Temps Additionnel by Sln Wlw at Inkitt
Customize readability
Aa

Temps additionnel

All Rights Reserved ©

Summary

Une footballeuse qui fuit les caméras. Une actrice qui ne peut pas leur échapper. À Bangkok, leur histoire devient exactement ce qu’elles redoutent : réelle… et impossible à cacher. Elles savent vivre sous pression. Elles n’étaient simplement pas préparées l’une à l’autre. Il

Genre
Lgbtq
Author
Sln Wlw
Status
Ongoing
Chapters
6
Rating
n/a
Age Rating
18+

L’intervalle


Le ballon arriva plus vite que prévu.

La pluie s'était arrêtée à l'heure de jeu sans que la pelouse en tienne compte. L'eau restait sous le gazon, dans les racines, et chaque ballon au sol gagnait un mètre sur ce qu'il aurait dû parcourir. Elle corrigeait depuis vingt minutes. Un demi-appui plus tôt, le pied plus fermé, le corps par-dessus. Le ballon passa quand même sous elle, et il fallut le laisser filer, pivoter avec lui, abandonner l'orientation choisie deux secondes plus tôt.

La latérale lyonnaise la suivit avec un temps de retard. Un seul. Cela suffisait pour que l'intervalle existe.

Elle ne partit pas dedans. Un intervalle qu'on prend trop tôt se referme ; un intervalle qu'on regarde reste ouvert, parce que celle qui le garde croit encore qu'elle le garde. Elle laissa donc la latérale revenir, remit le pied sur le ballon, attendit que le poids de l'autre bascule sur l'appui droit.

Alors seulement elle accéléra.

Le contact vint par l'épaule. Elle l'avait vu naître dans la hanche de l'adversaire, cette rotation minuscule qui précède toujours la charge, et elle entra dedans au lieu de l'éviter, bassin en avant, jambes relâchées. Les deux corps se percutèrent. Un seul repartit debout.

— Putain, tu tombes jamais ?

La Lyonnaise avait dit ça sans méchanceté, en se relevant, à personne en particulier. Elle ne répondit pas. Le ballon était déjà quatre mètres devant, et derrière elle le Parc produisait un bruit qui n'avait plus rien d'humain, une masse compacte qui montait des virages et écrasait tout ce qui essayait de traverser le terrain.

Sur le banc, quelqu'un hurlait une consigne. Impossible de savoir laquelle. Impossible même de savoir si c'était pour elle.

Elle rendit le ballon en retrait et remonta.

L'arbitre siffla une faute au milieu. Rien de grave, un pied traînant, un maillot tiré. Le jeu s'arrêta pendant que le ramasseur cherchait le ballon derrière le panneau publicitaire, et cette poignée de secondes s'ouvrit comme une pièce vide au milieu du vacarme.

Quatre-vingt-neuvième minute. Un partout.

Le calcul se fit tout seul, sans qu'elle le demande. Un nul et le titre passait de l'autre côté ; il fallait un but, et il n'y avait plus assez de temps pour qu'il vienne d'une construction propre. Il viendrait d'une erreur ou il ne viendrait pas.

Elle leva les yeux vers la tribune latérale.

La sélectionneuse était assise au troisième rang, un peu en retrait de son adjoint, immobile depuis le début du match. Pas de carnet visible. Pas de téléphone. Le genre d'attention qui ne se manifeste par rien et qui pèse davantage à cause de cela. Le regard ne descendit pas jusqu'à elle. Il restait posé sur le terrain entier, sur les vingt-deux, sur quelque chose de plus vaste qu'une joueuse.

Trois mètres à sa gauche, Camille Rouvier remettait ses chaussettes en place.

Vingt-six ans, cinquante-huit sélections, titulaire indiscutable à droite depuis trois ans. C'était elle qui avait égalisé à la soixante-treizième, d'une frappe que personne n'aurait pu arrêter. Elle jouait le même poste, dans le même système, pour l'équipe d'en face, et la sélectionneuse n'avait pas fait le déplacement au Parc pour découvrir son nom.

Le ramasseur rendit le ballon. Le bruit reprit d'un bloc.

À la quatre-vingt-dixième, le quatrième arbitre leva son panneau lumineux.

+4.

