Chapitre 1 Les terres sacrées
Il y a plus d’un millénaire…
Les races humanoïdes du monde — humains, semi-humains, hommes-bêtes et bien d’autres encore — ne cessèrent de croître.
Leurs royaumes s’étendaient d’année en année, leurs villes devenaient toujours plus vastes et leurs populations toujours plus nombreuses. Peu à peu, les terres qu’ils possédaient finirent par leur sembler trop petites.
Alors, les souverains tournèrent leurs regards vers un territoire oublié depuis des temps immémoriaux.
Une terre mentionnée dans d’anciens écrits.
Une terre que les légendes qualifiaient de sacrée.
Une terre que nul ne devait fouler.
Mais face à l’ambition des mortels, même les plus anciennes mises en garde finirent par être ignorées.
Les rois, les empereurs et les seigneurs des grandes nations ordonnèrent alors le lancement de plusieurs expéditions afin d’explorer ce mystérieux continent.
Et lorsque les premiers navires atteignirent enfin ses côtes…
Les explorateurs furent émerveillés.
Le continent semblait irréel.
D’immenses forêts recouvraient les terres à perte de vue.
Des montagnes gigantesques perçaient les nuages eux-mêmes.
Les rivières brillaient comme des miroirs de cristal sous la lumière du ciel.
Mais surtout…
Le mana y était d’une pureté inimaginable.
Même l’air semblait vivant.
Chaque pas effectué sur ces terres donnait aux explorateurs l’impression que ce continent possédait sa propre volonté.
Les expéditions avancèrent pendant plusieurs jours, cartographiant les régions, étudiant la faune et recherchant des ressources exploitables.
Puis…
Une voix résonna.
Une voix si puissante qu’elle traversa l’intégralité du continent.
Les montagnes tremblèrent.
Les mers s’agitèrent brutalement.
Les arbres eux-mêmes semblèrent se courber sous cette présence écrasante.
Et cette voix prononça ces mots :
— Misérables trouble-fêtes…
— Repartez d’où vous venez.
— Ces terres ne vous appartiennent pas…
— Et ne vous appartiendront jamais.
— Vous marchez sur des terres sacrées.
La peur s’empara immédiatement des explorateurs.
Certains tombèrent à genoux.
D’autres furent incapables de bouger ou même de respirer tant la pression qui écrasait leurs corps était immense.
Aucun d’entre eux n’osa continuer.
Les différentes expéditions quittèrent alors précipitamment le continent et retournèrent sur leurs terres respectives afin de rapporter ce qu’elles avaient vu… et entendu.
Mais les avertissements de cette mystérieuse entité ne firent qu’attiser davantage l’avidité des souverains.
Car aux yeux des rois et des seigneurs…
Un continent possédant une telle concentration de mana représentait une richesse impossible à ignorer.
De nouvelles expéditions furent alors envoyées.
Encore.
Et encore.
À chaque intrusion, la même voix résonnait à travers le continent.
Toujours plus menaçante.
Toujours plus colérique.
Mais les mortels finirent peu à peu par cesser d’avoir peur.
Les décennies passèrent.
Puis les siècles.
Les explorateurs devinrent des colons.
Les campements se transformèrent en villages.
Les villages devinrent des cités.
Les forêts anciennes furent abattues.
Les montagnes sacrées furent creusées afin d’extraire leurs minerais.
Les plaines furent détruites pour laisser place aux constructions des races humanoïdes.
Et chaque fois…
La voix revenait.
Le sol tremblait sous sa colère.
Des bourrasques capables de déraciner des arbres entiers ravageaient les territoires.
Le rugissement de la créature faisait vaciller les cieux eux-mêmes.
Mais rien n’arrêta les mortels.
Ils continuaient de proliférer.
Inlassablement.
Comme des parasites.
Comme des cafards.
Alors…
La haine grandit.
Jour après jour.
Année après année.
Siècle après siècle.
Pendant près de cinq cents ans, la créature tenta de contenir cette colère afin d’éviter une catastrophe.
Mais à force de voir ces terres sacrées profanées encore et encore…
Quelque chose finit par se briser.
La haine commença lentement à corrompre son esprit.
Et l’être qui cherchait autrefois à éviter le conflit…
commença peu à peu à envisager une seule et unique solution.
La destruction totale de ceux qui avaient osé souiller son royaume.
Les années passèrent…
Puis les décennies.
Et bientôt, les menaces de la créature devinrent connues dans le monde entier.
Certains peuples commencèrent réellement à craindre le dragon.
D’autres, au contraire, estimaient encore qu’il ne s’agissait que d’une bête territoriale cherchant simplement à effrayer les mortels afin de conserver ses terres.
Mais malgré l’avidité des grandes nations, tous n’étaient pas aveuglés par la guerre.
Parmi les races humanoïdes, certains sages, érudits et souverains comprirent que si cette créature possédait réellement une telle puissance… alors un conflit ouvert pourrait devenir une catastrophe pour le monde entier.
Ils tentèrent donc d’éviter le pire.
À plusieurs reprises, des négociateurs furent envoyés sur le continent sacré afin d’établir un dialogue avec le dragon.
Mais à chaque rencontre…
La réponse restait la même.
— Quittez ces terres.
Toujours ces mêmes mots.
Toujours cette même colère.
Le dragon refusait toute négociation.
Il ne demandait ni richesses, ni offrandes, ni alliances.
Il exigeait une seule chose :
Qu’on le laisse en paix.
Encore et encore, les émissaires essayèrent de parlementer.
Ils proposèrent :
des frontières,
des accords,
des territoires partagés,
des échanges de ressources,
et même des pactes sacrés.
Mais aucune proposition ne semblait capable d’apaiser la créature.
Car pour elle…
Les races humanoïdes avaient déjà trop profané ces terres.
Et malgré sa haine grandissante, le dragon continuait pourtant de leur laisser la vie sauve.
Non pas par faiblesse.
Mais parce qu’il voulait que ses avertissements soient transmis.
Il aurait pu massacrer chaque délégation venue jusqu’à lui…
Mais il les laissait repartir.
Encore.
Et encore.
Pourtant, à chaque fois…
De nouveaux négociateurs revenaient.
Comme si les discussions précédentes n’avaient jamais existé.
Comme si ses paroles ne valaient rien.
Comme si les mortels se moquaient ouvertement de lui.
Et peu à peu…
La patience du Dragon des Origines atteignit ses limites.
Lorsqu’une nouvelle délégation se présenta devant lui plusieurs années plus tard, quelque chose avait changé.
Cette fois…








