend.
...
Et puis...
Il existe une dernière prison.
La plus petite.
La plus discrète.
La plus dangereuse.
Celle que l'on construit
nous-mêmes.
Chaque fois
que l'on cesse de croire en soi.
Chaque fois
que l'on laisse la peur décider.
Chaque fois
que l'on accepte
les barreaux
que les autres ont fabriqués pour nous.
Alors...
Brisez les chaînes.
Détruisez les murs.
Ouvrez les portes.
Et si vous ne trouvez pas la clé...
Souvenez-vous
qu'elle est peut-être
dans votre poche
depuis le début.
Car la liberté
ne commence pas
quand une porte s'ouvre.
Elle commence
quand un esprit
refuse enfin
de vivre à genoux.
Alors aujourd'hui...
Je ne vous demande pas
de fuir une prison.
Je vous demande
de reconnaître la vôtre.
Parce que tant que l'esprit reste enfermé...
Le monde entier
ne sera jamais assez grand
pour nous rendre libres.
Depuis le début de ce slam, je vous ai parlé de prisons...
Mais je ne vous ai jamais demandé :
Laquelle habitez-vous ?








