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MARRY ME

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Summary

Sara avait un plan : intégrer Columbia, s’installer à New York et construire la vie dont elle avait toujours rêvé. Tout était prévu. Sauf cet inconnu insupportable croisé à Paris. Elle pensait ne jamais le revoir. Le destin, lui, semblait avoir d’autres projets. Entre Paris et New York, rencontres improbables, situations absurdes et coïncidences beaucoup trop parfaites vont venir bouleverser tous ses plans. Parce que parfois, les plus belles histoires commencent exactement là où tout devait mal tourner. Quand le destin se met en route, rien ne peut le stopper.

Genre
Romance
Author
Sarrabali
Status
Complete
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapitre 1: PARIS : LE DESTIN PREND LE RER


Une voix métallique fend l’air du quai bondé :

« Mesdames et messieurs, en raison d’un incendie près des voies, la circulation du RER B est interrompue... Tous les voyageurs sont invités à descendre. Pour tous les passagers à destination de Roissy Charles de Gaulle, des taxis seront à votre disposition devant la gare. Merci de votre compréhension et à bientôt sur le réseau SNCF. »

Grognements en chaîne. Excédé tout le monde se précipita à l’extérieur pour changer de moyen de transport. Au milieu du troupeau, une jeune femme se distingue. Sara, 23 ans, taille mannequin, budget étudiant, démarche de sprinteuse, zigzague comme si le sol était un slalom. Sara avait des yeux en amande d’une couleur vert émeraude entourés de long cils noirs très fournis et une longue chevelure châtain et lisse et épaisse qui tombait le long de son dos. Tailleur noir parfaitement ajusté, trench crème qui flottait derrière elle comme une cape, escarpins beaucoup trop élégants pour courir, un café dans une main, son téléphone dans l’autre et une valise qui rebondissait derrière elle comme si elle regrettait déjà cette journée.

Sara ne marchait jamais.

Elle avançait en accéléré.

— Pardon ! Excusez-moi ! Laissez passer ! Je suis désolée !

Elle slaloma entre deux voyageurs, évita une poussette de justesse... puis heurta l’épaule d’un homme.

Son café bascula dangereusement. Trois gouttes éclaboussèrent la manche du manteau.

Sara s’immobilisa.

— Oh non...

L’homme baissa les yeux vers sa manche.

Elle fit pareil, gênée.

Un silence.

Puis elle releva la tête avec son plus beau sourire.

— C’est du décaféiné...

L’homme la regarda sans comprendre.

— Ça tâche moins... enfin... psychologiquement, je crois.

Elle lui tapota l’épaule avec beaucoup de conviction, comme si ce geste pouvait absorber les trois gouttes de café.

— Vraiment désolée ! Bonne journée !

Et elle repartit sur la pointe des pieds, en espérant qu’il la laisse partir sans problèmes et avant même qu’il ait trouvé quoi répondre.

Dehors, c’était la ruée vers les taxis. Sara visa le premier, accéléra, respira, posa la main sur la poignée :

— Bonjour monsieur, Roissy s’il vous plaît !

Écho parfait. De l’autre côté de la voiture, une voix de baryton venait de prononcer exactement la même phrase, au même instant. Elle releva les yeux par-dessus le toit du taxi.

L'« écho » mesurait un mètre quatre-vingt-quinze. Un costume d’une élégance rare, taillé au micromètre, rendait hommage à des épaules d’athlète. Trente ans, américain, d’origine daghestanaise et russe. De sa mère il avait tout pris : les cheveux châtain clair, les yeux gris-vert qui hésitaient entre la tempête et la sagesse, une barbe de quelques jours parfaitement taillée. On l’appelait Liam ; son deuxième prénom, le premier étant proprement imprononçable pour un Américain. Sa carrure disait le reste : le sport, la musculation, le MMA, presque une religion de famille.

— Waouh, souffla Sara. On dirait une scène de film.

— C’est vrai, malheureusement je vais devoir choisir la fin répondit-il dans un français trop parfait pour être honnête, posé sur un accent américain. Il la regardait à peine.

