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YOURS

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Summary

🔞 AVERTISSEMENT — POUR PUBLIC ADULTE Ce roman contient des scènes sexuelles explicites, de la nudité, du voyeurisme, ainsi que des scènes de violence et des thématiques pouvant heurter certains lecteurs. YOURS est un thriller. YOURS est une histoire de désir et de voyeurisme. YOURS est un piège. Jennifer Bright vit sous le regard des autres. Mais ses abonnés la connaissent sous un autre nom : Coco James, l’influenceuse qui a fait de son intimité un spectacle et de son désir un métier. Avec Elroy, son compagnon, Jennifer maîtrise son image, ses partenaires, ses vidéos et les limites qu’elle a elle-même fixées. Du moins, elle le croit. Car lorsque des collaborateurs de Coco commencent à mourir, quelqu’un semble connaître les coulisses de sa vie avec une précision inquiétante. Quelqu’un regarde. Et tandis que l’enquête se rapproche de Jennifer, les frontières commencent à disparaître : entre Jennifer et Coco, entre ce qui est montré et ce qui est réel, entre celui qui regarde et celui qui est regardé. Dans YOURS, tout le monde regarde quelqu’un. Mais personne ne sait vraiment qui regarde qui.

Status
Complete
Chapters
30
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapitre 1 — Plein soleil

À Miami, même les feux rouges semblaient conçus pour être photographiés.

La Corvette s’immobilisa au croisement de Biscayne Boulevard, décapotée malgré la chaleur, sa carrosserie orange brûlant sous le soleil de dix heures. Autour d’elle, les vitres des immeubles renvoyaient des morceaux de ciel trop bleu, les palmiers se découpaient avec une netteté publicitaire et l’air vibrait au-dessus de l’asphalte.

Coco James posa un coude sur la portière.

Elle sentit le regard du conducteur arrêté sur la file voisine avant même de tourner la tête. Un homme d’une trentaine d’années, lunettes réfléchissantes, téléphone posé contre le volant. Il l’observait avec cette hésitation qu’elle connaissait bien : le temps nécessaire pour rapprocher un visage aperçu dans la rue de celui contemplé, seul, sur un écran.

Elle lui accorda un sourire.

Pas celui de Jennifer. Celui de Coco.

La reconnaissance fut immédiate. La bouche de l’homme s’entrouvrit. Il baissa les yeux vers son téléphone, les releva, puis tenta maladroitement de prendre une photographie sans en avoir l’air.

Coco se tourna franchement vers lui.

— Autant bien la cadrer.

Il eut un rire embarrassé. Le feu passa au vert avant qu’il trouve quoi répondre.

Elle accéléra.

La Corvette bondit entre deux rangées de palmiers, laissant derrière elle l’homme, son téléphone et l’image qu’il publierait peut-être avant midi. Elle n’y voyait aucune intrusion. Pas encore. Être reconnue faisait partie du plaisir. Elle avait travaillé des années pour que Coco James sorte des écrans et existe jusque dans le regard des inconnus.

Sur le support fixé au tableau de bord, son téléphone vibra.

BIGUP : Tu es en retard.

Un deuxième message apparut presque aussitôt.

BIGUP : Et Mara filme déjà.

Coco sourit.

COCO : Alors j’arrive exactement à l’heure.

Elle ne consulta pas la réponse.

La ville changea à mesure qu’elle approchait de la baie. Les façades défraîchies cédèrent la place aux murs blancs, aux haies impeccablement taillées et aux portails derrière lesquels on devinait des piscines plus grandes que certains appartements. Dans ce quartier, rien ne paraissait véritablement habité. Les maisons semblaient attendre une équipe de tournage, une fête privée ou la visite d’un agent immobilier.

La villa du jour se dressait au bout d’une voie bordée de bougainvilliers. Deux étages de verre et de béton blanc, une terrasse ouverte sur l’eau et, derrière les grilles, la pointe bleue d’une piscine à débordement.

Elle ralentit devant le portail.

Une caméra se trouvait derrière les barreaux.

Petite. Noire. Montée sur un stabilisateur.