Le stade comprit avant elle. Quelque chose changea dans la nature du bruit, il perdit son rythme, il cessa d'accompagner le jeu pour se mettre à le pousser. Chaque ballon touché à moins de trente mètres du but déclenchait une montée sonore qui retombait dès que le ballon repartait en arrière. Une passe latérale se faisait siffler. Une talonnade se faisait applaudir.

Le Parc ne demandait plus un but. Il demandait un geste.

Elle reçut deux ballons dans les trente secondes qui suivirent. Le premier, elle le remit à sa centrale, et vingt mille personnes exprimèrent leur avis. Le second, elle le porta trois appuis vers l'intérieur avant de le rendre encore, et l'avis fut plus clair.

Manon Ferré vint la chercher à hauteur du rond central.

— Cherche-moi dans le dos de la sept. Elle regarde le ballon.

— Je sais.

— Maya. Elle regarde que le ballon.

Elle hocha la tête. Ce n'était pas une information nouvelle : la numéro sept lyonnaise tournait la tête vers le porteur à chaque transmission, ce qui ouvrait deux mètres derrière elle pendant une demi-seconde, et cette demi-seconde existait depuis la vingtième minute. Le problème n'était pas de la voir. Le problème était que Manon, ces dernières semaines, partait toujours un souffle après le moment où elle disait qu'elle partirait.

Quatre-vingt-douzième minute.

Le ballon revint d'un dégagement mal assuré, retomba dans les vingt-cinq mètres, rebondit haut sur la pelouse gorgée d'eau. Elle le prit de la cuisse, l'amortit vers l'intérieur, et se trouva face au but avec le terrain qui s'ouvrait devant elle comme il ne s'ouvre presque jamais.

Tout devint très clair.

La centrale, Coumba Diakité, venait à sa rencontre en reculant, corps de trois quarts, pied gauche avancé pour fermer la frappe. Deux mètres cinquante entre elles. La gardienne avait raccourci son premier poteau et laissait volontairement l'angle long, cette invitation que font toutes les gardiennes qui savent qu'une frappe croisée sous la pluie est un pari.

À gauche, Manon partait. Pas encore lancée. Le pied d'appel touchait encore le sol.

L'espace de frappe existait. Il existait maintenant, à cet instant précis, avant que Diakité n'ait fini de descendre sa jambe gauche dans la ligne du ballon — un couloir de vingt centimètres qui se refermerait dans une demi-seconde, et derrière lequel il y avait une gardienne trop courte sur son second poteau et un ballon qui, sur ce terrain, arriverait plus vite qu'elle ne l'aurait calculé.

Elle vit tout cela.

Elle attendit.

Ce fut court. Le temps de laisser Diakité s'engager d'un demi-pas de plus, le temps que l'appel de Manon devienne réel, le temps que le second poteau cesse d'être une hypothèse pour devenir une certitude — et pendant cette fraction, il y eut autre chose que du calcul : un blanc minuscule au milieu de la lecture, un angle mort qu'elle ne s'expliqua pas.

Puis elle donna.

À plat, à ras de terre, dans l'intervalle entre la centrale et la gardienne, tendue de l'intérieur du pied droit. Le geste juste. Le poids juste pour une pelouse sèche.

Le ballon fila plus vite que ça.

La jambe gauche de Diakité, en achevant de descendre, le toucha du bout du crampon. Presque rien. Assez. Le ballon dévia d'un demi-mètre, et Manon, partie un souffle trop tard, dut se jeter sur la déviation au lieu de pousser. Tibia. Le ballon monta, franchit la transversale d'un mètre.

Le stade produisit un son qu'elle avait déjà entendu et qu'elle n'avait jamais entendu adressé à elle.

Le corner ne donna rien. La gardienne lyonnaise sortit dans les poings, un ballon partit en tribune, l'arbitre siffla trois fois.

Un partout.

Elle resta debout au point de penalty pendant que les autres s'accroupissaient. Les jambes tenaient. La bouche était sèche d'une manière qu'aucune gorgée d'eau ne réglerait avant une heure. Autour d'elle le Parc se vidait de son bruit par le haut, en couches, et ce qui restait au niveau de la pelouse était un bourdonnement plat, sans direction, où les sifflets isolés portaient plus loin qu'ils n'auraient dû.

Elle refit l'action.

