Prologue
LE SILENCE
La douleur après une chute.
Je ne la ressentais pas.
Je pouvais tomber dans les escaliers, m'écorcher les genoux, me cogner la tête.
Et me relever en riant.
Maman disait : _Tu es unique, mon trésor du ciel._
Elle m'embrassait sur le front comme si ça suffisait à réparer.
La peur du noir.
Je pouvais rester des heures dans ma chambre, volets fermés, sans allumer.
À compter les secondes. À écouter la maison respirer.
Papa disait : _Tu es notre lumière._
Alors je croyais que rien ne pouvait m'éteindre.
Le calme avant la tempête.
Je ne comprenais pas ce proverbe.
De quel calme ? Quelle tempête ?
Chez nous, il n'y avait que des rires. Que du café le matin. Que des disputes pour savoir qui ferait la vaisselle.
Les monstres, les démons, les esprits, les sectes.
Je n'ai jamais eu peur des choses que je ne voyais pas.
Les histoires du soir ne me faisaient pas trembler.
Je riais quand les autres pleuraient.
Mais ce soir-là...
J'ai compris. Tout.
Le bruit de la porte qu'on enfonce.
Pas de cris. Pas de sommation.
Juste des pas. Lents. Précis. Comme s'ils connaissaient déjà le chemin.
_Cache-toi, Raven. Maintenant._
La voix de maman. Cassée.
Je me suis jetée dans le placard du couloir.
L'odeur du manteau de papa. De l'après-rasage. Du linge propre.
J'ai tiré la porte sur moi. Mes mains tremblaient.
Le premier coup de feu a explosé.
Sourd.
Puis le deuxième.
J'ai mordu le pull de papa pour ne pas hurler. Le tissu avait le goût du sang et de la poussière.
J'entendais leurs voix. Basses. Calmes.
Comme s'ils discutaient de la météo.
Des bruits de chaises qu'on renverse. De verre qui se brise.
De ma mère qui supplie.
De mon père qui ne dit rien.
Puis plus rien.
Le silence.
Ce silence-là. Celui qui pèse. Celui qui colle à la peau.
J'ai attendu.
1 minute. 10 minutes. Une éternité.
Quand j'ai enfin osé sortir, le salon n'était plus un salon.
C'était une scène.
Leur scène.
J'ai ressenti la douleur pour la première fois ce jour-là.
Elle m'a traversée de la tête aux pieds.
J'ai hurlé. J'ai rampé. J'ai vomi.
J'ai serré le pull de papa contre moi comme si je pouvais le recoudre, le ramener.
Les policiers m'ont trouvée des heures plus tard.
Recroquevillée. Couverte de sang qui n'était pas le mien.
Muette.
On m'a dit : _C'est un cambriolage qui a mal tourné._
On m'a dit : _Tu as eu de la chance._
On m'a menti.
Parce que sur le sol, à côté de la main de papa...
Il y avait une marque.
Brûlée dans le parquet.
Une demi-lune dans une étoile.
Et cette nuit-là, j'ai arrêté de tomber sans avoir mal.
J'ai arrêté de ne pas avoir peur du noir.
J'ai compris le proverbe.
Le calme... c'était avant.
La tempête... c'était moi.
Et je jure que je la ramènerai.
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*Note de l'auteur*
Ce livre est né d'un silence.
Celui d'une petite fille dans un placard.
Celui que j'ai ressenti quand j'ai écrit la première ligne de Raven.
Raven n'est pas une héroïne. Elle est cassée, en colère, et parfois détestable.
Mais elle est vraie. Elle se bat avec ce qu'il lui reste : sa rage et son obstination.
Le Sceau de l'Astre n'existe pas.
Enfin... pas à ma connaissance.
Tout ce que vous allez lire est fiction.
Mais la peur, le deuil, et l'envie de justice ?
Ça, c'est bien réel.
Si certains passages vous dérangent, c'est normal.
Je n'ai pas écrit pour consoler. J'ai écrit pour comprendre la douleur, et ce qu'elle fait de nous.
Raven ne voulait pas qu'on l'apaise. Elle voulait qu'on l'écoute.
Si à la fin de ce livre vous retournez en fermant votre porte,
c'est que j'ai fait mon travail.
Merci de l'avoir accompagnée jusqu'ici.
Et méfiez-vous du silence.
--- petite dédicace ❤️❤️☺️
Pour mes sœurs, *Héléna* et *Grâce*.
Celles qui rient avec moi et qui pleurent avec moi.
Vous êtes ma famille choisie, encore et encore.
Et pour mon grand frère, Gédéon.
Celui qui m'a appris à ne jamais baisser la tête.
Ta force vit dans chaque page.
Sans vous, cette histoire n'aurait jamais vu le jour.
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