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LE CALICE (Tome 1)

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Summary

Linus est un vampire taciturne qui a renoncé à toute vie sociale et évite soigneusement de s'attacher. Alors devoir surveiller Andras, un humain imprévisible aux cheveux colorés et aux gilets tricotés, relève presque de la torture. Parce qu'Andras n'est pas seulement excentrique. Andras est le chaos incarné. Chargé malgré lui de le protéger, Linus découvre vite que l'humain cache bien plus qu'un sourire éclatant. Entre nuits agitées, poisons mystérieux, disputes absurdes et prises de koala euphorique, il se retrouve entraîné au cœur d'une vengeance capable de briser l'équilibre fragile du monde surnaturel de Bucarest. Linus va devoir affronter une vérité qu'il fuit depuis trop longtemps : parfois, le danger ne vient pas de l'extérieur... mais de ce qu'on refuse d'admettre. Et ce qu'il apprendra sur Andras pourrait tout changer - pour les vampires... comme pour son propre cœur. CONTENU MATURE avec des scènes érotiques, un langage parfois ordurier et des scènes violentes qui pourraient heurter la sensibilité de certains/nes.

Status
10h ago
Chapters
13
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapitre 1

Je vais mourir.

Et pour de bon cette fois.

En vrai, l’idée n’est pas si mal. J’aurais même aimé que la première fois soit la bonne. Mais pas maintenant. Pas encore. Luce et Tally ont besoin de moi.

Je ne dois surtout pas crever, bordel !

Mais plus facile à dire qu’à faire quand on a le ventre ouvert et les tripes quasiment à l’air.

Je resserre mon bandage de fortune en sifflant de douleur. Cela n’empêche pas le sang noir et poisseux de s’échapper de mes blessures : quatre foutues plaies béantes et parfaitement parallèles déchirent mon ventre sur toute sa largeur.

Putain de cabots.

Je m’adosse contre un arbre en maudissant Virgil et ses coups tordus. Puis je me maudis d’être tombé aussi bêtement dans son foutu piège. Un truc que n’importe quel abruti aurait vu venir à des kilomètres. Super. Je vais donc crever en abruti.

Je m’affale dans les feuilles mortes, à bout de force. Les mains plaquées sur mes entrailles béantes, je ferme les yeux, respire un bon coup. Une petite brise d’automne caresse mon visage en sueur — c’est plutôt agréable…

Un rire m’échappe malgré moi. Le clair de lune brille au-dessus de ma tête et je pisse le sang. On se croirait dans un mauvais poème gothique.

Je tente d’ignorer la douleur, juste une seconde, pour tendre l’oreille. Le grognement des bêtes me parvient. Leurs pas lourds et précipités qui écrasent les feuilles au rythme de la traque. Ils suivent mon sang. Virgil et ses chiens vont bientôt me tomber dessus.

Réfléchis Linus. Réfléchis, bordel !

Il me faut un plan. Un miracle. N’importe quoi.

Mais rien ne me vient. Aucune idée brillante, nada. Le jour va bientôt se lever et je suis à bout de forces. Je n’ai plus le temps ni l’énergie de me planquer quelque part.

Je suis fait comme un rat. Foutu de chez foutu. Merde.

Comme pour me donner raison, une dizaine de loups sortent de l’ombre.

Immenses et silencieux, ils m’encerclent lentement, comme s’ils savourent le moment. Leurs yeux rouges brillent tels une constellation de rubis dans le noir. Le plus gros s’avance, un colosse au pelage blanc, presque scintillant. Il approche sa gueule de mon visage.

Ce foutu clebs empeste le sang. Le mien.

L’odeur est épaisse, métallique, écœurante. J’ai la nausée, mais je ravale tout.

À la place, je ferme les yeux et pousse un long soupir ennuyé.

— Pitié Virgil, dégage, grogné-je. Ton haleine de chien est infecte.

Un bruit de craquement, absolument dégueulasse, couvre un instant les grognements des loups. La seconde suivante, deux mains humaines écrasent les miennes, toujours plaquées sur mon ventre en charpie. La douleur est si brutale que j’en perds le souffle. J’ouvre les yeux malgré moi et me retrouve face au regard dément de Virgil.

— Vous les putain de sangsues, vous êtes pire que des cafards, me crache-t-il à la figure. Tu traines presque tes intestins, mais tu es toujours en vie ! Ça me dégoûte !

— Je t’emmerde, haleté-je, incapable de trouver une meilleure réplique.

Virgil appuie encore plus fort sur mes plaies en guise de représailles.

Je ravale un gémissement, un flot de sang me monte à la bouche.

Ma vue se brouille, des étoiles font la fête devant mes yeux. Je suis au bord de la syncope et franchement, ce ne serait pas plus mal.

