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TOBAGO PURPLE

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Summary

"Two beautiful, broken women. One violent path to redemption."Growing up in the tropical slums of Tobago, Jessy and Tracy shared everything—until life tore them apart, dragging one into the dark world of secret services and the streets, and the other into legal success and self-destruction.Decades later, a brutal reunion fires a shot straight into the heart of the Russian mafia. From the neon sweat of dancehall clubs to a bloody, point-blank vendetta, Tobago Purple is a fast-paced, gritty, and deeply emotional thriller about survival, power, and a bond that refuses to die.A hard-boiled, punk, and non-censored ride for fans of dark fiction and intense psychological tension.

Genre
Action
Author
JOfa Davis
Status
Complete
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapitre 1 / JOfa et Jack

A Tracy, mon ange Zamana

A repenser à notre vie, j’ai comme un vertige. Pas cette décharge électrique dans les tibias, ni l’odieuse aspiration

vers le néant, mais une sensation merveilleuse, le parfum d’une aventure sans limite, avec le temps comme seul marqueur.

J’enterre mon amie, mon grand amour, séduisante à ses quatre-vingt sept ans, fringante et délicieuse comme lorsque nous rentrions de l’école et que je te laissai seule continuer ton chemin, m’enfonçant dans les abimes que nos îles cachent si bien.

Métissées, nos existences se croisent, s’éloignent, s’épaississent, se diluent et s’accompagnent, amoureuses. Deux belles salopes !

Ce n’est pas si loin, les années quatre-vingt.Pourtant c’est un autre monde, hors sol, seulement palpable dans nos souvenirs.

Tracy, nous n’avons eu ni maris ni enfants. Grands-mères, qu’aurions-nous dit à ces bambins hirsutes et vagabonds, espiègles baveux sans cesse périmés, futurs connards d’un jour, héros de nos vies, pétasses en fusion à leurs quinze ans, bagarreurs ou lâches, danseuses en équilibre.

Quelles mauvaises fréquentations aurions-nous été, assassines haute couture Made in Tobago.

Huit personnes sont venues à cet adieu. Je n’en connais aucune. Enfin, pas intimement. Etions-nous si seules ? Et si en réalité nous avions été condamnées à ne jamais souffrir de solitude. Mon amour, nous avons trinqué à nos pertes, à nos victoires et à nos perditions, carnavals permanents, exaltants et vibratoires, traversées en solitaires avant cette vie dans notre maison où tu as l’outrecuidance de mourrir avant moi, verre levé au ciel, vidé sans modestie, jeté derrière toi de la falaise.

C’est de ce vertige dont je parle, celui qui étreint notre vie de petites filles, survivantes pourpres.

Tu m’as souri et tu es partie, adorable garce, avec ton élégance, finesseindécente, toi la sage, moi la sauvage. Et quand les rôles se sont inversés, nous nous sommes rencontrées à nouveau dans ce que l’amitié compte de plus compromettant.

Combien de fois suis-je morte avant de vivre enfin? C’est ça, le grand amour, t’êtreaccroupie sur notre vie pour leur montrer qu’on pisse toutes pareil.

Je reconnais là nos digressions et cette incohérence. Quelle cadeau, dégager sans moi, comme si, encore et toujours, j’étais la plus forte. Délicieuse putain, j’aurais haï avoir à te laisser seule. J’avoue sans honte, c’est mieux que si je t’avais butée dans cet appartement de Brooklyn. Tu vois, je souris… Quelle époque ! Etait-ce vraiment Brooklyn?

La solitude fut notre alliée. Tu l’as éclipsée, la voilà de retour, sans rancune, douceet funeste. Te souviens-tu de cette affreuse histoire, ce chien qui s’est suicidé ?

J’ai longtemps pensé que la seule, la vraie, la pure liberté était de choisir quand on veut partir. On dit ça quand on se pense intelligente. Mais au fond, la liberté c’est quand on s’accroche à une vie de merde, un fil d’araignée, un soupir et qu’on décide d’y croire malgré tout. J’ai assez cru à ces balivernes pour avoir le droit de me faire sauter lacitrouille, quand je veux, comme je veux.

