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HELENA

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Summary

On fait ça au bras de fer ? Quand elle voyait que je renâclais à faire ce qu’elle souhaitait, elle prenait un air innocent, posait un doigt sur son menton, faisait mine de loucher et me demandait timidement : "On fait ça au bras de fer ?" Entre une bodybuildeuse au corps d'acier capable d'écraser des canettes d'une seule main et un écrivain un brin maladroit, notre rencontre dans un garage n'était que le début d'une tempête. Plongez dans une romance hors du commun, entre force brute et poésie, où la puissance des muscles cache parfois les fêlures les plus profondes.

Status
Complete
Chapters
3
Rating
n/a
Age Rating
16+

La rencontre


— S’il gagne les jeux et que toi aussi tu gagnes les Héraia, j’irai lui demander que son fils te prenne pour épouse. Et seulement si vous gagnez tous les deux.

En 493 avant J.-C., c’est ainsi que le tuteur de Gorgo termina la conversation, mettant un terme aux demandes récurrentes de la jeune fille.

C’est précisément à cet endroit de ma lecture que la porte du garage s’ouvrit violemment. Un véritable cyclone me projeta à terre, faisant s’envoler autour de moi les pages de mon manuscrit et l’ensemble des illustrations qui l’accompagnaient.

Lorsque mon visage, qui avait frotté le sol, put enfin se relever et se tourner vers l’origine de cet ouragan, il fit face à un entrejambe rose, surplombé par deux colonnes noires. Un rire sonore éclata. Loin, très loin là-haut, je distinguai, au-delà de ce qui me semblait être deux ballons sculptés, une chevelure brune et des yeux gris clair au regard pétillant.

— Je suis tellement désolée ! me lança cette voix puissante.

Me prenant sous l’épaule sans le moindre effort, elle me remonta à la hauteur de son visage. De près, ses traits étaient mûrs, magnifiquement dessinés : des pommettes saillantes, un nez droit et une mâchoire carrée très affirmée, adoucie par un sourire chaleureux.

Elle me relâcha doucement, me faisant reculer d’un pas. Je la regardai, stupéfait. Son corps était une véritable sculpture vivante : des épaules larges et découpées, des trapèzes puissants, un torse strié aux abdominaux parfaitement tracés, et des quadriceps monumentaux qui tendaient le tissu de son legging noir. Tout en elle respirait la puissance pure.

Elle se baissa alors pour m’aider à ramasser les feuilles éparpillées sur le béton. En rassemblant les planches, son regard s’arrêta sur le titre du manuscrit et sur les dessins représentant des sportives grecques de l’Antiquité. Interloquée, elle se redressa, me fixa avec curiosité et me demanda :

— Dites-moi… qu’est-ce que c’est que tout ça ?

— C’est un roman que je suis en train de corriger, lui répondis-je en remettant mes feuilles en ordre. Ça raconte l’histoire de deux jeunes sportifs dans la Grèce antique, une fille et un garçon.

Un grand sourire éclaira son visage.

— Écoutez, je m’excuse encore pour la bousculade. Je voudrais me faire pardonner, mais je dois me préparer et je n’ai pas le temps de vous offrir un café maintenant. En revanche, si vous habitez l’immeuble, je vous invite à déjeuner chez moi.

C’est ainsi que je fis la connaissance d’Héléna, une bodybuildeuse de presque cinquante ans. J’avais loué, pour un mois seulement au début, un petit studio meublé quelques étages plus bas, tandis qu’elle occupait le penthouse au sommet du bâtiment.

Pendant le déjeuner, fascinée par mon travail, elle m’avait demandé de lui parler de mon livre et de ses deux protagonistes grecs. Alors que je décrivais les pistes poussiéreuses d’Élis et la ferveur de mes jeunes athlètes, Helena s’était penchée par-dessus mon épaule pour feuilleter les pages du manuscrit.

Ses yeux gris s’étaient adoucis, illuminés par un sourire chaleureux avant qu’elle ne murmure :

— Vous, les écrivains français, vous transformez même la poussière et la sueur en poésie.

