L'enfant du plancher
Le village de Komatsuda comptait à peine trente maisons, blotties au pied d’une forêt que personne n’osait traverser. Au bord du chemin, dans une bâtisse en bois rongée par le temps, vivait une vieille femme seule. Elle souriait souvent. Même quand elle parlait toute seule.
— Il est encore là, disait-elle aux rares visiteurs. Tant qu’il est là, je n’ai rien à craindre.
Le facteur parlait d’un petit-fils imaginaire. Les enfants du coin juraient pourtant avoir vu un garçon au kimono rouge courir derrière les rideaux, ou taper du doigt sur les vitres sans se montrer.
Mais un jour, la vieille est morte dans son sommeil. Le corps n’a été trouvé qu’une semaine plus tard, déjà sec, recroquevillé près du foyer. La maison fut mise en vente. Le fils, qui vivait à Tokyo, s’en ficha bien : il n’y avait rien à récupérer, sinon un bout de terre infesté de moustiques et un tas de poutres prêtes à s’effondrer.
Trois mois plus tard, un couple vint s’y installer. Ils voulaient tout rénover. Moderne. Ouvert. Lumineux.
Dès la première nuit, la femme se réveilla. Quelque chose grattait sous les tatamis.
— Un rat, dit son mari.
— C’était comme... des petits doigts. Des ongles.
Ils arrachèrent le sol le lendemain. Rien.
Et pourtant, la nuit suivante, quelque chose rit dans la chambre. Un rire d’enfant. Aigu.
Puis, des pas légers dans le couloir.
La femme, enceinte de six mois, sentit un froid glacial en posant le pied par terre. Quelque chose courait sous le lit.
Ils posèrent des caméras. Des pièges. Rien.
Mais sur les vidéos, à 3h33 exactement, la porte s’ouvrait seule. Et les tatamis… se soulevaient légèrement. Comme si quelque chose passait en dessous.
Ils auraient dû partir.
La semaine suivante, le mari se jeta dans un puits sans explication.
Les policiers ne comprirent rien. La femme criait dans sa chambre qu’"il lui avait touché le ventre".
— Il a dit que c’était sa maison. Que c’était lui le seul enfant ici.
Elle perdit l’enfant le lendemain.
La maison fut abandonnée, à nouveau. Mais les villageois racontent que le garçon est revenu. Qu’il aime les maisons vides.
Et que parfois, quand la lune est basse, on entend des rires étouffés entre les lattes du plancher.
***
Pour cette histoire, je me suis inspirée du Zashiki-Warashi
Origine du Zashiki-warashi dans le folklore traditionnel
Il n’existe pas une seule “origin story” pour le Zashiki-warashi, car c’est une créature issue du folklore oral, donc les versions varient selon les régions. Cela dit, plusieurs récits reviennent souvent :
1. L’enfant mort prématurément
Le Zashiki-warashi serait le fantôme d’un enfant mort jeune, souvent ignoré, maltraité ou abandonné.
Il reste attaché à la maison dans laquelle il a vécu, parfois sans que personne ne sache qu’il est mort là.
Il devient un esprit qui, malgré la tragédie de sa vie, protège la demeure où il est resté.
Cette version est évoquée dans certaines légendes d’auberges ou de maisons rurales, surtout dans la préfecture d’Iwate.
2. L’esprit gardien d’un foyer
D’autres versions le décrivent comme un kami mineur ou un esprit bienveillant, qui choisit une maison digne (souvent humble mais harmonieuse) pour y résider.
Il apporte richesse et bonheur, à condition d’être respecté.
Si la maison tombe dans le vice, l’oubli ou l’injustice… il part en silence, et les ennuis commencent.
3. L’enfant enterré sous le sol
Dans certaines histoires macabres, on raconte que des enfants étaient sacrifiés et enterrés sous le plancher de maisons ou d’auberges pour attirer la fortune (un rite interdit appelé hitobashira « pilier humain »).
Leur esprit devient alors un Zashiki-warashi, lié à jamais à la maison par ce crime ancien.
Ces récits flirtent avec l’horreur et les légendes urbaines.








