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ALEPH

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Summary

Si un jour on vous dit que les loups existent, que les vampires aussi, et que le slender man est réel ? comment réagirez-vous, quels seront vos choix, vos décisions ? Accepter, ou mourir? Ne pas être naïve, Voir la réalité en face, Tel qu'elle se présente, Ne jamais changer d'avis. Tel est le mantra de Mei. ///// DATE D'ECRITURE 2022 ESSAI 3

Genre
Romance
Author
BADJULE
Status
Ongoing
Chapters
13
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapitre 1 - Là ou la forêt commence

Portland, dans le Maine.

Une petite ville bordée par la baie de Casco, autrefois animée par les allées et venues des bateaux de pêche et le brouhaha des docks.

À l’époque, les quais étaient remplis dès l’aube. Les pêcheurs vendaient leur marchandise à la criée, les commerçants s’interpellaient d’un bout à l’autre du port et les touristes venaient profiter de l’air marin.

Mais cette époque était révolue.

Au fil des années, la ville s’était vidée peu à peu. Les commerces avaient fermé, les touristes s’étaient faits rares et les docks, autrefois bruyants, n’étaient plus fréquentés que par quelques vieux pêcheurs.

Ils continuaient pourtant leur routine.

Partir avant le lever du soleil.

Affronter le froid, le vent et parfois les tempêtes.

Revenir à la tombée de la nuit avec l’espoir d’avoir ramené suffisamment de poissons pour payer les factures et faire vivre leur famille.

L’hiver, ici, semblait plus long qu’ailleurs.

Le soleil se faisait rare.

Le brouillard s’installait régulièrement au-dessus de la ville et, lorsque la nuit tombait, Portland donnait l’impression de disparaître complètement.

C’est précisément pour cette raison que Mei avait choisi cet endroit.

Elle avait vingt ans et venait de quitter Los Angeles.

Ou plutôt, elle avait fui.

Sa mère avait autrefois été une actrice connue. Une femme que tout le monde voulait photographier, interviewer et inviter aux soirées les plus prestigieuses d’Hollywood.

Mais le temps avait fini par passer.

Les rôles s’étaient raréfiés.

Les producteurs avaient cessé de l’appeler.

Et les jeunes actrices avaient pris sa place.

Sa mère n’avait jamais accepté cette réalité.

Elle vivait encore dans le souvenir de sa gloire passée, parlant de projets qui n’existaient plus et de films qu’elle ne tournerait probablement jamais.

Puis l’alcool avait pris de plus en plus de place.

Les cigarettes aussi.

Mei avait grandi au milieu de cette déchéance.

Elle avait appris très jeune à faire les courses, à payer certaines factures, à ranger, à gérer les problèmes et surtout à ne pas en créer de nouveaux.

Sa mère était censée être l’adulte.

Pourtant, c’était Mei qui avait fini par le devenir.

Alors, lorsqu’elle avait eu suffisamment d’économies pour partir, elle n’avait pas hésité.

Elle avait cherché l’endroit le plus éloigné possible de Los Angeles.

Un endroit où personne ne connaissait son nom.

Un endroit où personne ne connaissait celui de sa mère.

Un endroit où elle pourrait enfin vivre pour elle.

Elle avait trouvé Portland.

Et elle avait trouvé cet appartement.

Il n’était pas grand.

Il n’était pas particulièrement moderne.

Mais il avait quelque chose que Mei avait immédiatement aimé.

La mer d’un côté.

La forêt de l’autre.

Depuis la cuisine, elle pouvait voir les premiers rayons du soleil se refléter sur les docks.

Depuis sa chambre, elle pouvait apercevoir l’immense forêt qui s’étendait derrière la maison.

Une forêt dense, verdoyante, presque interminable.

Elle avait adoré cet endroit dès la première visite.

Enfin...

Presque.

Il y avait une chose qu’elle n’arrivait pas à expliquer.

Le jour, la forêt lui semblait magnifique.

La nuit, elle devenait différente.

Plus sombre.

Plus silencieuse.

Comme si quelque chose changeait lorsque le soleil disparaissait.

Mei n’en parlait à personne.

Après tout, elle n’avait aucune raison d’avoir peur d’un simple morceau de forêt.

Ce matin-là, il était 7 h 40.

Son premier jour à l’université.

Mei attrapa son sac et jeta un dernier coup d’œil à l’heure.

Dix minutes.

Elle avait environ dix minutes de marche jusqu’à l’université.

Elle enfila une veste épaisse, des gants et une énorme écharpe avant de rabattre sa capuche sur sa tête.

Le froid était glacial.

Lorsqu’elle sortit, ses joues furent immédiatement rougies par le vent.

La ville se réveillait lentement.

Quelques magasins étaient encore fermés.

D’autres ne rouvriraient probablement jamais.

Mei avançait d’un pas rapide, les mains enfoncées dans ses poches.

Elle n’était pas particulièrement stressée par cette rentrée.

Elle savait que la plupart des filles de son âge auraient probablement passé la matinée à se demander si elles allaient réussir à se faire des amis, comment elles allaient s’habiller ou à quoi ressembleraient leurs premiers cours.

Mei, elle, avait d’autres préoccupations.

Elle avait grandi trop vite.

Elle avait appris à ne compter que sur elle-même.

Et elle ne regrettait pas d’être partie.

Enfin...

Elle essayait de ne pas regretter.

Son téléphone se mit à vibrer dans sa poche.

Elle le sortit.

O’Connell.

Mei ferma les yeux quelques secondes.

Elle prit une profonde inspiration avant de décrocher.

— Oui ?

