Les hommes que la France a vus s'aimer

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Summary

Étienne, un jeune homme paysans vivaient En France. Un jour lors d'une balade en forêt il rencontra un fils de chevalier, Amaury. Malheureusement le destin dû les séparer pendant une certaine durée mais Étienne gardait le souvenir de son âme sœur. Que ce passera t'il pour ce jeune couple d'hommes et leur amour interdit...

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10d ago
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1
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n/a
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13+

Une amulette plus que précieuse

Là où commence la mémoire

La France n'avait pas encore appris à se raconter.

Elle n'était pas encore une république, ni un empire, ni même tout à fait ce royaume que les siècles finiraient par appeler ainsi. Elle n'était qu'une terre de forêts profondes, de rivières lentes et de pierres anciennes, divisée entre des hommes qui se battaient pour des couronnes dont ils ne savaient pas encore combien elles pèseraient sur l'Histoire.

Les cloches sonnaient dans les villages.

Les chevaux traversaient les chemins boueux.

Et dans les châteaux, derrière des murs épais, les rois rêvaient de conquêtes tandis que les prêtres écrivaient leur nom sur des parchemins.

Mais l'Histoire oublie souvent les hommes qui n'ont jamais possédé de couronne.

Elle oublie les mains qui se sont cherchées dans l'ombre.

Les lettres qui n'ont jamais été envoyées.

Les adieux murmurés derrière des portes closes.

Elle oublie les amours qui n'avaient pas le droit d'exister.

C'est pourtant avec l'une d'elles que tout commença.

---

L'hiver de l'an 1914 avait recouvert les environs de Paris d'un silence blanc.

Dans une petite maison adossée aux murailles d'un domaine appartenant à un seigneur, un garçon de dix-neuf ans tentait de protéger une flamme minuscule du vent.

Il s'appelait Étienne.

Il n'était ni noble, ni chevalier.

Son père travaillait le bois et ses mains portaient les cicatrices de toute une vie. Sa mère était morte quelques années plus tôt, emportée par une fièvre dont personne n'avait su prononcer le nom.

Étienne avait grandi avec les choses simples : le pain encore chaud, l'odeur de la terre après la pluie, les chansons des femmes au marché et le tintement lointain des cloches.

Il avait aussi grandi avec une question qu'il n'avait jamais osé poser.

Pourquoi son cœur battait-il autrement lorsqu'il regardait certains garçons ?

Il ne connaissait pas le mot pour cela.

Alors il n'en parlait pas.

Il gardait ce sentiment enfermé dans une partie de lui-même où personne ne pouvait entrer.

Jusqu'au jour où il rencontra Amaury.

---

Amaury appartenait à un autre monde.

Il était le fils cadet d'un chevalier au service du roi.

Il avait grandi entre les chevaux, les épées et les récits de bataille. On lui avait appris à monter avant même qu'il sache écrire son propre nom. On lui avait enseigné que les hommes comme lui devaient être courageux, obéissants et prêts à mourir pour l'honneur de leur famille.

Mais personne ne lui avait appris quoi faire lorsque son regard croisait celui d'Étienne.

Ils s'étaient rencontrés près d'une rivière.

C'était un matin de printemps.

Étienne était venu chercher de l'eau lorsque son seau lui échappa des mains.

Le bois heurta une pierre.

Le seau se retourna.

Et l'eau emporta quelques secondes de sa vie avec elle.

— Attends.

La voix venait de derrière lui.

Étienne se retourna.

Amaury descendait de cheval.

Il s'approcha de la rivière et récupéra le seau avant que le courant ne l'emporte.

— Vous l'avez laissé tomber.

Étienne baissa les yeux.

— Je vois cela.

Amaury sourit.

C'était un sourire simple.

Presque enfantin.

Étienne s'en souviendrait toute sa vie.

— Vous êtes toujours aussi aimable avec les gens qui vous aident ?

— Seulement avec ceux qui prennent mon seau pour sauver le leur.

Amaury rit.

Et quelque chose changea.

Pas dans le monde.

Le royaume continua d'exister.

Les cloches continuèrent de sonner.

Le roi continua de régner.

Mais dans le cœur d'Étienne, quelque chose venait de commencer.

---

Ils se retrouvèrent le lendemain.

Puis le jour suivant.

Puis celui d'après.

Au début, ils prétendirent que c'était le hasard.

Ils se croisaient près de la rivière.

Puis près des écuries.

Puis sur le chemin qui menait au village.

Ils parlaient de choses insignifiantes.

Du temps.

Des chevaux.

Du pain.

Des nouvelles du royaume.

Mais bientôt, leurs conversations devinrent plus longues.

Amaury racontait les histoires que son père lui avait enseignées.

