Chapitre 1 — Ce que la médecine ne pouvait guérir
La première chose que Julia entendit ce matin-là fut la pluie.
Elle resta allongée, les yeux ouverts, à écouter les gouttes frapper doucement contre la fenêtre de sa chambre.
Une pluie fine. Régulière.
Autrefois, elle aurait aimé ce temps.
Elle aurait probablement préparé du café, ouvert les rideaux et passé la matinée dans le fauteuil près de la fenêtre avec un livre posé sur les genoux. Elle aimait particulièrement lire lorsqu’il pleuvait. Le bruit de l’eau étouffait celui de la ville et lui donnait l’impression que le monde entier avait décidé de la laisser tranquille.
Aujourd’hui, elle ne ressentait rien.
Elle fixa le plafond.
Une petite fissure courait près du luminaire. Elle l’avait remarquée plusieurs semaines auparavant. Depuis, elle avait pris l’habitude de la suivre du regard lorsqu’elle se réveillait.
Elle connaissait chaque bifurcation.
Chaque irrégularité.
Chaque millimètre.
Julia tourna lentement la tête vers son réveil.
10 h 43.
Elle ferma les yeux.
Encore une journée.
Cette pensée lui vint sans tristesse particulière. Même la tristesse semblait s’être épuisée.
Elle repoussa la couverture et s’assit au bord du lit.
Son corps protesta immédiatement.
Une douleur sourde traversa son abdomen avant de remonter sous ses côtes. Julia posa instinctivement une main contre son flanc et attendit.
Elle compta.
Un.
Deux.
Trois.
La douleur diminua.
Elle se leva.
À vingt-quatre ans, Julia Bennett avait appris à se déplacer comme une vieille femme.
Lentement.
Avec précaution.
En anticipant les réactions de son propre corps.
Dans le miroir de l’armoire, elle aperçut son reflet.
Elle s’arrêta.
Ses cheveux châtains lui arrivaient presque aux épaules. Elle les avait toujours portés plus longs, mais les traitements expérimentaux des premiers mois les avaient fragilisés. Elle avait fini par les couper elle-même dans la salle de bain.
Son visage avait maigri.
Ses pommettes étaient plus visibles qu’autrefois et sa peau avait perdu cette légère couleur rosée que son père aimait retrouver sur les anciennes photographies.
Mais elle se reconnaissait encore.
C’était peut-être le pire.
Elle aurait voulu que la maladie transforme complètement son visage.
Qu’elle puisse regarder le miroir et voir quelqu’un d’autre.
Au lieu de cela, Julia était toujours là.
Juste… moins vivante.
Elle détourna les yeux.
Sur le bureau, un livre était resté ouvert.
Elle hésita avant de s’en approcher.
The Canon of Medicine — Avicenna.
Une édition anglaise annotée qu’elle avait achetée à dix-neuf ans après avoir économisé pendant presque deux mois.
Julia passa doucement les doigts sur la page.
Les marges étaient remplies de ses notes.
Certaines remontaient à plusieurs années.
Elle reconnut immédiatement son ancienne écriture : petite, régulière, extrêmement serrée.
Elle sourit presque en découvrant une remarque particulièrement agressive adressée à elle-même.
Comparer avec Galien. Ne sois pas paresseuse.
Elle avait vingt ans lorsqu’elle avait écrit ça.
Une autre Julia.
Une fille persuadée qu’elle avait tout le temps du monde.
Elle tourna quelques pages.
Avicenne.
Abu Ali al-Husayn ibn Sina.
Médecin, philosophe, scientifique.
Julia pouvait passer des heures à expliquer son importance à quelqu’un qui avait commis l’erreur de lui poser une question.
Elle avait toujours été fascinée par la médecine ancienne.
Pas seulement par les découvertes.
Par le raisonnement.
Comment un être humain vivant mille ans auparavant, privé de microscope, d’imagerie médicale, d’analyses sanguines ou de connaissances microbiologiques pouvait-il observer un malade et essayer de comprendre ce qui se passait à l’intérieur de son corps ?