L’objectif suivit la Corvette.

Coco ôta ses lunettes de soleil et fixa directement la lentille. Elle laissa passer une seconde, juste assez pour offrir au montage l’impression qu’elle venait de remarquer le spectateur.

Puis elle entra.

Mara recula devant la voiture sans cesser de filmer. Pantalon cargo noir, débardeur gris, cheveux tirés en arrière : elle paraissait insensible à la chaleur. Son regard ne quittait pas l’écran de contrôle fixé au stabilisateur.

Coco gara la Corvette au centre de l’allée plutôt que sous l’abri.

— Tu vas cuire les sièges, lança une voix depuis la terrasse.

Elroy descendait les marches, une bouteille d’eau à la main. Short beige, chemise ouverte sur un tee-shirt noir, casquette retournée : il avait conservé quelque chose du garçon avec lequel elle avait commencé à se montrer devant une webcam universitaire. Quelque chose que les années, l’argent et les centaines de milliers d’abonnés n’avaient pas entièrement poli.

— Les sièges ne sont pas dans le cadre, répondit Coco.

— Ta facture de sellerie non plus.

Il lui tendit la bouteille avant de l’embrasser. Un baiser bref, familier, presque domestique.

Mara tourna autour d’eux.

— Tu filmes encore ? demanda Elroy.

— Elle sort de la voiture, répondit-elle.

— Elle en est sortie depuis dix secondes.

— Pas dans mon plan.

Coco rit et ouvrit la portière une seconde fois.

Elle se rassit, remit ses lunettes, attendit que Mara retrouve sa position derrière les grilles, puis recommença son arrivée. Portière poussée du bout des doigts. Jambe nue apparaissant dans le soleil. Talon posé sur les pavés. Mouvement des cheveux au moment où elle se redressait.

Une arrivée naturelle, répétée pour la troisième fois.

— Celle-là ? demanda-t-elle.

Mara consulta l’image sans répondre immédiatement.

— Encore une.

Elroy leva les yeux au ciel.

— Elle entre dans une maison, Mara. Elle ne débarque pas sur la Lune.

— Sur la Lune, la lumière serait plus facile.

La quatrième prise fut la bonne.

À l’intérieur, la villa avait déjà perdu son illusion de perfection. Des flight cases encombraient le séjour. Des câbles noirs traversaient le marbre clair. Deux anneaux lumineux attendaient contre un mur, à côté des réflecteurs et des pieds de caméra. Sur la table de la cuisine, entre des bouteilles d’eau et des fruits découpés, Nadia avait posé les contrats, les résultats de tests et les autorisations de diffusion.

La climatisation était réglée trop bas. Coco sentit sa peau se hérisser.

Dante Rush se tenait près des baies vitrées, face à la piscine. Plus grand qu’il ne le paraissait dans ses vidéos, athlétique sans avoir le volume artificiel de certains performeurs, il portait seulement un short et une chemise blanche encore ouverte.

Il se retourna en l’entendant.

— La voiture est à toi ?

— Première déception de la journée ?

— Je pensais que les créatrices louaient tout.

— Seulement les maisons et les hommes.

Dante éclata de rire.

Elroy aussi.

Un peu moins longtemps.

Coco s’approcha de son partenaire. Ils s’étaient déjà rencontrés deux fois : une première fois dans un restaurant, une seconde avec Elroy pour discuter précisément de la collaboration. Rien ne devait être improvisé, même lorsque la vidéo prétendrait le contraire.

Elle embrassa Dante sur la joue.

— Toujours d’accord avec ce qu’on a décidé ?

— Rien n’a changé pour moi.

— Pour moi non plus.

Nadia leva les yeux depuis la table.

— Vous le signerez quand même.

— Voilà pourquoi personne ne fantasme sur les manageuses, répondit Dante.

— Les gens fantasment sur celles qui savent combien ils gagnent.

Coco prit place devant les documents. Les clauses avaient déjà été vérifiées, mais Elroy les relut avec elle : limites, moyens de protection, diffusion sur leurs comptes respectifs, utilisation des extraits promotionnels, durée d’exploitation, retrait éventuel, répartition des recettes.

