Aeternum by KuroVerse at Inkitt
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AETERNUM

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Summary

Quand les bombes tombent, 350 personnes trouvent refuge dans AETERNUM, un bunker conçu pour les protéger pendant quinze ans. Elias fait partie des survivants. Seul, sans famille et étrangement calme face au chaos, il découvre sous terre un monde qui ressemble presque à une seconde chance. Entre les murs de ce refuge, il rencontre Maëlle et commence à reconstruire quelque chose qui ressemble à une vie. Mais AETERNUM n'est pas seulement un abri. C'est un huis clos où chacun observe chacun, où les secrets s'accumulent et où la sécurité pourrait n'être qu'une illusion. Ici, survivre ne signifie pas forcément être sauvé.

Status
Ongoing
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapitre 1

Chapitre 1 - J’étais réveillé

POV : Elias — J+0

Le café était froid depuis vingt minutes quand ça a commencé.

J’étais réveillé depuis l’aube. Ça m’arrive souvent. L’appartement était silencieux, ce silence particulier des endroits où une seule personne vit et range ses affaires au même endroit depuis des années. Une tasse dans l’évier. Des chaussures près de la porte.

C’est la rue que j’ai entendue en premier. Une voiture a démarré trop vite, trois étages plus bas. Puis une deuxième.

Puis mon téléphone s’est mis à vibrer sur la table et il n’a plus arrêté.

ALERTE NATIONALE — NIVEAU ROUGE

RALLIEZ IMMÉDIATEMENT LE POINT DE MISE À L’ABRI LE PLUS PROCHE

Et dehors, presque en même temps, toutes les sirènes de la ville.

J’ai regardé l’écran un long moment.

Je crois que je n’ai rien ressenti. On m’a dit plus tard que c’était le choc.

La télévision. Une présentatrice lisait un communiqué en tenant ses feuilles à deux mains. Ses mains tremblaient.

« ... confirmé par plusieurs sources. Je répète. Le gouvernement a activé le protocole national de mise à l’abri. Les délais sont extrêmement courts. »

Elle s’est arrêtée.

Une seconde.

J’ai vu sur son visage qu’elle venait de comprendre qu’elle allait mourir en direct.

Puis elle a repris.

« Les codes des sites de mise à l’abri défilent en bas de votre écran. Ne prenez que l’essentiel. Ne cherchez pas à rejoindre vos proches si cela vous détourne de votre trajet. »

Je lui ai trouvé du courage.

Mon site s’appelait AETERNUM. Sud-est. Vingt-deux kilomètres.

Je n’ai appelé personne.

Il n’y avait personne à appeler.

En bas, la rue était en train de devenir autre chose.

Ce n’est pas la panique des films. C’est plus lent au début, et beaucoup plus laid. Les gens sortaient avec des objets absurdes. Un type courait avec un écran de télévision. Une femme en peignoir traînait une valise cassée en criant un prénom.

Au carrefour, un homme a poussé une femme. Elle est tombée entre deux voitures. Il est monté dans la sienne et il est parti.

Vingt minutes plus tôt, cet homme était quelqu’un.

J’ai pris la moto. Les axes étaient déjà pris.

J’ai roulé entre les files. Les visages derrière les vitres étaient tous tournés vers le haut.

Tout le monde regardait le ciel.

Des milliers de gens immobiles regardaient le ciel. Ils voulaient savoir s’il leur restait une heure ou trois minutes.

Moi, j’ai regardé les gens.

Le ciel était parfaitement bleu. Il faisait un temps magnifique.

À trois kilomètres du site, plus rien ne bougeait.

Les voitures étaient en travers, portières ouvertes. Une colonne montait à pied, chargée de sacs, d’enfants et de chiens.

J’ai coupé le moteur et laissé la moto sur le bas-côté.

Je n’en avais plus besoin.

C’est là que j’ai vu la femme. Un sac à dos, un sac de sport en travers de la poitrine, et un petit garçon d’environ six ans qui n’avançait plus. Elle essayait de le porter et n’y arrivait pas.

Je me suis accroupi devant elle. À un mètre quatre-vingt-quinze, se relever devant quelqu’un qui a peur, c’est déjà une menace.

« Vous voulez que je le prenne ? »

Elle m’a regardé. J’ai attendu.