Le silence à l’autre bout du fil dura quelques secondes.

Puis une voix familière répondit.

— T’es où ?

Mei fronça les sourcils.

— Chez moi. Dans mon appartement. Celui près du port.

— Tu n’es pas partie me chercher un paquet de cigarettes ?

Mei regarda l’heure.

7 h 43.

Elle se pinça l’arête du nez.

Évidemment.

Elle entendit le bruit caractéristique d’une déglutition.

Sa mère était déjà en train de boire.

À cette heure-ci.

— Maman, j’ai cours dans quelques minutes.

— Et alors ?

— Je ne vais pas traverser le pays pour t’acheter des cigarettes.

— Tu pourrais quand même faire un effort.

Mei ne répondit pas.

— Tu m’as abandonnée, continua sa mère.

Le ton venait de changer.

Plus sec.

Plus accusateur.

— On en a déjà parlé.

— Non. Toi, tu as décidé de partir. Nuance.

Mei serra son téléphone un peu plus fort.

Elle aurait voulu répondre.

Elle aurait voulu lui rappeler toutes les nuits où elle avait dû la ramasser au sol.

Toutes les fois où elle avait dû appeler un médecin.

Toutes les fois où sa mère avait promis d’arrêter.

Mais elle savait déjà comment la conversation finirait.

Alors elle se contenta de dire :

— Je dois aller en cours.

— Bien sûr.

Un silence.

— Tu as toujours été égoïste.

Puis la communication fut coupée.

Mei resta immobile quelques secondes.

Elle fixa l’écran de son téléphone.

Puis elle souffla.

— Génial.

Elle rangea l’appareil dans sa poche et reprit sa route.

L’air humide transportait plusieurs odeurs.

Le sel de la mer.

Les relents d’alcool provenant des docks.

Et une odeur plus difficile à identifier.

Quelque chose de plus terreux.

De plus profond.

Une odeur de sous-bois, d’humus et de feuilles mortes.

Mei ralentit.

Elle connaissait cette odeur.

Elle venait de la forêt.

Elle tourna légèrement la tête.

Sa maison était désormais derrière elle.

À quelques dizaines de mètres seulement, les arbres formaient une masse sombre derrière les habitations.

Elle s’arrêta.

Pourquoi est-ce qu’elle regardait encore cette forêt ?

Elle ne savait pas.

Depuis qu’elle avait emménagé, elle avait cette sensation étrange.

Comme si quelque chose, là-bas, attirait constamment son attention.

Elle fixa la lisière.

Rien.

Puis...

Une ombre.

Mei plissa les yeux.

Quelqu’un se tenait entre les arbres.

Une silhouette.

Immobile.

Elle resta figée.

La silhouette semblait la regarder.

Mei abaissa légèrement sa capuche.

Elle se concentra.

Un arbre.

Deux arbres.

Puis la silhouette disparut.

— Hein ?

Elle fit un pas en avant.

Rien.

Plus personne.

Mei resta quelques secondes à fixer l’endroit.

Peut-être un habitant.

Un étudiant.

Un gamin qui avait pris un raccourci à travers la forêt.

Ou simplement son imagination.

Elle haussa les épaules.

— N’importe quoi...

Elle reprit sa route.

Mais après quelques mètres, elle se retourna une dernière fois.

La forêt était toujours là.

Silencieuse.

Immobile.

Et pourtant, Mei eut la désagréable impression qu’elle n’avait pas été seule à observer.

Elle détourna rapidement les yeux.

Elle avait suffisamment de problèmes comme ça.

Elle n’allait pas commencer à avoir peur des arbres.

Dix minutes plus tard, Mei pénétra dans l’immense hall de l’université.

Le bâtiment était beaucoup plus grand qu’elle ne l’avait imaginé.

Elle observa les étudiants qui se pressaient dans les couloirs, certains seuls, d’autres déjà entourés de groupes d’amis.

Elle ne connaissait absolument personne.

— Mei ?

Elle se retourna.

Un jeune homme lui adressait un sourire.

— Oui ?

— Je suis Mac. On m’a demandé de t’accompagner pour ton premier jour.

— Ah.

Mei lui rendit son sourire.

— Merci.

Ils commencèrent à avancer dans les couloirs.

Mac parlait beaucoup.

Il lui expliqua les différents bâtiments, les salles de cours, la cafétéria et les endroits où les étudiants avaient l’habitude de se retrouver.

Après quelques minutes, il finit par lui poser la question qu’elle savait qu’on lui poserait tôt ou tard.

— Alors, pourquoi tu as quitté Los Angeles ?

Mei réfléchit quelques secondes.

Elle aurait pu lui dire la vérité.

Mais elle ne connaissait pas ce garçon.

Et elle n’avait aucune envie de raconter sa vie.

Alors elle répondit simplement :

— J’avais envie d’un peu de verdure.

Mac éclata de rire.

— Tu ne pouvais pas trouver plus radical comme changement.

Mei sourit.

— Je crois que j’en avais besoin.

Elle ne précisa pas de quoi.

Elle ne parla pas de sa mère.

Elle ne parla pas de sa fuite.

Elle ne parla pas de toutes les raisons qui l’avaient poussée à partir.

Pour la première fois de sa vie, elle voulait simplement être Mei.

Pas la fille d’une ancienne actrice.

Pas la fille qui devait gérer les problèmes de sa mère.

Juste Mei.

Elle ignorait encore que son arrivée à Portland allait bouleverser tout ce qu’elle croyait connaître.

Et que la forêt qu’elle venait de quitter... allait bientôt devenir impossible à fuir.

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