— Ça m’étonnerait je ne suis pas fan des drames...

— Je suis navré. D’habitude, je fais le gentleman. Aujourd’hui, je suis pressé.

— Ça tombe bien, moi aussi. Et j’étais là la première.

Elle glissait déjà sa valise dans le coffre.

— Techniquement, la file est de mon côté, observa-t-il sans bouger.

— Techniquement, on est à Paris, personne ne respecte la file. — Elle claqua le coffre. Elle claqua le coffre ; merci de votre compréhension ! dit-elle avec un sourire forcé.

Elle voulut contourner Liam pour rejoindre la portière. Il fit un pas de côté. Tranquille. Juste de quoi se placer entre elle et la voiture.

— Non, dit-il.

— ... Non quoi ?

— Vous ne monterez pas.

Elle tenta sa gauche. Il était déjà à gauche. Elle repartit à droite. Il était à droite. Elle leva les yeux vers lui. Puis un peu plus haut. Le type faisait deux têtes de plus qu’elle et la largeur d’une armoire normande. ON aurait dit un mur porteur face à elle. « C’est qu’un détail pensa-t-elle ».

Elle essaya de se faufiler sous son bras : trop haut. De se glisser dans son dos : il pivota d’un centimètre, ce qui suffit très largement. Elle poussa carrément contre son épaule, des deux mains, à s’en décoller les talons du sol. Liam, lui, en profita pour consulter sa montre.

Accoudé à sa portière, le chauffeur observait la scène, ravi.

— Moi je dis rien, hein... mais je mettrais bien une pièce sur le grand.

— Vous faites de la muscu ? demanda-t-elle, essoufflée, en tâtant son biceps d’un air accusateur.

— Un peu.

Il était d’une froideur incroyable.

— Ça se voit. C’est agaçant.

Elle changea d’angle. Feinte à droite, plongeon à gauche. Il l’accompagna sans même la regarder, un bras tendu comme une barrière de passage à niveau.

— Bon. Vous pouvez retirer votre bras ?

— Je pourrais.

— ...

— Je ne vais pas le faire.

— Retire ton bras ou j’te mords !

— Mordez. Ça ne vous fera pas grandir.

— Oh ! Sévère, apprécia le chauffeur qui vapotait.

Vexée, elle prit un dernier élan, épaule en avant. Elle percuta le bras tendu, rebondit dessus comme sur un tourniquet, et c’est là que son escarpin rendit les armes : le talon dérapa, la chaussure resta plantée sur le trottoir, et son pied poursuivit le combat en chaussette.

Liam baissa les yeux sur la chaussure abandonnée. Un temps.

— Cendrillon, dit-il enfin.

— Pardon ? !

— Vous perdez déjà vos chaussures, et il n’est même pas midi.

Elle remit l’escarpin d’un coup de talon rageur, croisa les bras, et joua sa dernière carte : le culot.

— Très bien. Alors il faudra me passer sur le corps.

— À huit heures du matin ? Je ne commets pas de meurtre avant mon café.

Le chauffeur, jusque-là simple spectateur, suivait l’échange comme un match de tennis, la tête qui allait de gauche à droite.

— Les enfants, les enfants... on se calme, hein ! lança-t-il avec un bon accent du Sud. Vous allez au même endroit : vous partagez la course, c’est moins cher pour tout le monde. Et tout le monde il est content !

Un silence.

Il désigna la banquette arrière.

— Chacun son coin du ring. Et pas un mot, sinon vous prenez le prochain !

Sara consulta sa montre, jaugea l’univers entier, et céda. Liam aussi. Elle se recoiffa d’un geste, rajusta son blazer, puis monta la tête haute, comme si l’idée venait d’elle. Liam s’installa à l’autre bout de la banquette, aussi loin qu’un mètre de moleskine le permettait.

