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Les sentiments au fond de tes beaux yeux - TOME 3 : LE VRAI MONSIEUR GRIMMAL

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Summary

Après mensonges, trahison, descente aux enfers... Venez conclure l'histoire d'amour d'Hunter et Hestia.

Status
Ongoing
Chapters
4
Rating
n/a
Age Rating
18+

La plage et l'océan

Environ un mois plus tard

Je suis assise sur la plage, les doigts de pieds dans le sable, et je regarde Calyouk qui joue dans les vagues alors que le jour décline. Il saute dans l’océan inlassablement, en jappant et en me jetant des coups d’œil réguliers pour vérifier que je suis toujours là, que tout va bien.

Ça fait bientôt un mois que nous venons ici tous les jours, que nous passons notre fin de journée sur la plage tous les deux, à regarder l’océan et le ciel à perte de vue.

Je ferme les yeux, je profite des derniers rayons chauds du soleil, je me laisse bercer par le cri des mouettes, par le ressac des vagues sur les rochers… Je ressens le vent doux, ma robe en lin légère qui s’agite doucement sur ma peau… Je respire l’air marin, je puise l’apaisement de la plage et de l’océan en ce début de mois de mai chaud et clément.

Une truffe mouillée me pousse la joue et je ris en ouvrant les yeux :

-Youk ! le réprimande-je.

Il me remet un coup de truffe avant de se ramasser sur lui-même pour jouer, le ventre trainant dans le sable et l’œil rieur.

-Tu sais très bien que tu auras une douche si tu fais ça avant de rentrer à la chambre, le préviens-je en souriant.

Il n’en a que faire et il se jette dans le sable pour se rouler, bien décidé à me montrer qu’une douche n’est pas grand-chose face à l’amusement total qu’il éprouve lors de nos sortie à la mer le soir. Je lève les yeux au ciel puis je pose ma tête sur mes genoux et mes bras autour de mes jambes :

-Allez, encore dix minutes mon chéri, annonce-je gentiment.

Il repart comme une balle jusqu’à l’eau pour se jeter dedans et je l’observe avec un sourire maternel en profitant de cette douce fin de journée.

Un petit quart d’heure plus tard, nous reprenons tranquillement le chemin de l’hôtel en marchant le long de la plage. J’ai mes claquettes à la main, les pieds dans l’eau pour que les vagues les caressent et mon loup qui court encore comme un chiot heureux autour de moi.

L’hôtel où nous logeons apparait enfin. C’est un petit hôtel familial et convivial, plein à craquer dès la mi-juin, mais encore peu fréquenté au début du mois de mai, et je m’y suis sentie chez moi plutôt rapidement.

Ça fait un mois que Sélène m’a vu débarquer à son bureau d’accueil, pieds nus, en pleurs et avec un gros sac à la main. Un mois que je suis montée dans le premier train qui partait de notre ville et qu’il m’a emmené ici, à l’autre bout du pays, au bord de la mer. Sélène m’a accueillie à bras ouverts, avec toute la gentillesse du monde et m’a même installée avec elle dans la petite salle de restaurant pour discuter avec moi ce jour-là. Je lui ai expliqué rapidement ma situation et elle a accepté de me louer une chambre malgré Calyouk, alors que les chiens sont normalement interdit dans le petit établissement. Elle s’est occupée de moi comme l’aurait fait une drôle de marraine inopinée, toujours un mot gentil au début, puis quelques questions, et elle est maintenant devenue mon pilier ici.

Je pousse la petite porte et je constate que la salle de restaurant commence drôlement à se remplir en ce samedi.

-Et bien… des arrivées ? m’étonne-je.

-Oh oui ma chérie, et ce n’est que le début, confirme Sélène. Tu as passé une bonne promenade ?

-Très, l’air commence à devenir chaud même à cette heure-ci…, commente-je.