Le destin t’a réservé une sortie tranquille.J’en suis si heureuse. Tu restes avec moi dans notre belle maison. Nous avons réussi notre vie, notre départ peut-être, mais qui connait notre histoire ?Ce que ça fait de tuer un homme…Ce que ça fait d’être riche

Sur l’ile avec Jack, 1989

Huit heures du soir à l’horloge de la station service du Pond. Le cratère d’eau saumâtre donne à la petite ville surpeuplée des Caraïbes un semblant d’horizon. Comme toujours, Jack se méfie. Il sort par la fenêtre de la voiture et se met en chien de fusil devant l’homme à la pompe en grognant.

“Il a quoi votre clébard, il n’aime pas les pompistes?”

“Désolé, je ne veux pas vous manquer de respect, mais il n’a confiance en personne, en dehors des anges, peut-être…Vous ne devez pas en être un !”

“Remettez-le dans votre voiture, il me fout les jetons. Il est pas bien gros mais ça doit être le genre à sauter à la braguette.”

“Jack, rentre !”

Le petit chien blanc à la tête marron continue de grogner. Il attend que le pompiste en termine, et là, il obéira. C’est à prendre ou à laisser. “Tant pis si je me fais engueuler,

je fais mon job. Ces mecs-là, ils ont toujours un truc derrière la tête.”

“Il est raciste ou quoi votre clebs Maâm ?”

“Précisez votre pensée, j’ai la peau plus noire que la vôtre.”

“Voilà, c’est ça, il aime pas les métis ! Ça tombe bien, moi j’aime pas les chiens.”

“Vous avez tout compris. Et lui aussi. Vous ne l’aimez pas,

il garde la voiture de sa maîtresse… Au fait c’est pas ici qu’il y a eu un braquage la semaine dernière ? Vous étiez là?”

“Ben non, sinon je serais mort. Ils ont buté le fils du patron et les deux employés, tout ça pour cinq mille dollars. Ils auraient aussi buté votre chien s’il leur avait grogné après.Voilà, le plein, cinquante dollars. Vous étiez quasi à sec, pas bon dans cette région.”

“C’est mon quartier ici, je peux tomber en panne dix fois, il va rien m’arriver.”

La dame de Tobago remonte dans sa Mustang rouge, capote fermée. Le terrier de deux ans est déjà à bord. Le pompiste ne s’est pas caché pour la reluquer,insistant lourdement sur son cul. Des jolies filles, il en voit tous les jours à la station, au pire, deux ou trois et jusqu’à une vingtaine les bonnes semaines. Elle doit avoir la trentaine, un peu maigre, même si les formes sont là, foutue comme un danseuse.

Lui, il aime les matrones avec des hanches qui y regardent à deux fois avant d’entrer dans un couloir. Allez, on lui met quinze sur vingt. Il note dans son calepin.

La Mustang s’éloigne avec le grondement goguenard du V6.

Le chien, monté à l’avant,ne le quitte pas des yeux. Il jurerait que ce piège à rats est en train de l’insulter: “Même pas en rêve, connard, une femme comme elle, tu peux courir !”

“Connard toi-même!”

Josepha est une bonne maîtresse, même s’il a du mal à supporter son parfum, reliquat d’années inconnues. Il hume l’air marin à l’approche de Guana Bay et regrette de rentrer si vite à la maison. Encore imbibé d’essence, son odorat fait peau neuve avec le retour des embruns. Il saute hors de la Mustang et précède sa maîtresse, trottinant au rythme reggae des talons aiguilles sur le carrelage de l’entrée. Le vieux Marty, un beagle à laretraite, remue la queue et les salue en plissant les yeux. Gaston, le chat Korat, se cache, sournois, encore à préparer un coup de putois.

“Pas grave”, se dit-il. On ne choisit pas sa famille.

Josepha a donné congé pour la semaine à sa demi-douzaine d’employés. Sa manièrede prendre des vacances.

