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Chroniques du Roi-Fantôme

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Summary

Un roi mort depuis plus d'un siècle vient de prononcer son nom. Lorsque Serena reçoit une mystérieuse invitation pour un vieux manoir de Valombre, sa curiosité l'emporte sur la prudence. Elle y rencontre Vael, un vampire aussi séduisant qu'insupportable, et Lysandra, une sorcière qui semble en savoir beaucoup trop sur elle. Et il y'a aussi cette marque qui est apparue sur son poignet : un cercle traversé d'une couronne noire. Dans les profondeurs du manoir, quelque chose s'éveille. Quelque chose qui la connaît, qui l'attend et qui la réclame. Entre secrets oubliés, désirs dangereux et fantômes du passé, Serena devra découvrir pourquoi un roi défunt semble persuadé qu'elle lui appartient.

Genre
Romance
Author
Eos
Status
16h ago
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
18+

L’Appel du Roi-Fantôme

L’invitation


La pluie tombait depuis trois jours sur Valombre lorsque Serena reçut l’invitation.

Elle trouva une enveloppe noire posée sur son oreiller, dans une chambre pourtant verrouillée. Il n’y avait ni messager ni expéditeur au dos.

À l’intérieur, une carte épaisse portait une phrase tracée à l’encre :

« Venez au palais avant minuit. Votre nom a été prononcé dans le sommeil du roi. »

La phrase était suivie d’une adresse : celle du vieux manoir.

Cette ruine, un palais ! Le propriétaire n’a pas froid aux yeux.

Serena connaissait l’histoire de la région. Plus d’un siècle auparavant, Valombre appartenait à un petit royaume gouverné par un roi, que les chroniques décrivaient comme autoritaire. Le problème était simple : Aldren Ier, le dernier roi, était mort depuis cent vingt-sept ans.

Toute personne sensée aurait pris cela pour une plaisanterie et jeté l’invitation à la poubelle. Serena, elle, était curieuse à en crever. Elle appréciait sa petite vie monotone, mais sa régularité finissait parfois par l’étouffer ; ce soir-là, quelque chose de plus viscéral encore la poussait vers le « palais ».

À onze heures quarante, Serena franchit les grilles du palais. La pluie avait enfin cessé, mais l’air restait froid et humide. L’automne s’était déjà installé et, en remontant l’allée, elle songea qu’elle aurait été bien mieux chez elle. La lourde porte d’entrée était entrouverte, comme une invitation supplémentaire à pénétrer sans frapper. D’après ses recherches, le propriétaire des lieux était particulièrement discret et souvent en déplacement. Certaines dépendances étaient louées de temps à autre sur Airbnb, mais aucune réservation n’était annoncée ce soir-là. Serena se glissa par l’entrebâillement et déboucha dans un vaste vestibule.

À l’intérieur, il n’y avait pas un grain de poussière. Des centaines de bougies brûlaient dans ce grand vestibule, une musique lente venait d’une salle invisible et l’air sentait la cire chaude, le bois de santal et, sous ces odeurs, quelque chose de plus métallique.

— Tu es en retard.

La voix venait de derrière elle.

Lorsqu’elle se retourna, un homme était adossé à l’une des colonnes. Il était grand, vêtu entièrement de noir, les cheveux sombres tombant librement jusqu’à la nuque. Une fine chaîne d’argent disparaissait sous le col ouvert de sa chemise, bien trop ample, pensa-t-elle. Ses yeux paraissaient presque noirs, sauf lorsqu’une flamme s’y reflétait et révélait un cercle rouge sombre autour de l’iris.

— L’invitation disait « avant minuit » et il est onze heures quarante-deux.

Le regard de Vael parcourut lentement sa silhouette, sans gêne particulière, comme s’il cherchait à vérifier quelque chose. Serena soutint ses yeux, peu disposée à lui faciliter la tâche.

— Pourtant, murmura-t-il, je commençais à croire que tu ne viendrais pas.

Serena nota qu’il la tutoyait depuis le début sans même lui demander son avis. Elle trouva ça un peu gonflé et franchement agaçant.

Il s’approcha d’elle, pas assez pour la toucher, mais assez pour qu’elle sente la chaleur étrange qui émanait de lui et son parfum boisé.

— Je m’appelle Vael. Et avant que tu ne poses la question : non, je ne suis pas le roi.

— Vous ne ressemblez pas non plus à un serviteur, répondit Serena avec aplomb.

Une seconde voix résonna depuis le haut du grand escalier.