Mais l’autre connard attrape brutalement mon visage d’une main. Il tient visiblement à me servir son monologue de merde jusqu’au bout.

Ridicule et toujours aussi mégalo, ce pauvre type.

— Cette fois-ci, je vais bien te tuer comme il faut, Roman, fanfaronne-t-il. Sans toi, ce sale chien de Lucian sera teeellement triste, bouh bouh. Et quand je l’aurais crevé, lui aussi, toutes les meutes de Bucarest n’auront plus d’autre choix que de ramper à mes pieds.

J’éclate de rire malgré moi. La douleur me transperce l’abdomen, j’étouffe dans mon propre sang, mais je continue à rire, parce qu’elle est vraiment bonne celle-là.

— Tu fais vraiment pitié, Virgil croassé-je en secouant la tête, sans cesser de ricaner. Depuis tout ce temps, tu n’as toujours pas compris ? Pourquoi tu refuses de voir que personne, absolument personne, ne veut d’un abruti comme toi pour Alpha ?

Le coup de poing de Virgil envoie ma tête au sol. Tout tourne. Ses pieds me labourent les côtes, comme s’il voulait m’enfoncer dans la terre à coups de semelles.

— Putain d’enfoiré de sangsue de merde ! Tu te prends pour qui, hein ? Tu te crois meilleur, alors que tu n’es qu’une saleté de cadavre ambulant ? Crève, enfoiré, crève !

Virgil beugle comme un forcené, m’abreuve d’insultes sans cesser de me piétiner.

Tout mon corps hurle de douleur. Je ne suis plus qu’une loque en sang, écrasé aux pieds de mon tortionnaire déchaîné. Et pourtant, je ne peux m’empêcher de le trouver pathétique.

Quelle tristesse. Je vais mourir sous les coups de ce pauvre type…

Des coups de feu éclatent soudain dans la nuit. Puis, c’est l’anarchie totale.

J’entends plus que je ne vois les loups se jeter sur les nouveaux venus. Le regard brouillé par la douleur et le sang, je ne perçois que des formes vagues qui s’affrontent dans le chaos. L’une d’elles fend la mêlée et fonce droit vers moi.

— Il est là ! Sorin, dépêche-toi ! Vite !

Toujours prostré au sol, incapable de bouger, je ne peux que la regarder s’approcher, telle une étrange tache violette qui flotte dans ma direction.

La personne s’accroupit à ma hauteur, se penche sur moi.

Je crois voir des cheveux d’un rose flamboyant. Des yeux bleu azur…

— Ça va aller, Linus, murmure une voix tremblante, mais douce comme du velours — une main se glisse dans mes boucles noires. On va bien s’occuper de toi. Ça va aller…

Mes dernières forces me lâchent et je sombre dans le noir.

***

— Je tenais ce salaud de Virgil ! Je le tenais !

Lorsque je reviens à moi, ma tête me lance atrocement.

J’ai l’impression d’avoir un marteau piqueur dans le crâne et cette voix qui n’arrête pas de râler n’arrange pas les choses. Si son propriétaire pouvait la fermer, ce serait bien.

— Rappelez-moi pourquoi je ne peux pas le buter, déjà ? Ce sale type et ses cabots ne sont que des putain de déchets. Bucarest se porterait mieux sans eux !

Je suis plus que d’accord.

— Tu as raison, Virgil n’est qu’une sale ordure. Mais on en a parlé plusieurs fois, Fey ! On ne peut pas encore le tuer. Si Virgil meurt, les lycanthropes accuseront Lucian Balasko et ça ruinerait tous nos plans. Donc cesse de radoter avec ça. Tu vas réveiller notre bel invité.

Cette voix de velours…

Je réalise soudain qu’une main est toujours dans mes cheveux. Elle me masse le crâne avec une tendresse presque inquiétante… Mon corps réagit au quart de tour. En une seconde, je suis au-dessus d’un type, les mains autour de sa gorge.

L’instant d’après, je scanne rapidement l’endroit où je me trouve : on est dans une chambre, sur un lit… et trois autres personnes sont dans la pièce. Deux femmes et un homme. Les deux premières pointent un pistolet sur ma tête, doigt sur la détente.

Heureusement, mon otage intervient avant que ma tronche ne finisse en passoire :

— Les filles, non ! Ne tirez surtout pas ! Lin… Roman ne me fera rien.

Intrigué par l’assurance dans sa voix, je baisse les yeux et croise les siens qui sont d’un bleu très clair, presque irréel. Et là, je découvre que mon otage est un mec bizarre, un humain bizarre, avec des cheveux roses en pagaille et un grand sourire niais aux lèvres.

Je rêve où il semble plus que ravi d’être coincé sous un strigoï prêt à l’étrangler ?

