Chapter 2
LA FILLE QUI SOURIAIT POUR CACHER LES LARMES
Chapitre 2 : Celui qui voyait au-delà des sourires
1. Un sourire qui cachait trop de choses
Le lendemain matin, Aïcha arriva à l'école comme d'habitude.
Son sac sur l'épaule, ses écouteurs dans les oreilles et un sourire aux lèvres, elle traversa la cour en saluant ses camarades.
— Aïcha ! Attends-nous ! cria Mariam, sa meilleure amie.
Aïcha se retourna.
— Dépêche-toi ! On va finir par arriver après le professeur !
Les deux filles éclatèrent de rire et se dirigèrent vers leur salle de classe.
Pourtant, derrière ce rire se cachait une nuit difficile.
La veille, Aïcha avait passé des heures à réfléchir à sa vie. Elle avait repensé à toutes les fois où elle avait voulu parler de ses problèmes, avant de finalement décider de se taire.
Elle avait appris à dire « ça va » même lorsque son cœur était lourd.
C'était devenu une habitude.
Une habitude que personne ne semblait remarquer.
Personne, sauf peut-être ce garçon assis près de la fenêtre.
Koffi.
Depuis quelques jours, il observait Aïcha sans vraiment savoir pourquoi elle attirait autant son attention.
Ce n'était pas seulement parce qu'elle était drôle ou qu'elle savait mettre les autres de bonne humeur. C'était surtout parce que, parfois, son sourire disparaissait brusquement dès qu'elle croyait être seule.
Et ces quelques secondes suffisaient à révéler une tristesse qu'elle essayait désespérément de cacher.
2. Une rencontre inattendue
Ce jour-là, le professeur annonça un travail en groupe.
— Vous allez travailler par deux. Je veux que chacun participe sérieusement à l'exercice.
Aïcha se tourna immédiatement vers Mariam.
Mais avant qu'elle puisse parler, le professeur ajouta :
— Cette fois, c'est moi qui choisis les groupes.
Quelques minutes plus tard, les noms furent annoncés.
— Aïcha avec Koffi.
Aïcha leva les yeux au ciel.
Mariam étouffa un petit rire.
— Bonne chance, ma sœur !
— Pourquoi tu dis ça ?
— Parce que Koffi ne parle presque jamais. Vous allez passer toute l'heure à vous regarder dans les yeux !
Aïcha lui donna une petite tape sur le bras.
— Tu racontes n'importe quoi !
Elle prit ses affaires et s'installa à côté de Koffi.
— Salut, dit-elle simplement.
— Salut.
Un silence s'installa.
Aïcha sortit son cahier et lut le sujet de l'exercice.
— Bon, on commence ?
— Oui.
Ils travaillèrent pendant quelques minutes. Koffi était sérieux, attentif et plutôt intelligent. Aïcha fut surprise de constater qu'ils arrivaient à bien se comprendre.
À un moment, elle fit une erreur dans son calcul.
— Tu t'es trompée ici, dit-il en montrant son cahier.
— Ah bon ? Monsieur le professeur, tu peux m'expliquer ?
Koffi sourit.
— Je peux essayer.
— Essayer seulement ? Tu n'as pas confiance en toi ?
— Si. Mais je ne veux pas que tu m'accuses si tu rates ton exercice.
Aïcha éclata de rire.
Cette fois, son rire était spontané.
Koffi la regarda un instant.
— Quoi ? demanda-t-elle en remarquant son regard.
— Rien.
— Tu me regardes bizarrement.
— C'est juste que tu as un joli rire.
Aïcha resta silencieuse une seconde, surprise par cette remarque.
Puis elle détourna les yeux.
— Merci.
Elle essaya de reprendre son exercice, mais ses joues avaient légèrement rougi.
Pour la première fois depuis longtemps, quelqu'un venait de lui faire un compliment sans rien lui demander en retour.
Et cela lui faisait étrangement du bien.
3. La question qu'elle ne voulait pas entendre
À la fin des cours, les élèves quittèrent la salle dans le bruit et l'agitation habituels.
Aïcha rangea lentement ses affaires.
Lorsqu'elle sortit, elle aperçut Koffi près du portail.
— Tu attends quelqu'un ? demanda-t-elle.
— Non. Et toi ?
— Moi non plus.
Ils se regardèrent avant de rire.
— Tu habites dans quelle direction ? demanda Koffi.
Aïcha lui indiqua le chemin qu'elle prenait habituellement.
— Moi aussi, je passe par là. On peut marcher ensemble si tu veux.
Elle hésita quelques secondes.
Elle avait l'habitude de rentrer seule, de mettre ses écouteurs et de laisser ses pensées l'envahir.
Mais aujourd'hui, elle accepta.
Ils marchèrent côte à côte en parlant de l'école, de leurs matières préférées et de leurs projets pour l'avenir.
Koffi lui raconta qu'il rêvait de réussir ses études pour aider sa famille.
Aïcha l'écoutait attentivement.