Diakité descendait sa jambe. La gardienne était courte. Manon n'était pas lancée. La frappe existait, et elle avait attendu, et pendant qu'elle attendait le couloir s'était refermé — mais le couloir se serait refermé de toute façon, et sur un terrain sec le ballon passait un souffle avant le crampon de Diakité et arrivait exactement sous le pied de Manon.

Elle refit l'action une deuxième fois et obtint le même résultat.

Cela n'aidait pas.

Les écrans géants s'allumèrent au-dessus du virage Auteuil.

Le ralenti démarra tard. Il commençait au moment où elle armait la passe — pas avant. On ne voyait pas Diakité venir. On ne voyait pas le pied gauche descendre dans la ligne. On ne voyait pas la gardienne raccourcir son premier poteau, ni la pelouse, ni les vingt centimètres qui existaient une demi-seconde plus tôt.

On voyait une joueuse en position de frappe.

On voyait un but vide.

On voyait le ballon partir sur le côté.

L'écran repassa la séquence. Le bourdonnement changea de texture, quelque chose de bas monta des tribunes latérales, et le troisième passage se fit sur un arrêt sur image : elle, le pied encore au sol, la cage entière derrière la gardienne.

Elle regarda l'écran jusqu'au bout.

L'image était vraie. Chaque pixel était vrai. Il manquait seulement tout ce qui l'avait produite, et ce qui manquait ne reviendrait pas, parce que personne ne filme les vingt centimètres qui se referment ni les demi-secondes qu'on donne à une coéquipière pour qu'elle parte.

Une main lui frappa deux fois l'omoplate en passant.

— Rendez-vous en septembre.

Camille Rouvier ne s'arrêta pas. Le ton n'avait rien de méprisant ; c'était même l'inverse, un salut entre gens du même métier, et c'est peut-être pour cette raison qu'il resta.

Elle remonta vers le rond central. À hauteur de la ligne médiane, elle leva les yeux vers la tribune latérale, troisième rang.

Le siège était vide.

L'adjoint était encore là, debout, en train d'écrire quelque chose sur son téléphone, et il écrivit longtemps.

Au-dessus d'Auteuil, l'écran finit par lâcher le ralenti.

Un bandeau le remplaça, blanc sur bleu, celui que la chaîne pousse en fin de match pour annoncer le débat qui suivra.

A-T-ELLE TROP VOULU FAIRE LA PASSE ?

Elle s'arrêta au milieu du terrain.

Il restait une phrase de six mots, et un point d'interrogation qui ne posait aucune question.

Elle traversa la ligne médiane sous les sifflets.

Let Sln Wlw know what you thought about this chapter!
Love this

0

Love this

Funny

0

Funny

Spicy

0

Spicy

Suspenseful

0

Suspenseful

Emotional

0

Emotional

Profound

0

Profound

Heartwarming

0

Heartwarming

Shocking

0

Shocking

Good Writing

0

Good Writing

Compelling Plot

0

Compelling Plot

Great Character

0

Great Character

Strong Dialog

0

Strong Dialog

Further Recommendations

Purple Heart

Miriam0011: Hi! I just wanted to say that I really enjoyed your story your writing style is truly engaging and unique. It kept me hooked from start to finish. I’d love to know, what inspired you to start writing stories?

Read Now
A Blessing in Disguise

Miriam0011: Hi there! I really enjoyed reading your story, it was both interesting and well written. Your style feels very natural and easy to connect with. Do you usually write in this genre, or do you explore others as well?

Read Now
My Fake Straight Boyfriend

shane3140sw: Interesting read. A bit slow in parts and a little repetitive. But for some reasion, I couldn’t put it down. I had to find out what happened next.

Read Now
Earning His Love

Loisi Mohetau: Loved it!!!

Read Now
Bad Influence

Erin: Somehow this is my first sports/hockey romance and now I'm hooked on them.

Read Now
Sweet Caroline

Kuttu: So beautifully written

Read Now
The Kingsley Contract

BlueMountain: This is just amazing. The plot, characters, their pasts, the surprises. Just, wow! The dialogue flows so easily, and the interactions are quick and funny. It was comical, emotional, loving, suspenseful and down-right amazing. It wasn't a single moment where I even considered closing the book, even d...

Read Now
The Orc's Pet

Aleesa: I loved reading this book! Great job Stephanie, you have a wonderful talent, thank you so much for sharing it☺️.

Read Now
Ruthless Lord

chidinma: I like everything

Read Now