Le Départ
Chapitre 1
29 mai 2026 :
Le 29 mai, le jour où ma vie va prendre un tournant à 180°.
Appuyée contre un pilier de la gare, mes longs cheveux bruns, frisés attachés dans un chignon fait à la vas vite, mes lunettes sur les yeux, mon unique sac de voyage kaki, posé à mes pieds, qui contient littéralement ma vie.
Je jette un œil à mes habits, j’ai pris simple et confortable, mon short en jean déchiré, mon tee-shirt bien trop grand pour moi d’un groupe que j’adore, je le perds sur une épaule ce qui laisse voire légèrement ma peau halée et mon soutient-gorges à dentelle noir. Je dois avoir simplement trois changes dans ce sac, pour toute ma saison. Les passants doivent certainement me prendre pour une junkie mais je n’en ai littéralement rien à foutre.
Je regarde ma montre : 16h30. Dans quinze minutes, je pars pour une nouvelle vie le temps d'un été. Je suis excitée mais en même temps inquiète.
Une voix grésillant résonne soudain dans toute la gare.
-Le train à destination de Tropea, départ prévu à 16H45, va entrer en gare voie B, dans quelques instants.
Je relève alors immédiatement la tête.
Voilà.
C’est le moment.
Mon cœur s’emballe sans que je puisse l’en empêcher.
J’attrape mon sac posé à mes pieds avant de jeter un dernier regard derrière moi.
Personne.
Je prends une grande inspiration.
Parfait.
Ou peut-être pas.
Le grondement des rails me tire de mes pensées.
Quelques secondes plus tard, le train apparaît au bout du quai.
Mon train.
-C’est parti Agathe, direction Tropea.
Je tourne la tête
-Pardon, vous me parlez ?
M’interroge un passant d’une soixantaine d’années. Je le regarde, un sourcil levé.
-Pourquoi je ferais une chose pareille ?
Le vieil homme me sourit, pas vexé de ma réponse sèche.
-Vous avez l’aire de partir à l’aventure.
-Ou de fuir.
-C’est souvent la même chose. Réplique t’il posément.
Il m’adresse un dernier sourire avant de récupérés sa valise.
Quelques secondes plus tard, il disparaît dans le wagon.
Je le regarde partir sans vraiment savoir pourquoi.
Puis mon regard revient sur les portes du train.
Pendant une seconde, je revois…
-Tu pourrais être gentille avec les gens parfois.
Lucas…
Je revois son sourire amusé alors qu’il est assis sur le capot de sa voiture...
-Pourquoi je ferais une chose pareille ?
-Parce que les gens sont gentils avec toi.
-C’est une raison ?
-Pour les humains normaux, oui. Tu sais pourquoi je t’aime ?
-Parce que je suis magnifique.
-Parce que tu es impossible.
-Ah
-Et parce que sous tout ça, tu as le plus grand cœur que je connaisse.
A ce moment-là, il glisse de son capot avant de me prendre dans ses bras…
Je ferme les yeux puis le bruit strident du train me ramène brutalement à la réalité.
Je rentre dans l’habitacle à la recherche d’une place. Mon sac, que je tiens à la main, tape dans tous les sièges sur son passage. Certains me regardent de travers, d’autre n’en ont absolument rien à faire. Je lance des petits « désolée » par-ci par-là, histoire de ne pas passer pour la casse couille du train.
Me voilà enfin installée à ma place, côté fenêtre.
Je laisse échapper un soupir de soulagement avant de poser mon sac entre mes jambes.
Le paysage commence déjà à défiler lentement derrière la vitre.
Je glisse mes écouteurs sur mes oreilles et lance ma playlist. Quelques notes résonnent immédiatement : Basic Being Basic de DJO
Cette fois c’est réel.
Je pars.