Elle trouvait cela magnifique.
Hippocrate.
Galien.
Dioscoride.
Sushruta.
Avicenne.
Al-Zahrawi.
Des siècles d’erreurs, parfois terribles, mais également d’observations extraordinaires.
À seize ans, Julia lisait des traductions de traités médicaux pendant que ses camarades parlaient de leurs soirées.
À dix-huit ans, elle connaissait déjà une partie des instruments décrits par Al-Zahrawi dans son Kitab al-Tasrif.
À vingt ans, elle pouvait expliquer l’évolution des techniques de suture depuis l’Antiquité avec un enthousiasme qui désespérait gentiment son père.
Puis elle avait intégré l’une des meilleures universités auxquelles elle avait postulé.
Ses professeurs avaient rapidement compris qu’elle était différente.
Julia apprenait vite.
Terriblement vite.
Elle n’avait pourtant jamais été arrogante.
Au contraire.
Elle parlait peu.
Écoutait beaucoup.
Posait des questions auxquelles ses enseignants devaient parfois réfléchir avant de répondre.
Un professeur lui avait dit un jour qu’elle pourrait devenir une chirurgienne remarquable.
Elle avait conservé cette phrase pendant des mois.
Chirurgienne.
Elle aimait le mot.
Elle aimait la précision que cela exigeait.
L’anatomie.
Le contrôle.
La possibilité d’ouvrir un corps humain, d’identifier ce qui le détruisait et, parfois, de le réparer.
Julia baissa les yeux vers son ventre.
L’ironie n’avait jamais cessé de lui paraître cruelle.
Son téléphone vibra sur la table de nuit.
Elle ne bougea pas.
Une seconde vibration.
Puis une troisième.
Elle connaissait probablement l’expéditeur.
Son père.
Il était en bas.
Il aurait pu monter.
Mais depuis quelques mois, Daniel Bennett avait pris l’habitude de lui envoyer des messages lorsqu’elle restait enfermée dans sa chambre.
Il prétendait respecter son intimité.
Julia savait qu’il avait surtout peur de ce qu’il pourrait découvrir en ouvrant la porte.
Elle prit finalement le téléphone.
Papa
Tu es réveillée ?
Un deuxième message suivait.
J’ai fait des pancakes.
Puis :
Ils sont objectivement excellents.
Julia fixa l’écran.
Quelques secondes plus tard :
Enfin je pense.
Et un dernier :
Bon ils sont un peu brûlés.
Un souffle s’échappa de son nez.
Pas vraiment un rire.
Mais suffisamment proche pour qu’elle s’en rende compte.
Elle répondit.
J’arrive.
Daniel était devant la cuisinière lorsqu’elle entra dans la cuisine.
— Je tiens à préciser que la couleur ne détermine absolument pas la qualité gustative.
Julia regarda l’assiette.
— Ils sont noirs.
— Dorés foncés.
— Papa.
— Très foncés.
Elle s’assit.
Daniel se retourna et son sourire vacilla pendant une fraction de seconde.
Julia le vit.
Elle voyait toujours ces choses-là.
Son regard passa rapidement sur son visage, descendit vers ses épaules puis vers ses mains.
Il évaluait son état.
Avait-elle encore maigri ?
Avait-elle mal ?
Avait-elle dormi ?
Il ne posait plus systématiquement les questions.
Julia détestait ça.
Mais elle détestait encore davantage lorsqu’il les posait.
Daniel déposa une assiette devant elle.
— J’en ai sauvé deux.
— Un exploit.
— J’aimerais un minimum de reconnaissance.
Julia coupa un morceau.
Elle mâcha lentement.
Son père s’assit en face d’elle avec sa tasse de café.
Il avait cinquante-six ans et ses cheveux grisonnaient rapidement depuis un an.
Julia avait remarqué les premiers cheveux blancs supplémentaires après son diagnostic.
Elle n’avait jamais osé lui dire.
Sur le réfrigérateur, plusieurs photographies étaient maintenues par des aimants.
