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Mon plan pour l'apocalypse inclut le méchant

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Summary

Le monde prendra fin dans 347 jours. Elowen Veyra compte bien être prête. Réincarnée dans un roman apocalyptique sous les traits d’un personnage secondaire voué à une fin tragique, elle n’a qu’un seul objectif : survivre. Grâce à un héritage, un mystérieux système et un don pour accumuler des réserves, elle est déterminée à assurer son avenir. Son plan ? Se préparer à toutes les catastrophes et garder auprès d’elle le dangereux antagoniste, Cassian Draven. Mais alors que d’étranges plantes surgissent et que son système commence à se comporter de manière imprévisible, Elowen réalise que l’avenir pourrait bien ne pas se dérouler comme elle s’en souvient. Survivre à l’apocalypse est déjà une épreuve en soi. Tomber amoureuse du méchant pourrait bien rendre les choses encore plus complexes.

Status
3h ago
Chapters
12
Rating
n/a
Age Rating
16+

Chapitre 1

CHAPITRE 1 — Trois cent quarante-sept jours (partie 1)

La première chose qu’Elowen Veyra remarqua en ouvrant les yeux fut que son plafond était beaucoup trop beau pour être le sien.

La deuxième fut qu’elle avait mal à la tête.

La troisième fut qu’une femme, derrière la porte, semblait prête à déclarer la guerre à une paire de rideaux.

— J’avais demandé du bleu, pas du gris. Du bleu, madame. Est-ce si difficile à comprendre ?

Un silence.

— Non, le bleu pâle n’est pas la même chose que le gris bleuté !

Elowen fixa les moulures blanches au-dessus de sa tête.

Un lustre élégant pendait au centre du plafond.

Les cristaux qui le composaient diffusaient une lumière douce sur les murs ivoire.

À sa droite, de longs rideaux bleu nuit encadraient une fenêtre dont les dimensions auraient permis à un géant de passer sans se baisser.

Elle cligna des yeux.

Une fois.

Deux fois.

Puis elle se redressa trop rapidement.

Une douleur lui traversa les tempes.

— Aïe !

Elle porta une main à son front.

Aucune bosse. Aucune plaie. Pas même la petite cicatrice qu’elle aurait dû avoir après sa dernière chute.

Elle se souvenait pourtant d’une route mouillée, de phares trop proches et d’un klaxon déchirant. Elle se souvenait de la lumière blanche qui avait envahi son champ de vision, puis d’un choc si brutal que son corps avait cessé de lui obéir.

Après cela, il n’y avait plus rien.

Pas d’ambulance. Pas d’hôpital. Pas de réveil dans une salle blanche.

Seulement ce plafond.

Elowen repoussa la couverture et posa les pieds sur le parquet.

Le froid du sol remonta jusqu’à ses chevilles.

Elle baissa les yeux vers ses mains. Ses doigts étaient fins, ses ongles soigneusement limés.

Une bague en argent ornée d’une pierre sombre reposait à son index droit.

Elle ne possédait pas cette bague.

Elle se leva, traversa la chambre et s’arrêta devant le miroir de la coiffeuse.

La jeune femme qui lui faisait face avait de longs cheveux brun foncé, légèrement ondulés et des yeux vert gris.

Son visage était plus fin que celui dont elle se souvenait.

Sa peau semblait reposée, ses traits réguliers et elle portait un ensemble de nuit ivoire qui coûtait probablement plus cher que la totalité de ses anciens vêtements réunis.

Elowen leva la main.

Son reflet l’imita.

Elle toucha sa joue.

Le reflet aussi.

— D’accord, murmura-t-elle.

Soit je suis morte et quelqu’un a décidé de m’offrir une chambre de luxe pour l’éternité, soit mon cerveau a développé un sens de l’humour particulièrement coûteux.

Elle attendit quelques secondes.

Le miroir ne lui fournit aucune explication.

Elle examina la chambre.

Une bibliothèque presque vide, une commode en bois sombre, un fauteuil près de la fenêtre, plusieurs boîtes de livraison empilées dans un coin.

Sur un bureau, un ordinateur portable était posé à côté d’un téléphone dont la coque bleu pâle lui semblait étrangement familière.

Elle ne se rappelait pas avoir possédé ce modèle.

Son regard revint au miroir.

Un nom lui traversa soudain l’esprit.

Elowen Veyra.

Elle se figea.

Ce n’était pas seulement le nom de la femme dans le miroir.

C’était celui d’un personnage.