Pas un mot. Le chauffeur tenta bien deux ou trois manœuvres de réconciliation, qui tombèrent à plat. Sara fixait l’horizon en mode zen forcé. Liam avait sorti un dossier ; son stylo soulignait, ses yeux scannaient. Chaque fois qu’il tournait une page, Sara essayait de lire par-dessus son épaule. Chaque fois qu’elle se penchait, il relevait la tête. Deux espions amateurs qui se surveillaient dans le rétroviseur.

Quelques instants plus tard, Le taxi se rangea sous l’immense verrière du Sheraton, cette longue vague de verre et d’acier posée juste au-dessus des voies, à deux pas des terminaux. Dehors, le vacarme feutré de l’aéroport : le roulement des valises, un avion qui montait quelque part dans le gris, des voyageurs pressés qui parlaient toutes les langues à la fois.

À peine la voiture arrêtée, Sara passa en mode entretien.

— Bonjour. Enchantée. Non... ravie. Ravie de vous rencontrer, murmura-t-elle pour elle-même. Sara, vingt-trois ans, déterminée, rigoureuse... ponctuelle.

Elle marqua une pause.

— Bon, on oublie « ponctuelle ».

En pilotage automatique, elle ouvrit la portière, sortit, fit le tour, récupéra sa valise dans le coffre ; sans jamais cesser de réviser.

— Mes qualités ? Alors. L’organisation. L’écoute. Le sang-froid.

Elle claqua le coffre, tira sur la poignée de sa valise et fonça vers l’entrée, avalée par les portes tournantes.

Dans le taxi, il y eut un silence de cathédrale. Le chauffeur se retourna lentement vers Liam.

— Elle... elle revient, vous croyez ?

— Je sais pas, dit Liam déconcerté.

Il n’eut pas à attendre longtemps. Les portes tournantes recrachèrent Sara, qui revint au petit trot vers le taxi. Liam esquissa un geste vers sa poche ; enfin, elle allait payer. Elle se pencha par la portière arrière, farfouilla une seconde sur la banquette, et se releva, triomphante, un foulard à la main.

— Je l’avais oublié !

En se retournant pour repartir, elle accrocha l’attaché-case posé contre la portière. La mallette bascula, s’ouvrit à l’atterrissage, et trois dossiers glissèrent pile dans une flaque.

Un silence.

— Oh. Oh... Non non non, ça c’est... attendez.

Elle se jeta à genoux, ramassa tout à la hâte, et d’un même mouvement, très fluide, glissa les feuilles dégoulinantes sous les feuilles encore sèches, tapota la pile pour l’aligner, et referma la mallette avec le soin d’une démineuse.

Elle la tendit à Liam, radieuse.

— Voilà ! Comme neuf. Rien vu, rien cassé.

Liam baissa les yeux sur la mallette. Une goutte tomba du coin, discrètement.

— Bon ! Elle reculait déjà. Merci beaucoup monsieur, vous êtes un amour ! Et merci au sponsor, hein ! Promis, je vous rembourse dans une autre vie !

Un clin d’œil. Elle se sauva au galop et disparut pour de bon dans le hall.

Liam resta là, à pester contre la jeune femme et choqué de son culot la mallette humide entre les mains, le clin d’œil encore suspendu dans l’air.

Il régla la course entière, la sienne et celle de la tornade,, mâchoire serrée. Puis il ouvrit la mallette. Souleva la première feuille, sèche. Puis la deuxième.

La troisième s’effondra entre ses doigts en une bouillie de papier.

Le chauffeur, compatissant, se pencha pour regarder.

— Alors ça... c’est pas de bol. J’espère que c’était pas important.

— Pffff. C’était important.

— Ah.

Le chauffeur désigna du menton les portes closes.

— Moi je vais vous dire une chose, fiston. Une fille comme ça... vous allez la revoir.

Liam referma lentement la mallette, remit tranquillement sa veste en place, et regarda une dernière fois l’endroit où elle avait disparu.

— C’est précisément ce qui m’inquiète.