Étienne parlait des livres qu'un vieux moine lui avait appris à déchiffrer.

Ils découvrirent qu'ils aimaient tous deux la pluie.

Qu'ils détestaient les dimanches trop silencieux.

Qu'ils avaient peur de la même chose : être oubliés.

Un soir, alors que le soleil disparaissait derrière les arbres, Amaury demanda :

— Si tu pouvais partir n'importe où, tu irais où ?

Étienne réfléchit.

— Je ne sais pas.

Puis il regarda la rivière.

— Peut-être Paris.

Amaury sourit.

— Paris n'est pas si loin.

— Pour certains.

Le sourire d'Amaury disparut.

Il comprit.

Il comprit que leurs deux vies n'étaient pas censées se rencontrer.

Il comprit que son père ne permettrait jamais à son fils de devenir l'ami d'un garçon comme Étienne.

Et il comprit surtout que ce qu'il ressentait n'était déjà plus de l'amitié.

Il ne le dit pas.

Étienne non plus.

Ils n'en avaient pas besoin.

---

Les années passèrent.

La France changeait lentement.

Les rois mouraient.

D'autres montaient sur le trône.

Les frontières bougeaient.

Les hommes partaient en guerre et revenaient avec des cicatrices.

Mais chaque fois que le monde semblait devenir plus grand, Étienne et Amaury trouvaient un endroit où il pouvait redevenir petit.

Une chambre.

Une forêt.

Une rivière.

Un morceau de ciel.

Ils apprirent à s'aimer en silence.

Pas parce que leur amour était honteux.

Mais parce que le monde autour d'eux ne savait pas encore comment l'accueillir.

Alors ils inventèrent leur propre langage.

Une main posée sur une épaule.

Une lettre cachée dans un livre.

Une fleur séchée entre deux pages.

Un regard suffisamment long pour dire tout ce que les lèvres n'osaient pas.

Et un soir, Amaury offrit à Étienne un petit médaillon d'argent.

Il n'était pas précieux.

Il n'avait aucune pierre.

Seulement une gravure minuscule à l'intérieur.

Deux initiales.

E. A.

— Pourquoi me donnes-tu cela ? demanda Étienne.

Amaury regarda longtemps le médaillon.

— Parce que j'ai peur qu'un jour quelqu'un oublie que nous avons existé.

Étienne referma ses doigts dessus.

— Alors je n'oublierai pas.

Amaury secoua doucement la tête.

— Non.

Il posa sa main sur celle d'Étienne.

— Promets-moi que même si nous sommes séparés, tu laisseras quelque chose derrière toi.

Étienne ne comprenait pas encore pourquoi cette promesse lui semblait si importante.

Il promit.

---

Quelques mois plus tard, Amaury partit.

Son père avait reçu l'ordre de rejoindre l'armée royale.

La guerre appelait les hommes.

Comme elle les appellerait encore.

Des centaines d'années plus tard.

Des milliers de kilomètres plus loin.

Sous d'autres drapeaux.

Avec d'autres armes.

Mais toujours avec cette même promesse que les guerres font aux jeunes hommes :

Pars maintenant. Tu reviendras bientôt.

Amaury monta à cheval au lever du jour.

Étienne se tenait à distance.

Ils ne s'embrassèrent pas.

Ils ne se dirent pas « je t'aime ».

Ils étaient trop jeunes pour savoir qu'il fallait parfois dire les choses avant qu'il ne soit trop tard.

Amaury regarda Étienne une dernière fois.

Puis il partit.

Étienne resta seul sur le chemin.

Le vent souleva sa tunique.

Il porta la main à son cou.

Le médaillon était toujours là.

Et pour la première fois de sa vie, il comprit que l'Histoire n'était pas seulement faite de rois.

Elle était faite de départs.

De retours.

De promesses.

Et surtout de ceux qui attendent.

---

Il porta la main à son cou.

Le médaillon était toujours là.

Et pour la première fois de sa vie, Étienne comprit que l'Histoire n'était pas seulement faite de rois.

Elle était faite de départs.

De retours.

De promesses.

Et surtout de ceux qui attendent.

---

Les jours devinrent des semaines.

Puis les semaines devinrent des mois.

Au début, Étienne allait chaque soir jusqu'au chemin.

Il regardait les silhouettes qui apparaissaient au loin.

Il espérait reconnaître une démarche, un cheval, une voix.

Puis, peu à peu, il cessa de venir.

Non parce qu'il avait oublié Amaury.

Mais parce qu'attendre était devenu trop douloureux.

Il avait appris à vivre avec son absence comme on apprend à vivre avec une cicatrice : sans la toucher, sans jamais réellement l'oublier.

