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Liés par la lune

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Summary

À vingt-cinq ans, Aylin n’a encore jamais connu ses premières chaleurs. Elle a appris à vivre avec les regards, les questions et les murmures de sa meute, jusqu’au jour où elle croise Zayn, l’Alpha de la meute ennemie, et que sa louve se réveille enfin. Le problème, c’est que Zayn comprend immédiatement ce qu’ils sont l’un pour l’autre et refuse pourtant de la revendiquer. Leur lien pourrait briser la paix fragile entre leurs meutes et rallumer une guerre que personne ne veut revivre. Aylin devrait le détester autant que les siens le lui ont appris. Pourtant, plus elle tente de s’éloigner de lui, plus son corps et sa louve le réclament, et bientôt, résister à ce que la lune a choisi devient plus dangereux encore que de céder.

Genre
Romance
Author
Lara Dry
Status
2 mins ago
Chapters
5
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapitre 1

À vingt-cinq ans, je devrais avoir cessé de compter les années qui me séparent de mes premières chaleurs. Pourtant, chaque anniversaire transforme ce chiffre en rappel impossible à ignorer, comme si mon corps tenait lui-même le décompte de tout ce qu’il refuse obstinément de faire.

Les premières sont arrivées à seize ans pour ma mère. Dix-sept pour ma meilleure amie. Dix-huit pour ma cousine Livia, qui avait passé plusieurs semaines à se plaindre d’être la dernière de notre génération avant que son organisme décide enfin de lui prouver qu’elle s’inquiétait pour rien.

Moi, j’ai attendu dix-huit ans, puis dix-neuf, vingt et vingt et un. J’ai fini par arrêter d’espérer autour de vingt-trois ans, principalement parce que chaque nouveau mois se terminait de la même façon et que je commençais à manquer de manières créatives de prétendre que cela ne m’atteignait pas.

Aujourd’hui, j’en ai vingt-cinq.

Et contrairement à ce que ma mère semble avoir décidé, ajouter des bougies sur un gâteau ne changera probablement rien à la situation.

— Tu pourrais au moins avoir l’air heureuse, souffle Nessa en s’installant sur la chaise face à moi. Ta mère prépare cette tarte depuis six heures du matin et je préférerais éviter de lui expliquer que tu envisages visiblement de l’assassiner du regard.

Je détourne les yeux du dessert posé au centre de la grande table en bois. Les vingt-cinq bougies ont disparu avant même que les premiers invités arrivent, à ma demande, mais je sais exactement combien ma mère avait prévu d’en planter dans la pâte.

— Je ne veux assassiner personne. Je réfléchis seulement aux conséquences juridiques d’un incendie accidentel dans une maison construite presque entièrement en bois.

Nessa sourit en attrapant une fraise dans le saladier disposé entre nous.

— Tu sais que mettre le feu au gâteau ne te fera pas rajeunir ?

— Je ne cherche pas à rajeunir. Je voudrais seulement passer mon anniversaire sans que la moitié de la meute me demande si quelque chose s’est enfin produit depuis l’année dernière.

Son sourire s’efface légèrement.

Elle sait exactement de quoi je parle.

Tout le monde le sait.

Dans une meute où les odeurs, les transformations et les instincts occupent une place aussi naturelle que la respiration, certains événements ne peuvent pas vraiment rester privés. Les premières chaleurs d’une louve font partie de ceux-là. Elles marquent sa maturité complète, le moment où son corps et sa louve atteignent enfin un équilibre que personne ne remet normalement en question.

Normalement.

Je me suis transformée pour la première fois à quinze ans, comme la majorité des loups de Greyhaven. Ma louve est forte, rapide et parfaitement saine. Je perçois les odeurs, les émotions et les changements sur notre territoire aussi facilement que tous les autres membres de ma meute. Je guéris plus vite qu’un humain, je peux courir sous ma forme animale pendant des heures et j’ai déjà remporté assez de combats d’entraînement pour que mon frère cesse depuis longtemps de prétendre me laisser gagner.

Il ne me manque qu’une chose.

Une seule, mais elle suffit à alimenter les conversations depuis plusieurs années.

— Mara est passée tout à l’heure, reprend Nessa en mordant dans sa fraise. Elle voulait savoir si ta mère avait pris rendez-vous avec Eliane.

