Chapter 1 Là où tu m’as laissé
Tout a commencé un matin d’automne.
Un froid mordant régnait ce jour-là, les voitures passaient en trombe sur la route.
Je marchais sur le trottoir, le vent sur le visage et les feuilles mortes bruissant sous mes pattes.
Comme à l’accoutumée, la plupart des passants avançaient d’un pas pressé sans même m’accorder le moindre regard.Je me dirigeais comme chaque matin dans le parc où nous allions souvent, Henri et moi. Je vins m’asseoir à côté de notre banc favori.
C’était ici qu’il passait le plus clair de son temps à dessiner des paysages et des portraits de femmes avec des ombrelles.
Henri me manquait. Il était parti depuis trois mois avec de nombreux jeunes hommes du village.
Moi, j’étais resté là.
Il n’avait pas pu m’emmener, n’ayant aucune famille depuis la mort de sa mère en novembre dernier, il avait dû me laisser seul.
Alors, ce jour-là, comme chaque jour depuis son départ, je restais là, quelques heures dans le parc, la tête sur mes pattes avant. Je tentais de me rappeler nos plus beaux souvenirs, tous les deux.
Alors que mes paupières se fermaient doucement sous l’effet de la fatigue, un bruit assourdissant me fit sursauter. Je relevai la tête vers le ciel et aperçus un avion survoler le village à toute vitesse, suivi de deux autres.
Ils repartirent aussi vite qu’ils étaient arrivés, mais je les trouvais de plus en plus nombreux ces temps-ci. Je m’étais toujours demandé ce que les humains faisaient là-haut avec ces étranges engins.Il allait bientôt être la même heure que celle à laquelle Henri avait quitté le pays, il y a trois mois.Je me relevai d’un bond et courus vers la gare.
Une fois là-bas, je m’installai dans un coin, contre un mur, à côté de vieux cageots de bois, et j’attendis, encore et encore. Trois heures passèrent, ou peut-être quatre.Le train eut le temps d’aller et venir deux fois, mais jamais Henri ne faisait partie des passagers qui en descendaient.Je quittai donc la gare, seul, comme chaque soir depuis son départ.Ce fut ce jour-là que je pris une décision.Je le retrouverais.
Je ferais tout ce qui serait en mon pouvoir pour le revoir un jour.Le lendemain, je me réveillai à l’aube. Je sortis de la vieille cabane délabrée qui me servait d’habitacle depuis le départ d’Henri.Je quittai la campagne pour rejoindre l’autre côté du village, où se trouvait la gare.
Sur le chemin, je pus trouver quelques flaques d’eau pour m’abreuver, grâce à la pluie de cette nuit.Je pus aussi trouver un morceau de sandwich oublié sur un banc, à côté d’un journal que je ne pus lire, mais qui m’intrigua tout de même par une photo représentant cinq des mêmes avions qui avaient survolé le ciel la veille.Je les contemplai quelques minutes, mais n’avais guère le temps de m’attarder plus longtemps.
Je continuai donc mon chemin et arrivai à la gare sans encombre.Je ne savais pas où Henri se trouvait actuellement, mais je connaissais néanmoins l’heure de son départ.Je dus donc patienter, les oreilles dressées, fixant l’horloge au-dessus de la billetterie avec insistance, ne voulant pas détourner le regard pour ne pas rater l’heure.Pendant que je patientais, plusieurs enfants voulurent m’approcher, mais à chaque fois, leur mère prenait peur et les tirait par le bras pour les éloigner de moi.Comme quoi, les humains sont parfois étranges, pensai-je.
Ils ne font confiance qu’aux personnes qu’ils connaissent.Mais je savais qu’Henri, lui, était différent. Il faisait confiance à tout le monde, même aux inconnus.Il ne refusait jamais d’aider quelqu’un. Quoi qu’on lui demandât, il le faisait, et il s’appliquait toujours dans ses tâches.Je me mis à remuer joyeusement la queue en repensant au sourire qu’il gardait toujours sur son visage. Il était si gentil.De plus, ses vêtements étaient toujours imprégnés de l’odeur de ses biscuits préférés, les spéculoos.
Je devais être arrivé tôt, car ce ne fut que quatre heures après mon arrivée à la gare que l’heure prévue s’afficha enfin sur l’horloge : 14 h 45.Je m’élançai alors vers les rails. Les passagers commençaient à se rapprocher eux aussi.
J’en profitai pour me fondre dans la foule. Avec un peu de chance, vu le monde qu’il y avait, les agents de sécurité n’y verraient que du feu.Je trouvai une personne un peu distraite qui semblait préoccupée. Elle ne me verrait probablement pas.
J’allai donc discrètement me mettre à côté d’elle.Lorsque nous arrivâmes devant le train, la dame donna son ticket à l’agent, qui me jeta un bref coup d’œil. Mais, pensant que j’étais avec elle, il nous laissa entrer sans poser de question.Je mis une patte dans le train, d’un pas hésitant. Je n’étais jamais monté dans un train, mais je devais me cacher au plus vite si je ne voulais pas être repéré. Je n’eus donc pas le choix.
Je cherchai du regard un recoin et finis par aller discrètement me caler sous une table, contre le bas d’un des sièges en cuir rouge.La locomotive n’allait pas tarder à se mettre en marche et le voyage allait enfin commencer.
C’est donc là, vous l’aurez compris, que commence mon long périple pour retrouver Henri.