« Vous êtes sûr ? Il est lourd. »

« Il fait vingt kilos. »

« Vingt-deux. »

« Alors ça ira. »

Elle a lâché la main du petit.

« Marius. Le monsieur va te porter. »

Il m’a regardé de bas en haut.

« T’es grand comment ? »

« Trop. »

« Ça fait mal ? »

« Aux portes, oui. »

Il a ri.

Je l’ai pris sur mon bras gauche.

« Les méchants, ils vont venir dans le tunnel aussi ? »

« Non. »

« Pourquoi ? »

« Parce que la porte est plus solide qu’eux. »

Il a réfléchi.

« Et papa, il va nous retrouver ? »

Sa mère a dit son prénom, très bas, comme un avertissement.

« Je ne sais pas », j’ai répondu.

On ne ment pas aux enfants. Ils sentent tout.

Il a hoché la tête.

Il s’est endormi contre mon épaule avant qu’on arrive.

Je ne sais pas comment on s’endort dans un moment pareil.

J’ai envié ça.

Et puis il y a eu le portail.

AETERNUM ne ressemble à rien depuis la route : une colline, une clôture, un bâtiment beige, un parking. Un seul mot sur le portail, en lettres noires.

Devant, il y avait la foule.

Des barrières métalliques formaient des couloirs. Des agents en gilet gris scannaient les cartes. À l’entrée du premier sas, un homme comptait.

« Trois cent dix. »

« Reçu. »

Le site prend trois cent cinquante personnes. Nous étions plusieurs milliers sur cette route.

Puis la colonne entière a compris qu’il y avait deux files : ceux qui allaient vivre, et ceux qui resteraient dehors.

Et là, la foule a cessé d’être une foule.

Je ne décrirai pas tout.

Une femme a poussé sa fille dans le sas.

« Tu avances. Tu ne te retournes pas. J’arrive juste après. »

La gamine a avancé.

Un homme a tenté d’escalader une barrière. Deux agents l’ont fait redescendre.

Un vieux monsieur en costume a fait demi-tour vers les voitures vides. Personne ne l’a arrêté.

J’ai avancé.

Marius dormait toujours. Sa mère me tenait la manche.

« Trois cent quarante. »

« Reçu. »

L’homme au portail m’a pris ma carte et m’a regardé une seconde de trop.

J’ai pensé que c’était ma taille. C’est souvent ma taille.

« Passez, monsieur. »

« Merci. »

Le sas s’est fermé derrière nous à trois cent cinquante.

C’est un bruit hydraulique, long, lent, sourd, avec un déclic final presque délicat.

Pendant un moment, on les entendait encore à travers l’acier.

Puis un deuxième sas s’est fermé.

Et on ne les entendait plus.

On descend soixante mètres.

L’ascenseur est un monte-charge grillagé. Une minute quarante. Personne ne parle, sauf une femme qui répète « j’aurais dû » sans jamais finir.

Puis les portes s’ouvrent.

Je ne vais pas essayer de décrire l’effet que ça fait. Imaginez qu’on vous dise que vous allez mourir, qu’on vous fasse courir vingt-deux kilomètres, puis qu’on ferme une porte blindée sur des gens qui criaient votre nom.

Et qu’au bout du couloir, il y ait ça.

De la pierre claire. Du bois sombre. Des lignes de lumière chaude au plafond. Un jardin derrière une paroi de verre, avec des arbres, de la mousse, un bassin et une petite cascade. Vingt-deux degrés.

Un rire nerveux a traversé le silence. Des gens se sont mis à pleurer.

Puis une femme a hurlé :

« Rouvrez ! Il reste de la place ! »

Deux agents l’ont prise par les bras.

C’est la première chose que je retiens d’AETERNUM.

Pas la beauté.

Le décalage.

J’ai levé la tête vers la voûte.

Et j’ai eu la sensation absurde d’être rentré chez moi.

Je crois que c’est le soulagement. Le corps confond à l’abri et chez soi.

Elle s’appelait Hélène Varga.

Elle a parlé depuis la passerelle du deuxième niveau, micro-casque, tailleur gris, aucune note.

Elle n’a pas demandé le silence. Elle l’a attendu.

« Vous êtes en sécurité. »

Trois secondes.

