Chapitre 1
Moscou était froide, mordante et offrait un contraste saisissant avec la vie nocturne des boîtes de nuit où l’on se déhanchait comme si le froid était loin et que seule la chaleur vivait comme une compagne alléchante. Dans une de ces boîtes underground où le luxe semblait être le thème principal en vu de la décoration riche et qui indiquait que le propriétaire des lieux avait des goûts assez prononcés pour le bordeaux sanguin et les chandeliers en argent. La musique forte et lascive, faisait danser les clients venus oublier que dehors, l’hiver était assassin.
Le Dark Eagle était un club underground vraiment digne des films érotiques ou de fantasy, si on aime le genre ancien vampire des années 50. Pourtant, les danseurs habitués ne semblaient pas être plus perturbés par l’ambiance ni la décoration, tout ce qui les intéressait était la musique, l’alcool et surtout les corps contre lesquels ils se déhanchaient. Dans un coin de la salle principale, une femme était assise dans un carré réservé, des boissons à moitié entamées sur la table et des sièges vides autour d’elle. Son regard était posé sur un groupe de filles qui bougeaient comme si la vie se terminait demain.
Dans sa robe noire, sobre et derrière ses lunettes qui cachaient des yeux maquillés sobrement, la femme buvait son cocktail sans alcool, étudiant les lieux, gardant un œil sur ses amies, comme un faucon guettant une proie, attendant le bon moment pour lui fondre dessus. Puis, l’une d’elles se détacha du groupe, visiblement heureuse avec un taux de vodka bien chargé dans le sang, pour se rapprocher du carré.
— Pourquoi tu ne viens pas avec nous ?! S’exclama-t-elle à la femme qui buvait tranquillement son mocktail.
— Je vous surveille ! Répondit-elle.
Pensant que son amie comprendrait le message, elle tourna son regard sur le reste de la boîte, mais un bras s’enroula autour du sien et la jeune femme s’exclama :
— Allez ! Viens t’amuser avec nous !
— N’insiste pas, Tania, gronda la jeune femme, fronçant les sourcils, résistant à sa prise.
Mais l’alcool semblait avoir décuplé la force de cette dernière qui réussi à la tirer jusqu’à la piste de danse. Cependant, tirant trop fort, la jeune femme fut propulsée plus loin et trébucha avant de percuter un corps massif. Elle se redressa, s’écartant de la pauvre personne dans laquelle elle venait d’atterrir. Tentant de rajuster ses lunettes qui avaient presque glissé sous l’impact, elle laissa entrevoir ses yeux vairons. Elle leva le visage vers l’homme pour s’excuser, mais son regard croisa l’acier d’une paire d’yeux gris féroces qui la toisèrent avec violence.
Il était massif, pour sûr ! Large d’épaules, des tatouages lui mangeaient la gorge et elle pouvait deviner qu’il en avait partout. Horrifiée de lui avoir rentré dedans, s’écarta, criant des excuses maladroites en russe avant de retourner à sa table. Elle fusilla ses amies du regard, pris ses affaires et quitta la boite. Mais derrière elle, un homme ne la lâchait pas du regard, captivé par une couleur flamboyante et froide. Dualité très rare qui avait su éveiller en lui un désir de possession violente qui lui comprimait les reins.
— Trouvez qui c’est, ordonna-t-il à ses hommes.
Il suivit la jeune femme qui récupérait son manteau et son sac aux vestiaires avant de disparaître dans la nuit. Il se détourna pour reprendre sa marche vers son bureau à l’étage. Mais dans son esprit, ce regard surnaturel ne le lâchait pas.
Quand il entra dans son grand bureau insonorisé, il chassa ses hommes et se laissa tomber dans un canapé sombre.
— Maître, gémit une femme attachée à une croix de saint André, menottée contre des rembourrages de cuir bordeaux, rappelant le sang qui coule dans les veines.
— Maître, geint une autre suspendue au plafond par les mains, touchant à peine le sol.
