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Le premier soldat surhumain

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Summary

En novembre 1943, dans le bunker clandestin de Camp Hero, le Pentagone teste le « Projet Sentinelle » sur Elias Turner, un jeune soldat de l'Ohio. Le sérum expérimental lui confère une force surhumaine et une régénération instantanée, mais détruit au passage toute son humanité. Devenu un prédateur froid et hyper-rationnel dénué d'empathie, Elias ne peut plus être contrôlé. Les scientifiques réalisent trop tard qu'ils n'ont pas créé un protecteur, mais une menace incontrôlable.

Status
Complete
Chapters
13
Rating
5.0 (1 review)
Age Rating
13+

LA MESURE DU COLOSSE

L’odeur âcre de l’ozone se mêlait à celle de la sueur froide et du désinfectant industriel. Dans le sous-sol blindé du complexe de Camp Hero, à la pointe orientale de Long Island, la lumière crue des néons grésillait, projetant des ombres étirées sur les murs de béton brut.

Derrière la baie vitrée en verre feuilleté de six pouces d’épaisseur, la créature attachée à la table d’opération en acier forgé n’avait plus rien de commun avec l’espèce humaine.

Ses avant-bras, autrefois ceux d’un sergent d’infanterie de première classe, avaient doublé de volume. Les tendons, saillants sous une peau d’une pâleur spectrale, ressemblaient à des câbles d’acier sous tension. Le rythme de sa respiration était anormalement lent : une inspiration profonde toutes les quarante secondes, suivie d’un silence de mort durant lequel le moniteur cardiaque alignait un tracé presque plat.

— Le rythme cardiaque est stabilisé à dix-huit battements par minute, murmura le docteur Harold Vance, la main tremblante sur la commande du stimulateur électromagnétique. La régénération cellulaire a assimilé la totalité de la dose de composés synthétiques.

À ses côtés, le général Thomas Vance ajusta son col d’uniforme. Ses yeux sombres ne quittaient pas le sujet.

— Il respire encore. C’est tout ce qui m’importe, Harold. Est-il prêt pour la phase de test ?

— Physiquement ? Il a survécu à une charge virale et chimique qui aurait tué un régiment. Mais mentalement... Tom, nous avons effacé la quasi-totalité de son activité synaptique émotionnelle. Son cortex frontal ne traite plus les informations comme celui d’un homme. Il n’évalue plus que des vecteurs de menace, des densités de matière et des dépenses énergétiques.

Soudain, un bruit mat retentit dans la pièce de confinement. Un déclic sec.

Sur la table de contention, l’une des sangles en cuir armé de brin d’acier venait de céder. Il avait fallu six hommes pour le maintenir lors de la dernière injection, mais l’homme sur la table n’avait pas esquissé le moindre effort apparent. Il avait simplement contracté le poignet gauche.

Elias Turner ouvrit les yeux.

Il n’y avait pas de blanc dans son regard : ses pupilles s’étaient dilatées jusqu’à absorber la totalité de l’iris, devenant deux orbes d’obsidienne pure. Il ne montrait ni rage, ni confusion, ni douleur. Il fixa le plafond, analysant le clignotement du néon, la fréquence du signal radio dans le haut-parleur, puis le reflet du général Vance derrière la vitre renforcée.

— Elias ? appela la voix de Harold à travers l’interphone. Est-ce que tu m’entends ? Tu es à Camp Hero. Je suis le docteur Vance.

Elias tourna lentement la tête. Le mouvement était d’une précision mécanique, débarrassé de tout réflexe parasite.

— Je perçois la fréquence de votre voix à travers la membrane du haut-parleur, dit Elias. Sa voix était plus grave, caverneuse, amputée de toute intonation humaine. Vous souffrez d’une arythmie cardiaque, docteur Vance. Votre rythme est de cent douze battements par minute. Vous avez peur.

Le général Vance s’approcha du micro.

— Sergent Turner ! Vous répondez aux ordres du Département de la Guerre des États-Unis. Répondez à la formule de ralliement !

Elias ne cilla pas. Il redressa le buste. La deuxième sangle en cuir renforcé vola en éclats dans un claquement de fouet.

— La structure de commandement militaire repose sur la capacité à appliquer une contrainte physique ou psychologique, déclara calmement Elias en posant ses pieds nus sur le sol glacé. Vos armes de calibre conventionnel disposées dans la pièce adjointe présentent une densité insuffisante pour altérer ma structure tissulaire. Vos ordres sont donc dépourvus de valeur tactique.

— Sécurité ! Neutralisez le sujet ! déclara le général dans le système d’alarme.

La porte blindée du sas s’ouvrit précipitamment. Quatre gardes de la police militaire, armés de pistolets-mitrailleurs Thompson, s’engouffrèrent dans la pièce.

— Ne tirez pas ! hurla Harold. Ne le provoquez pas !

Il était trop tard. Le premier garde braqua son arme.

Elias n’attaqua pas par colère. Il réagit par pure optimisation tactique. Il franchit les quatre mètres qui le séparaient du premier soldat en une fraction de seconde, déplaçant sa masse colossale sans émettre le moindre bruit de pas. Avant que l’homme n’ait pu presser la détente, Elias saisit le canon de l’arme et l’orienta vers le haut : l’acier du tube de la Thompson se plia sous la seule pression de ses doigts.

D’un revers de main d’une puissance effrayante, il projeta le second garde contre le mur de béton. L’onde de choc brisa le casque du soldat et le renvoya au sol, inconscient. Les deux autres reculèrent en panique, leurs armes verrouillées par la peur.

— Arrêtez ! cria la voix de Harold dans le haut-parleur. Elias, stoppe !

Elias s’immobilisa au-dessus des corps étalés. Ses yeux noirs sondèrent les caméras de surveillance du plafond. Il ne poursuivit pas les survivants. Il avait éliminé la menace immédiate au coût énergétique le plus bas possible.

Au-dessus de la pièce, les buses d’aération du plafond crachèrent soudain un nuage dense de gaz. Une odeur chimique, lourde et écœurante, envahit aussitôt la pièce.

Elias leva la tête vers les bouches d’aération. Son organisme identifia la menace toxique en moins de deux secondes. Sa fréquence respiratoire chuta instantanément à zéro, scellant ses poumons. Mais la concentration atmosphérique du sédatif expérimental fini par traverser ses muqueuses par absorption cutanée.

Ses muscles hyper-densifiés se figeèrent progressivement. Il ne s’effondra pas : il se laissa tomber sur un genou, le regard toujours braqué sur le général Vance derrière la vitre.

— Le sérum n’a pas créé un protecteur, murmura Harold Vance en laissant tomber ses notes sur la console alors que le sujet sombrait dans une catatonie temporaire. Il a détruit l’empathie... Nous n’avons pas fabriqué un soldat, Tom. Nous avons fabriqué l’extinction.

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