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Ô Romeo, pourquoi es-tu Wexford ?

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Summary

À New York, les Wexford règnent sur Yes America, un empire médiatique qui possède les écrans, les gros titres et ceux qui les regardent. Romeo, le benjamin de la famille, en a pris la tête sans l'avoir demandé. Zuri Garnier, elle, emballe des burgers dans un fast-food de la Cinquième Avenue et n'a jamais cru au rêve américain. Le hasard, ou le désespoir, fera d'elle l'assistante de Romeo Wexford, l'homme le plus puissant de New York.

Status
7d ago
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
16+

Le spectacle du siècle

—Quel con, ce type… ! pesta Hendrix contre la télé en remuant les frites de la friteuse. 

Pour la première fois depuis que je travaillais ici, le patron nous avait autorisés à allumer la vieille télé poussiéreuse pour diffuser le grand débat du soir. 

Yes America avait entre les mains le spectacle de l'année. 

Que dis-je ? 

Du siècle ! 

Aucun individu normalement constitué ne raterait Jamy Larry se défendre d'avoir agressé sexuellement une mineure pendant sa campagne aux législatives. 

Pendant que je m'affairais à l'emballage des burgers, ces paroles me donnaient envie de les aplatir à grands coups de poing au milieu. 

Certes, ce n'était pas mon pays. 

Et pourtant, j'avais l'impression que le poids du rêve américain reposait sur mes épaules telle une chape de plomb. 

Pour être honnête, je n'avais jamais cru en ce rêve. 

Mais comme on dit, la vie a toujours plus d'imagination que nous. 

Alors me voilà ici à emballer ces putains de burgers dans la Cinquième Avenue. 

« J'appelle tous les Américains à ne pas croire à ces mensonges propagés par les wokes ! C'est une propagande, un acte déloyal envers notre République ! » 

De l'autre côté du comptoir, les clients attroupés devant la télé murale huaient ce fameux Larry. 

Il y en avait même un qui avait balancé une poignée de frites sur l'écran en criant « Connard ! ». 

C'est Jessica qui allait être contente… 

Malgré tout ce qui pouvait se passer à la télé, la plupart des gens dans ce fast-food miteux n'avaient d'autre choix que de subir et de s'adapter à tout ce patchwork politique. 

Voire, à ne pas y penser du tout. 

J'avais encore de la chance de ne pas avoir de bouches à nourrir. 

Ce qui n'était pas le cas d'Hendrix. 

Cela faisait neuf mois que j'étais au Big Burger. 

Lui quatre ans. 

Je ne voyais pas comment quelqu'un pouvait tenir quatre ans ici. 

Et pourtant, il fallait que je m'y résigne. 

C'est en poussant un long soupir que j'emballai mon énième burger avant de le mettre dans son compartiment. 

—Zuri ! 

Teddy me tira de mes pensées en me hurlant dessus. 

Sa chemise blanche étirée par son ventre bombé était tachée de gras. 

S'il n'y avait pas d'auréole de sueur sous les bras et dans le dos, cela voulait dire que la soirée n'était pas encore terminée. 

Je le regardai, l'air de lui demander ce qu'il voulait. 

—Tu passes en caisse ! 

Je roulai des yeux. 

Kendra manquait encore à son poste. 

Je laissai donc Hendrix seul en cuisine avec une tape sur l'épaule avant de me défaire de mon tablier et de mettre ma visière sur la tête. 

J'adorais être en cuisine car je n'avais qu'à supporter mes propres pensées. 

Alors qu'en caisse, c'était tout l'écosystème humain de New York à qui il fallait sourire. 

Je donnais donc les sacs en papier aux clients, chacun rempli des burgers que j'avais préalablement emballés. 

J'esquissai un faible sourire à chaque tête. 

—Bon appétit et revenez vite ! 

C'était une phrase stupide que le patron nous obligeait à dire. 

Cela sonnait plus comme une obligation à revenir qu'une invitation. 

Mais bon, personne n'en tenait rigueur car tout le monde s'en foutait. 

Au bout d'une demi-heure, Jamy Larry répondait aux questions des internautes. 

