Chapter 1
Le vent d'hiver parcourait les plaines d'Astréa en soulevant les hautes herbes dorées.
Depuis les remparts du palais royal, les montagnes semblaient toucher le ciel gris tandis que les premiers flocons de neige annonçaient la venue des grands froids.
Valéria observait le paysage à travers une fenêtre.
Du haut de ses treize ans, la jeune princesse rêvait d'aventures.
Malheureusement, la guerre qui opposait Ravenhold à plusieurs royaumes voisins avait convaincu son père de renforcer la sécurité du palais.
Les gardes étaient partout.
Dans les couloirs.
Dans les jardins.
Même près des écuries.
Pour Valéria, cette protection constante ressemblait davantage à une prison.
— Tu regardes encore dehors ?
La princesse se retourna aussitôt.
Alexander venait d'entrer dans la pièce.
À dix-huit ans, l'héritier du trône possédait déjà l'assurance d'un futur souverain.
— Je m'ennuie, répondit Valéria en croisant les bras.
— Quelle surprise.
— Je suis sérieuse.
— Moi aussi.
Valéria lui lança un coussin.
Alexander l'esquiva facilement.
— Tu sais que père ne veut pas que nous quittions le palais.
— Justement.
Le prince comprit immédiatement le regard que lui adressait sa sœur.
— Non.
— Alexander...
— Non.
— S'il te plaît.
— Certainement pas.
Valéria prit alors son expression la plus innocente.
Celle qui lui permettait généralement d'obtenir ce qu'elle désirait.
Alexander poussa un profond soupir.
— Cette expression devrait être interdite.
— Ça veut dire oui ?
— Ça veut dire que je prends une décision extrêmement stupide.
Le sourire victorieux de sa sœur confirma qu'il venait de perdre la bataille.
Une heure plus tard, les deux enfants traversaient discrètement la forêt située à plusieurs lieues du palais.
Pour la première fois depuis des semaines, Valéria se sentait libre.
Elle courait entre les arbres tandis qu'Alexander tentait vainement de la suivre.
— Si père découvre ça, nous sommes morts.
— Alors il ne faut pas qu'il le découvre !
— Excellente stratégie.
— Merci.
— Je plaisantais.
La princesse éclata de rire.
Son rire résonna dans les bois comme une mélodie légère.
Puis soudain...
Un bruit de sabots.
Beaucoup de sabots.
Le sourire de Valéria disparut.
Alexander se figea.
Des cavaliers.
Toute une colonne.
Le prince attrapa immédiatement le bras de sa sœur.
— Derrière moi.
Les étendards apparurent entre les arbres.
Noirs.
Argentés.
Ornés d'un corbeau aux ailes déployées.
Alexander sentit son sang se glacer.
Il connaissait cet emblème.
Ravenhold.
Le cortège avançait lentement.
Au centre chevauchait un jeune homme aux cheveux pâles.
Sa cape noire flottait derrière lui.
Son regard parcourut la clairière.
Puis s'arrêta sur les deux silhouettes.
Le silence tomba.
Alexander comprit immédiatement que leur identité venait d'être découverte.
Leurs vêtements.
Leurs manières.
Leur maintien.
Tout révélait leur naissance noble.
L'un des hommes accompagnant le prince fit avancer sa monture.
— Monseigneur, déclara-t-il d'une voix froide. Nous devrions les éliminer.
Valéria sentit son cœur manquer un battement.
Alexander se plaça instinctivement devant elle.
Le cavalier aux cheveux pâles ne répondit pas tout de suite.
Il observait la jeune princesse.
Ses longs cheveux noirs dansaient sous le vent.
Ses yeux sombres soutenaient les siens malgré la peur.
Comme si elle refusait de détourner le regard.
Quelque chose dans cette enfant retint son attention.
Finalement, il leva une main.
— Non.
Le soldat se tut aussitôt.
Le prince fit avancer son cheval.
— Comment t'appelles-tu ?
Valéria hésita.
— Valéria.
— Et quel âge as-tu ?
— Tr... Treize ans...
Un léger sourire apparut sur les lèvres du jeune homme.
Puis il redressa les épaules.
Sa voix résonna dans toute la clairière.
— Entendez mes paroles.
Même les soldats se tournèrent vers lui.
— Aujourd'hui, je vous laisse la vie sauve.
Le regard d'Alexander s'assombrit.
Il n'aimait pas ce ton.
Pas du tout.
Alors le prince poursuivit :
— Dans sept hivers, lorsque cette jeune fille aura atteint sa vingtième année, je reviendrai la chercher.
Le silence devint absolu.
— Considérez cela comme une dette envers Ravenhold.
Valéria ne comprenait pas.
Alexander, lui, comprenait parfaitement.
Et c'était précisément ce qui l'effrayait.
Le prince tourna alors sa monture.
— En route.
Quelques instants plus tard, le cortège avait disparu.
Mais ses paroles demeuraient suspendues dans l'air glacé.
Comme une promesse.
Ou peut-être une menace.
Et sans le savoir, Valéria venait de voir son destin basculer pour toujours.