Mara continuait de circuler autour d’eux avec sa caméra.

— Ça aussi, tu le gardes ? demanda Coco.

— Le contrat ?

— Le moment où nous détruisons le fantasme.

— C’est précisément ce qui le rend crédible.

Coco signa.

Sur la terrasse, la piscine réfléchissait une lumière presque blanche. L’eau paraissait chaude. Elle ne l’était pas. Mara avait demandé qu’on coupe le chauffage afin d’éviter la vapeur et de conserver une surface plus nette à l’image.

Elroy s’agenouilla près d’une caméra.

— Plan large depuis la baie. Deuxième angle au bord du bassin. Mara prend le mobile et les inserts. On commence avec l’arrivée de Dante sur la terrasse, puis Coco entre dans le champ.

— Comme s’ils ne s’étaient jamais rencontrés, précisa Mara.

— Comme si personne n’avait signé douze pages cinq minutes plus tôt, ajouta Nadia.

Coco retira sa robe devant eux.

Le geste n’avait rien d’une révélation. Tout le monde connaissait déjà son corps. Pourtant, un silence professionnel s’installa : non celui de personnes surprises par sa nudité, mais celui d’une équipe qui venait de voir apparaître son sujet.

Elroy s’approcha pour déplacer une mèche de cheveux restée collée à son épaule. Son pouce effleura la peau, très brièvement.

— Ça va ?

— J’ai froid.

— Dans trois minutes, tu te plaindras de la chaleur.

— C’est pour cela que tu m’aimes.

— Entre autres raisons commercialement exploitables.

Il lui tendit le peignoir. Coco le conserva ouvert tandis que Mara vérifiait les tatouages, les reflets de la peau et la manière dont la lumière suivrait ses mouvements.

Dante attendait près de la piscine. Nadia contrôlait une dernière fois le matériel disposé hors champ. Elroy rejoignit son moniteur.

Mara leva la caméra mobile.

Coco regarda successivement les trois objectifs. Elle savait ce que chacun attendait d’elle. Le premier enregistrerait la scène. Le deuxième fabriquerait la proximité. Le troisième chercherait ce que les autres n’auraient pas vu.

Un petit voyant rouge s’alluma.

Jennifer disparut avant même qu’Elroy donne le signal.

Coco James sourit.

— Quand vous voulez.

Elroy ne leva pas la voix.

— Dante, tu débouches par la droite. Tu la vois. Tu ne la connais pas.

Dante s’avança sur la terrasse. La chaleur frappait le carrelage blanc. Sa chemise ouverte bougeait à peine. Il s’arrêta au bord de l’eau, regarda d’abord la piscine, ensuite Coco, comme si le soleil avait produit cette femme-là par accident.

Coco laissa le peignoir glisser jusqu’aux coudes, puis plus bas. Elle ne se dépêcha pas. Elle savait quel plan recevait ses épaules, lequel prenait la ligne de son dos, lequel attendait le moment où le tissu quitterait ses hanches.

Mara parla sans quitter l’écran.

— Ça manque de lumière. Les épaules. Le haut du buste.

Elroy secoua la tête.

— Après l’eau. On commence comme ça.

Dante s’approcha. Pas d’huile. Seulement la peau sèche, le soleil, le premier contact convenu. Il posa une main à la taille de Coco. Elle lui rendit le regard sans sourire de convenance. Le sourire viendrait plus tard, pour le plan serré.

— Tu peux la toucher, dit Elroy.

Dante glissa une main derrière sa nuque. Ils s’embrassèrent d’abord comme prévu : l’hésitation, puis la langue. Coco ouvrit la bouche la première. Elle savait ce que ça donnait au ralenti, et ce que les abonnés feraient de cette seconde-là.

Le baiser devint vite plus sale, plus visible. Dante attrapa son cul à pleine main. Coco rit contre sa bouche — un rire de scène, net — puis plus bas, pour le micro :

— Tu vas me la mettre ou tu vas juste me regarder ?

