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Majorana - Héritiers du temps

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Summary

Tu veux ruiner ta vie tranquille ? Voici le mode d'emploi : Il te suffit d'assister aux expériences scientifiques de ton père, de faire disparaitre ta fratrie, de te faire déclarer persona non grata dans un autre monde, et au passage, de devenir l'antagoniste souhaitant l'annihilation de tout ce que tu aimes...

Genre
Scifi
Author
Nefraim
Status
14h ago
Chapters
4
Rating
n/a
Age Rating
13+

Le commencement

Je ne pensais pas devoir faire ça un jour. Mais, au vu de ce que j’ai vécu, je me suis dit qu’il valait mieux coucher ces événements sur le papier. De toute manière, personne ne me croira. Pourtant, c’était réel, et je ne suis pas seul à pouvoir en témoigner. Mon frère qui est en train de me casser les oreilles actuellement à coups de saxophone l’a vécu aussi. Mais il ne veut plus en parler. Je peux le comprendre, cela remue des souvenirs douloureux.

Un conseil, tout de même, si vous voulez éviter de vous retrouver avec autant de problèmes que moi : ne suivez pas les expériences scientifiques de votre père. Elles pourraient mal tourner.

Je m’appelle Gaby et je suis un être humain. Enfin, c’est ce que j’avais toujours pensé, jusqu’à ce jour fatidique.

Pourquoi ai-je décidé d’écrire ce livre maintenant ? J’avais simplement peur d’oublier certaines choses avec le temps. Vous savez, un mécanisme inconscient qui consiste à bloquer l’accès de votre mémoire aux souvenirs les moins agréables. Alors, tant que c’est encore frais, autant tout dévoiler.

Ma vie était plutôt banale, si l’on excepte le fait que j’étais mis à l’écart des groupes d’amis depuis l’école primaire. J’étais le paria de la classe, celui qui refusait de se plier à l’autorité des autres. Bon, autant vous dire que mon enfance n’a pas été simple pour mes pauvres parents. Mais passons, là n’est pas le sujet.

Mon histoire commence un jeudi de novembre, au cours d’une journée de lycée tout ce qu’il y a de plus ordinaire. C’est la récréation. Les élèves sortent des salles plus ou moins rapidement. J’étais en première et, comme d’habitude, je sortis le dernier. Les autres se regroupaient entre potes, contrairement à moi. Ce n’est pas que je ne souhaitais pas me joindre à eux, mais il y avait un obstacle majeur entre nous. À l’époque, j’étais le seul à ne pas posséder de smartphone. C’était pourtant si courant que même les enfants en maternelle en avaient un. Seulement, mes parents ont toujours refusé de m’en acheter pour éviter que j’en devienne addict. Ils n’avaient pas tort, mais je devais en contrepartie supporter la solitude. Malheureusement pour moi, les récréations étaient rythmées par des parties de jeux vidéo en ligne. Ce simple détail m’excluait d’office de toute activité collective. Au début, cette différence suscitait de l’étonnement et de l’incompréhension. Puis, de fil en aiguille, elle provoqua l’indifférence, avant de laisser place au rejet pur et simple de ma personne : j’étais devenu l’étrange individu qui ne possédait pas le saint Graal du divertissement.

Comme d’habitude, je me rendais au CDI, le seul endroit où j’étais certain de pouvoir être tranquille. Il me suffisait de me plonger dans une bande dessinée, un manga ou un bon roman pour oublier la plupart de mes tracas quotidiens.

La journée de cours se déroula tranquillement, comme les autres. Mes professeurs étaient sympathiques et compréhensifs. Comme j’étais plutôt bon élève et que je participais souvent en classe, ils n’hésitaient pas à me venir en aide quand ils voyaient que quelque chose n’allait pas. C’était là tout l’avantage de ce lycée : une équipe pédagogique toujours sur le pont pour accompagner les élèves, où qu’ils en soient dans leur apprentissage.

Même si je souffrais de ne pas avoir de camarades de mon âge avec qui m’entendre, je n’étais pas malheureux. Cet établissement faisait tout pour offrir à ses élèves les meilleures conditions d’apprentissage possibles.

La sonnerie de fin de cours retentit. Je rangeai mes affaires et me dirigeai vers la sortie de l’enceinte du lycée, écouteurs dans les oreilles. La musique faisait partie de mes passions et m’aidait à vraiment mieux vivre mon quotidien.

J’allais franchir le portail lorsque j’aperçus Samaël, mon petit frère en seconde, qui venait de pousser la porte du bloc C. Je lui fis signe de me rejoindre.

— Alors Sam, comment s’est passé ta journée ?

— Bah rien de spécial, ah si, mon prof a décidé de nous mettre de la musique pour travailler, et ça c’est cool !

— La chance ! Mon prof de math refuse que je mette mes écouteurs pour réfléchir, mais le problème, c’est que sans ça, je m’endors sur mes exercices ou bien je pars dans mes pensées.

— Bah, tant que c’est dans une seule matière… Bon, va falloir qu’on speede, sinon on va louper le cours de solfège d’Audrey.

— Te connaissant Sam, ce n’est pas ça qui te déplairait….

— J’avoue… Mais bon, on risque de se faire engueuler, et ça, non merci ! Alors, du nerf !

Et notre duo de frangins s’élança joyeusement en direction du conservatoire.

Haletants, nous arrivâmes pile au début du cours.