Julia enfant.
Julia à son diplôme.
Julia et son père à Boston.
Et une photographie beaucoup plus ancienne.
Une jeune femme aux cheveux bruns tenait une petite fille dans ses bras.
Elizabeth.
Sa mère.
Julia avait quatre ans lorsqu’un conducteur avait perdu le contrôle de son véhicule sur une route glacée.
Elle se souvenait très peu d’elle.
Un parfum.
Une voix.
Une chanson dont elle avait oublié les paroles.
Et une sensation étrange de chaleur lorsqu’elle essayait très fort de retrouver son visage sans regarder de photographie.
Daniel, lui, ne s’était jamais remarié.
Il avait élevé Julia seul.
Et maintenant, après avoir enterré sa femme, il attendait probablement d’enterrer sa fille.
Julia reposa sa fourchette.
Son appétit avait disparu.
— Pas bon ? demanda Daniel.
— Si.
— Tu n’as presque rien mangé.
— Je n’ai plus faim.
Il hocha la tête.
Silence.
La pluie continuait derrière les fenêtres.
Daniel fit tourner sa tasse entre ses mains.
Julia connaissait ce geste.
Il voulait lui parler de quelque chose.
— Quoi ?
— Quoi quoi ?
— Papa.
Il soupira.
— J’ai une idée.
— Non.
— Tu ne sais même pas ce que je vais dire.
— Tes idées impliquent généralement que je sorte de cette maison.
— C’est justement le principe.
Julia se leva avec son assiette.
— Julia.
Elle ouvrit le lave-vaisselle.
— Je ne veux pas.
— Tu ne sais toujours pas ce que je propose.
— Peu importe.
Daniel resta silencieux quelques secondes.
— Les Adirondacks.
Julia s’immobilisa.
— Quoi ?
— La maison de ton grand-père.
Elle se retourna.
— Elle existe encore ?
— Bien sûr qu’elle existe encore.
— Je croyais que tu voulais la vendre.
— J’ai changé d’avis.
— Pourquoi ?
Daniel haussa légèrement les épaules.
— Parce que j’ai le droit de prendre de mauvaises décisions financières.
Julia le regarda.
— Tu l’as gardée pour moi.
Cette fois, il ne répondit pas.
Elle comprit.
La vieille maison appartenait autrefois à son grand-père paternel. Julia y avait passé quelques étés lorsqu’elle était enfant.
Elle se souvenait vaguement d’une forêt immense.
D’un ponton.
D’un lac tellement calme certains matins qu’il ressemblait à une plaque de verre.
— Non.
— Quelques semaines.
— Non.
— Une semaine.
— Papa…
— Trois jours.
Elle ferma les yeux.
— Je ne veux pas partir.
Daniel posa sa tasse.
— Et moi, je ne veux plus te regarder mourir dans cette chambre.
Le silence tomba brutalement.
Daniel pâlit.
— Julia…
Elle resta immobile.
Il passa une main sur son visage.
— Je suis désolé.
— Pourquoi ?
— Je n’aurais pas dû dire ça.
— C’est ce qui se passe.
— Je sais.
Elle vit ses yeux rougir.
Daniel détourna immédiatement le regard.
Son père ne pleurait presque jamais devant elle.
Depuis le diagnostic, Julia l’avait surpris plusieurs fois dans le garage.
Jamais directement.
Toujours lorsqu’il pensait être seul.
— Je ne te demande pas de faire semblant d’aller bien, reprit-il. Je ne te demande même pas d’être heureuse. Je sais que je ne peux pas… réparer ça.
Sa voix se brisa légèrement sur le dernier mot.
Julia baissa les yeux.
— Je veux juste passer quelques jours avec ma fille ailleurs qu’entre quatre murs.
Elle ne répondit pas.
— Il n’y aura personne, continua Daniel. Pas de médecins. Pas d’hôpital. Pas de rendez-vous. Pas de voisins qui viennent demander comment tu vas avec cette tête…
Il prit une expression exagérément compatissante.