Dante répondit autant pour la caméra que pour elle.

— Je vais te la mettre. Tu vas l’ouvrir.

Mara contourna le couple. Le stabilisateur passa dans le dos de Dante, chercha les doigts de Coco qui tiraient déjà sur le short. Personne ne s’étonna de la voir si près. Coco avait depuis longtemps cessé de reculer quand l’objectif lui mangeait l’épaule. Mara savait filmer son visage. C’était pour ça qu’elle était là.

Coco tira le short et le boxer d’un seul geste. La queue de Dante apparut, lourde, déjà bandée. Elle l’entoura sans se presser, le pouce sur le gland, un va-et-vient court, montré.

Elle baissa les yeux vers la lentille, puis vers sa main.

— Regarde-moi ça.

Elroy :

— Piscine. Amorce seulement.

Coco s’assit au bord. Le carrelage brûlait. Elle posa les pieds dans l’eau. Le froid lui monta le long des jambes, net, désagréable. Elle ne le cacha pas. Un recul d’épaules, la bouche ouverte. Puis elle glissa jusqu’à la taille.

— Elle est glacée.

Le froid contracta aussitôt sa peau. Ses seins sortaient encore, mouillés, les tétons durs. Dante entra derrière elle, la colla au rebord, sa queue contre le bas de son dos. Ils se frottèrent. Un clapot. Un rire. Coco écarta les cuisses assez pour que Mara prenne la ligne, pas assez pour que ça devienne le plan principal.

Ils s’embrassèrent encore, plus vite, l’eau entre leurs ventres. Coco passa une main derrière elle, trouva Dante, le serra. L’image était déjà bonne : soleil, villa, peau mouillée, deux corps qui avaient l’air de s’être surpris.

— C’est bon, dit Elroy. Vous sortez.

Coco se hissa. L’eau dégoulinait le long de ses cuisses. Elle faillit glisser sur la margelle. Dante la rattrapa au poignet. Elroy ne dit rien. Mara garda le plan.

Sur l’espace préparé — serviettes sombres, un matelas bas, deux cales déjà en place — on les sécha sans cérémonie. Une serviette sur les épaules, une autre jetée à Dante. L’eau froide laissait la peau trop mate. Trop sage.

Mara vérifia le cadre.

— Là, on a besoin de brillance.

Elroy hocha la tête.

— Huile. Maintenant.

Dante prit le flacon. Le bouchon claqua trop fort dans le silence technique. Il versa un peu d’huile dans sa paume, frotta ses mains, s’agenouilla devant Coco.

Elle se tint debout, les mains dans ses cheveux, le bassin légèrement avancé. Il commença par les épaules, redescendit, posa les paumes à la base des seins, monta, écarta, ramena. L’huile transforma le volume en surface. Chaque pression déplaçait un reflet.

Le geste était encore technique. Puis il le fut moins.

Dante malaxa plus franchement, pouce sur l’aréole jusqu’à ce que la peau prenne enfin le soleil. Coco bombait à peine le torse, pas pour lui : pour l’anneau lumineux derrière Mara. Un filet d’huile descendit vers le nombril. Mara le suivit.

Ensuite le ventre. Ensuite l’intérieur des cuisses. Le pouce de Dante remonta jusqu’à la chatte, s’arrêta, reprit plus bas. Sur le plateau, le lubrifiant attendait déjà, hors champ, parmi les bouteilles d’eau. Personne n’en fit une phrase.

Coco pencha. Elle posa un pied sur le matelas, ouvrit. Dante écarta les lèvres avec le pouce et l’index. Sa chatte était simplement visible, nette, offerte à la hauteur d’épaule de Mara.

Elle s’agenouilla. Le carrelage brûlait à travers la serviette. Elle prit la queue à deux mains, lécha d’abord le long, ensuite le gland, ensuite l’enfonça. Le mouvement était large, lisible. Elle reculait souvent pour que l’objectif voie la salive, la tige, sa bouche qui se refermait.

Dante posa une main dans ses cheveux sans forcer.

— Plus profond.

Puis, plus bas, pour elle seule :

— Dis-moi si je vais trop.

