Chapitre 1 : L’échantillon 0407
La pluie tombait doucement sur les vitres du petit atelier d’Euljiro. Yoon Chae‑won était assise à son bureau, entourée de centaines de petits flacons en verre. L’air sentait les fleurs, le bois et la terre humide.
À trente ans, Chae‑won était une créatrice de parfum talentueuse, mais elle vivait dans la précarité. Elle ajusta sa blouse et attrapa une pipette avec soin.
Une goutte d’iris. Une touche de santal. Une goutte de résine de cyprès.
Elle mélangea doucement le liquide dans un verre. Un parfum magnifique s’en échappa : une odeur fraîche, boisée et très élégante. C’était sa meilleure création. Elle versa le liquide dans un flacon ambré, le ferma avec de la cire noire et colla une simple étiquette : N° 0407. C’était son échantillon pour le grand concours national organisé par Lumière Cosmetics, la plus grande entreprise de luxe du pays.
Son téléphone se mit à vibrer sur la table. L’écran affichait le nom de l’hôpital de Séoul.
Chae‑won décrocha, le cœur serré.
— Mademoiselle Yoon ? dit la voix de la comptable. Les soins de votre grand‑mère pour le mois prochain s’élèvent à quinze millions de wons. Si vous ne payez pas d’ici vendredi, nous devrons la changer de chambre.
— S’il vous plaît, ne faites rien, supplia Chae‑won. Je vais trouver l’argent.
Elle raccrocha et posa sa tête dans ses mains. Sa grand‑mère était la seule famille qui lui restait. C’est elle qui lui avait tout appris sur les plantes. Si Chae‑won ne gagnait pas ce concours — et la prime de cinquante millions de wons —, elle ne pourrait pas payer l’hôpital.
Au même moment, au dernier étage de la tour Lumière Cosmetics à Gangnam, Han Do‑hyun regardait la ville à travers la baie vitrée de son grand bureau.
Do‑hyun avait trente‑deux ans. Il était le jeune directeur général de l’entreprise. C’était un homme froid, intelligent et très fier, qui montrait rarement ses sentiments. Mais en ce moment, il était sous pression : son cousin, Sung‑jae, cherchait à lui voler sa place à la tête de la société.
On frappa à la porte. Son secrétaire, M. Park, entra avec un petit papier cartonné.
— Monsieur le Directeur, le jury du concours a fini de tester les échantillons à l’aveugle. Il y a une création que tout le monde trouve extraordinaire.
Do‑hyun prit le carton et le porta sous son nez. Il ferma les yeux. L’odeur était incroyable. Ce n’était pas un parfum vanillé ou trop sucré comme ceux qu’on vendait d’habitude. C’était une odeur noble, mystérieuse, inoubliable.
— Qui a composé ça ? demanda Do‑hyun.
— Nous ne savons pas, répondit le secrétaire. L’échantillon porte juste le numéro 0407 et une adresse dans le quartier d’Euljiro.
Do‑hyun reposa le carton. Ses yeux sombres se plissèrent.
— Retrouve‑moi cette personne immédiatement, ordonna‑t‑il. Mon cousin veut me renverser la semaine prochaine. Si ce parfum est aussi bon, il sera le cœur de notre nouvelle gamme. Je veux ce créateur sous contrat avant que Sung‑jae ne le découvre.