— Il n’en reste pas moins son assassin.

Vael ferma brièvement les yeux.

— Voilà qui gâche généralement mes présentations.

En haut des marches se tenait une femme à la peau sombre, vêtue d’une robe rouge profond. Ses longs cheveux blancs, lâchés sur ses épaules, tranchaient vivement avec son teint ; derrière de petites lunettes rondes, son regard restait d’une intensité presque inconfortable. Magnifique et parfaitement immobile, elle adressa finalement à Serena un sourire qui semblait davantage destiné à briser la tension qu’à l’accueillir.

— Approchez. Nous avons attendu plus d’un siècle quelqu’un comme vous.

La porte derrière Serena se referma seule. Un frisson lui courut sous la peau, sans rapport avec le froid ; ces lieux avaient quelque chose de mystique.

Serena ne se démonta pas.

— Si le roi est mort… assassiné, qui plus est… comment a-t-il prononcé mon nom ? rétorqua Serena en croisant les bras.

Vael cessa de sourire.

La femme, elle, sembla presque satisfaite.

— Voilà enfin quelqu’un qui commence par l’incohérence, dit-elle. Cela nous changera des héros habituels. Je m’appelle Lysandra.

Tout en descendant l’escalier, elle expliqua que le roi, Aldren Ier, était bien mort depuis plus d’un siècle. Son corps avait été brûlé, ses cendres dispersées. Son âme, en revanche, semblait ne jamais avoir totalement disparu.

Trois nuits plus tôt, des bruits étranges s’étaient fait entendre dans la crypte. Le tombeau était toujours vide.

— Des bruits ? demanda Serena.

— Oui. Nous pensions à un effet du vent.

Vael vint se placer à côté de Serena. Sa proximité était troublante : son épaule ne se trouvait qu’à quelques centimètres de la sienne.

Lysandra s’arrêta trois marches au-dessus de Serena et hésita un instant.

— Nous l’avons cru.

Vael eut un rire sans joie.

— Jusqu’à ce que les cloches se mettent à sonner la nuit suivante. Puis, la troisième nuit, la crypte a gelé, les miroirs se sont fissurés et cette chose a clairement prononcé ton nom.

— Un fantôme, donc ! Et qu’ai-je à voir dans tout cela ? Je ne suis pas exorciste ! lança Serena en se tournant vers Vael.

Serena fit remarquer ensuite qu’il existait probablement beaucoup de « Serena » dans la région et qu’ils avaient peut-être envoyé des invitations à toutes celles du coin, elle étant simplement la seule imbécile à être venue.

Les yeux sombres de Vael se posèrent sur elle et il éclata de rire.

Lysandra, parfaitement sérieuse, précisa qu’elle avait effectivement vérifié. Quarante-sept Serena vivaient à Valombre et dans les environs.

— Donc vous avez bien envisagé l’option « inviter toutes les Serena du coin ».

— Non, répondit Lysandra. Parce que quarante-six d’entre elles ne portaient pas la signature magique que je cherchais.

Elle désigna le poignet de Serena. Un symbole venait d’y apparaître : un cercle traversé d’une couronne noire.

Serena, stupéfaite, frotta son poignet comme pour effacer la marque, mais celle-ci ne bougea pas. Vael s’approcha avec davantage de prudence. À la lumière des bougies, son pouce effleura le symbole, sans le toucher.

— Tu l’avais déjà vue ? demanda-t-il, tandis que son regard quittait brièvement son poignet pour remonter jusqu’à sa gorge avant de revenir à la marque.

— Non.

— Jamais de brûlure ici ? De rêve étrange ? De sensation de chaleur quand tu approchais du palais ?

Il parla tout en la regardant, comme pour vérifier qu’elle ne cachait rien.

Lysandra expliqua que la marque n’était peut-être pas visible avant ce soir, mais que le sceau avait toujours été là, dormant. Même invisible, il laissait une empreinte, une signature magique particulière. Elle avait utilisé un sortilège de localisation pour repérer cette présence et trouver la « Serena ».

— Un sortilège ?

— C’est une sorcière ! lança Vael.

Lysandra révéla ensuite qu’un registre vieux de cent trente ans contenait déjà le nom de Serena, ainsi qu’une description physique correspondant de manière troublante à la jeune femme : cheveux, taille approximative, couleur des yeux et même certains détails très précis.

Puis elle montra un morceau de parchemin sur lequel étaient inscrits trois mots :

« Ramenez-moi mon épouse. »

Serena releva les yeux au ciel.