Je ferme les yeux quelques secondes.

— Bien sûr qu’elle voulait le savoir.

— Elle s’inquiète pour toi.

— Mara s’inquiète tellement pour moi qu’elle connaît probablement mieux mon cycle que moi.

Nessa baisse le visage pour masquer son rire, mais ses épaules la trahissent.

— Je ne devrais pas rire.

— Non, tu ne devrais pas. J’attends un soutien inconditionnel de la part de ma meilleure amie.

— Tu as mon soutien inconditionnel. Je trouve seulement très drôle que Mara soit capable de demander à ta mère quand remontent tes dernières analyses avant même de lui souhaiter bonjour.

Je pousse mon assiette vers elle.

— Mange ma part de tarte, traîtresse.

— Certainement pas. Ta mère me tuerait si elle découvrait que je t’aide à sauter un repas.

Comme pour confirmer ses paroles, ma mère entre dans la pièce avec une seconde assiette de petits gâteaux alors que personne n’a encore terminé les premiers. Ses cheveux châtains sont retenus à la base de sa nuque et une légère trace de farine marque encore sa joue. Elle a passé une partie de la journée à cuisiner comme si nourrir trente personnes pouvait empêcher quiconque de s’intéresser à ce qui ne fonctionne pas chez sa fille.

Je déteste penser les choses de cette manière.

Parce qu’au fond, je sais qu’elle ne me considère pas comme défectueuse.

Elle est simplement inquiète.

— Nessa, ne l’encourage pas, prévient-elle en posant son plat. Aylin, mange quelque chose avant l’arrivée des autres.

— Je mange depuis que je suis descendue.

— Deux fraises et la moitié d’une part de tarte ne constituent pas un repas.

— Tu surveilles maintenant ce que je mets dans mon assiette ?

— Je suis ta mère. Je surveille ce que tu mets dans ton assiette depuis vingt-cinq ans.

Je lui adresse un sourire malgré moi et elle pose une main contre ma joue avant de se pencher pour embrasser mon front. Ce geste me ramène immédiatement des années en arrière, lorsque son contact suffisait encore à régler tous les problèmes du monde.

Malheureusement, celui-ci résiste à tout ce que nous avons essayé.

Plantes. Examens. Régimes particuliers. Repos. Exercice. Plusieurs semaines sans transformation, puis plusieurs semaines à laisser ma louve prendre davantage de place. Eliane, notre guérisseuse, a même consulté les dossiers médicaux conservés par trois générations de Greyhaven sans trouver de cas véritablement similaire au mien.

Certaines louves sont tardives.

Aucune ne l’est à ce point.

— Eliane aimerait te voir lundi, annonce ma mère en reculant.

Je retiens le soupir qui menace de m’échapper.

— Elle m’a vue le mois dernier.

— Je sais.

— Et le mois précédent.

— Aylin.

Son ton suffit à arrêter la remarque suivante. Pas parce qu’elle me l’interdit, mais parce que je sens son inquiétude avant même qu’elle ne détourne les yeux.

Nous pouvons cacher beaucoup de choses les uns aux autres. Pas toujours nos émotions.

Je tends la main pour attraper la sienne.

— D’accord. J’irai la voir lundi.

Ses doigts se resserrent autour des miens.

— Merci.

— Mais si elle me demande encore si j’ai ressenti une modification particulière de mon odorat, je lui répondrai que j’ai développé une intolérance soudaine aux questions médicales.

Cette fois, ma mère sourit franchement.

— Elle survivra.

La porte arrière s’ouvre au même moment avec suffisamment de violence pour heurter le mur, et mon frère entre dans la cuisine en laissant derrière lui une traînée de boue humide.

Le sourire de ma mère disparaît aussitôt.

— Dehors.

Eren s’immobilise au milieu de la pièce.

— Bonjour à toi aussi.

— Tes chaussures sont couvertes de boue.

Il regarde ses bottes comme s’il les découvrait.

— C’est généralement ce qui arrive lorsqu’on traverse la forêt.

— Et c’est généralement pour cette raison qu’on les retire avant d’entrer chez moi.

— Cette maison était aussi la mienne pendant vingt-sept ans.