Plusieurs gémissements se firent entendre, mais pour Ruslan Tarasov, un regard s’imposait à lui, le faisant soupirer. Pourquoi ? Pourquoi en une fraction de seconde, cette femme qu’il ne connaissait pas, lui était-elle si obsédante ? Il sentit son pantalon le serrer et devenir inconfortable. Il serra les mâchoires. Il récupéra son portable et envoya un message à un de ses hommes. La porte du bureau s’ouvrit quelques instants plus tard et trois colosses russes entrèrent, se dirigeant vers les captives pour les détacher et leur ordonner de quitter l’endroit sans chercher à demander après leur boss. Surprises, elles coulèrent des regards luisant de larmes, frustrées, vers le seul homme qui avait su leur donner ce qu’elles avaient toujours voulu en termes de sexe. Mais aujourd’hui, il était fatigué et désintéressé. D’un signe de la main, il les fit partir et se retrouva de nouveau seul dans son grand bureau.
— Putain, soupira-t-il, la tête renversée contre le dossier du canapé.
Il ferma les yeux, mais le regretta aussitôt. Son sexe dur lui fit mal. On toqua à la porte et Vassili, son bras droit entra.
— Tout va bien ?
— Dis-moi ce que tu sais, souffla Ruslan.
— Les caméras l’ont, mais on ne sait pas encore qui c’est. Par contre, ses amies sont encore là, expliqua l’homme. Darhan est partie les interroger.
— Bien, souffla Ruslan en se redressant, toujours à l’étroit dans son pantalon. Il marcha vers son bureau et s’installa sur son fauteuil. Je veux unr apport dans trente minutes. Préviens Darhan que s’il échoue je le tue.
— Entendu.
L’homme inclina la tête et quitta le bureau, laissant son chef à ses pensées, ne se demandant plus pourquoi il cherchait à avoir cette femme. Il savait déjà que quand Ruslan Tarasov avait une idée en tête, il faisait tout pour la réaliser. Cette femme ne savait pas dans quoi elle venait d’entrer, mais il lui souhaitait de durer plus longtemps que les autres. Ou alors d’échapper au Bourreau Russe qu’était son patron.
Dans la boite, Un homme dansait avec une des filles du groupe et la questionna, les mains sur sa taille, coulissant son corps contre le sien, jouant de son charme puissant sur cette petite française qui y succomba sans prendre garde.
— Tu es ici seule ?! Demanda-t-il contre son oreille, frottant son bassin contre le corps délicieux et frissonnant de la femme.
— Non ! Je suis là pour l’enterrement de vie de jeune fille de mon amie ! La fille là-bas ! Pointa-t-elle en montrant Tania qui dansait comme si le diable lui avait mis le feu. Mais y en a une qui est partie !
— Pourquoi ? Elle s’amusait pas ? Demanda Darhan, ses doigts caressant la taille fine de la femelle qui semblait apprécier ses gestes sur elle.
S’il réussissait sa mission, il savait qu’il pourrait l’avoir comme récompense, alors il mit tout de son côté pour parvenir à obtenir l’information cruciale. Un nom. Et sa chance fut explosive quand la future mariée, amusée de voir son amie en bonne compagnie, cria :
— Leyla ! Marha est rentrée à l’hôtel !
— Quoi ? Pourquoi ? Tu lui as encore forcé la main ? Tu sais qu’elle n’aime pas ça et elle ne faisait que veiller sur nous ! C’est malin ! Donne-moi la carte, je vais rentrer pour la voir !
La future mariée afficha un air penaud, sortie une clé magnétique où l’homme put voir le nom de l’hôtel où elles résidaient et un numéro. La femme repartie, rejoignant le reste du groupe qui s’était un peu éloigné.
Darhan envoya un message discret avec ce qu’il avait. Pour toute réponse, il reçut une lettre rouge. C’était la carte du Boss qui le récompensait. Un large sourire machiavélique étira un coin de sa bouche. Il allait se faire plaisir et elle en redemanderait.
Il ne fallut pas plus d’une quinzaine de minutes avant qu’un numéro apparaisse sur le téléphone de Ruslan.
[…]
Arrivée dans sa chambre d’hôtel, Marha retira ses chaussures, son manteau, pour filer droit dans la salle de bain. Une fois démaquillée, elle sauta dans la douche et laissa couler l’eau chaude sur son corps frigorifié par le froid moscovite.
Tandis qu’elle profitait de la chaleur suffocante de sa douche, son téléphone vibra. Un message. Juste une ligne. Une simple commande.
Rendez-vous demain. 19h. Chambre 4065. RT
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