Julia leva un sourcil.
— Tu es horrible.
— Mais tu vois exactement la tête dont je parle.
Elle la voyait.
Elle détestait cette tête.
— Et j’emporte tes livres, ajouta-t-il.
— Certainement pas tous.
— Combien ?
Julia réfléchit malgré elle.
— Une dizaine.
— Julia, nous partons trois jours.
— Alors six.
— Deux.
— Cinq.
— Trois.
— Quatre.
Daniel tendit la main.
— Marché conclu.
Julia regarda sa main.
Puis son visage.
Elle finit par la serrer.
— Trois jours.
Le sourire de Daniel revint.
— Trois jours.
Ils partirent le lendemain matin.
Julia dormit pendant une grande partie du trajet.
Lorsqu’elle ouvrit les yeux, la ville avait disparu.
Les immeubles avaient laissé place aux arbres.
Des kilomètres de forêt s’étendaient autour de la route.
Elle regarda le paysage défiler derrière la vitre.
Son père conduisait sans parler.
Une vieille chanson passait doucement à la radio.
Julia posa la tête contre la fenêtre.
Elle avait emporté quatre livres.
Avicenne.
Une traduction de Dioscoride.
Un ouvrage consacré aux techniques chirurgicales d’Al-Zahrawi.
Et son préféré : une étude comparative des médecines antiques et médiévales.
Daniel avait protesté contre le poids.
Julia avait ignoré ses protestations.
Plus ils avançaient, plus le réseau téléphonique diminuait.
Trois barres.
Deux.
Une.
Puis rien.
— Bienvenue dans la civilisation, déclara Daniel.
— C’est littéralement le contraire.
— Question de perspective.
La route devint plus étroite.
Puis ils quittèrent l’asphalte.
La voiture s’engagea sur un chemin entouré de pins, d’érables et de bouleaux.
Julia se redressa.
Quelque chose remua dans sa mémoire.
Elle reconnaissait cet endroit.
Pas précisément.
Plutôt des sensations.
La lumière entre les arbres.
L’odeur humide de la forêt.
Le bruit des pneus sur les graviers.
Puis la maison apparut.
Petite.
Construite en bois sombre.
Un porche courait sur toute sa façade.
— Elle paraît plus petite, murmura Julia.
— Parce que tu étais plus petite.
Daniel coupa le moteur.
Le silence les enveloppa.
Julia ouvrit la portière.
L’air était frais.
Elle inspira profondément.
De la terre humide.
Du bois.
Des feuilles.
Aucune odeur d’essence.
Aucun bruit de circulation.
Rien.
Puis elle l’entendit.
De l’eau.
Julia contourna la maison.
Le sentier était toujours là.
Elle marcha entre les arbres.
Quelques dizaines de mètres.
Et s’arrêta.
Le lac.
Il s’étendait devant elle, immense et sombre sous le ciel gris.
Exactement comme dans ses souvenirs.
Peut-être plus grand.
Ou peut-être avait-elle simplement oublié.
Un vieux ponton avançait sur l’eau.
Julia resta longtemps sans bouger.
— Tu te rappelles ?
La voix de son père venait de derrière elle.
— Un peu.
Daniel s’approcha.
— Ton grand-père t’avait appris à nager ici.
— C’était toi.
— Non.
Julia fronça les sourcils.
— Si.
— Moi, j’étais dans l’eau parce que ton grand-père était persuadé qu’une excellente méthode pédagogique consistait à jeter une enfant de cinq ans depuis un ponton.
Julia tourna la tête vers lui.
— Il m’a jetée ?
— Techniquement, il t’a encouragée avec vigueur.
— Tu mens.
— Complètement.
Cette fois, Julia rit.
Un véritable rire.
Court.
Fragile.
Mais réel.
Daniel la regarda.
Et son expression changea.
À peine.
Pourtant Julia le vit.
De l’espoir.
Cela lui fit plus mal que tout le reste.
Elle détourna les yeux vers le lac.