— Je ne suis l’épouse de personne. Et surtout, vous venez de dire qu’il y a cent trente ans, mon nom et ma description étaient déjà écrits quelque part.

— Oui.

Serena sentit son estomac se contracter. Vael l’observa, indéchiffrable.

— C’est précisément le problème.

Sous leurs pieds, quelque chose battit dans les profondeurs du palais. Une onde traversa le vestibule et fit vaciller Serena ; Vael la rattrapa aussitôt, une main ferme dans son dos, l’autre refermée autour de son poignet sans lui faire mal. Au même instant, la peau sous ses doigts devint brûlante et une lumière dorée jaillit brièvement autour de la marque. Vael la lâcha aussitôt.

Lysandra pâlit.

— Le sceau réagit à Vael ?!

Très loin sous le palais, une voix masculine prononça distinctement le nom de Serena. Les flammes des bougies vacillèrent toutes dans la même direction, vers l’escalier qui descendait à la crypte

Vael regarda le passage sombre et Serena suivit son regard.

— Voilà le moment où je suis censé te dire de rester ici.

Il marqua une pause.

— Mais j’ai comme l’impression que tu vas faire exactement l’inverse. Alors, on descend ?

Chocolat chaud


Serena décida qu’elle n’avait aucune envie de passer sa soirée dans une crypte.

— Vous m’avez invitée et je suis debout là, dans les escaliers… même pas un verre d’eau. Je crois que je vais rentrer chez moi. Une douche, mon pilou, mon Netflix et une grande tasse de chocolat chaud.

Vael regarda Lysandra.

— Elle n’a pas tort.

Lysandra sembla offensée.

— Nous sommes au milieu d’une situation magique vieille d’un siècle. Et on nous reproche de ne même pas proposer à boire.

Serena tourna le dos à l’escalier et se dirigea vers la porte. Vael la devança pour l’ouvrir lui-même.

— Je ne vais pas te retenir. Mais si tu préfères le chocolat chaud à la crypte, je peux peut-être sauver cette soirée. J’en fais un excellent.

La curiosité de Serena avait définitivement pris le dessus. Elle détailla Vael de la tête aux pieds et retint un sourire. En 2026, il existait donc encore des hommes assez convaincus pour assumer ce délire gothique. Cela dit, il était loin d’être désagréable à regarder.

Comme pour ajouter une condition non négociable, Serena demanda s’il avait des mini-chamallows.

— Évidemment ! répondit Vael avec un petit sourire.

— Je refuse de croire que c’est ainsi que cette nuit va se dérouler, fit Lysandra en levant les yeux au ciel.

Vael tendit son bras à Serena pour l’accompagner jusqu’à la cuisine, faisant une promesse :

— Si le chocolat est médiocre, je te raccompagne moi-même jusqu’à ton pilou.

Une fois Serena assise dans la cuisine, Vael lui lança un regard de côté puis lui demanda ce qu’elle préférait :

— Chocolat noir, lait, cannelle… ou tu me laisses choisir ?

Elle choisit du chocolat noir et lui laissa, dit-elle, la surprendre.

Quelques minutes plus tard, il posa devant elle une tasse épaisse, presque noire, parfumée à la vanille, à la cannelle et à une pointe de piment doux. Une poignée de mini-chamallows flottait à la surface.

Le chocolat était réellement délicieux. Serena en but une nouvelle gorgée en se demandant, une fois encore, ce qu’elle faisait ici, sous le regard de ce beau jeune homme au look franchement dépassé.

— Qu’est-ce qui t’inquiète le plus : le roi mort, la marque sur ton poignet… ou le fait que tu sois encore ici ?

Serena admit qu’elle avait toujours aimé les histoires de fantômes et qu’elle avait un côté Véra de Scooby-Doo. Ce qui la tracassait davantage, c’était la marque sur son poignet.

— Je ne suis vraiment pas fan de tatouages. Encore moins lorsqu’ils apparaissent comme par magie.

Vael expliqua qu’il pouvait essayer de l’examiner, mais qu’il faudrait la toucher. Et que cela allait peut-être déclencher de nouveau une lumière ou autre chose.

Comme pour affirmer sa maîtrise de la situation, Serena décida que cela attendrait qu’elle ait terminé son chocolat. Elle exigea d’abord qu’on lui en dise davantage sur le roi. Et surtout, sur son assassinat.