— Eh bien, les frangins ! Encore en retard ! Décidément, vous ne changerez jamais ! s’écria une voix de femme un peu aigre.

Audrey était une femme d’une cinquantaine d’années, les traits coupés au couteau, les cheveux grisonnants coupés à la garçonne, droite comme un I, qui paraissait rébarbative au premier abord. Cependant, elle cachait une certaine attention à ses élèves, soigneusement dissimulée derrière le masque de la rigueur. Elle était d’autant plus attentionnée quand un élève semblait s’intéresser à son cours. En effet, le solfège étant une matière ingrate à enseigner, elle ne suscitait pas de nombreux adeptes. Surtout, rares étaient les élèves ayant travaillé les devoirs qu’elle donnait pour le cours suivant. Pourtant elle ne désespérait pas et continuait à donner ses cours, semblable à elle-même.

Samaël et moi oubliions très souvent les devoirs, mais parvenions à les faire au dernier moment, même si Audrey s’en apercevait.

— C’est bien Samaël, il n’y a aucune erreur, mais évite de tout apprendre au dernier moment. Tu crois que je ne t’ai pas vu repasser le cours de la dernière fois pendant que j’interrogeais ton frère ?

— Haha, elle t’a grillé ! ricanais-je à voix basse.

Audrey se tourna brusquement vers moi.

— Ça vaut aussi pour toi, Gaby. Sauf que toi, contrairement à ton frère, ce n’était pas parfait. Si tu fais la même chose que lui, essaie au moins de le faire bien.

— On la ramène moins tout d’un coup, susurra Samaël.

— Rohh ça va.

Le cours s’écoula comme les autres semaines : trop court pour certains, interminable pour la plupart.

— Mathis, est-ce que j’ai dit que le cours était terminé ? Alors tu vas me faire le plaisir de sortir tes affaires, ordonna Audrey.

— Elle abuse quand même, il reste une minute, chuchota Samaël.

— Maintenant, vous pouvez y aller !

— C’était bien la peine de sortir mes affaires, ronchonna le Mathis en question.

À la sortie du conservatoire, la Xantia verte de nos parents nous attendait.

— Vu que la voiture est là à l’heure, je parie que c’est maman qui conduit, supposai-je.

— Tenu ! rétorqua mon frère.

— Bonsoir ! Ai-je bien entendu ce que je viens d’ouïr ? Je suis toujours à l’heure ! Parfois même en avance ! Mauvaises langues que vous êtes ! s’exclama une voix d’homme.

— Perdu, c’est papa.

L’homme qui avait parlé par la fenêtre de la voiture avait une voix de basse, chaude et joviale. Il avait les cheveux courts, qui malgré cela avaient toujours l’air en bataille. Un petit air espiègle brillait dans ses pupilles.

— Ce n’est pas toi qui vas nous faire croire que tu as une maîtrise parfaite du temps, ta mauvaise foi m’impressionnera toujours, répliquai-je, un grand sourire aux lèvres.

— Franchement, je ne sais vraiment pas où vous allez chercher tout ça. J’arrive toujours au bon moment ! s’indigna notre père en faisant mine d’être offensé.

— C’est cela oui, soupira Samaël, en levant les yeux au ciel.

Le trajet du retour fut tout ce qu’il y avait de plus ordinaire. Le cours de solfège se terminant à dix-neuf heures, aucun bus ne desservait plus le petit coin de campagne où nous habitions. Nos parents venaient donc souvent nous chercher, parfois accompagnés d’un ami avec qui ils faisaient du covoiturage.

Vingt minutes plus tard, nous étions arrivés à destination.

— Bonsoir, les garçons !

Ce fut notre mère qui nous accueillit au seuil de la porte de la buanderie. C’était une femme pas très grande, bien en chair mais sans pour autant être en surpoids. Elle avait l’air fatiguée, mais la lueur dans ses yeux trahissait une sorte d’énergie surhumaine, comme chez la plupart des bonnes mères de famille.

— La journée s’est bien passée?

— Ça va, répondit simplement Samaël, sans rentrer dans les détails.

— On vous a gardé du plat chaud, il vous suffit de le passer au micro-ondes.

Mon père déposa son manteau et enfila sa blouse de laboratoire ayant quelques traces de vécu. En effet, les poches étaient toutes trouées et il y avait çà et là des traces de brûlures et autres taches en tout genre.

— Bon les enfants, je vous laisse, vu que j’ai déjà mangé, je vais continuer mon travail au labo.

Et il ouvrit la porte.

— OK, papa, tu pourras m’attendre avant de lancer la phase de tests, s’il te plaît ? implorai-je.

— Pas de souci, je te préviendrai. Je termine juste les derniers préparatifs ! Cette fois, ça devrait marcher !

— J’espère que la banane ne va pas encore exploser comme la dernière fois!

— Normalement j’ai tout vérifié. Le stabilisateur d’intrications que j’ai mis au point devrait permettre de rompre les liens quantiques en cas d’anomalies. De ce fait, les perturbations liées aux résidus gravitationnels de l’univers n’auront plus aucun effet sur le désassemblage atomique!

Je le regardai, perplexe.

— J’ai rien compris, mais c’est sûrement brillant.

Sur ce, mon père s’en alla dans le garage-laboratoire.

J’engloutis mon repas aussi vite que possible pour rejoindre mon père.


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