Et, joignant le geste à la parole, elle avait pressé doucement son pouce sur ma joue.

Ce geste me laissa un instant interdit. Ses yeux gris brillaient alors d’une lueur nouvelle qui semblait m’enserrer comme une chaîne de lumière. Elle savourait cet instant de puissance où je sentis bien qu’il fallait me rendre à l’évidence que je partageais son sentiment, qu’elle avait su m’imposer par sa grâce et son charme tout autant que par la puissance et la force qu’elle dégageait.

Avant que nous ne nous séparions, encore tout étourdis par cet échange, elle m’avait chaleureusement invité à passer à sa salle de sport plus tard dans l’après-midi.

En fin d’après-midi, alors que j’arrivais devant le club de gym, une femme en robe grise et imperméable beige s’avançait en même temps que moi : jolie, châtaine, élancée et très mince. À travers la vitrine, j’aperçus Héléna. En me voyant, elle se tourna vers moi et prit une pose athlétique en faisant gonfler ses biceps impressionnants. À côté d’elle, un homme massif fit un signe joyeux de la main, que je compris être destiné à la femme qui marchait à mes côtés.

Après s’être salués poliment sur le pas de la porte, nous entrâmes.

— Bienvenue ! me lança Héléna en relâchant sa pose. Je te présente mon frère, Mike, et ma belle-sœur, Éléonore.

— Enchanté, dis-je en serrant la main de Mike, regardant ce géant de plus de deux mètres me sourire avec bienveillance.

— C’est donc toi le conteur qui fait tourner la tête d’Héléna depuis ce matin ? me demanda Mike d’une voix caverneuse et amusée. On allait justement dîner tous ensemble. Laisse-nous dix minutes pour passer sous la douche et on y va.

Pendant qu’Héléna et son frère allaient se changer, je restai avec Éléonore. La discussion s’engagea naturellement. J’appris qu’elle était universitaire et canadienne.

— Vous savez, me confia-t-elle avec un brin d’ironie, j’ai rencontré Marc lorsqu’il était encore étudiant, lui aussi sur les bancs de la fac. Et puis un jour, il s’est passionné pour le bodybuilding, et toute la famille a suivi ! Mes beaux-parents ont toujours formé un mélange unique : mon beau-père était américain pur jus, et leur mère venait du Mexique. Et vous, comment vous êtes-vous rencontrés avec Héléna ?

— Un vol plané ce matin dans le garage ! Elle a ouvert la porte lorsque j’arrivais et je me suis retrouvé à papillonner au milieu de mes feuilles d’écriture, racontai-je. Avec presqu’un demi-siècle au compteur, je n’ai plus tout à fait la même faculté d’atterrissage.

Éléonore éclata de rire.

— Ça ne m’étonne pas d’elle ! Elle manque parfois de mesure, mais elle a un cœur d’or. C’est rare de la voir aussi intriguée par quelqu’un.

Sortant son téléphone, elle me montra des photos d’Héléna et de Mike lorsqu’ils étaient plus jeunes et ne ressemblaient en rien aux montagnes de muscles qu’ils étaient devenus.

— Là, c’est quand elle était à l’hôpital, me souffla-t-elle. Elle a fait une très lourde dépression. C’est à cette époque que Mike s’est mis au bodybuilding et y a entraîné Héléna. Ça lui a fait un bien immense, ce regard nouveau qu’elle-même et les autres ont posé sur son corps. Elle revit, je crois.

— Et comment vit-on cela quand on voit l’homme qu’on aime s’éloigner autant du modèle physique qui vous a séduite ? Car, quand même, c’est une sacrée transformation.

— La vieillesse aussi transforme les corps, et l’on a souvent du mal à reconnaître l’heureux couple quelques décennies plus tard, me répondit-elle sereinement. Mike n’a jamais essayé de me pousser vers ses passions, même s’il me les a fait partager, parfois contre mon gré. Mais j’en fais autant avec lui et mon goût pour la danse classique.