Adossé au dossier de sa chaise, Vael expliqua qu’Aldren Ier était charismatique, cultivé et absolument convaincu que tout lui appartenait : les terres, les corps, les lignées magiques. Il cherchait à prolonger sa vie, non par peur de mourir, mais parce qu’il estimait que personne d’autre ne méritait de régner.

Il expliqua qu’il était passé de conseiller à complice, puis à assassin lorsqu’il avait compris que le roi nourrissait des projets autrement plus sombres et dangereux.

La mort d’Aldren avait laissé le trône sans héritier. Les chefs militaires avaient d’abord pris le contrôle du royaume, puis Valombre s’était proclamée république libre. Sans alliés capables de défendre son indépendance, elle s’était placée sous la protection d’une puissance voisine avant de négocier, quelques années plus tard, son rattachement au pays que l’on connaît aujourd’hui. De son passé royal, il restait surtout le palais et des archives que presque personne ne consultait.

— En soit tu es un révolutionnaire!

— Oui, Serena. Selon la partie de l’histoire que tu écoutes, je peux parfaitement être le méchant.

Serena lui demanda quand ces événements avaient eu lieu.

— Il y a cent vingt-sept ans.

— Tu es extrêmement bien conservé pour ton âge !

— Je suis un… vampire.

Serena regarda le fond de sa tasse avec une moue et lâcha un petit rire étouffé.

— Et quoi ? Tu brilles au soleil ?

Vael la regarda par-dessus sa tasse, l’air sérieux.

— Vampire, oui. Et non, je ne brille pas au soleil. Je brûle. C’est nettement moins glamour.

Serena se dit qu’elle était tombée sur un original convaincu de son délire. Puis elle demanda si Lysandra était elle aussi vampire.

— Non, je suis juste une sorcière, répondit-elle.

— Une sorcière. Très ancienne. Très puissante. Et très mauvaise pour accueillir les invités, ajouta Vael.

Lysandra et lui se toléraient depuis assez longtemps pour que cela ressemble vaguement à de l’amitié.

Serena résuma :

— Un vampire, une sorcière, un « spectre »… On est vraiment dans un épisode de Supernatural ! Donc, vous avez un spectre dans la crypte qui appelle mon nom. Pourquoi lui prêter attention ? Si ça se trouve, en l’ignorant, il va se calmer tout seul.

Vael répondit que c’était précisément ce qu’il avait essayé de faire : la première nuit, il avait ignoré les bruits ; la deuxième, les cloches s’étaient mises à sonner seules ; la troisième, la crypte avait gelé, les miroirs du palais s’étaient fissurés et la voix avait prononcé le nom de Serena.

Ils avaient donc cherché une Serena portant la signature magique du sceau. Serena proposa très sérieusement de recouvrir la marque de fond de teint.

Vael admit que le plan « maquillage + déni » avait une certaine élégance, mais que cela ne résoudrait pas le fond du problème et qu’elle pouvait être en danger.

Serena termina bruyamment le fond de son chocolat, posa la tasse et demanda ce que le spectre pouvait bien lui faire s’il était incapable de sortir de la crypte.

Vael répondit qu’il pouvait peut-être passer par la marque et la posséder, ou pire. Au même instant, le symbole pulsa.

Une voix murmura juste derrière l’oreille de Serena :

— Serena.

Vael se leva immédiatement.

— Voilà. Ça, par exemple.

Serena resta impassible.

— Oui, m’enfin… vous vivez dans un vieux palais mal isolé. Faut pas sursauter au moindre courant d’air. En plus, si je n’étais pas venue, la marque ne serait peut-être jamais apparue ! Si ça se trouve, elle aura disparu demain matin et votre fantôme se lassera d’appeler quelqu’un qui ne vient pas.

Vael la dévisagea, visiblement surpris par une hypothèse aussi terre à terre. Il sembla sur le point de protester, puis un sourire incrédule lui échappa et il se rassit, prêt, malgré ses réserves, à lui accorder le bénéfice du doute.

— Tu sais quoi ? C’est agaçant, mais tu as peut-être raison.

Lysandra suggéra que sa présence au palais avait pu déclencher quelque chose.

Serena décida donc de s’arrêter là pour la soirée. Elle rentrerait chez elle et verrait le lendemain si la marque était toujours présente.

La marque s’active


Vael et Lysandra la laissèrent partir, à condition qu’elle les prévienne le lendemain matin si la marque était présente ou non. Vael lui fit promettre de ne pas répondre si elle entendait « la voix » prononcer son nom.