« Vous êtes en sécurité. Vous êtes à soixante mètres sous la surface, derrière quatre sas blindés. Ce site est conçu pour vous maintenir en autonomie complète pendant quinze ans. Air, eau, nourriture, énergie, soins. »

Un homme a crié :

« Et nos familles ? »

« Je n’ai pas de réponse à vous donner. »

« C’est tout ? »

« Oui. »

Elle n’a pas haussé la voix.

« Nous établirons des listes dès que les liaisons seront rétablies. Je préfère vous promettre peu et le tenir. »

Elle a donné les consignes : visites par groupes, affectations de logement, restaurant à dix-neuf heures.

Ils n’auraient rien retenu.

Les visites se sont faites par groupes de soixante.

Et c’est là que je t’ai vue.

Vous étiez quatre.

Un homme d’une cinquantaine d’années en polo, qui posait trop de questions. Une femme qui ne lâchait pas le bras de la plus petite. Une fille de dix-sept ou dix-huit ans qui pleurait.

Et puis il y avait toi.

L’aînée.

Tu marchais un demi-pas devant les trois autres, et tu étais la seule à écouter vraiment.

Le guide récitait son texte sur les capacités du site. Tu l’as coupé.

« Quinze ans d’autonomie sur combien de personnes ? »

« Le dimensionnement porte sur trois cent cinquante résidents. »

« Et on est combien, là, aujourd’hui ? »

Il a ouvert la bouche.

« Je n’ai pas cette information. »

« D’accord. »

Tu as hoché la tête, comme si tu rangeais ça quelque part.

Vingt-quatre ans, peut-être vingt-cinq. Les cheveux relevés à la va-vite.

Mais ce n’est pas ça qui m’a arrêté.

Ce sont tes mains.

Tout le monde tremblait.

Les tiennes étaient immobiles.

Ta mère s’est retournée. Son regard a croisé le mien. J’ai souri. Elle me l’a rendu.

Puis le groupe a tourné à droite et je vous ai perdus.

Les affectations ont pris six heures.

Un homme comptait sur ses doigts.

« J’en ai laissé neuf. »

Je n’ai rien dit.

« Et vous, vous en avez laissé combien ? »

« Aucun. »

Il a hoché la tête.

À dix-neuf heures, ils ont ouvert le restaurant.

Grande salle, plafond haut, tables de six et de huit, bois sombre, pierre claire, paroi vitrée sur le jardin. De la musique, doucement.

Trois cent cinquante personnes venaient de perdre le monde entier, et on leur servait un dîner chaud.

J’ai pris un plateau et me suis assis à la table près de la colonne, celle qui était encore libre.

De là, je voyais toute la salle : des familles, des gens qui se tenaient la main, d’autres qui s’engueulaient.

Et moi avec mes couverts en inox et ma chaise vide en face, à manger lentement, pour que ça dure.

Ça m’a serré la gorge.

Vous êtes entrés vingt minutes plus tard. Tous les quatre. Trois tables de moi, sur ma gauche.

Ta mère m’a vu.

Elle s’est penchée vers toi et t’a dit quelque chose à l’oreille. Tu as soupiré.

Tu t’es levée.

De près, tu avais les yeux très clairs et une petite cicatrice au-dessus du sourcil gauche.

« Ma mère demande si vous voulez manger avec nous. »

« C’est très gentil. »

« C’est elle qui est gentille. Moi, je transmets. »

« Je ne veux pas m’imposer. Vous êtes en famille. »

Tu as posé une main sur le dossier.

« On n’a absolument rien à se dire. Mon père a déjà raconté trois fois la même histoire sur le compteur d’eau. »

J’ai ri.

Ça, c’était vrai. C’était un vrai rire.

« Dans ce cas. »

J’ai pris mon plateau et je t’ai suivie. Huit mètres.

Ta petite sœur a levé les yeux vers nous. Son visage s’est éclairé.

« Maëlle », tu as dit en t’asseyant. « Moi c’est Maëlle. »

« Elias. »

Ton père m’a serré la main. Ta mère m’a servi de l’eau.

Douze heures plus tôt, je buvais un café froid dans une cuisine vide.

Et je me suis dit, avec une gratitude qui m’a surpris, que la fin du monde venait quand même de me donner quelque chose.

Il était vingt heures dix.

Le premier impact est tombé une heure et demie plus tard.

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