Son père ignorait que depuis plusieurs mois, Julia ne pensait presque plus à son avenir.
Elle ne pensait plus aux opérations qu’elle aurait voulu réaliser.
Aux pays qu’elle aurait voulu visiter.
Aux livres qu’elle aurait voulu écrire.
Aux patients qu’elle aurait voulu soigner.
Elle pensait surtout à la douleur.
À celle qui viendrait.
À la morphine.
À l’hôpital.
À son père assis près d’un lit.
À ses dernières semaines.
À son dernier jour.
On lui avait expliqué tout cela avec une douceur professionnelle.
Stade IV.
Rare.
Agressif.
Inopérable.
Les traitements avaient échoué.
Les essais cliniques également.
Il n’existait plus de stratégie curative raisonnable.
Julia connaissait suffisamment la médecine pour comprendre les phrases que les médecins essayaient d’adoucir.
Elle savait ce qu’elles signifiaient.
Elle savait également ce qui l’attendait.
C’était peut-être cela qui l’avait détruite.
Pas la mort.
L’attente.
— Je vais sortir les affaires, dit Daniel.
Julia acquiesça.
Son père repartit vers la maison.
Elle resta seule.
Le vent souleva quelques mèches de ses cheveux.
Julia descendit jusqu’au ponton.
Le bois grinça sous ses chaussures.
Elle avança jusqu’au bout.
L’eau était sombre.
Très sombre.
Elle s’accroupit.
Sa main effleura la surface.
Glacée.
Julia retira ses doigts.
Une étrange tranquillité l’envahit.
Elle regarda l’autre rive.
Des arbres.
Seulement des arbres.
Elle pensa à Avicenne.
À Hippocrate.
À Galien.
À tous ces hommes qui avaient passé leur existence à essayer de comprendre pourquoi le corps humain tombait malade.
Elle pensa aux chirurgiens qui avaient opéré sans anesthésie.
Aux médecins qui avaient traversé des épidémies sans connaître l’existence des bactéries.
Aux guérisseurs anonymes dont les connaissances avaient disparu avec eux.
Des milliers d’années à essayer de repousser la mort.
Et malgré tout cela…
elle avait vingt-quatre ans.
Et personne ne pouvait la sauver.
Julia ferma les yeux.
— Julia !
Elle se retourna.
Son père était devant la maison, deux sacs à la main.
— Tu comptes m’aider ou contempler le paysage pendant que ton vieux père se détruit le dos ?
— Tu as cinquante-six ans !
— Exactement ! Je suis pratiquement une relique !
— Prends le sac léger !
— Ils contiennent tous tes livres !
Julia secoua la tête.
— J’arrive.
Elle jeta un dernier regard à l’eau.
Puis elle rejoignit son père.
Mais ce soir-là, allongée dans son ancien lit, Julia ne parvint pas à dormir.
Minuit passa.
Puis une heure.
Puis deux.
La maison était silencieuse.
Son père dormait dans la chambre voisine.
Julia regardait le plafond.
Elle ne connaissait pas celui-ci.
Aucune fissure familière.
Elle tourna la tête.
Avicenne était posé sur la table de nuit.
Elle tendit la main et ouvrit le livre au hasard.
Elle lut quelques lignes.
Puis referma l’ouvrage.
Pour la première fois depuis des mois, elle pensa au lac.
Pas au paysage.
Pas à son enfance.
À sa profondeur.
Au froid.
Au silence sous l’eau.
Julia resta immobile.
Son cœur accéléra légèrement.
Elle savait exactement ce que cette pensée signifiait.
Elle aurait dû avoir peur.
Elle n’avait pas peur.
Et ce fut précisément cela qui l’effraya.
Elle regarda la porte de sa chambre.
Derrière le mur, son père dormait.
Julia ferma les yeux.
Une larme glissa lentement le long de sa tempe.
— Désolée, papa, murmura-t-elle.
Dehors, au-delà de la fenêtre, la forêt était noire.
Et quelque part derrière les arbres, invisible depuis la maison, le lac attendait.








