Prologue
Un soir comme les autres.
Fin novembre.
Installé dans mon lit avec monconjoint, nous passions depuis des heures de l’ennui télévisuel — faute d’avoirencore quelque chose de nouveau à regarder — à la frénésie des réseaux sociaux.Des échanges banals avec mon Amour, à propos d’un monde qui nous semblaitdevenir chaque jour un peu plus flou, un peu plus fou, un peu comme tout.
L’Ukraine en guerre, la Chine face àTaïwan, les États-Unis dirigés par un magnat transpirant la télé-réalité àchacune de ses conférences. Rien de plus simple, rien de plus commun qu’unesoirée ordinaire pour un couple de notre génération.
Banale soirée hivernale, la chaleur dela couette, la nuit précoce.. tout semble calme. Le son faible de la série dumoment en suffisance pour l’ambiance. Le départ d’une nuit grenobloise parl’étreinte discrète des montagnes environnantes. Belledone la Sage et élégante,Vercors sauvage et rustique et Chartreuse royale voir majestueuse dominant lesgrands axes. Les petits immeubles d’un autre temps et le crime plus discret queprédit.
Puis le temps s’arrêta.
Des cris. Des hurlements. Des appels àl’aide.
— Arrête !
— Ça fait mal !!
— Je ne veux pas !!!
Une voix aiguë. Infantile. Sansdéfense.
Mon sang se figea.
Nos regards se croisèrent. L’angoisseà l’état pur. Mon homme m’agrippa le bras d’une étreinte instinctive, presqueviolente.
Je me souviens encore de la pensée quim’échappa, brute, incontrôlable :
« C’est un viol ? »
Je me levai, prêt à intervenir chez lavoisine de l’étage supérieur, d’où provenaient les cris. Mais arrivé dans lehall de l’immeuble, le bruit s’éteignit soudainement.
Un silence lourd, sourd, interminable.
Puis, enfin, la voix de la voisine.Elle engueulait son fils. Le soulagement ne revint réellement qu’avec lesommeil. Le temps que mon cœur meurtri se réchauffe, encore glacé par lestress.
Pour être honnête, je ne sais pas dequoi l’avenir est fait.
Et puis… qui contrôle vraiment ledestin ?
Toi ? Moi ? Ou peut-être eux ?
On m’a toujours parlé de beaucoup dechoses : de qui je suis, de qui j’étais, et surtout… de qui je devrais être.
Mais ce que j’ai appris, c’est quecertains traumatismes, même lorsqu’on les croit disparus, trouvent toujours unmoyen de refaire surface. Peu importe le temps qui passe.
C’est ainsi que tout commença. J’aigrandi comme j’ai pu.
Tout n’est pas clair dans ma tête.Tout n’est pas simple. Mais une chose est certaine :
aujourd’hui, j’ai trouvé ma proprefamille. Mon chez-moi. Et surtout… uneraison de vivre.
J’aime l’Histoire, autant que lessouvenirs.
Pour certains, il n’y a pas vraimentde différence entre les deux.
Mais en grandissant, on comprend. Onapprend que l’une se raconte, que les autres se ressentent. Et plus le tempspasse, plus l’écart entre eux devient évident.
Ce que tu t’apprêtes à lire est unvoyage à travers des cartes postales oubliées, quelques vieilles photos, etsurtout des souvenirs tenaces.
Des images gravées dans ma mémoire.