— On se connait ? balbutié-je, pris de court par sa réaction.

— Pas encore. Mais faisons connaissance, si tu veux bien, me répond Cheveux rose, toujours aussi à l’aise et souriant. J’ai très très envie de discuter avec toi.

Partagé entre la méfiance et la consternation, je le dévisage en silence.

Mes mains sont toujours autour de son cou. Sa peau est incroyablement douce et chaude. Je sens les pulsations de son pouls sous mes paumes…

— Alors c’est bon ? Tu vas le lâcher oui ou merde ? s’impatiente l’une des femmes, une grande asperge aux cheveux bleus et courts, son pistolet toujours braqué sur moi.

L’autre, une petite blonde aux yeux mordorés, a déjà rangé son arme, la mine impassible.

— Et si toi, tu lâchais ton flingue d’abord, répliqué-je en toisant la grande avec défiance. Elle plisse les yeux en réponse, ne bouge pas d’un iota.

— Fey, s’il te plaît, intervint Cheveux rose, la voix cajoleuse.

L’interpellée lève les yeux au ciel, avant de pousser un gros soupir agacé. Elle fourre son pistolet dans son holster d’un geste brusque, tout en grommelant dans sa barbe.

— OK ! Si ça te branches autant d’avoir ce cinglé sur toi, c’est comme tu veux. Je m’en fiche !

Elle croise les bras, l’air grognon, mais ses yeux restent rivés sur moi, lourds de menaces.

Je reste immobile. J’attends encore un peu, au cas où elle tenterait un sale coup. Rien.

À moitié rassuré, je baisse ma garde une seconde et glisse un œil sur Cheveux rose : toujours aussi détendu sous moi, il m’adresse un sourire éclatant.

— Tu peux me lâcher, tu sais ? Tu ne crains rien, Roman. Je te le promets.

— OK…

Je finis par hocher la tête, puis m’écarte lentement, un œil cette fois-ci braqué sur Fey l’asperge. Je m’installe sur le bord du lit, les muscles raides comme du bois.

Cheveux rose, lui, bondit sur ses pieds, le sourire jusqu’aux oreilles. Il porte un long manteau pelucheux d’un violet vif, presque aussi flamboyant que sa tignasse. Le vêtement est absurde, ridicule… et étrangement parfait sur lui. C’est fou.

Toujours rayonnant, Cheveux rose farfouille dans ses poches. Il en sort un bonbon au lait qu’il s’empresse de déballer et fourrer dans sa bouche.

— Est-ce qu’on se connaît ? demandé-je, incapable de le quitter des yeux. Dans la forêt… c’était toi. Et tu m’as appelé Linus. Il n’y a que mes proches qui m’appellent comme ça.

— Linus ? Ça veut dire Lion, c’est ça ? C’est vraiment adorable comme petit nom, s’exclame Cheveux rose, la bouche pleine de sucre. Mais non, je ne t’ai pas appelé comme ça. Tu as dû mal entendre et c’est normal : tu étais dans les vapes, tu avais de graves blessures…

Mes blessures !

Je réalise avec un temps de retard que mon corps va bien. Très bien, même !

J’inspecte mon ventre : les plaies béantes ont disparu, remplacées par quatre cicatrices épaisses, bien nettes et parfaitement parallèles.

C’est moche, rugueux et désagréable au toucher, mais ce n’est pas la mer à boire. Mes intestins sont retournés à l’intérieur et c’est tout ce qui compte.

— Ne t’en fais pas, tout va bien, maintenant, me rassure Cheveux rose tout en gobant un autre bonbon au lait. Tu es resté inconscient toute la nuit, ajoute-t-il. C’est Sorin qui t’a soigné. Il a pratiqué les premiers soins sur place. S’il n’avait pas été là, tu…

Il s’interrompt net et pendant un bref instant, il se fige, l’expression hagarde. L’autre homme qui s’était fondu dans le décor jusqu’à présent, s’approche et pose la main sur son épaule avec douceur. Cheveux rose sursaute, retrouve aussitôt son sourire radieux.

— Désolé ! Qu’est-ce que je disais, déjà ?

— Euh…

Je le fixe, incrédule. Mais qui c’est ce type ? Je ne sais vraiment pas quoi penser de lui. Ni de sa clique. Ils m’ont sauvé la vie cette nuit… Pourquoi ? Cheveux rose a parlé d’un plan, il a mentionné Luce. Quel plan ? Qu’est-ce qu’ils mijotent ?

— Mais j’y pense ! s’écrie mon excentrique sauveur en se tapant le front d’un geste théâtral. On ne s’est même pas présenté ! Quel impoli je fais !

Il s’avance, me tend une main surchargée de bagues, bracelets et autres breloques.

— Salut ! Je m’appelle Andras.

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