Chapter 1
Le test de grossesse tremblait entre les doigts d’Alyana.
Elle fixait les deux petites lignes apparues sur l’écran, incapable de détourner les yeux.
Deux lignes.
Elle cligna plusieurs fois des paupières avant de relire la notice. Puis encore une fois, comme si les mots pouvaient soudainement changer de sens.
Mais non.
Il n’y avait aucune erreur.
Un rire nerveux lui échappa.
— Enceinte…
Le mot lui parut étrange, presque irréel.
Elle posa une main contre son ventre encore parfaitement plat.
Elle était enceinte.
Un petit être grandissait en elle.
Le sourire qui naquit sur ses lèvres cette fois n’avait plus rien de nerveux. Il était doux, lumineux, rempli d’une émotion qu’elle n’arrivait même pas à contenir.
Arnaudi allait être heureux.
Elle en était certaine.
Après tout, ils s’aimaient. Ils étaient fiancés. Leur mariage était prévu dans quelques mois et ils parlaient déjà de leur avenir ensemble.
Un bébé n’était peut-être pas arrivé au moment qu’ils avaient imaginé, mais ce n’était pas grave.
C’était leur enfant.
Leur famille.
Alyana serra le test contre sa poitrine avant de rire doucement.
Elle avait tellement envie de voir la réaction d’Arnaudi.
Elle l’imaginait déjà rester silencieux quelques secondes, le temps de comprendre, avant de la prendre dans ses bras.
Peut-être même qu’il pleurerait.
Cette pensée lui arracha un nouveau sourire.
Elle essuya rapidement les quelques larmes qui avaient roulé au coin de ses yeux, puis enveloppa le test dans un morceau de papier avant de le jeter dans la poubelle.
Elle se regarda une dernière fois dans le miroir.
Son reflet lui semblait différent.
Elle allait bientôt devenir maman.
Cette pensée lui donna presque le vertige.
Alyana posa instinctivement une main sur son ventre.
— Tu vas voir, murmura-t-elle. Ton papa va être fou de joie.
Elle sortit de la salle de bains avec un sourire qu’elle ne parvenait plus à dissimuler.
Alyana piaffa d’impatience tout l’après-midi.
Elle avait regardé l’heure tellement de fois qu’elle avait fini par perdre le compte. À plusieurs reprises, elle s’était demandé si elle ne devait pas simplement attendre qu’Arnaudi rentre pour lui annoncer la nouvelle.
Mais l’impatience avait été plus forte.
Lorsqu’elle entendit enfin le bruit familier d’une voiture s’arrêter devant l’immeuble, son cœur bondit.
Elle reconnut immédiatement le véhicule d’Arnaudi.
Sans même prendre le temps de regarder son reflet dans le miroir, elle se précipita vers la porte et l’ouvrit avant même qu’il ait eu le temps de sortir complètement de la voiture.
— Arnaudi !
Elle se jeta dans ses bras dès qu’il posa un pied sur le trottoir.
— Hé, Alyana ! Laisse-moi respirer ! plaisanta-t-il en riant tandis qu’il essayait de se dégager de son étreinte.
Elle éclata de rire.
— Je suis tellement contente de te voir !
— Ça saute aux yeux, intervint une voix moqueuse.
Alyana se figea.
Elle venait seulement de remarquer qu’Arnaudi n’était pas seul.
Un homme se tenait de l’autre côté de la voiture, les mains dans les poches de son manteau. Grand, élégant, parfaitement à l’aise, il les observait avec un sourire amusé.
Alyana le reconnut immédiatement.
— Lux !
Son visage s’illumina.
— Arnaudi t’a invité à dîner ?
— Bien sûr.
Lux s’approcha tranquillement.
— Et j’ai accepté uniquement pour avoir le plaisir de te voir.
Alyana leva les yeux au ciel.
— Toujours aussi charmeur.
— Je ne fais que constater la vérité.
Il se pencha et déposa un léger baiser sur sa joue.