— Elle le redeviendra quand tu auras nettoyé le sol.

Nessa étouffe un rire tandis qu’Eren lève les yeux au plafond. Il repart malgré tout sur la terrasse et retire ses chaussures avant de revenir en chaussettes, les cheveux encore humides et une légère égratignure visible sous sa mâchoire.

Je la remarque immédiatement.

— Qu’est-ce qui t’est arrivé ?

Sa main monte par réflexe vers son cou.

— Rien.

— Tu saignes.

— Une branche.

Je plisse les yeux.

— Une branche t’a griffé sous la mâchoire ?

— Une branche agressive.

— Eren.

Il ignore volontairement mon ton et s’approche de la table pour attraper un petit gâteau. Ma mère lui frappe les doigts avant qu’il atteigne le plat.

— Ceux-là sont pour les invités.

— Je suis invité.

— Tu es mon fils.

— C’est encore mieux.

Il réussit à en prendre un pendant qu’elle se retourne, puis m’adresse un sourire satisfait en s’installant à côté de Nessa.

Eren a deux ans de plus que moi et fait partie des éclaireurs de Greyhaven depuis presque six ans. Autrement dit, il passe une grande partie de ses journées à parcourir nos frontières, à surveiller les mouvements autour du territoire et à revenir avec des blessures qu’il attribue systématiquement à des branches, des pierres ou des accidents suffisamment improbables pour que personne ne le croie.

Depuis quelques semaines, ses patrouilles se sont multipliées.

Il prétend que c’est normal.

Personne ne le croit davantage.

— Tu étais au nord ? demandé-je.

Il mâche lentement avant de répondre.

— J’étais en patrouille.

— Ce n’est pas ce que je t’ai demandé.

Son regard rencontre le mien, puis glisse vers notre mère. L’échange ne dure qu’une seconde, mais il suffit à faire disparaître le peu de légèreté qui restait dans la cuisine.

Je me redresse.

— Qu’est-ce qui s’est passé ?

— Rien qui mérite que tu t’inquiètes le jour de ton anniversaire.

— Je déciderai moi-même de ce qui mérite que je m’inquiète.

— Voilà précisément pourquoi je n’avais pas envie de t’en parler.

Ma louve remue sous ma peau, attentive. Elle réagit toujours lorsqu’une menace concerne la meute, même lorsque mon frère essaie de me convaincre qu’il n’y en a aucune.

— Eren, intervient ma mère, elle finira par l’apprendre de toute façon.

Il expire lentement.

— On a trouvé des traces près de la frontière.

Nessa cesse de sourire.

— Des chasseurs ?

Eren secoue la tête.

— Des loups.

Le silence qui suit n’a plus rien à voir avec mon anniversaire.

Greyhaven compte suffisamment de loups pour que des empreintes dans la forêt n’aient rien d’inhabituel. Nous connaissons cependant notre territoire mieux que n’importe qui et nos éclaireurs savent reconnaître l’odeur de chaque membre de la meute.

S’il prend la peine d’en parler, ces traces n’étaient pas les nôtres.

— Blackwater ? demandé-je.

Sa mâchoire se contracte légèrement.

— Oui.

Le simple nom suffit à réveiller quelque chose de plus ancien que nous tous.

La meute de Blackwater occupe les terres situées au nord de la rivière depuis des générations. Une quinzaine de kilomètres seulement séparent notre village du leur, mais personne ici ne parlerait d’eux comme de simples voisins.

Nos grands-parents se sont battus contre eux.

Nos parents ont grandi en apprenant à ne jamais franchir leur frontière.

Et nous avons hérité de la même règle bien avant d’être assez grands pour comprendre pourquoi elle existait.

Greyhaven et Blackwater se détestent depuis si longtemps que personne ne semble capable de raconter la première dispute de la même manière. Chez nous, on affirme qu’ils ont tenté de prendre une partie de notre territoire pendant un hiver où nos réserves étaient faibles. Eux prétendent, paraît-il, que Greyhaven a massacré plusieurs de leurs chasseurs bien avant cela.

La seule certitude se trouve dans les tombes des deux côtés de la rivière.

Plusieurs dizaines.

Peut-être davantage.