Et devant mon sourire, elle me dit :

— Je suis sûre que vous l’avez imaginé en tutu rose et petit nœud dans les cheveux…

— Pas tout à fait, dis-je en rougissant, mais pas loin ! Vous lisez aussi dans les pensées ?

— Cela m’arrive parfois, mais malheureusement pas suffisamment souvent, me répondit-elle sur un ton mi-sérieux, mi-amusé.

Essayant alors de modifier le cours de la conversation, je repris :

— On peut changer l’emballage, mais on ne change pas vraiment le cœur des hommes, si je comprends bien ?

— C’est cela, dit-elle en chantonnant doucement : « On ne change pas, on met juste les costumes d’autres sur soi… »

L’apparition de Mike et d’Héléna coupa court à la chansonnette et nous partîmes vers le restaurant. En marchant dans la rue, Éléonore me prit gentiment le bras, s’installant entre son mari d’un côté et moi, qui marchais à côté d’Héléna.

— J’avais l’habitude de me promener avec deux gardes du corps, plaisanta-t-elle, mais maintenant j’ai un complice pour supporter l’œil moqueur des passants !

Il faut dire que la carrure de son mari représentait facilement deux fois ma largeur, et celle d’Héléna au moins une fois et demie. À lui seul, un bras de Mike dépassait l’épaisseur de ma cuisse et son menton carré s’élevait largement à plus de deux têtes au-dessus d’Éléonore et de moi.

Puis, se penchant vers Héléna, elle lui dit :

— Je lui prends le bras pendant que je le peux encore…

Héléna me saisit le bras d’un geste sec et répondit :

— Tu as raison, il vaut mieux que je l’accroche solidement. Mais il y aura toujours un bras pour toi.

Je ne savais plus quoi dire, rougissant encore plus alors que la rangée dont je faisais partie occupait déjà la moitié de la rue piétonne.

La soirée fut excellente, et les jours suivants virent une réelle intimité s’installer entre Héléna et moi. À deux ou trois reprises, je jouai les conteurs au club de gym en lisant des passages de l’histoire de mes deux jeunes athlètes grecs. Un véritable auditoire d’habitués se créa autour de nous.

Je leur racontais alors l’histoire de Philon, un adolescent grec, et de son amoureuse, Gorgo, une jeune fille de bientôt dix-sept ans.

--o-o-o--

Chapitre I — La promesse

Dans les collines d’Élide, le jour tombait souvent sur le même paysage d’oliviers argentés et de vignes lourdes de poussière. Philon et Gorgo se croisaient depuis l’enfance sans jamais s’être vraiment vus. Leurs familles fréquentaient la même fontaine, mais la frontière des sexes et des rangs maintenait chacun à sa place.

Tout changea sur le chemin de terre qui serpentait hors du village. Ce jour-là, Philon s’entraînait à maintenir sa foulée sous le soleil cuisant ; Gorgo, chargée d’une amphore d’huile, marchait à bon pas pour rentrer avant l’ombre. Un faux mouvement, un sol de cailloux broyés, et le jeune homme la dépassa en trombe. Piquée au vif, Gorgo posa son fardeau sous un caroubier et s’élança. Pendant deux stadiers, leurs ombres s’étirèrent côte à côte sur la terre sèche. Personne ne l’emporta, mais au moment de s’arrêter, le souffle court et les mollets rougis par la poussière, ils se dévisagèrent pour la première fois.

La rivalité devint une habitude. Ils se retrouvaient en cachette à la lisière des champs pour mesurer la cadence de leurs pas. À mesure que les saisons passaient, la fierté des courses céda la place à un attachement silencieux, de ceux qu’on ne peut exprimer ouvertement. Car en Élide, nul ne choisit son destin : le mariage relève de la volonté des kyrioi, les tuteurs légaux.

Lorsque Gorgo évoqua la possibilité d’une union avec le fils du propriétaire voisin, son tuteur — son oncle Théogène — coupa court à ses espoirs :

— Le mariage n’est pas un jeu de course, Gorgo. C’est l’affaire des hommes, des terres et de la cité.