Alyana sourit.
Lux Vales avait toujours été comme ça avec elle. Taquin, sûr de lui et beaucoup trop à l’aise.
Elle connaissait Lux depuis plusieurs années, suffisamment pour savoir qu’il adorait provoquer Arnaudi dès qu’il en avait l’occasion.
— Vous avez fini ? demanda Arnaudi d’un ton faussement agacé.
Lux lui adressa un sourire innocent.
— Quoi ? Je dis simplement bonjour.
— À ta manière.
— C’est la seule que je connaisse.
Alyana rit.
Le dîner se déroula dans une atmosphère légère.
Alyana avait préparé plusieurs plats qu’Arnaudi appréciait particulièrement. Elle avait même pris soin de décorer la table avec quelques bougies, ce qui n’avait pas échappé à Lux.
— Je dois reconnaître quelque chose, déclara-t-il en s’installant. Si je savais que j’allais être aussi bien reçu, j’aurais accepté toutes les invitations d’Arnaudi depuis le début.
Alyana éclata de rire.
— Ne rêve pas trop. Ce soir, c’est exceptionnel.
— Voilà qui brise mon cœur.
Arnaudi leva les yeux au ciel.
— Tu peux toujours repartir.
— Et abandonner un repas pareil ? Jamais.
Ils rirent tous les trois.
Alyana les observa un instant avec attendrissement.
Elle aimait ces soirées-là.
Elle aimait voir Arnaudi détendu lorsqu’il était avec Lux. Depuis l’université, leur amitié semblait avoir résisté à tout. Ils se connaissaient par cœur et passaient leur temps à se provoquer.
Le dîner se poursuivit ainsi, entre plaisanteries et souvenirs de leurs années universitaires.
Lux raconta notamment une anecdote embarrassante concernant Arnaudi qui fit rire Alyana aux larmes.
— Je t’interdis de raconter ça, protesta Arnaudi.
— Trop tard.
— Lux !
— Elle avait le droit de savoir avec qui elle allait se marier.
Alyana posa une main devant sa bouche pour retenir son rire.
— Je commence à me demander si je connais vraiment mon fiancé.
— Tu vois ? fit Lux avec un sourire satisfait. Je suis là pour te protéger.
— De toi surtout, répliqua Arnaudi.
Lux lui adressa un regard innocent.
— Je ne vois absolument pas de quoi tu parles.
La soirée passa rapidement.
Pourtant, Alyana sentait une excitation particulière monter en elle à mesure que les heures s'écoulaient.
Elle gardait une main posée sur ses genoux pour s'empêcher de toucher son ventre toutes les trente secondes.
Elle avait hâte de rester seule avec Arnaudi.
Elle voulait lui annoncer la nouvelle dans l'intimité.
À vingt-trois heures passées, Lux se leva finalement de table.
— Je vais vous laisser.
— Tu es sûr ? demanda Alyana. Tu peux rester dormir ici.
— Si je reste, ton fiancé va finir par me jeter dehors.
— Excellente idée, répondit Arnaudi.
Lux éclata de rire.
Il enfila son manteau avant de se tourner vers Alyana.
— Merci pour le dîner.
— C'était avec plaisir.
Il s'approcha et déposa un baiser sur sa joue.
— À bientôt, future madame Bolade.
Alyana sourit.
— À bientôt, Lux.
Il se dirigea vers la porte.
Avant de sortir, il se retourna brièvement.
Son regard s'arrêta sur Alyana.
Une seconde.
Peut-être deux.
Puis il sourit et quitta l'appartement.
La porte se referma derrière lui.
Alyana poussa un petit soupir.
Enfin seuls.
Elle se retourna vers Arnaudi.
— J'ai quelque chose à te dire.
Il était déjà en train de débarrasser les verres.
— Quoi ?
Alyana s'approcha lentement.
Elle avait imaginé cet instant toute la journée.
Elle posa une main sur son ventre.
— Je suis enceinte.