Un personnage secondaire d’un roman qu’elle avait lu plusieurs mois auparavant.

When the Last Light Dies.

Un roman d’apocalypse dans lequel les catastrophes ne se succédaient pas immédiatement.

Elles s’installaient progressivement, d’abord sous la forme de problèmes isolés, puis comme une succession d’événements que personne ne parvenait plus à contrôler.

Elowen se souvenait de longues routes désertes, de villes privées d’électricité, de survivants qui négociaient des bouteilles d’eau comme s’il s’agissait de bijoux et de créatures dont l’apparence changeait avec les stades d’une infection inconnue.

Elle se souvenait également de son propre homonyme.

Elowen Veyra était une jeune femme riche, superficielle aux yeux de plusieurs personnages, qui mourait avant de jouer un rôle significatif dans l’histoire.

Elle avait été mentionnée dans quelques pages, puis oubliée.

Elowen se souvenait surtout d’avoir trouvé cette mort inutile.

Le personnage n’avait presque rien fait. Elle avait simplement existé au mauvais endroit, au mauvais moment.

Et maintenant…

Elle regarda ses mains.

— Non.

Elle ferma les yeux, espérant que le simple refus de reconnaître la situation suffirait à la faire disparaître.

Lorsqu’elle les rouvrit, le lustre était toujours là.

— Je refuse officiellement de participer à cette histoire.

Derrière la porte, la discussion sur les rideaux reprit.

Elowen inspira profondément.

Elle avait besoin d’informations avant de décider si elle était en train de perdre la raison.

Elle ouvrit la porte.

Une femme d’une cinquantaine d’années se tenait dans le couloir avec deux catalogues de décoration sous le bras. Elle se retourna aussitôt.

— Mademoiselle ! Vous êtes réveillée.

Le soulagement sur son visage semblait sincère.

— Oui, répondit Elowen prudemment.

La femme s’approcha, puis s’arrêta comme si elle craignait de la brusquer.

— Comment vous sentez-vous ? Vous nous avez fait peur.

— Je vais… bien, je crois.

Ce n’était pas entièrement vrai. Mais expliquer qu’elle avait l’impression d’avoir volé le corps d’un personnage de fiction ne semblait pas être une bonne façon de commencer une conversation.

— Voulez-vous que j’appelle le médecin ?

— Pas tout de suite. Pourriez-vous me dire où nous sommes ?

La femme fronça légèrement les sourcils.

— Dans votre maison, mademoiselle. Au domaine Veyra.

Elowen regarda le couloir, puis la porte derrière elle.

— Ma maison ?

— Oui.

— Et vous êtes… ?

— Maëlle. Je m’occupe de la maison depuis bientôt quatre ans.

Elowen enregistra l’information sans laisser paraître son trouble.

Maëlle.

Quatre ans.

Une maison.

Elle était censée connaître cette femme, cette propriété et probablement une bonne partie des personnes qui y travaillaient.

— Maëlle, j’ai besoin de vous poser une question un peu étrange.

— Bien sûr.

— Quelle est la date d’aujourd’hui ?

— Le 3 septembre 2029.

Elowen sentit son ventre se contracter.

Elle connaissait cette date.

Ou, plus précisément, elle savait que l’histoire du roman commençait avant les premières catastrophes majeures.

Mais elle devait vérifier quelque chose.

— Et l’année est bien 2029 ?

Maëlle la regarda avec davantage d’inquiétude.

— Oui, mademoiselle.

— Très bien. Merci.

Elle referma doucement la porte.

Trois septembre 2029.

Elle ignorait encore si elle se trouvait véritablement dans l’univers du roman.

Une ressemblance ne constituait pas une preuve.

Elle pouvait rêver, être dans le coma ou subir un phénomène qu’elle ne comprenait pas.

Cependant, si ses souvenirs étaient exacts, elle avait un problème bien plus urgent que son identité.

Le monde qu’elle connaissait était sur le point de changer.

Et elle ne savait pas combien de temps il lui restait.

───

Une heure plus tard, Elowen était installée devant l’ordinateur du bureau.

Elle avait demandé à Maëlle de lui apporter ses documents personnels, en prétextant vouloir remettre de l’ordre dans ses affaires.

La femme n’avait pas insisté.

Elle avait simplement posé une chemise contenant des papiers bancaires, quelques contrats et plusieurs relevés financiers sur le bureau.

Elowen avait alors découvert que sa nouvelle vie comportait au moins un avantage indéniable : elle n’était pas pauvre.