Serena retrouva le calme familier de son appartement. Elle avait espéré une rupture dans son quotidien monotone, mais certainement pas au point de devenir l’héroïne d’un nouveau Twilight.

— Un vampire, une sorcière et un spectre… Et moi, je suis censée être quoi dans cette histoire ? Une épouse ? L’idée ne lui plaisait vraiment pas.

Son téléphone vibra, la tirant de sa réflexion.

Numéro inconnu : « Tu n’aurais pas dû partir. »

Elle pensa à un spam et bloqua immédiatement le numéro. Pour tenter de se débarrasser de cette soirée, elle décida de prendre une douche.

Sous l’eau chaude, elle parvint à retrouver un peu de calme, sans réussir à chasser Vael de ses pensées. Elle revoyait son regard parcourir sa silhouette lorsqu’ils s’étaient rencontrés et sentait encore la fermeté de sa main dans son dos au moment où il l’avait rattrapée près de l’escalier. Il ne lui avait pas fait mal, mais ce souvenir la troublait davantage qu’elle ne voulait se l’avouer. Serena s’agaça d’y repenser : un roi mort cherchait à lui parler et elle se préoccupait des beaux yeux d’un inconnu qui la tutoyait sans permission.

En sortant de la douche, elle enfila son pyjama en pilou et s’installa sur le canapé, bien décidée à trouver refuge dans une série sur Netflix. Elle examina enfin son poignet : la marque était toujours là, plus sombre qu’au palais. À force de l’observer, elle eut l’impression que le cercle se resserrait autour de la couronne noire.

— Elle a bougé ?

Alors qu’elle s’apprêtait à lancer un épisode, une notification sans application associée apparut sur son téléphone : « Elle t’a reconnue et va s’activer. »

La marque devint alors brûlante. Serena lâcha son téléphone, courut à la salle de bain et plaça son poignet sous l’eau froide. Elle hurla lorsque l’eau toucha sa peau, puis la douleur finit par se calmer.

Quelqu’un tambourina alors à la porte.

— Serena ! Ouvre !

Serena attrapa une serviette et, avant d’ouvrir, regarda par l’œilleton.

— Vael ?

— Ouvre !

Lysandra était avec lui. Elle entra la première et balaya la pièce du regard comme si elle cherchait quelqu’un.

Serena demanda ce que tout cela signifiait. Lysandra lui demanda d’expliquer ce qu’elle avait ressenti.

— La marque s’est mise à me brûler… mais comment ? Vous me surveillez ?

— Le sceau a commencé à créer un lien. Tu te souviens que j’avais utilisé un sort pour trouver « la Serena » ? Il s’est réactivé sans que je fasse quoi que ce soit, alors nous sommes venus aussi vite que possible.

— Un lien avec quoi ?

— Avec Aldren, je suppose.

Serena tourna la tête et vit que Vael était resté sur le pas de la porte. Elle comprit aussitôt.

— Sérieusement ! Tu ne peux pas entrer !

— Pas sans invitation.

Elle demanda si une invitation pouvait ensuite être retirée.

Vael répondit que oui : il suffisait de lui dire clairement de sortir. Une fois dehors, il ne pourrait plus revenir sans nouvelle invitation.

Serena finit par déclarer :

— Je t’invite à entrer dans mon humble demeure.

Vael franchit enfin le seuil et demanda à examiner la marque. Serena retira la serviette qui couvrait son poignet et le lui tendit.

Dès qu’il prit son poignet entre ses doigts, la marque chauffa de nouveau, non comme une brûlure cette fois, mais comme une pulsation profonde calée sur son rythme cardiaque. Lorsque Vael effleura le bord du symbole, la pièce s’assombrit autour de Serena en une fraction de seconde.

Serena se retrouva dans une salle immense, dont les hautes voûtes disparaissaient dans l’ombre. Un homme siégeait sur un trône de pierre noire, immobile dans ses vêtements sombres brodés de fils d’argent. Sa carrure imposante contrastait avec la pâleur presque irréelle de son visage, dont la barbe sombre, soigneusement taillée, accentuait les traits sévères. Ses cheveux courts dégageaient un front haut et des tempes creusées, tandis que ses yeux, d’un gris si clair qu’ils paraissaient argentés, fixaient Serena avec une assurance dérangeante. Elle eut l’impression qu’il ne découvrait pas sa présence, mais l’attendait depuis toujours, et cette familiarité lui causa un malaise qu’elle ne sut expliquer. Une chaleur l’enveloppa brusquement ; les contours de la salle se brouillèrent et elle tomba dans l’inconscience.

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