-J’ai eu un fax de ton université, il a dû être envoyé cette semaine mais nous ne l’avons reçu que ce soir… Je serais prête à parier que j’ai reçu le papier lorsque mon fax s’est souvenu qu’il existait et qu’il s’est réveillé…

J’ouvre de grands yeux et elle me tend le papier que j’espère depuis des jours, ma convocation à mes partiels. J’observe la feuille avec des étoiles plein les pupilles et lorsque je relève le nez, Sélène me sourit avec bienveillance :

-Tu vas tout déchirer ma chérie, je te le promets.

-J’espère, m’inquiète-je.

-Nous n’avons pas passé toutes ces heures à réviser tes petites fiches pour rien ! Moi je te le dis ! répond-elle en souriant largement.

Je serre ma convocation contre mon cœur et Sélène s’attendrit un peu trop, préférant donc me sortir son petit ton bourru pour le cacher :

-Dépêche-toi d’aller me passer ce Monsieur sous la douche ! Il met du sable plein l’entrée !

-A tout à l’heure ! réponds-je en lui souriant de toutes mes dents.

Je grimpe ensuite rapidement le petit escalier jusqu’à notre chambre, où je mène Calyouk à la salle de bain. Il ne se fait pas prier, il connait la chanson et il se glisse tout seul dans la douche pour que je puisse rincer le sable de ses poils.

Ça fait un mois que je suis partie avec Calyouk, je n’imagine pas comme il doit manquer à Eden, mais je n’ai jamais pu me débarrasser de lui. J’ai tout essayé pour qu’il reparte, je lui ai ordonné de rentrer, je lui ai interdit de monter dans le train avec moi, mais il n’y a rien eu à faire, il n’a pas voulu se détacher de moi. Je m’en veux un peu au fond, parce qu’il n’est pas mon chien… mais je ne suis pas non plus responsable du fait qu’il m’ait suivi sans rien vouloir entendre de mon refus. Ça fait un mois qu’il n’a ni laisse, ni harnais, ni collier… simplement sa plus grande fidélité à mon égard et notre amour mutuel. Je ne peux pas non plus faire comme si ça ne m’arrangeait pas, outre sa présence thérapeutique, il m’a permis de ne pas avoir peur, de réussir à me sauver sans craindre pour ma vie, d’aller faire mes courses sans stresser, de ne pas avoir de téléphone, de me promener sur la plage depuis des semaines pour assimiler tout ce qu’il m’est arrivé cette année plutôt que d’être enfermée dans ma chambre par trouille… Calyouk a été mon roc, mon soutien indéfectible, mon protecteur, ma compagnie et mon amour, tout ce que j’ai perdu.

Au fond de moi, j’espère simplement qu’Eden sait que je m’en occupe bien, que je le connais par cœur, que je sais exactement les croquettes qu’il lui faut jusqu’à ses friandises préférées, ses heures de promenade et les activités qu’il préfère… Je m’occupe de lui comme s’il était le mien et je sais aussi que je le ramènerai à Eden, alors j’efface ma culpabilité depuis des semaines et je me concentre sur le bien qu’il me fait et le bonheur qu’il m’apporte.

Un mois que j’ai quitté toute ma vie pour de bon, abandonné l’université et tout ce que j’ai toujours connu… Je suis descendue du train si tôt ce jour-là qu’il faisait encore nuit, j’ai marché encore et encore à travers les rues, Youk sur mes talons, et soudain, je me suis retrouvée face à l’océan où le ciel se levait… Dès que je l’ai vu devant moi pour la première fois de ma vie, j’ai su que je me trouvais à la bonne place, que j’étais exactement où j’avais besoin d’être pour traverser tout ça. Je suis immédiatement allée marcher le long de la mer, mettre les pieds dedans pour la première fois, frissonner face à la température fraiche de l’eau, sentir le sable sous mes doigts après l’avoir tant vu en photo dans les livres, apercevoir mes premières mouettes…

Un mois que je vis cette vie, coupée de tout et de tout le monde, pour accuser le coup, réaliser, assimiler, renaitre.