— Et toi ? demanda-t-il. Qu'est-ce que tu aimerais faire plus tard ?
Elle sourit.
— J'aimerais faire quelque chose qui rende les gens heureux.
— Pourquoi ?
Aïcha réfléchit un instant.
— Parce que je sais ce que ça fait d'être triste et de ne pas savoir à qui parler.
Koffi tourna la tête vers elle.
Pendant un bref instant, son sourire disparut.
Puis elle ajouta rapidement :
— Enfin, je veux dire… tout le monde est triste parfois, non ?
Koffi ne répondit pas immédiatement.
Il aurait pu lui poser des questions. Il aurait pu lui demander pourquoi elle semblait soudain si sérieuse.
Mais il préféra simplement dire :
— Oui. Tout le monde mérite d'avoir quelqu'un qui l'écoute.
Ces mots restèrent dans l'esprit d'Aïcha longtemps après qu'ils se furent séparés.
4. Le cahier des secrets
Lorsqu'elle arriva chez elle, Aïcha salua sa mère et rejoignit sa chambre.
Elle posa son sac, retira ses chaussures et s'assit devant son miroir.
Son sourire disparut peu à peu.
Elle observa son visage pendant quelques secondes.
— Pourquoi est-ce que je n'arrive jamais à dire ce que je ressens ? murmura-t-elle.
Elle se leva, ouvrit le tiroir de sa table de nuit et en sortit un vieux cahier à la couverture bleue.
C'était son journal intime.
Le seul endroit où elle pouvait être elle-même sans avoir peur d'être jugée.
Elle l'ouvrit à une nouvelle page et prit son stylo.
« Cher journal,
Aujourd'hui, j'ai rencontré une partie de moi que je pensais avoir oubliée.
J'ai ri sincèrement.
Pas pour faire plaisir à quelqu'un. Pas pour montrer que j'allais bien. J'ai simplement ri parce que j'étais heureuse à cet instant.
C'est étrange, non ?
Il y a un garçon dans ma classe qui s'appelle Koffi. Je ne sais pas grand-chose de lui, mais il a une façon de regarder les gens qui me met un peu mal à l'aise.
J'ai l'impression qu'il remarque des choses que les autres ne voient pas.
Aujourd'hui, il m'a dit que tout le monde méritait d'avoir quelqu'un qui l'écoute.
J'aimerais le croire.
Mais j'ai peur.
Peur de parler. Peur de raconter ce que je ressens. Peur que les gens changent de comportement lorsqu'ils découvriront la vérité sur moi.
Alors je préfère sourire.
C'est plus simple.
Au moins, quand je souris, personne ne me demande pourquoi je suis triste. »
Aïcha posa son stylo.
Une larme glissa sur sa joue.
Elle l'essuya rapidement, puis referma son journal.
À cet instant, sa mère frappa à la porte.
— Aïcha, viens manger !
— J'arrive, maman !
Elle se regarda une dernière fois dans le miroir.
Puis elle remit son sourire.
Comme toujours.
5. Le premier signe
Le lendemain, quelque chose d'inattendu se produisit.
Pendant le cours, Aïcha reçut une petite feuille pliée.
Sur le papier, quelques mots étaient écrits :
« Je ne sais pas ce que tu traverses, et je ne vais pas prétendre le savoir. Mais si un jour tu as besoin de parler, je peux t'écouter. Tu n'es pas obligée de répondre. — Koffi. »
Aïcha relut le message plusieurs fois.
Elle leva discrètement les yeux vers lui.
Koffi regardait le tableau comme si de rien n'était.
Elle aurait voulu lui demander pourquoi il lui avait écrit cela.
Elle aurait voulu lui dire qu'il se trompait, qu'elle allait très bien et qu'il n'avait aucune raison de s'inquiéter.
Mais, pour une fois, elle ne trouva pas les mots.
Elle replia soigneusement le papier et le glissa dans la poche de son cahier.
Puis elle sortit son stylo et écrivit au dos :
« Et si je te racontais quelque chose que personne ne sait ? »
Elle fixa sa phrase pendant quelques secondes.
Son cœur battait rapidement.
Finalement, elle se leva et déposa discrètement le papier sur le bureau de Koffi.
Il le découvrit quelques instants plus tard.
En lisant le message, il tourna lentement la tête vers elle.
Leurs regards se croisèrent.
Aïcha lui adressa un petit sourire.
Un sourire timide, fragile, différent de ceux qu'elle offrait habituellement au monde.
Koffi lui répondit par un signe de tête.
Il ne savait pas encore ce qu'Aïcha allait lui raconter.
Il ignorait les secrets qu'elle gardait depuis des années, les blessures qu'elle dissimulait et les raisons qui l'avaient poussée à devenir cette fille qui souriait pour cacher ses larmes.
Mais il venait de comprendre une chose.
Derrière ce sourire, il y avait une histoire.
Et, pour la première fois, Aïcha semblait prête à laisser quelqu'un en découvrir une petite partie.
Fin du chapitre 2.