Puis, un matin de novembre, quelqu'un frappa à la porte.

Trois coups.

Lents.

Étienne se figea.

Son cœur, lui, avait déjà reconnu quelqu'un que ses yeux n'avaient pas encore vu.

Il s'approcha.

Sa main trembla lorsqu'il saisit la poignée.

La porte s'ouvrit.

Et le temps s'arrêta.

Amaury était là.

Debout devant lui.

Amaigri.

Épuisé.

Ses vêtements portaient la poussière des chemins et son visage les traces de mois dont il ne parlerait peut-être jamais.

Mais c'était lui.

Étienne ne bougea pas.

Il avait imaginé ce moment tant de fois qu'il ne savait plus quoi faire maintenant qu'il était réel.

Amaury non plus ne parla pas.

Il regarda simplement Étienne.

Longtemps.

Comme s'il cherchait dans son visage la preuve que tout cela n'était pas un rêve.

Puis ses lèvres tremblèrent légèrement.

— Étienne...

Ce fut son nom.

Rien de plus.

Mais ce nom, après tant de mois de silence, fit céder quelque chose en lui.

Étienne avança brusquement.

Il attrapa Amaury par les épaules et le serra contre lui.

Amaury resta immobile une seconde.

Puis ses bras se refermèrent autour de lui.

Fortement.

Comme s'il avait peur qu'en desserrant son étreinte, Étienne disparaisse à son tour.

Étienne enfouit son visage contre son épaule.

Il respirait son odeur de pluie, de cuir et de voyage.

Une odeur étrangère.

Et pourtant familière.

— Tu es vivant...

Sa voix se brisa.

Amaury ferma les yeux.

— Je suis revenu.

Étienne secoua la tête.

— Je ne savais plus si je devais t'attendre.

— Je sais.

— J'ai eu peur de t'oublier.

Amaury resserra son étreinte.

— Et tu m'as oublié ?

Étienne recula légèrement.

Il posa ses mains sur le visage d'Amaury.

Ses doigts suivirent la cicatrice près de son sourcil.

— Jamais.

Amaury ferma les yeux sous cette caresse.

Pendant quelques secondes, aucun des deux ne parla.

Ils avaient tant de choses à se dire.

Pourtant, aucune parole ne semblait assez grande.

Étienne passa son pouce sur la joue d'Amaury.

— Tu as changé.

— Toi aussi.

— Je suis devenu vieux ?

Amaury eut un petit rire.

— Non.

Il rouvrit les yeux.

— Tu es devenu quelqu'un qui m'a manqué.

Étienne sourit malgré ses larmes.

Puis il posa son front contre celui d'Amaury.

Ils restèrent ainsi.

Front contre front.

À quelques centimètres l'un de l'autre.

Le monde pouvait bien continuer sans eux.

Pour la première fois depuis des mois, ils n'avaient plus besoin de courir après le temps.

Amaury murmura :

— J'ai pensé à toi chaque nuit.

— Moi aussi.

— Quand j'avais peur, je pensais à la rivière.

Étienne sourit.

— Et au seau ?

— Surtout au seau.

Ils rirent doucement.

Le rire d'Amaury était différent.

Plus grave qu'avant.

Mais Étienne le reconnut immédiatement.

Il avait cru avoir oublié ce son.

Il comprit alors qu'on n'oublie pas réellement les choses que l'on aime.

On les garde quelque part.

Dans une voix.

Dans une odeur.

Dans une façon de regarder.

Dans un battement de cœur.

Amaury glissa la main jusqu'à la poitrine d'Étienne.

Ses doigts rencontrèrent le petit médaillon sous le tissu.

— Tu l'as gardé.

Étienne baissa les yeux.

— Je t'avais promis.

Amaury prit doucement le médaillon entre ses doigts.

Puis il regarda Étienne.

— Alors garde-le encore.

— Pourquoi ?

— Parce que je veux avoir quelque chose qui me rappelle que je suis revenu.

Étienne sourit.

— Tu n'as pas besoin d'un médaillon pour ça.

Amaury resta silencieux.

Puis il se rapprocha simplement de lui.

Leurs fronts se touchèrent de nouveau.

Et dans la lumière pâle de ce matin de novembre, ils se retrouvèrent enfin comme deux hommes qui avaient passé trop longtemps à se manquer.

Dehors, les cloches sonnèrent.

Le royaume continuait d'exister.

Les rois continueraient de se succéder.

Les guerres reviendraient.

Mais pour quelques minutes, il n'y eut ni roi, ni guerre, ni frontière.

Seulement Étienne et Amaury.

Et leurs deux cœurs qui, après avoir été séparés par le monde, avaient enfin retrouvé le même rythme.

~A SUIVRE~