Chapitre 1
Je rentrais de l’hôpital à vélo, rincée de ma journée mais heureuse et pressée de retrouver le sourire et la gentillesse de Dan…
Cela faisait trois ans que nous étions partis ensemble, lâchant tout pour fuir et survivre au Serpent qui nous traquait.
J’avais rapidement changé de numéro de téléphone pour qu’il ne puisse plus me joindre ou me menacer d’aucune façon. Mais j’avais quand même gardé dans mon répertoire son numéro et celui de Silas, juste au cas où…
Nous étions partis loin, à huit heures de route, dans une ville que Dan connaissait et appréciait. Il avait laissé derrière lui toutes ses activités illégales. Il voulait prendre un nouveau départ avec moi. Il avait confié la rénovation de son cor de ferme à une entreprise et maintenant il était souvent loué pour des courts séjours par l’intermédiaire d’une agence.
Ici, il avait acheté un immeuble entier dans un sale état et occupait ses journées à le rénover, appartement par appartement, les mettant sur le marché locatif au fur et à mesure.
Nous menions une vie rangée, calme et paisible…
Au début, nous étions juste amis. Des colocataires qui aimaient passer du temps ensemble et se soutenir, construisant brique par brique un socle solide et sûr qui servait de base saine à la mise en place de notre nouvelle vie, notre seconde chance d’être heureux.
Lentement, petit à petit, mes sentiments pour lui se sont développés…
De la tendresse, de l’affection et une forme d’amour des plus saine, douce et réconfortante. Il me faisait me sentir bien, chaque jour, chaque nuit et chaque minute de ma nouvelle vie. C’était un homme en or, intelligent, courageux et avec de vraies valeurs.
C’était moi qui avait initié ce changement. Un soir, alors que nous regardions un film, l’un à côté de l’autre, j’eus une envie irrépressible de me rapprocher de lui et de poser ma main sur son torse, jusqu’à la faire remonter sur son cou, amenant son visage près du mien. Il m’avait fixé un instant, je me souviens de ses yeux brillants d’un espoir qu’il n’avait osé montrer avant. Je lui avais souris avant d’écraser mes lèvres sur les siennes.
Ce baiser doux, lent et mesuré me fit prendre conscience de la chance que j’avais de l’avoir. Il me respectait, me traitait comme son égal. Notre relation était belle et saine.
Ma vie me convenait malgré ce manque qui ne me lâchait pas.
Je devais tout de même avouer qu’il n’y avait pas une journée ou je ne pensais pas à Jullian. Je l’avais dans la peau, au sens propre comme au figuré.
Je regardais souvent mon tatouage et je parcourais le corps sinueux du serpent avec mes doigts pour me sentir proche de lui, ne serait-ce qu’un instant.
Le lien n’était pas complètement rompu, je le savais bien. Il était trop fort, trop puissant. Il pouvait s’étirer, s’étioler, s’amincir mais il ne pouvait pas céder.
C’était comme ça, je l’avais accepté, je vivais avec ça et ça ne m’empêchait pas d’être heureuse.
La nuit, par contre, c’était plus compliqué. Mon corps était près de Dan mais ma tête était dans le lit de Jullian. Je fermais les yeux et je ressentais encore la passion qui nous dévorait et rendait chaque moment follement intense. J’arrivais à sentir la sensation de ses mains sur mon corps diffusant la chaleur frénétique et profonde de son désir…
Il hantait mes rêves toute les nuits, me laissant haletante, tremblante et fiévreuse à chaque réveil. Quand Dan n’était pas levé avant moi, je lui sautais dessus pour essayer d’apaiser mon corps et ce besoin puissant et tenace que je ressentais mais ça ne marchait jamais. C’était pourtant un bon amant mais nos moments d’intimité me laissaient toujours insatisfaite et frustrée.
Je n’avais plus d’orgasmes autrement que seule, en pensant fort à mon Serpent et en me caressant. Dan ne le savait pas, je simulais très bien quand j’étais avec lui. Je ne voulais pas qu’il se pose de questions. Il n’y était pour rien. C’était mon emprise psychologique qui m’avait laissé dans cet état de dépendance physique incurable…
J’avais pu reprendre mon cursus ici après avoir tout quitté. J’étais maintenant interne en chirurgie cardiaque. J’avais sympathisé avec d’autres internes et on les voyait souvent en dehors de l’hôpital. Ils s’entendaient tous très bien avec Dan mais c’était avec Camille et Jérémy qu’on passait le plus de temps. Ils étaient tous les deux internes en médecine aussi et s’étaient rencontrés pendant leurs études. Ils étaient ensemble depuis deux ans.
Même si elle me manquait et que j’avais très souvent eu envie de lui parler, j’avais préféré ne jamais recontacter Pauline pour ne pas la mettre en danger. Je lui avais juste envoyé un message pour la prévenir que je partais et que je ne serais plus joignable, juste avant de changer de numéro. Si Jullian avait appris qu’elle avait de mes nouvelles et qu’elle pouvait me joindre, il s’en serait pris à elle pour m’obliger à revenir, j’en étais certaine.
C’était une vie normale et douce, avec toutes les petites galères et soucis que pouvaient avoir les gens normaux. C’était rassurant, j’aimais cette stabilité et pour rien au monde, je ne voulais changer cette vie que nous avions méticuleusement construite ensemble au cours de ces trois années…
Je pédalais, la tête dans mes pensées. J’aimais faire les trajets à vélo, c’était plus rapide et les routes que je prenais n’étaient pas trop dangereuses. De toute façon, j’étais toujours très prudente.
Le printemps était là. C’était agréable de sentir le soleil réchauffer ma peau. Je me disais que puisque ce week-end, j’étais en repos, ce serait sympa de partir avec Dan se faire une petite virée en amoureux.
Je devais absolument lui en parler ce soir. Il devait déjà être en train de préparer notre dîner. Il cuisinait super bien. J’adorais rentrer et humer toutes ces bonnes odeurs. Ça me faisait instantanément oublier les soucis que j’avais pu avoir dans la journée.
Je venais juste de tourner dans une petite rue étroite, quand un gros SUV noir aux vitres teintées arriva en face de moi et accélera subitement.
Je compris immédiatement ce qu’il allait se produire.
Je n’avais aucun moyen d’échapper à l’impact violent et brutal qui allait se produire.
Une peur saisissante me paralysa.
Un voile blanc flouta ma vue juste avant le choc.
Mon corps fut violemment propulsé et les ténèbres m’enveloppèrent pour m’engloutir et me garder prisonnière de ce monde obscur. Je m’y plongeais sans lutter, me laissant bercer par cette sombre torpeur, bien trop effrayée pour pouvoir affronter la réalité et l’atroce douleur physique qui allait l’accompagner.