Le verre qu'Arnaudi tenait entre ses doigts s'immobilisa.
Pendant quelques secondes, il ne réagit pas.
Alyana, elle, continuait de sourire timidement.
— Tu as bien entendu.
Elle s'approcha de lui.
— On va avoir un bébé.
Arnaudi posa lentement son verre sur la table.
Puis il releva les yeux vers elle.
Son expression avait changé.
— Tu te moques de moi ?
Le sourire d'Alyana disparut.
— Quoi ?
— Tu te moques de moi, Alyana ?
— Pourquoi est-ce que je ferais ça ?
Il se leva brusquement.
— Parce que tu prends la pilule !
Elle resta bouche bée.
— Oui... je la prends.
— Alors explique-moi comment tu peux être enceinte !
Sa voix était montée d'un ton.
Alyana sentit son cœur accélérer.
— Je ne sais pas. Il peut y avoir des oublis, des erreurs...
— Des erreurs ?
Il eut un rire sans joie.
— Non. Tu m'as piégé.
Alyana le regarda comme s'il venait de parler dans une langue qu'elle ne comprenait pas.
— Je t'ai piégé ?
— Oui.
— Avec quoi ? Une grossesse ?
— Tu savais que je ne voulais pas d'enfant maintenant !
— Mais je ne savais pas que tu me soupçonnerais de faire une chose pareille !
Les larmes lui montèrent aux yeux.
Arnaudi détourna le regard.
— Tu sais très bien ce que je veux faire de ma vie.
— Oui.
— Mon oncle veut que je rejoigne définitivement la société familiale. Il veut que je travaille avec lui, que j'apprenne le fonctionnement de l'entreprise et que je finisse par prendre une place importante dans le groupe.
Il passa nerveusement une main dans ses cheveux.
— Mais moi, je veux construire quelque chose par moi-même. Je veux avoir ma propre carrière. Je veux réussir sans être simplement présenté comme le neveu du propriétaire.
Alyana resta silencieuse.
Elle savait qu'Arnaudi parlait souvent de ses ambitions.
Il voulait se faire un nom.
Il voulait prouver qu'il pouvait réussir sans l'argent de sa famille.
Mais elle ne comprenait toujours pas en quoi leur enfant pouvait empêcher cela.
— Tu peux faire tout ça avec un bébé.
— Non.
La réponse fut immédiate.
— Je ne veux pas d'enfant maintenant, Alyana. Je n'ai pas le temps pour ça.
— Mais tu n'es pas obligé de choisir entre ton enfant et ta carrière.
— Si.
Il la fixa.
— Un enfant change tout.
Alyana posa une main tremblante sur son ventre.
— C'est notre enfant. Alors pourquoi tu parles comme si c'était un problème ?
Arnaudi ferma les yeux un instant.
Lorsqu'il les rouvrit, son regard était devenu dur.
— Parce que je ne veux pas être père.
Alyana sentit quelque chose se briser en elle.
— Tu vas changer d'avis.
— Non.
— Arnaudi...
— Je ne veux pas de cet enfant.
Elle secoua la tête.
— Tu es simplement sous le choc.
— Je suis parfaitement lucide.
Il marqua une pause.
Puis il prononça les mots qu'Alyana n'aurait jamais pensé entendre de sa bouche.
— Tu dois avorter.
Elle devint livide.
— Non.
— Alyana...
— Non !
Elle recula, protégeant instinctivement son ventre de ses deux mains.
— Je ne tuerai pas mon bébé parce que tu as décidé que ta carrière était plus importante.
— Ne dramatise pas.
— Tu viens de me demander de me débarrasser de notre enfant !
— Parce que je n'en veux pas !
Le silence retomba dans l'appartement.
Alyana fixa longuement son fiancé.
L'homme qu'elle aimait depuis des années.
L'homme qu'elle croyait connaître.
Et soudain, une question lui traversa l'esprit.
Depuis combien de temps s'était-elle trompée sur lui ?








