PROLOGUE — Avant l’Éclipse
Mahéva n’était pas partie avec les meilleures cartes.
Une mère emportée par un cancer six ans plus tôt. Un père alcoolique aux humeurs imprévisibles, qui avait fini par la mettre à la porte lorsqu’il avait appris son endométriose. Un CAP de serveuse pour seul diplôme, des petits boulots sans intérêt et des relations toxiques.
Ses grands-parents, eux, avaient déjà dessiné son avenir : un mari, des enfants, une maison et un travail stable.
Longtemps, elle avait cru que la vie se résumait peut-être à ça.
Jusqu’au jour où elle poussa la porte d’une psychologue clinicienne.
Quelques séances suffirent à lui faire comprendre ses choix, ses schémas, les limites qu’on lui avait imposées et celles qu’elle avait fini par s’imposer elle-même. Sa vision de la vie changea. Elle découvrit qu’il existait bien plus que le chemin qu’on avait tracé pour elle.
Puis vinrent les rêves.
Au début, Mahéva n’y prêta pas attention. Jusqu’à ce qu’une femme commence à y apparaître. Toujours la même. Un visage, une voix, une présence si réaliste qu’au réveil, il lui fallait parfois quelques secondes pour accepter qu’elle n’avait jamais existé ailleurs que dans son sommeil.
Les nuits passèrent. La femme revenait.
Et ce qui n’était qu’un rêve devint peu à peu une obsession.
Mahéva voulait comprendre qui elle était. Pourquoi son esprit avait créé cette femme précisément. Pourquoi elle ressentait cette étrange impression de la connaître alors qu’elle ne l’avait jamais rencontrée.
Elle représentait quelque chose que Mahéva n’avait encore jamais trouvé dans ses relations : une femme forte, indépendante, impossible à soumettre, capable de lui tenir tête sans chercher à la changer.
Peut-être n’existait-elle pas.
Peut-être que Mahéva cherchait simplement quelqu’un qui n’existait que dans sa tête.
Pourtant, quelque part en elle, une certitude refusait de disparaître :
un jour, elle la rencontrerait.
Et avec cette ouverture apparut une facette d’elle longtemps contenue. Plus sombre. Plus froide. Dominante.
Mahéva aimait provoquer, diriger et garder le contrôle. Après avoir laissé trop longtemps les autres décider de sa vie, elle n’avait plus l’intention d’en céder les commandes.
Elle se fixa alors un point final.
L’Allemagne.
Mais le chemin serait loin d’être droit.
Il y aurait les obstacles, les échecs, l’argent, le travail… et les femmes. Des rencontres, des désirs, des relations parfois intenses. Mahéva ne refusait plus de vivre. Pourtant, aucune ne semblait être celle qu’elle cherchait sans même savoir si elle existait : la seule, l’unique, celle qu’elle pourrait réellement aimer.
Avant l’Allemagne, elle voulait construire son indépendance, sa liberté financière et une vie selon ses propres règles.
Elle n’avait ni fortune, ni réseau, ni grandes études.
Mais elle avait une idée.
Maison Éclipse.









