PROLOGUE
Nicolas enroule son bras autour de moi, la main sur son arme, aux aguets. J’ose à peine respirer mais ma poitrine se soulève de plus en plus vite et je sens que je vais manquer d’air. Cette peur qui me tenaille alors que ce n’est censé être qu’un exercice, étire mes nerfs au-delà de ce que j’aurais pu penser possible et endurable. Chaque son, même aussi minime qu’un bruissement me fait sursauter mais sa poigne sur moi me permet de conserver un certain self-contrôle. Mon cœur cogne si fort dans ma poitrine qu’il doit le sentir vibrer contre mes côtes. Je sens son souffle dans mon cou et un autre type de frissons me parcourt malgré moi. Je n’arrive plus à faire la différence entre ma peur et l’adrénaline qui envahit mes veines alors que son toucher concentre l’essentiel de mes sens. Je ne peux plus ignorer cette tension entre nous lorsque sa main est sur moi et mon rythme cardiaque s’accélère encore. Ce n’est ni le lieu ni le moment.
Je ferme les yeux pour calmer les battements de mon cœur et laisser la nuit noire m’engloutir comme il me l’a appris. Je dois me concentrer. Ne pas perdre de vue l’essentiel.
C’est bien, continue comme ça, il chuchote à mon oreille.
Je rouvre les yeux et retiens mon souffle pour lui cacher mes émotions mais je suis certaine qu’il sent mon pouls palpiter contre sa joue. Tout se fige autour de moi alors que l’air quitte mes poumons. Puis mes oreilles bourdonnent et mes tympans deviennent douloureux.
Respire.
J’aspire un peu d’air et ma poitrine monte et descend à une cadence infernale tandis que je sens sa main remonter sur mon sternum. Je ne sais pas comment il peut être aussi calme alors qu’on n’y voit goutte et que je suis de mon côté au bord de la panique. Un gouffre pourrait s’ouvrir sous mes pieds que je ne le verrais pas.
Tout va bien, je suis avec toi. Respire, il répète en se collant plus étroitement contre moi.
Les secondes passent, puis les minutes. J’essaie d’oublier sa main et me focalise sur la chaleur de son corps contre le mien et le sentiment de sécurité qu’il m’apporte. Mon environnement ne me semble plus si dangereux tandis que la tension s’apaise et je parviens à me calmer peu à peu.
Au bout d’un moment, les sensations reviennent et je me rappelle que je n’ai pas grand-chose sur le dos. J’ai froid et je me mets à frissonner de façon incontrôlée. Nicolas ne bouge pas d’un millimètre, toujours à l’affut et je me demande combien d’année d’entrainement il lui a fallu pour pouvoir rester statique aussi longtemps sans que cela ne semble lui demander d’effort. Si je ne sentais pas la chaleur qu’il dégage et la pression de ses doigts, je pourrais presque penser qu’il s’est transformé en statue.
Je…
Shhhht… il souffle tout bas.
J’allais dire que je pensais qu’il n’y avait plus de danger mais j’obéis à son injonction de me taire. Je scrute les ténèbres sans rien remarquer mais je me fie à son intuition. Il a joué le rôle du prédateur dans une autre vie, je le sais et c’est son instinct qui me pousse à avoir confiance en lui aujourd’hui. Le temps s’écoule et parait inhabituellement long. Je ne perçois rien d’autre que sa présence dans mon dos et le hululement d’une chouette quelque part au-dessus de nous.
Malgré le froid qui me picote, je m’oblige à être stoïque et à ignorer la chair de poule que je sens se former à la surface de ma peau. La nuit progresse sans l’ombre d’une étoile sous la couverture nuageuse et c’est au moment où les crampes surviennent que Nicolas consent à se détendre un peu. Ses muscles se relâchent contre les miens sauf que la tension accumulée ne disparait pas comme je le voudrais et que le soulagement ne vient pas. Il a dû déceler la raideur dans ma posture car ses doigts sont aussitôt sur ma nuque, appuyant subtilement sur les points de pression et j’étouffe un gémissement de gratitude en me laissant aller contre lui.
Ses pouces malmènent les muscles situés entre le bas de mon cou et mes épaules mais le réconfort que j’en retire est tellement agréable que je prie pour qu’il poursuive ses mauvais traitements. Il n’arrête pas avant que les nœuds cèdent sous ses doigts et que je ne sois plus qu’une poupée de chiffon entre ses bras.
La nuit est déjà bien avancée lorsqu’il me fait m’allonger contre lui, toujours dans la même position de repli rapide, avec son torse dans mon dos. Je me laisse faire, habituée à cette position inconfortable mais nécessaire pour assurer notre sécurité à tous les deux. Allongée à même le sol comme un vulgaire animal, je suis encore une fois très sensible à ce qui m’entoure ainsi qu’à toutes les sensations qui me procurent un peu de satisfaction, comme son bras autour de ma taille ou sa respiration régulière.
Je me demande s’il dort et si c’est le cas, comment il arrive à dormir en pareille situation. Je sais que c’est ce qu’on doit faire pour pouvoir récupérer un minimum et j’essaie vraiment. Mais les bruits, si subtils soient-ils, la surface froide et rugueuse sur laquelle nous sommes couchés, et sa proximité m’ôtent toute velléité de forcer cet assoupissement qui ne vient pas.
Ce n’est qu’aux premières lueurs de l’aube, épuisée par les évènements et le manque de sommeil que je finis par sombrer sans m’en rendre compte, avant de me faire réveiller si rapidement que je n’en retire aucun bénéfice.
Nous devons bouger, il dit à voix basse en m’impulsant d’une pression de la main pour me mettre debout la seconde qui suit. On n’est pas seuls …







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