Le retour
Chapitre 1 — Le retour
Je n’aurais jamais dû revenir ici.
Cette pensée me traversa l’esprit dès que je descendis de la voiture.
Dix ans.
Dix longues années que je n’avais pas remis les pieds dans cette maison.
Et pourtant, rien n’avait vraiment changé.
Le vieux portail grinçait toujours.
Les volets étaient toujours aussi délavés.
Même le grand arbre devant la maison semblait m’attendre.
Je restai quelques secondes immobile, incapable d’avancer.
Pourquoi étais-je revenue ?
Je connaissais pourtant la réponse.
J’avais reçu cette lettre trois jours plus tôt.
Une simple enveloppe blanche.
Sans adresse d’expéditeur.
À l’intérieur, une seule feuille.
« Si tu veux connaître la vérité sur ce qui s’est passé il y a dix ans, reviens chez toi. »
Je l’avais relue des dizaines de fois.
Et malgré toutes les raisons que j’avais de jeter cette lettre, quelque chose m’avait poussée à venir.
Peut-être l’espoir.
Ou peut-être cette petite voix au fond de moi qui refusait de croire à l’histoire qu’on m’avait racontée.
Je pris une profonde inspiration.
Puis j’ouvris le portail.
Le jardin était envahi par les mauvaises herbes.
La maison semblait abandonnée depuis des années.
Pourtant...
Une fenêtre à l’étage était ouverte.
Je fronçai les sourcils.
Impossible.
Personne ne devait être ici.
Je sortis mon téléphone.
Aucun réseau.
Évidemment.
Je poussai la porte d’entrée.
Elle s’ouvrit sans résistance.
— Il y a quelqu’un ?
Ma voix résonna dans le couloir.
Aucune réponse.
Je fis quelques pas.
Une odeur familière me saisit.
Le parfum de ma mère.
Je fermai les yeux.
Pendant une seconde, je redevins une enfant.
Je revoyais son sourire.
Ses bras.
Sa voix.
Puis le souvenir de son enterrement me revint brutalement.
J’ouvris les yeux.
Non.
Je n’étais pas venue ici pour pleurer.
J’étais venue pour comprendre.
Je montai les escaliers.
Chaque marche grinçait sous mes pieds.
Arrivée à l’étage, je m’arrêtai devant la chambre de ma mère.
La porte était entrouverte.
Je la poussai doucement.
Tout était exactement comme dans mes souvenirs.
Son lit.
Sa commode.
Le miroir.
Et sur la table de nuit, une photographie.
Je m’approchai.
C’était une photo de famille.
Ma mère.
Mon frère Thomas.
Et moi.
Je souris tristement.
Puis je remarquai quelque chose.
La photographie avait été déplacée récemment.
Je la pris.
Derrière, une petite enveloppe était cachée.
Mon cœur se mit à battre plus vite.
Je l’ouvris.
À l’intérieur, il y avait une clé.
Et un morceau de papier.
Trois mots étaient écrits dessus :
« Cherche sous l’escalier. »
Je descendis immédiatement.
Sous l’escalier se trouvait une vieille armoire que je n’avais jamais remarquée auparavant.
Je poussai les portes.
Rien.
Puis je vis une petite serrure.
La clé entra parfaitement.
Un clic retentit.
Un compartiment secret s’ouvrit.
À l’intérieur se trouvait une boîte métallique.
Je la pris.
Elle était lourde.
Je l’ouvris.
Des documents.
Des photographies.
Et une vieille cassette vidéo.
Je fronçai les sourcils.
Je ne possédais même plus de lecteur pour ce genre de cassette.
Puis je vis une enveloppe.
Mon nom était écrit dessus.
Léna.
Mes mains se mirent à trembler.
Je l’ouvris.
Une seule phrase.
« Ton frère n’est pas mort. »
Je cessai de respirer.
Thomas.
Mon frère.
Mort depuis dix ans.
J’avais assisté à son enterrement.
J’avais vu son cercueil.
J’avais pleuré jusqu’à ne plus pouvoir parler.
Je relus la phrase.
Encore.
Puis encore.
— Ce n’est pas possible...
Un bruit retentit à l’étage.
Je me figeai.
Quelqu’un venait d’entrer dans la maison.
Je regardai vers l’escalier.
Un pas.
Puis un autre.
Quelqu’un descendait.
Je reculai lentement.
Mon cœur battait à toute vitesse.
— Qui est là ?
Aucune réponse.
Une silhouette apparut en haut des marches.
Je ne distinguais pas son visage.
Elle descendit lentement.
Une marche.
Puis deux.
Je reculai jusqu'à heurter le mur.
L'homme arriva au bas de l'escalier.
Puis il leva les yeux vers moi.
Je cessai de respirer.
Parce que je connaissais ce visage.
Ces yeux.
Cette cicatrice au-dessus du sourcil.
C’était impossible.
— Thomas ?
Il me regarda longuement.
Puis il murmura :
— Tu n’aurais jamais dû revenir, Léna.