Je n’ai même pas pleuré plus que ça, le choc était trop grand, la trahison trop immense et je ne pouvais pas pleurer un homme que je ne connaissais même pas. Alors j’ai simplement mis la vie qui ne me convenait plus à la poubelle, pour profiter de la nouvelle, de ces vacances éternelles que je m’offrais.

Sélène me fait un prix, que ce soit sur la toute petite chambre que j’ai ou sur les repas, et je m’en sors très bien. J’ai assez d’argent pour rester ici un sacré bout de temps si l’envie m’en dit, au moins quelques mois avant d’avoir à réfléchir sérieusement à trouver un travail et reconstruire ma vie.

J’ai passé une semaine de choc absolu, à ne rien faire à part vivre chaque seconde entièrement, profiter du sable sous mes pieds, du soleil sur ma peau, de mes promenades avec Cal, des repas sur la petite terrasse suspendue de l’hôtel… Je refusais tout net de réfléchir à quoi que ce soit, de démêler ma vie, que ce soit Kai le drogué ou Hunter le baron de la drogue. Non, simplement moi, Hestia. Et ça m’a fait un bien fou.

Au début de la deuxième semaine, je faisais mes mots croisés sur la terrasse lorsque Sélène m’a rejoint pour prendre le petit déjeuner. Nous avons discuté toutes les deux, notamment de mon année de fac, et elle ne m’a pas laissé abandonner. Elle m’a pris rendez-vous chez son médecin de famille, qui m’a fourni un justificatif médical pour mon assiduité à l’université, et à partir de là, j’ai passé mes matinées à travailler mes cours sur la terrasse, jusqu’à ce que le soleil soit trop chaud vers deux heures et me pousse à rentrer. Je passe ensuite mes après-midi à l’ombre, en écoutant le chant des cigales dans le jardin privé de Sélène, je lis beaucoup, je fais parfois la sieste ou je câline Youk. Puis viennent nos promenades en fin de journée, nos longues promenades le long de la mer quand il fait assez doux pour que Cal profite, notre rituel d’observer le coucher du soleil tous les deux… Je rentre ensuite toujours nous doucher, puis me préparer pour la soirée, que je passe sur la terrasse avec les clients de l’hôtel. Je bois des jus de fruits en écoutant les groupes de musiques du jour, j’observe les vacanciers précoces s’amuser sur la petite piste de danse au coin de la terrasse, je me réchauffe devant les grands brasero lorsque le frais de la nuit tombe…

La seule chose étonnante est arrivée lors de la deuxième semaine, lorsqu’un homme s’est présenté à l’accueil de l’hôtel avec une photo de moi pour demander à Sélène si elle m’avait déjà vu ou aperçu. Elle a affirmé que « non » avec toute son assurance, puisqu’elle connait mon histoire, et j’ai pu être rassurée de me dire qu’on ne viendrait plus me chercher ici, puisque j’avais tout de même l’inquiétude que ce scénario arrive comme dans les films.

En tout cas, mon travail sérieux a payé, je me sens prête pour mes examens qui commencent lundi et mon billet de train est déjà réservé, ainsi que l’hôtel où je séjournerai pour toute la semaine que durent mes partiels.

Mon quotidien ici me fait du bien, profondément du bien. Je me retrouve, je prends du temps pour moi, et dès ma troisième semaine ici, j’ai enfin pu réfléchir doucement, tout doucement à cette situation, sans me faire peur, sans pleurer ou m’effondrer… Simplement y réfléchir dans un environnement qui m’était désormais familier, rassurant et sécurisant.

Après la douche de Calyouk vient la mienne pour me préparer pour ma soirée sur la terrasse, qui est toujours plus animée le samedi, surtout avec l’arrivée des nombreux clients du jour. J’enfile ma plus jolie robe, je lustre mes cheveux avec mon huile et j’applique même du mascara, car aujourd’hui n’est pas un jour comme les autres. Nous sommes le six mai, et c’est mon anniversaire.

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