Les combats ouverts ont cessé avant ma naissance grâce à un accord conclu entre les deux Alphas. L’accord interdit les incursions, fixe précisément la frontière et autorise uniquement quelques rencontres officielles lorsque les intérêts des meutes l’exigent.

Cela n’a jamais créé la paix.

Seulement une manière plus civilisée de se haïr.

— Jusqu’où sont-ils allés ? demande ma mère.

— Pas assez pour parler d’une intrusion certaine. Ils se trouvaient à proximité de la limite, peut-être quelques mètres de notre côté.

— Peut-être ?

Eren passe une main sur sa nuque.

— Il a plu cette nuit. Les pistes sont mauvaises.

— Combien étaient-ils ?

— Trois, probablement quatre.

Ma mère croise les bras.

— Et tu t’es fait cette blessure avec une branche ?

Il lui adresse un regard innocent auquel personne autour de cette table ne croit.

— La forêt est dangereuse.

— Tu as vingt-sept ans, Eren.

— Et pourtant, les arbres continuent de m’en vouloir.

Je vois le coin de la bouche de Nessa frémir, mais l’inquiétude reste présente dans son odeur. La mienne doit être tout aussi évidente.

— Vous avez prévenu l’Alpha ? demandé-je.

— Darek est déjà au courant. Il a doublé les patrouilles pour les prochains jours, mais il ne veut aucune provocation.

Je comprends immédiatement pourquoi.

Le moindre affrontement pourrait suffire.

Les relations avec Blackwater n’ont jamais été bonnes, mais elles se sont encore détériorées depuis la mort de leur ancien Alpha, quelques mois plus tôt. Son fils a pris sa place presque immédiatement et, depuis, les rumeurs circulent plus vite que les informations réelles.

Je ne sais pratiquement rien de lui.

Seulement son nom.

Zayn.

Un homme que personne à Greyhaven ne prononce sans que son ton change légèrement.

Certains le disent brutal. D’autres calculateur. Eren affirme qu’un Alpha aussi jeune cherche nécessairement à prouver quelque chose, ce qui suffit selon lui à le rendre dangereux.

Je n’ai jamais cherché à savoir quelle version était vraie.

Les loups de Blackwater ne me concernent pas.

Ils ne doivent pas me concerner.

— Il veut quoi ? demandé-je malgré tout.

Eren hausse une épaule.

— On ne sait pas encore.

— Ils n’envoient pas quatre loups près de notre frontière pour admirer les arbres.

— C’est pour ça qu’on surveille.

— Et si ça recommence ?

Son regard se durcit légèrement.

— Alors Darek prendra une décision.

Je voudrais insister, mais des voix résonnent dehors avant que j’en aie le temps. Les premiers invités commencent à arriver et ma mère profite immédiatement de la diversion pour nous ordonner d’abandonner la conversation.

En quelques minutes, la maison se remplit.

Mes tantes entrent avec des plats dont personne n’avait besoin. Deux cousins se disputent déjà près de la terrasse. Des enfants traversent le salon en courant tandis que plusieurs adultes déplacent les chaises pour agrandir la table.

Greyhaven fonctionne ainsi.

Nous vivons les uns avec les autres au point qu’il devient parfois difficile de déterminer où s’arrête une famille et où commence la meute.

Je connais presque toutes les personnes présentes depuis ma naissance. Certaines m’ont vue apprendre à marcher. D’autres étaient là pour ma première transformation. Beaucoup connaissent également la date de mes dernières analyses médicales sans que je leur aie jamais rien demandé.

Je prends pourtant sur moi pour sourire lorsque Mara s’approche de moi avec les bras ouverts.

— Vingt-cinq ans, déjà.

— J’ai vérifié ce matin. Le chiffre semble malheureusement exact.

Elle rit avant de m’embrasser sur les deux joues.

— Tu es magnifique. Comment te sens-tu ?

La question paraît innocente.

Elle ne l’est jamais vraiment.

— Très bien.

Son regard s’attarde une fraction de seconde supplémentaire sur moi.

— Aucun changement ?

Voilà.

Quatre mots.

Elle a tenu environ trente secondes.

— J’ai développé une envie croissante de m’exiler dans une cabane au milieu de nulle part.

Mara fronce les sourcils avant que Nessa, derrière elle, ne se mette à rire.