Forte de l’assurance acquise sur les chemins, la jeune fille lui fit face :

— Si je cours aux prochaines Héraia et que j’apporte la couronne d’olivier à notre maison, iras-tu trouver le père de Philon pour engager les négociations ?

Surpris par cette audace, Théogène finit par sourire. Une victoire aux Héraia apporterait un prestige immense à leur lignée.

— Soit. Mais si tu échoues, tu épouseras celui que je désignerai.

— Tu le feras, tu tiendras ta promesse ? demanda-t-elle, anxieuse.

— S’il gagne les jeux et que toi aussi tu gagnes les Héraia, j’irai lui demander que son fils te prenne pour épouse. Et seulement si vous gagnez tous les deux.

De son côté, Philon affronta son père Lycinos. Le vieil homme, réticent à l’idée de s’allier à une famille plus modeste, céda sous les mêmes conditions :

— Si tu l’emportes au stade d’Olympie lors des jeux consacrés à Zeus, je recevrai Théogène sous mon toit et j’écouterai sa proposition.

— Tu diras oui ?

— J’écouterai ce qu’il a à me dire et nous déciderons de ce que nous devons faire en libres citoyens.

Le pacte était (presque) scellé. Aucun des deux ne pouvait sauver l’autre ; chacun devait porter son propre combat. À la croisée des chemins du village, ils se firent une promesse muette d’un simple regard, avant de tourner le dos et de s’engager sur des routes opposées.

Chapitre II — Deux pistes

L’entraînement imposa la séparation. Philon rejoignit le gymnase de la cité. Là, dans la poussière et sous l’œil sévère du gymnasiarque, il répéta indéfiniment le départ, le torse enduit d’huile et le corps plié par la rigueur des exercices masculins.

Gorgo, elle, courut sur la terre brute. N’ayant pas accès aux installations des hommes, elle arpentait les pistes pierreuses autour des sanctuaires locaux et à travers les pâturages. Les femmes du village, intriguées puis fières, veillaient de loin sur ses efforts, lui apportant de l’eau claire et surveillant la régularité de sa foulée.

Ils ne se croisaient plus qu’à la dérobée : au marché du village, près de la fontaine publique ou sur le seuil d’un sanctuaire.

— Tu cours toujours aussi lourdement ? lui murmurait-elle en passant près des étals de figues séchées.

— J’aurai franchi la ligne avant que tu n’aies fait la moitié du parcours, répliquait-il dans un souffle.

Les villageois observaient leur complicité grandissante, s’amusant de ce couple évident que les règles sociales tenaient encore à distance.

Mais l’inquiétude gagna Gorgo lorsqu’une fille du bourg voisin, Kallisto, commença à s’entraîner sur les mêmes chemins. Kallisto possédait une foulée naturelle longue, dévorante. En la voyant courir, Gorgo comprit que le prestige de la victoire ne lui serait pas offert. Elle commença à disséquer ses propres faiblesses : la crispation de ses épaules au bout du parcours, la manière dont ses talons frappaient trop lourdement le sol, son souffle qui s’altérait dans la dernière ligne droite. Gorgo ne courait plus seulement pour obtenir le droit d’aimer Philon ; elle voulait s’imposer par sa propre maîtrise.

La veille du départ des hommes pour Olympie, ils s’accordèrent quelques secondes derrière l’enceinte d’un petit autel d’Apollon. Philon avait pris de la carrure, le visage tanné par l’huile et le soleil du gymnase. Gorgo avait le regard affûté des athlètes qui connaissent leurs limites. Ils ne purent s’étreindre, mais Philon lui dit simplement :

— Ne faiblis pas sur la piste.

Le lendemain, il prenait la route d’Olympie avec les hommes du village. Gorgo dut attendre plusieurs semaines avant que ne vienne le temps du festival féminin.

Chapitre III — Quelques centimètres

Le sanctuaire d’Olympie ne ressemblait en rien à leur paisible Élide. Philon fut saisi par la rumeur de la foule, le piétinement des visiteurs venus de toute la région, la fumée lourde des graisses brûlées sur l’autel de Zeus et l’alignement colossal des statues de bronze.

