Annie
Mes mains brûlent.
C’est la première chose que je sens, chaque matin, avant même d’être réellement réveillée. Cette brûlure sous mes gants, qui me rappelle dès la première bouffée d’air que je me hais. La veille, devant le miroir de la nouvelle salle de bains, j’ai encore essayé de les faire disparaître. Les taches. Comme si on pouvait effacer sa propre peau à force d’y croire. La râpe à gruyère que oncle Gérard a offerte à ma mère le lendemain de son divorce. C’est son utilité maintenant, réduire en morceaux ce que mes parents me répètent être leur plus beau cadeau.
Mais la râpe ne peut pas. Pas réellement. Elle réussit juste à me faire mal. Alors j’ai remis les gants. Les bleus en laine. Ils cachent les taches et ils cachent le reste, maintenant, aussi.
— Tu es sûre que ça va aller ?
— Ça va aller, maman. C’est juste la rentrée.
Elle n’y croit pas mais elle a besoin d’entendre ça venant de moi. Depuis un an, elle me regarde comme un verre fissuré qu’on a déjà fait tomber dix fois. Mais qui n’arrive jamais à se briser.
La voiture s’arrête le long du trottoir en face de mon nouveau lycée aux murs sombres.
Trévannec.
Trois mille habitants et pas un seul qui ne connaît mon nom. Et c’est exactement ce qu’il me faut.
— Je peux venir te chercher à…
— Je rentrerai à pied. Je t’aime.
Je sors avant qu’elle finisse sa phrase et le vent me coupe directement le souffle. Je remonte mon écharpe. En Bretagne, en octobre, personne ne trouve ça bizarre, ah ouais ? C’est ce que je me répète. Le froid, c’est une excuse.
Alors que mes converse résonnent sur le sol granit mes yeux s’arrêtent sur l’abribus d’en face.
Une femme.
Une robe de soie avec une peau dorée et lisse sourient sur le panneau publicitaire. En dessous, un seul mot :
Francesca, vous le valez bien.
Tout le monde connaît Francesca. Le genre de beauté qui ne se discute pas. Avant, une image comme ça m’aurait donné envie de m’arracher la peau.
— Un jour je serai comme toi, Francesca…
Ici, personne ne sait qu’on m’a appelée le dalmatien ou ying et yang. Personne n’a vu les photos de mon corps prises en douce dans le vestiaire, alors que je pensais être une personne comme tout le monde. Ici, je peux être ce que j’ai toujours souhaité.
Être quelqu’un.