J'espérais que les questions croustillantes allaient me réchauffer de ce coup de vent hivernal qui passait par la porte entrouverte. 

Je me frottais les mains entre elles avant d'enregistrer la commande suivante dans la caisse, quand soudain tout le monde explosa de rire dans la même vague. 

« Saviez-vous qu'elle était mineure ? » demanda le présentateur. 

« Ce n'est pas la question… » 

Et c'était une bonne réponse. 

Il était sûr qu'un meme allait circuler dans la seconde. 

Au même moment, un homme trop propre pour ce lieu entra subitement au Big Burger. 

Un blondinet aux airs de playboy avait les traits tirés par un mélange d'inquiétude et de colère. 

Il était au téléphone, en train d'incendier un certain Brad. 

—Coupe-moi l'antenne ! On coupe tout ! 

Il était tellement pris dans ses émotions qu'il en dépassa sans vergogne la file de trois personnes devant lui. 

Le voilà devant moi. 

Il mit la main sur le micro de son téléphone pour dire furtivement : 

—Un burger avec un Coca. 

Ma question de savoir quel burger il voulait tomba à plat entre lui et moi tant sa conversation semblait plus importante. 

Alors je lui mis le plus cher avec une grande frite et un maxi Cola. 

—Ça fera vingt-deux dollars. 

Dans la seconde où le prix fut annoncé, Hendrix jeta sur le comptoir le sac garni, tout gras en dessous. 

Je le tendis au blondinet qui, après coup, me disait quelque chose. 

Un visage que j'aurais sans doute déjà vu quelque part. 

À la télé ? 

Dans un magazine ? 

Peu importe, j'espérai avoir un pourboire juteux. 

—J'ai un double appel. Ne quitte pas ou je te tue… 

Il s'empara du sac. 

Décrocha son double appel. 

Et traversa la salle jusqu'à la porte sans jamais se retourner. 

Le tout sans avoir payé. 

Rien dans la caisse. 

Pas de pourboire. 

Mon sang ne fit qu'un tour. 

Le patron, balai à la main, me regardait, l'air de dire qu'il fallait que je fasse quelque chose. 

Et maintenant. 

La suite, je la connaissais… 

Dans un accès de zèle, je poussai avec force le portillon du comptoir et traversai à mon tour la salle afin de rattraper ce mauvais payeur. 

Une fois le pied dehors, le soir était à peine éclairé par les enseignes électriques grésillantes. 

Il était impossible de distinguer un quelconque visage, bien que je sois sûre de l'avoir déjà vu quelque part. 

Je balayai donc encore une fois du regard la rue obscure jusqu'à ce que mes yeux tombent sur une tignasse blonde en train de monter dans un SUV noir à quelques mètres de la rue d'en face. 

C'était soit faire un sprint pour le rattraper, soit me faire lamentablement virer. 

La première option était la plus chiante mais la plus raisonnable. 

Alors mes jambes se mirent à courir à vive allure, traversant la route anarchiquement, à deux doigts de me faire écraser par un taxi qui me klaxonna avant de reprendre sa route. 

À bout de souffle, je me faufilai entre le SUV noir et une voiture de sport, faisant de grands gestes, l'air de dire de ne surtout pas démarrer. 

Quant au blondinet, avant même qu'il ne puisse monter par l'arrière, je voulus le saisir par le bras, mais à peine l'avais-je effleuré qu'il eut un violent geste de recul avant de me toiser méchamment du regard, en me pointant du doigt, toujours le téléphone en main. 

—Je vais appeler les flics ! 

Une main sur ma hanche, je reposai tout mon poids sur une jambe, lui tendant ma main, paume vers le haut. 

—Vous me devez vingt-deux dollars. Avec un pourboire. Sinon, c'est moi qui appelle les flics. 

Le blondinet se figea, regardant à droite et à gauche, comme s'il s'attendait à voir une caméra cachée. 

Mais j'insistai en tendant un peu plus ma main vers lui. 

C'est à ce moment qu'il se mit à éclater de rire. 

—J'ai pas d'argent sur moi, désolé. 

—Pardon ? 

