Plaire et instruire : de mon genre de prédilection
Je me suis toujours demandé pourquoi je ne parvenais jamais à écrire autre chose que de la fantasy ; pourquoi —même après m’être essayé à d’autres genres— seul celui-ci naissait de ma plume.
Bien sûr, certains d’entre vous me diront que c’est normal pour quelqu’un qui a été biberonné à Harry Potter et, plus tard, au Seigneur des Anneaux, à Demon’s Souls, Elden Ring et autres Dark Souls ainsi qu’à la saga du Trône de Fer. Toutefois, en observant les projets les plus anciens à l’aune des plus récents tels que « Le Manoir Morphée », la vérité m’est apparue. Non comme une Illumination, mais comme une évidence.
La réalité, c’est que je n’ai jamais rien choisi.
Je pouvais écrire des policiers, des thrillers, même des romances.
« Soit », me disait mon cerveau.
Mais le monde dans lequel ces intrigues se dérouleraient devait être le mien. Pourquoi ? Moi-même je l’ignore toujours. Toutefois, puisque mon esprit s’échinait à vouloir jouer au Démiurge des bacs à sable, j’ai persévéré. Pendant des années, j’ai gratté des pages et des pages, ne m’arrêtant qu’au rythme de l’ascenseur de cette grande dame que l’on appelle Inspiration.
Mais je ne parvenais jamais à terminer le moindre projet. Tout aussi fantastiques, épiques ou même tragiques qu’ils pussent être, tous finissaient invariablement par mourir sur le papier. Je me suis donc posé une question :
« Quelle est la fonction d’une histoire ? »
Et c’est là que j’ai rencontré les moralistes. Peindre les Hommes ? Voilà une raison d’écrire qui me fascinait plus que tout. Grâce à cela, j’ai compris quelque chose que je considérerai aujourd’hui comme le plus important.
Le message.
J’écrivais de la fantasy —très bien ; mais pour raconter quoi ? À quoi bon raconter une histoire si elle n’est bonne qu’à divertir ou faire fantasmer son public ? Était-ce vraiment cela l’art d’écrire ? Était-ce pour cela que l’Homme était doté de cette faculté de transmettre ses émotions à travers sa plume ? Était-ce pour cela que la plupart d’entre nous n’écrivent pas comme des I.A. ?
Pas à mon sens, non.
«Placere et docere», disaient les auteurs classiques.
L’on me dira sans doute que c’est élitiste, passéiste —peut-être même réactionnaire. La réalité, c’est que je ne suis jamais parvenu à m’embarquer dans une œuvre ou un projet s’ils n’étaient pas un minimum profonds.
Mais pas profonds n’importe comment.
Faire de la politique de son livre ? Dire au public quoi penser ?
« Non merci ! » disait l’homme au plus long tarin du monde.
Donner quelque leçon au lecteur ? Pire encore, le caresser dans le sens du poil comme l’on flatterait la croupe d’un cheval ?
« Non merci ! »
Mais dénoncer les travers des sociétés humaines ? Montrer le racisme, les discriminations, ceux qui s’en mettent plein les poches sur le dos des bonnes gens ? Mettre l’Homme dans des situations si contradictoires et insolubles que la Vertu se fait Vice ? Si fas est, oui. Mais pas n’importe comment.
Peindre les Hommes, c’est que ce que je cherche à faire.
Les regarder sans voile sur mes yeux ; déterminer si le Bien et le Mal ne sont en réalité parfois pas plus que les deux visages de l’Homo Sapiens ; faire mon cynique, peut-être même mon petit moraliste en culotte courte ? Ainsi soit-il.
Car, au final, peut-être est-ce cela mon véritable genre de prédilection.
« Plaire et instruire »