— Elle plaisante, intervient ma meilleure amie.

— À moitié.

Mara secoue la tête avec indulgence et s’éloigne pour rejoindre ma mère. Je vois immédiatement leurs visages se rapprocher tandis qu’elles commencent à parler à voix basse.

Je pourrais m’énerver.

Il y a quelques années, je l’aurais probablement fait.

Aujourd’hui, je suis surtout fatiguée.

Nessa vient se placer à côté de moi.

— Tu veux sortir cinq minutes ?

Je lui adresse un regard reconnaissant.

— Plus que tout.

Nous quittons la maison par la terrasse avant que quelqu’un d’autre puisse m’arrêter. Le bruit des conversations diminue à mesure que nous avançons dans le jardin, jusqu’à ce qu’il ne reste plus que le bruissement des feuilles et l’eau du ruisseau qui traverse la propriété.

Le soleil commence à disparaître derrière les arbres.

Notre territoire s’étend loin devant nous, entre les forêts, les collines et les petites maisons disséminées autour du village. J’aime cet endroit. Malgré les regards et les murmures, je n’ai jamais souhaité appartenir à une autre meute.

Nessa s’assoit sur la barrière en bois.

— Tu sais qu’ils ne pensent pas qu’il y a quelque chose qui cloche chez toi.

Je reste debout.

— Certains le pensent.

— Certains sont idiots. Ce n’est pas la même chose.

Je souris faiblement.

— Tu devrais inscrire ça à l’entrée du territoire.

— Je proposerai l’idée à Darek.

Je regarde la forêt.

Au-delà de ces arbres, beaucoup plus loin vers le nord, se trouve la rivière qui sépare Greyhaven de Blackwater.

Une frontière que je n’ai jamais franchie.

Une frontière que je n’ai aucune raison de franchir un jour.

— Est-ce que ça te fait peur ? demande Nessa.

Je sais qu’elle ne parle plus de Blackwater.

Je réfléchis quelques secondes avant de répondre.

— Avant, oui. Maintenant, je crois que j’ai surtout envie qu’on me laisse tranquille avec ça.

— Tu ne voudrais vraiment jamais connaître tes chaleurs ?

La question ne me blesse pas. Pas venant d’elle.

Je baisse les yeux vers mes mains.

— Je ne sais même plus ce que je veux.

C’est la réponse la plus sincère que j’aie donnée depuis longtemps.

Je me suis raconté que cela m’était égal jusqu’à presque réussir à m’en convaincre. Après tout, je vais bien. Je suis en bonne santé. Ma louve est présente. Je peux vivre exactement comme les autres.

Sauf que parfois, lorsque je vois deux compagnons se trouver dans une pièce avant même de s’être parlé, ou lorsqu’une louve décrit cette sensation étrange qui précède ses chaleurs, une petite partie de moi se demande ce que je suis incapable de ressentir.

Et surtout pourquoi.

— Peut-être que ton corps attend quelque chose, murmure Nessa.

Je tourne la tête vers elle.

— Comme quoi ?

Elle hausse les épaules.

— Aucune idée. Je suis herboriste, pas guérisseuse. C’était censé être profond, pas médicalement pertinent.

Je ris et elle sourit, satisfaite d’avoir obtenu exactement ce qu’elle voulait.

Quelques secondes plus tard, un hurlement retentit très loin dans la forêt.

Mon sourire disparaît.

Nessa descend aussitôt de la barrière.

Ce n’est pas l’un des nôtres.

Ma louve se redresse brutalement en moi et tous mes sens s’aiguisent. Le son est trop éloigné pour que j’identifie l’individu, mais il vient du nord.

De l’autre côté de la rivière.

Blackwater.

Un second hurlement répond au premier.

Puis le silence retombe.

Nessa me regarde.

— J’espère vraiment que ton frère avait raison et qu’ils ne cherchaient rien.

Je fixe les arbres plongés peu à peu dans l’obscurité.

— Moi aussi.

À cet instant, Blackwater n’est encore qu’un nom associé à des histoires de sang, à une frontière qu’on m’a appris à ne jamais franchir et à un Alpha dont je ne connais même pas le visage.

Je suis convaincue que cela restera ainsi.

Je me trompe.

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