Elle possédait des comptes bancaires, des investissements et des biens immobiliers. Le domaine Veyra lui appartenait, et plusieurs documents confirmaient que ses parents étaient morts depuis longtemps.

Son patrimoine semblait considérable.

Elle ne savait toutefois pas encore quelle part de cet argent était immédiatement disponible.

Certaines sommes étaient investies, certains biens nécessitaient des dépenses régulières, et plusieurs documents demandaient un examen approfondi.

Elle nota cette distinction dans un carnet.

Patrimoine total ≠ argent disponible.

Puis elle ouvrit le navigateur.

Les informations du jour défilaient devant ses yeux.

Une crise agricole dans une région éloignée.

Des températures anormalement élevées dans plusieurs pays.

Des scientifiques interrogés au sujet de migrations animales inhabituelles.

Une panne électrique ayant touché plusieurs quartiers d’une grande ville.

Rien qui, pris séparément, aurait provoqué une panique générale.

C’était précisément ce qui l’inquiétait.

Dans When the Last Light Dies, les premiers signes de l’apocalypse étaient décrits comme des événements presque ordinaires.

Les lecteurs pouvaient les ignorer sans difficulté.

Ce n’était qu’après plusieurs chapitres que leurs conséquences devenaient évidentes.

Elowen ouvrit un document vierge.

Elle ne pouvait pas se permettre de tout mélanger.

Ses souvenirs du roman étaient incomplets et elle risquait de confondre les faits avec ses interprétations.

Elle créa trois rubriques.

Faits vérifiables.

Souvenirs du roman.

Hypothèses personnelles.

Sous la première, elle inscrivit la date, les informations économiques et les incidents rapportés dans les journaux.

Sous la deuxième, elle nota les catastrophes dont elle se souvenait, sans leur attribuer de dates précises lorsqu’elle n’en était pas certaine.

Sous la troisième, elle écrivit :

Je suis peut-être dans le monde de When the Last Light Dies.

Elle observa la phrase.

Puis elle ajouta :

Je ne dois pas considérer cette hypothèse comme une certitude.

C’était une nuance importante.

Si elle avait raison, ses souvenirs pourraient lui donner un avantage.

Si elle se trompait, ils pourraient la conduire à prendre de mauvaises décisions.

Elle devait donc vérifier chaque information importante par d’autres moyens.

Elle ouvrit une nouvelle fenêtre de recherche et tapa le nom qui lui venait naturellement à l’esprit.

Cassian Draven.

Un article économique apparut rapidement.

La photographie montrait un homme aux cheveux noirs, vêtu d’un costume sombre. Il se tenait devant un bâtiment de verre, le visage tourné vers un journaliste situé hors du cadre.

Il ne souriait pas.

Il avait cette expression particulière des personnes qui écoutent sans donner l’impression d’accorder beaucoup d’importance à ce qu’elles entendent.

Elowen fixa son visage.

Cassian Draven.

Dans le roman, il était considéré comme l’un des principaux antagonistes. Ses décisions avaient contribué à la destruction de plusieurs communautés de survivants. Sa réputation n’était pas entièrement injustifiée, mais les informations disponibles ne suffisaient pas à expliquer toutes ses motivations.

Elowen n’avait jamais su quoi penser de lui.

Elle avait trouvé certaines de ses décisions monstrueuses. Elle avait également soupçonné que le récit cachait une partie de son histoire.

Mais elle n’avait aucune intention de le rencontrer pour vérifier ses théories.

Pas maintenant.

Un homme comme Cassian n’avait aucune raison de croire une inconnue prétendant connaître des événements futurs.

Elle lut l’article.

Investissements. Infrastructures. Logistique. Acquisitions.

Des activités qui semblaient ordinaires aujourd’hui mais qui pourraient devenir déterminantes si les routes étaient coupées et les chaînes d’approvisionnement perturbées.

Elowen nota le nom de son entreprise.

Elle n’avait pas besoin de Cassian pour commencer à se préparer.

Et elle ne devait surtout pas confondre le fait de connaître son nom avec celui de comprendre sa personnalité.

Elle ferma la page.

— Un problème à la fois.

Son estomac choisit cet instant pour protester.

Elowen regarda l’heure.

Elle avait passé presque deux heures devant l’écran sans s’en rendre compte.

— Très bien. Premier enseignement de cette nouvelle vie : même quand le monde risque de s’effondrer, mon corps exige toujours le déjeuner.

Elle se leva.

Mais avant de quitter le bureau, elle enregistra son document sous un nom simple :

Plan de préparation — Version 1.