Elle recula, un fil entre la lèvre et lui.

— Tu vas où je te dis.

Elle reprit. Le regard dans l’objectif, la queue au fond de la gorge, une seconde trop longue pour être confortable, assez longue pour le plan. Elle se retira, toussa une fois, peu, l’intégra, sourit.

Elroy ne parla pas. Il attendit qu’ils trouvent seuls la suite. Ils la trouvèrent.

Coco s’allongea. Dante s’installa entre ses cuisses. Elle prit sa queue, l’aligna, le fit entrer. L’entrée fut lente, montrée. Cette fois l’image était propre : la tige qui disparaissait, le ventre de Dante, les seins de Coco qui bougeaient au rythme, encore brillants.

Il la baisa. Coups réguliers, bassin bas, une main à côté de sa tête pour ne pas manger le cadre. Coco gémissait pour le micro, des mots qu’elle savait déjà monter plus tard si le son flanchait :

— Plus fort. Vas-y. Remplis-moi.

Puis, autre registre, pour Dante :

— Là. Oui. Reste.

Elroy intervint seulement quand l’angle se ferma.

— Ouvre davantage. On perd tout.

Dante remonta. Le soleil frappa le point de jonction. Mara changea de genou, descendit, prit l’insert. Un moteur de caméra ronronna.

Ils changèrent de position sans qu’on le leur dicte phrase à phrase. Coco se retourna, s’agenouilla, cambra. Cul vers la baie. Visage vers Mara. C’était le plan qu’ils avaient décidé la veille.

Dante la pénétra par-derrière d’un mouvement plus franc. Le bruit fut immédiat, chair contre chair, un claquement que l’eau n’avait pas permis. Coco poussa un cri plus haut, le rattrapa, le transforma.

— Plus fort. Prends-la. C’est ta pute aujourd’hui.

Les mots étaient pour la plateforme. Le corps, moins. Dante la tenait aux hanches, régulier, profond. Parfois il s’arrêtait au fond et appuyait, le pubis collé, pour que le cadre tienne.

Mara n’était plus tout à fait sur le plan prévu.

Elle s’était rapprochée du visage.

Coco sentit l’objectif à trente centimètres. Elle donna ce qu’on lui demandait : la bouche ouverte, les yeux humides de chaleur, la joue contre la serviette. Dante ajusta sa prise, changea à peine l’angle, et la sensation surgit là où Coco ne l’avait pas anticipée.

Ce ne fut pas un cri.

Ce fut un fléchissement. Les paupières. Un instant où elle ne savait plus quel objectif regarder, où sa bouche forma un son trop petit, trop peu flatteur, trop près d’elle. Plus de Coco James dans ce bruit-là. Seulement Jennifer, saisie avant d’avoir pu se recomposer.

Elle le rattrapa tout de suite.

La main se crispa dans la serviette. Elle poussa le bassin en arrière, reprit la phrase commencée, plus sale, plus nette :

— Encore. Me vide pas. Encore.

Mais Elroy avait déjà vu.

Il connaissait ce visage trop bien pour le confondre avec le jeu. Les abonnés prendraient le plan pour une réussite. Lui savait que Jennifer venait de sortir une seconde. Il ouvrit la bouche pour couper. Ne dit rien. Sa main resta figée sur la console. Puis il laissa courir. Il savait ce que ça vaudrait au montage.

Mara le savait aussi. Elle resserra le cadre. Plus rien d’autre dans l’image : la bouche, les cils, une mèche collée, l’huile et la sueur devenues la même chose. Du coin de l’œil, elle vérifia la caméra secondaire, près du pied de lumière. Le voyant rouge était toujours allumé. Personne ne releva le geste.

— Dessus, dit Elroy.

Coco se redressa, fit basculer Dante sur le matelas, l’enfourcha. Elle guidait. Elle montrait. Elle se levait assez pour que Mara ait la queue qui ressortait brillante, puis se rasseyait d’un coup. Ses seins bougeaient à la lumière, encore huilés. Une goutte partit le long du ventre. Elroy ne fit pas reprendre.