Il tira le tissu intérieur de sa poche vers l'extérieur, l'air penaud, me laissant comprendre que je ne verrais jamais la couleur de cet argent. 

—Écoutez, je n'ai pas le temps pour vingt-deux dollars, maintenant. Cinq cents millions me filent entre les doigts à l'heure actuelle à cause de ce connard de pédophile. Tenez ma carte (c'est le chauffeur qui ouvrit la fenêtre et qui me tendit le bout de carton). J'espère que j'aurai une assistante demain matin. Elles n'arrêtent pas de démissionner ! Ce pays part à la dérive ! (Il se frappa la tête avec la paume de sa main.) Je ne sais pas pourquoi je vous raconte ça… 

Il leva les yeux au ciel avec désinvolture et monta dans sa voiture. 

Il reprit son appel pendant que la porte électrique prenait son temps pour se refermer dans un léger bip-bip futuriste. 

Et le SUV fit une marche arrière dans un bruit à peine audible semblable à celui de l'entrée du paradis, avant de faire violemment crisser les roues pour avancer à toute allure dans la Cinquième Avenue, me laissant seule et sans argent dans la rue. 

Ou bien, j'avais juste une pauvre petite carte en carton dont les coordonnées étaient gravées en doré. 

Je la retournai, et lorsque je vis le nom du destinateur, cette carte me sembla plus lourde dans ma main qu'auparavant. 

Romeo Wexford. 

CEO. 

Yes.America&Co. 

—Putain… 

Je regardai autour de moi, comme si je craignais de me faire prendre en flagrant délit de quelque chose d'interdit ou de trop confidentiel. 

J'eus un instant l'impression d'être paranoïaque, comme si des membres d'une agence secrète allaient venir me kidnapper pour le simple fait d'avoir poursuivi Romeo Wexford pour vingt-deux dollars. 

Ce fameux Romeo dont le nom était constamment affiché en gros dans les tabloïds, fraîchement séparé de la mannequin Leila McMay, célèbre pour son métissage anglais et brésilien. 

Rien que ça. 

Peu importe… 

Il me semblait curieux qu'une personne aussi cotée n'ait rien pour payer. 

Même un pauvre ne se permettrait pas de sortir sans argent. 

À cette simple pensée, je rangeai machinalement la carte à l'arrière de mon pantalon. 

—Quel abruti… 

Et je retournai les mains vides au Big Burger. 

Je poussai la porte principale, qui me montra la scène de Teddy en caisse, le visage renfrogné. 

C'est à peine s'il disait sa propre phrase commerciale aux clients. 

J'avançai donc à tâtons jusqu'au comptoir pour reprendre mon poste. 

Je me rapprochai encore un peu plus pour prendre le relais mais il ne me laissa pas faire. 

—Alors ? dit-il en ne m'accordant même pas un regard. 

Je me pinçai les lèvres. 

—Il n'avait pas d'argent sur lui… 

Tout en appuyant sur les touches de la machine, il déclama : 

—Tu me dois vingt-deux dollars. Ce sera bien sûr retiré de ton salaire. Ainsi que ton congé de mercredi dernier. J'ai oublié de le comptabiliser. Oups. 

Teddy pouvait être mauvais, mais je ne savais pas que ce mal s'était autant propagé dans son âme. 

Je serrai les poings, prête à dire quelque chose que j'allais sans doute regretter, mais la raison me rattrapa à temps. 

—Je peux les récupérer ! 

—Et comment ça, Einstein ? 

J'hésitai à sortir la carte de ma poche arrière mais m'en abstins. 

Je jetai un regard à la télé. 

Jamy Larry n'y apparaissait plus. 

—Je vais trouver une solution. 

—Bah, ta solution, je veux la voir dans ma caisse demain, à la première heure de ton service. OK ? 

Il donna son dernier sac au client d'en face et s'éclipsa pour me céder la place. 

Mon service se termina à une heure du matin, avec un arrière-goût de licenciement anticipé dans la bouche.

C'était décidé, j'irais au siège de Yes America.

Exigerais que l'on me paye.

Et si les vingt-deux dollars venaient à manquer, un excellent tweet sur Romeo serait ma redevance.

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Great Character

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Strong Dialog

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