De son côté Sara suivait les panneaux d’indication ou encore les allées et venues de jeunes gens tous aussi classes les uns que les autres. Elle s’arrêtait 2 secondes, « C’est parti ! » se dit-elle.

En réalité il s’agissait de la dernière ligne droite d’un processus de recrutement.

En effet, Sara était étudiante en droit et dans le cadre de son parcours, elle avait l’occasion d’intégrer la Law school de l’université de Columbia à New York et d’exercer dans les pays de la Common Law. Intégrer ce cursus à double diplôme français et américain était pour elle non seulement un rêve mais surtout une chance énorme pour elle qui provenait d’un foyer à revenus plus que modeste. Fille unique d’une mère veuve, elle n’avait pas vraiment d’énormes ressources financières.

Réussir ses études était pour elle l’unique moyen de prendre une revanche sur la vie.

C’est justement pour ça qu’elle jouait le tout pour le tout. Après avoir obtenu son TOEFL haut la main et passé les tests de sélections avec succès, elle faisait partie de ces 15 candidats en lice, pour seulement 5 places.

La dernière étape du recrutement était cruciale car elle se déroulait avec les responsables d’un grand cabinet juridique de New York, parrain de la Law school de Columbia.

Ce partenariat offrait aux jeunes admis une bourse d’études ainsi que la chance de se former en tant que collaborateurs au sein de ce grand cabinet.

Autant dire que la concurrence était rude depuis le début à tel point que les étudiants multipliaient les coups bas entre eux.

Voilà donc pourquoi le stress se faisait ressentir durant cette dernière étape de recrutement. Tous avaient apporté leur valise. Certains rentreront chez eux à l’issue du dernier entretien tandis que les autres s’envoleront directement pour New York tous frais payés par le Cabinet.

Au moment où Sara s’apprêtait à s’asseoir, une porte s’ouvrit et une secrétaire l’appela par son nom.

La jeune fille se dirigea vers le bureau pour émarger.

Pendant ce temps, de l’autre côté du bureau, deux hommes se préparaient à faire passer les entretiens aux étudiants. Et alors que la porte était entrouverte, Robert, « Rob » avocat associé observait Sara.

Il s’adressa à son collègue :

— Dis donc... la prochaine candidate, elle est canon ! siffle-t-il.

— Concentre-toi, répondit son collègue qui n’était autre que Liam, sans lever les yeux.

— Mais je suis concentré ! Sur la méritocratie, corrige Rob, œil collé à l’entrebâillement. Bon... et sur les profils qui en imposent.

— Tu vas faire couler le cabinet à force de commentaires sexistes, tranche Liam, qui ouvre un dossier... celui qui a pris la douche matinale. Papier gondolé et illisible. Il soupire. « Super ».

— J’ai déjà lu son dossier je peux te résumer si tu veux : Brillantissime. Donc potentiellement fayote. On verra si elle a dû bagout autrement qu’à l’écrit. Moi j’aime les cerveaux et le tempérament.

— Arrête ça. C’est pas un speed dating amoureux ! Là on te demande de recruter les meilleurs alors contente toi de ça et ouvre-lui la porte s’il te plaît. Je ne veux pas rater le vol je suis fatigué et je veux rentrer chez moi. On a perdu assez de temps comme ça. Si j’étais pas tombé sur cette garce à la gare je n’aurais pas pris autant de retard ! ! ! Bref, allez, on enchaîne !

Alors Rob ouvrit la porte et fit entrer Sara.

— Mademoiselle bonjour ; veuillez-vous installer par ici s’il vous plaît. Je me présente Robert Cooper, Associé chez Austin & Cooper et superviseur des stagiaires et collaborateurs. Et voici mon collègue Liam Saf...

Il n’eut pas le temps de terminer sa phrase car il fut coupé par les deux jeunes gens qui venaient se reconnaître. Liam se retourna et quelle ne fut pas sa surprise quand il aperçut Sara. Il se figea une demi-seconde, puis glissa au bord de son bureau, bras croisés, sourire en coin :

— La justice divine a parfois de l’humour.

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