Le jour de son épreuve, aligné au départ du stade, il sentit le poids du regard de son père Lycinos depuis les talus de terre. Au signal, les corps s’élancèrent dans la poussière. La course fut brève, violente. À mi-distance, un concurrent de Pise restait collé à ses épaules, menaçant de le dépasser à chaque foulée. Refusant de céder, Philon jeta ses dernières forces dans un ultime sursaut et franchit la ligne le premier, le thorax en feu.

Son père, debout dans la foule, hocha la tête : la parole donnée serait honorée. Mais la joie de Philon resta suspendue. Il rentra chez lui, condamné à attendre, rongé par le doute.

Quelques semaines plus tard, l’atmosphère d’Olympie avait changé. Pour les Héraia, le sanctuaire s’était apaisé, cédant la place aux dévotions féminines.

Gorgo entra dans le stade. Conformément au rite, sa tunique s’arrêtait au-dessus du genou, son épaule droite était mise à nu et ses cheveux flottaient librement sur son dos. À quelques pas d’elle, Kallisto ajustait sa tenue, le visage serein.

Le signal retentit. Dès les premiers mètres, le peloton s’étira et Gorgo se retrouva au coude-à-coude avec sa rivale. Les deux jeunes femmes avalèrent la piste d’un même rythme régulier. Mais à l’approche de la fin du parcours, Kallisto prit progressivement un demi-mètre d’avance. Gorgo sentit ses jambes s’alourdir et la tentation de céder l’envahir. Elle repensa aux longs mois passés sur les cailloux de son village et forced sa respiration pour ne pas rompre la cadence.

À dix mètres du terme, Kallisto porta soudainement la main à son flanc gauche, grimaçant sous l’effet d’une crampe violente. Son allure fléchit d’un coup. Gorgo, maintenue par son endurance irréprochable, ne ralentit pas. Dans un effort suprême, les deux filles jetèrent leur poitrine vers l’avant.

Gorgo franchit la ligne. Un silence, puis la décision des juges : quelques centimètres à peine la séparaient de Kallisto.

La cérémonie fut sobre. On posa sur ses cheveux la couronne de feuillage d’olivier sauvage et on lui attribua sa part de la génisse sacrifiée à Héra. Mais Gorgo ne regardait ni la foule ni ses compagnes. Ses yeux cherchaient la bordure du terrain.

Théogène s’avança à sa rencontre. Il contempla un instant la couronne qui brillait sur la tête de sa nièce, puis posa une main ferme sur son épaule.

— Tu as tenu ta part du marché, Gorgo. C’est à mon tour de remplir la mienne.

Sans ajouter un mot, le tuteur ajusta son manteau et se tourna vers la route qui menait à la demeure de Lycinos.

--o-o-o—

Mike, rêveur, le visage détendu d’une vraie douceur entre les poings, m’écoutait raconter mon histoire, tandis qu’Éléonore à ses côtés avait passé son bras sur ses épaules. Héléna, qui au départ s’était assise près de moi, s’était rapprochée jusqu’à poser elle aussi son bras lourd sur mon épaule, me donnant la sensation poétique que mes deux héros couraient chacun avec une charge supplémentaire.

Les autres membres du club avaient interrompu leur entraînement. Plutôt que de filer sous la douche, ils restaient immobiles à m’écouter, rêveurs. En l’espace d’un mois, je dus réitérer ma lecture chaque fin de semaine.

— Il faudrait une suite !

— Oui, raconter le mariage ! disait un autre.

Je recevais mille propositions qui, bien évidemment, flattaient mon égo, mais je ne trouvais aucune inspiration pour écrire une suite.

Héléna, je crois, l’avait compris et restait silencieuse, ne me demandant rien sur le sort de ces deux jeunes gens.

Même si Mike la relançait :

— Et toi, Héléna, tu ne dis rien. Tu ne veux pas une suite ?

— Moi, je laisse le pousse-encre à ses choix pendant que je vais pousser mes poids.

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