Les escarpins roses valdinguent au pied du canapé en sergede coton pistache, suivis par la jupe assortie et le chemisier en lin blanc.Elle garde ses sous-vêtements le temps de vider une bouteille d’eau pétillante givrée, entre nue dans une de ses nombreuses douches aquarium au sol travertin.

Jofa hésite à se caresser mais opte pour un plongeon dans la piscine. Dix, quinze, vingt longueurs: cinq-cents mètres, ça ira pour la matinée. Suivie par Jack, la quadragénaire aux allures hybrides de top modèle sauteuse en longueur promène ses jambes fuselées dans les huit-cent-mètres carrés de sa demeure. Ses fesses pleines suivent le mouvement, ballotant de gauche à droite, bondissant au gré des marches d’escalier.

Elle récupère un stick d’herbe au passage, cherche un briquet et se moque de la mine renfrognée de son terrier.

“Putain, elle va encore fumer celle-là. Je supporte pas !”

Ce n’est pas tant l’odeur qui le gène, même s’il se tient à distance pour ne pas éternuer. Ce qui l’emmerde au plus haut point, c’est de perdre la connexion.

Après une bouffée,il ne peut plus lui parler, ou plutôt, c’est elle qui se fout de sa gueule, le prend pour un bébé, un clown, un joujou, une peluche, voire même un banal chien de compagnie. Après deux ou trois taffes, on oublie; Madame est ailleurs, mets sa musique perce-oreilles et danse en riant. Tiens, ça commence, encore du dub !”

Le son de Jacob Miller envahit le premier étage, rebondit sous la charpente en moabi pendant qu’elle descend au rez-de-chaussée, déboule sur le gigantesque deck en demi-niveau avec la piscine et s’accoude devant la baie, tétés au vent.

Tom, son plus proche voisin, habite à trois cent mètres à vol d’oiseau, en bas de lafalaise, sur la plage. Ce doit être dimanche, il tond son gazon, lève les yeux, fait un signe amical, sourit. Elle répond par un grand mouvement circulaire. Il lâche son volant et met ses mains sur sa poitrine, l’air de dire dire : “ma chère, on ne voit que tes nibards,tu pourrais mettre un petit truc dessus parce que mon fils de treize ans passe son temps à se palucher en te matant sur ta terrasse.”

Josepha se retourne, lui montre son derrière et se met une fessée en réponse : “et celui-là , il se pignole dessus?”

Tom lève les bras au ciel. Elle est incorrigible cette voisine.

Il se marre tout de même. Après tout, ils ont l’habitude de se baigner nus avec Alexandra, son épouse. Seuls leurs enfants, purs produits nouveau siècle, s’accrochent à leurs vêtements.

Josepha se souvient de leur rencontre à Simpson Bay, chez des amis communs. Le bara changé trois fois de nom depuis mais elle l’appelle encore le Salito. Ils étaient déjà marié mais n’avaient pas de gamins et faisaient la fête tous les week-ends, du vendredi au dimanche soir. Tequila, pinard, petits pétards, mais surtout pas de coke. Ca c’était tabou. Enfin… “taboupatabou”, une invention de leur part pour concéder place à l’exception.

Elle rentre se verser un Chardonnay glacé qu’elle déguste loin de la bouteille, au bord de la piscine, les pieds dans l’eau. Quarante ans !Elle se trouve magnifique, bien plus belle qu’avant, épanouie, libre comme l’air, délicieusement seule.

Josepha s’allonge sur le carrelage une fois son verre torché et laisse ses yeux se promener sur les veines du bois dela véranda.

Le dernier homme avec lequel elle a couché, c’est le charpentier venu de Guyane aprèsle cyclone. Sympa, gentil, musclé, d’un ennui ! Ce n’est pas de chance d’avoir pourultime souvenir sexuel un mec aussi lisse. Elle grimace et décide de chasser cette image en chargeant la mule avec un autre stick et un deuxième verre à ras bord.