───

Le système apparut à midi quarante-six.

Elowen venait de revenir dans le bureau avec un verre d’eau lorsqu’une fenêtre noire s’afficha sur son ordinateur.

Elle s’arrêta net.

Le fond était entièrement sombre. Une fine ligne bleu pâle entourait plusieurs caractères blancs.

[LIFELINE : INITIALISATION EN COURS.]

Elle posa son verre.

— Qu’est-ce que c’est ?

La fenêtre ne réagit pas.

Elle essaya de cliquer sur la croix de fermeture.

Aucune croix n’existait.

Elle appuya sur Échap, puis tenta de fermer le navigateur.

Rien.

Un second message apparut.

[Identité confirmée : Elowen Veyra.]

[Compatibilité : acceptable.]

[Environnement : instable.]

Elowen recula sa chaise.

— Je préférerais que tu précises ce que tu entends par instable.

Une nouvelle ligne s’afficha.

[Aucun interlocuteur disponible.]

Elle resta silencieuse.

Puis elle regarda le plafond.

— Bien sûr. Pourquoi aurais-je besoin d’un service clientèle fonctionnel ?

Le système présenta une icône représentant une boîte vide.

[Fonction principale disponible : espace de stockage.]

Elowen ne toucha pas immédiatement l’écran.

Elle se rappelait avoir lu des histoires dans lesquelles les protagonistes obtenaient des systèmes, des inventaires ou des capacités extraordinaires.

Elle avait toujours considéré ces mécanismes comme des moyens narratifs permettant de simplifier la logistique.

Dans la réalité, une capacité inconnue pouvait être aussi dangereuse qu’utile.

Elle prit son stylo, écrivit TEST 1 sur une feuille, puis ajouta une description :

Stylo ordinaire. Aucun objet précieux. Aucun élément vivant.

Elle posa le stylo devant elle.

Ensuite, elle effleura l’icône.

Une pression silencieuse traversa son bras.

Le stylo disparut.

Elowen ne bougea plus.

Elle regarda la feuille, le bureau et sa main.

Le stylo avait disparu sans bruit, sans lumière et sans laisser de trace.

Son cœur se mit à battre plus vite.

— D’accord.

Elle inspira.

— Ce n’est pas normal. Mais nous allons essayer de rester raisonnables.

Une notification apparut.

[Objet enregistré : stylo à encre noire.]

[Espace utilisé : 0,02 unité.]

[Capacité disponible : 4,98 unités.]

Elowen fixa les chiffres.

Cinq unités au total.

Elle ignorait ce qu’elles représentaient.

Des mètres cubes ? Une mesure abstraite ? Une capacité dépendant du poids ou du volume ?

Le système ne donnait aucune explication supplémentaire.

Elle pensa au stylo.

Il réapparut sur le bureau.

Elle le saisit, vérifia son état et le fit rouler entre ses doigts. Il semblait parfaitement intact.

Elle répéta l’expérience.

Disparition.

Restitution.

Même résultat.

Cette fois, elle nota soigneusement les observations dans son carnet.

Résultat : le stockage et la restitution d’un objet inanimé sont possibles.

Limite : unité de capacité inconnue.

Règle provisoire : ne jamais stocker un objet indispensable avant d’avoir compris le fonctionnement du système.

Elle hésita, puis ajouta :

Ne pas supposer que les objets stockés restent dans le même état indéfiniment.

Cette dernière règle n’était pas confirmée, mais elle préférait prendre des précautions plutôt que découvrir trop tard que les aliments pouvaient pourrir dans cet espace.

Un autre message apparut.

[Évaluation de préparation : indisponible.]

[Condition manquante : données environnementales insuffisantes.]

Elowen fronça les sourcils.

— Quelles données ?

Aucune réponse.

— Des données météorologiques ? Des informations sur mon environnement ? Une liste de courses ?

Le silence persista.

Elle nota la réponse exacte, puis le nom du système.

LIFELINE.

Une ligne de vie.

Une aide à laquelle on pouvait se raccrocher lorsqu’on risquait de tomber.

Le nom était presque rassurant.

Presque.

Elle avait désormais un outil qui pouvait changer sa manière de se préparer. Mais elle ne savait ni d’où il venait ni pourquoi il lui était apparu.

Elle ne pouvait pas encore déterminer s’il était lié à sa transmigration, au monde du roman ou à un phénomène indépendant.

Elle devrait l’étudier.

Sans lui obéir aveuglément.

───

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