Elle se caressa en même temps, deux doigts sur le clitoris, le geste large, appris, efficace. Dante la tenait par la taille. Il ajustait le bassin dès qu’elle perdait le rythme. Elle le laissait voir quand ça devenait trop bon.

Cette fois, elle maîtrisa ce qui montait. Lorsqu’elle le donna, elle le fit en professionnelle : le souffle, le regard, le rythme. Elle jouit en regardant la caméra. Elroy, derrière l’écran, vit pourtant que le regard ne s’arrêtait plus tout à fait sur la lentille. Il glissait juste derrière.

— Conclusion, dit-il. Comme prévu.

Dante sortit. Coco s’agenouilla tout de suite, le visage levé, la bouche ouverte, les seins encore présentés au soleil. Elle savait exactement l’image. Lui aussi. Elroy n’eut plus rien à ajouter.

Dante éjacula sur sa bouche, sa joue, le haut de sa poitrine. Deux jets inégaux. Coco reçut, ferma les yeux au bon moment, les rouvrit pour Mara, laissa glisser, présenta. Le sperme glissa plus vite à cause de l’huile. L’insert était net. Le large aussi : la villa, Coco à genoux, la queue encore tendue, le visage offert.

— Coupez.

Le voyant de la caméra principale s’éteignit.

Coco ne se releva pas tout de suite.

Elle garda Dante dans sa main, s’approcha, le prit en bouche. Le geste n’avait plus la largeur du plan. Plus de profil calculé. Elle le nettoya lentement, la langue plate, puis plus précise, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à montrer. Dante posa seulement les doigts dans ses cheveux, sans pousser. Il la laissa décider.

Un oiseau passa au-dessus de la baie. Quelqu’un referma une flight case dans le séjour. L’eau de la piscine continua de frapper le skimmer. Coco avait encore la bouche occupée.

Elroy ne parla pas.

Sa mâchoire se serra d’abord. Ensuite son regard cessa de quitter le moniteur éteint, comme s’il pouvait encore y voir ce qui se passait hors cadre. Sa main quitta la console. Il prit une bouteille, ne la but pas.

La caméra secondaire, elle, tournait toujours. Fixée bas près du pied de lumière, elle enregistrait la nuque de Coco et ce passage hors programme. La performance était finie. Le désir, non. Le visage commençait déjà à changer : moins composé, plus las, plus réel. Jennifer revenait dans sa respiration, dans la façon dont elle s’arrêta enfin, dans le petit souffle rendu contre la cuisse de Dante avant qu’elle s’essuie les lèvres du dos de la main.

— OK, dit Elroy, trop sec. Serviettes.

On leur en jeta deux. Coco se mit à rire, soudain presque bête, en montrant l’huile et le reste.

— Je glisse encore.

Dante lui tendit une bouteille d’eau.

— L’eau était vraiment immonde.

— C’est Mara. Elle veut des surfaces nettes.

— Tes genoux ?

Elle regarda. Une marque rouge, rien de plus.

— Ça ira. Toi ?

— Le dos. Le matelas est une planche.

— On te le mettra dans les commentaires comme une preuve d’authenticité.

Ils rirent. Pas le rire de scène. L’autre.

Coco s’enroula dans la serviette sans la fermer vraiment. Elle n’était déjà plus tout à fait Coco. La voix avait baissé. Elle appela Dante par son prénom pour lui demander s’il voulait la douche du haut ou celle de l’invité. Ils partirent vers la maison, à peine couverts par les serviettes, en se disputant sans gravité la température de l’eau.

— Si c’est aussi froid que la piscine, je te laisse l’huile, dit-elle.

— Si tu me laisses l’huile, je glisse et je meurs. Mauvaise pub.

Le rire rebondit dans le couloir.

Elroy resta seul devant les moniteurs. Sur l’écran principal, rien. Sur le petit retour à gauche demeurait l’image de la caméra secondaire : le matelas vide, un coin de serviette, puis plus rien d’utile. Il pencha. Le voyant de la secondaire était toujours rouge. Elle enregistrait encore.

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