Jofa en profite pour préparer le dîner, une salade de belles tomates rouges, un avocat,un filet de thon. Demain, elle nagera deux kilomètres. Avec son entrainement de boxe thaï, ça devrait suffire à nettoyer les excès. En attendant, on chante, on danse sur To love Somebody, Bunny Scott, version dark.

C’est bon d’être seule, de vivre nue. Les effets combinés de l’herbe et du vin montent aux tempes, chauffent son coeur, irradient son intimité.La faim creuse ce petit vide agréable. Avant de prendre une douche près de la piscine, Nina Simone déballe House of the raising sun. Jofa se sèche pour la quatrième fois, monte le son, part à la conquête de son dressing de plage où tuniques et T-shirts en maille se battent pour couvrir sa poitrine, frôler les pointes brunes et soyeuses de ses seins. Les applaudissements de l’enregistrement viennent lui voler la chanteuse sans interrompre ses larmes d’émotion.

Elle irait bien faire de la moto dans l’après midi, mais après ce qu’elle vient de se mettre… Elle se demande si Nina Simone est morte. Elle lui fait tellement penser à sa copine Tobago, disparue comme presque toutes les autres.

“Combien j’en connais qui ont dégagé. Un jour tu les vois, ensuite, tu réalises que tu ne les reverras jamais. Tobago, Stacy, Apple, Mercedes, Jessy, Brandy. Brandy… Jamais elle n’a été aussi accro à une paire de fesses et cette garce s’en foutait. Partager sa chambre, c’était pas si cool. Brandy elle l’a revue: on aurait dit une petite vieille, comme si le temps lui avait mis des gifles, comme si d’avoir été trop belle il fallait qu’elle en prenne pleinla gueule. Grands yeux noirs en amande, épaules carrées et taille de guêpe, une moue permanente, prête à l’insulte, fruit mûr en toute saison, le bulbe de ses lèvres, tendre, élastique, me rendait folle. On a beaucoup baisé dans cette piaule de filles. Jamais tu ne m’as accordé la moindre tendresse. Merde alors, je t’aurais suivie partout, on aurait adopté des enfants, ouvert un restaurant. Tu n’aurais pas vieilli !”

“Et voilà”, pense Jack, “elle pleure. Je t’avais dit: ne fume pas. Et un pétard, et deux et les verres de vin et la pluie qui tombe. Attend, je vais m’occuper de toi.”

Jack vient coller son museau contre la joue de sa belle maîtresse. Il perçoit les replis de son âme, ses excès, sa joie, sa fureur. “Ce n’est pas grave, tu n’es pas triste, juste saoule. Ça va passer, comme toujours.”

Josepha se redresse et prend Jack sur ses genoux.

Le coup de blues s’évanouit.

“Ca va Jack, ne te fait pas autant de mouron.”

Une semaine. Elle se donne huit jours pour terminer son roman. Il faut bien qu’elle se souvienne, fasse le tour des disparues, ses héroïnes, ses soeurs de couloir etde chambrée, compagnes d’infortune, cette fortune après laquelle elles couraient sansla moindre illusion. Un leurre qui fait tourner le dos au présent.

“Depuis qu’elle a décidé d’écrire ses mémoires, je dois me farcir les montagnes russes émotionnelles. C’est moi le fusible. Je n’arrive pas à m’y faire, c’est contre-instinctif.

Alors je lui fait la gueule.”

“Jack, viens manger ! Et arrête de bouder. Je vais te lire la fin de ce chapitre et tu me dis ce que tu en penses. Je vais te faire une confidence : je ne peux pas rester sur une si mauvaise impression avec ce charpentier. Je dois me faire un mec et vite, tu comprends ?”

“Je ne sais pas ce qu’elle raconte. Cette étincelle dans les yeux, ce n’est jamais bon signe. La dernière fois, elle s’est bastonnée avec un chauffeur de taxi”.

Jessy at Cat’s incognito

Une heure du mat chez Cat. La nuit pulvérise les inhibitions. Les filles se faufilent entre flashes et pénombre, envoutées par les basses du dancehall, bondissantes boules de flipper lancées au centre d’un parterre de gogos toutes catégories...



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