Prologue
L'odeur de la cellule me dégoûtait au plus haut point. C'était répugnant. À côté de moi, un clochard ronflait bruyamment, empestant l'alcool et le shit. Putain, qu'est-ce qu'il puait ! J'essayais de ne plus respirer par le nez lorsque, soudain, le bruit des clés résonna dans le couloir. La serrure tourna, puis la porte de la cellule s'ouvrit dans un claquement sec. Avec mes potes, nous relevâmes immédiatement la tête, presque soulagés. Enfin... on allait pouvoir sortir de ce trou.
— Je vous préviens : si ça recommence, vous devrez vous expliquer devant le juge.
Tous mes potes éclatèrent de rire en sortant de la cellule. Je m'apprêtais à les suivre lorsque le flic m'arrêta d'un geste. Avant même que j'aie le temps de comprendre, il me repoussa à l'intérieur et referma aussitôt la porte à clé.
— Toi, tu restes ici, ordonna le policier. Ta mère n'est pas encore là.
Comment ça, pas moi ?!
Je dévisageai le flic, complètement blasé, tandis qu'il repartait tranquillement vers la gauche, comme si de rien n'était. Sérieusement, il se foutait de ma gueule ou quoi ?
Je retournai m'asseoir sur le même banc que tout à l'heure. Les heures s'écoulèrent à une lenteur hallucinante. Mes paupières devenaient lourdes, mes yeux me brûlaient, mais je refusais catégoriquement de fermer l'œil. Pas question de m'endormir dans ce putain d'endroit.
Au bout d'un moment, je relevai la tête et fixai l'horloge accrochée au mur. 3 h 51.
Putain... seulement 3 h 51.
J'avais l'impression d'être enfermé ici depuis trois jours. Mes yeux commençaient sérieusement à piquer à cause du manque de sommeil. À bout de nerfs, je me levai brusquement du banc et agrippai les barreaux de toutes mes forces.
— Eh oh ! Elle est où, ma mère ?! lançai-je, de plus en plus agacé.
Aucune réponse. Pas même un putain de mot. Agacé de plus en plus par le silence et par le fait que personne ne daigne m'expliquer ce qui se passait réellement, je finis par m'allonger sur le banc.
Je fixai longuement le plafond, faisant machinalement rouler la petite boule de mon piercing sur ma langue. Le temps semblait s'être arrêté. Les heures s'étiraient interminablement, les minutes paraissaient durer une éternité et les secondes... n'en parlons même pas.
Puis, enfin, un bruit sec retentit dans le couloir. Le claquement d'une porte de cellule qu'on venait d'ouvrir.
Je me redressai aussitôt. C'était la mienne.
Un soupir de soulagement m'échappa.
— Jayden Hudson ? m'interpella une voix.
Je relevai la tête. Une femme d'une quarantaine d'années se tenait devant ma cellule. Vêtue d'un tailleur noir impeccable, une pochette à la main, elle avait les cheveux bruns légèrement ondulés et une expression grave qui, clairement, ne présageait rien de bon.
Je la dévisageai quelques secondes avant de lui adresser un regard méfiant, une pointe d'anxiété au ventre. Qu'est-ce qu'elle me voulait, celle-là ?
— Eh bien ! J'avoue que j'aime beaucoup ces quatre murs. Faudra que j'y pense pour la déco de ma chambre, lançai-je avec un haussement d'épaules, l'air faussement intéressé.
Je passai devant la femme et une forte odeur de vanille bon marché me monta au nez, si bien que je détournai aussitôt le regard. Mon attention se posa alors sur le flic, tranquillement installé derrière son bureau, les yeux rivés sur son téléphone comme si ma présence ne le concernait absolument pas.
Je fronçai les sourcils, déjà agacé, puis lâchai :
Aucune réponse ne vint. La femme se contenta de me regarder avec un sourire compatissant, un sourire beaucoup trop calme à mon goût.
— Veuillez me suivre dans mon bureau, déclara-t-elle d'un ton sérieux.
Elle se détourna sans ajouter un mot. Ses talons claquèrent contre le sol à chacun de ses pas, résonnant dans le couloir presque désert. Je restai immobile quelques secondes avant de lui emboîter le pas, les sourcils légèrement froncés.
Plus j'avançais, plus cette sensation étrange me nouait l'estomac. Personne ne parlait. Même le flic derrière son bureau avait cessé de regarder son téléphone.
Bordel... c'est moi ou l'ambiance est vraiment trop bizarre, là ?
La femme me désigna l'une des chaises d'un geste calme.
— Asseyez-vous, s'il vous plait.
Je pris place face à elle, encore méfiant. Elle s'installa à son tour de l'autre côté du bureau, posa délicatement sa pochette sur la table, puis joignit ses mains devant elle. Son regard se fixa sur moi, sérieux, presque trop grave.
— Je suis crevé. Je veux juste rentrer chez moi, lâchai-je d'un ton sec. Et pour les dégâts que j'ai causés cette nuit, je les rembourserai, problème réglé.
Je m'enfonçai dans ma chaise, les bras croisés, avec un air presque défiant. Franchement, je ne voyais pas pourquoi on en faisait tout un drame.
La femme resta parfaitement calme, son regard posé sur moi.
— Ce n'est pas aussi simple que ça, me répondit-elle calmement.
Je haussai un sourcil.
— Ah ouais ? Parce que ça m'avait pourtant l'air plutôt simple, jusqu'à maintenant.
— Qu'est-ce que vous voulez dire par là ?, demandai-je, la gorge soudainement nouée.
Mes nerfs commençaient sérieusement à lâcher. La fatigue, l'attente interminable et cette putain d'ambiance bizarre n'arrangeaient rien. Je passai une main sur mon visage, essayant de garder mon calme, mais mon cœur, lui, commençait à s'emballer.
La femme prit une profonde inspiration avant de me regarder droit dans les yeux.
— Quand tu avais 6 ans, tu as été enlevé juste devant chez toi, à Los Angeles. Tu jouais avec un ami lorsque quelqu'un t'a emmené.
Je restai silencieux, complètement figé.
Elle marqua une courte pause avant de poursuivre, d'une voix beaucoup plus douce :
— Et la femme que tu considères comme ta mère depuis toutes ces années, n'est pas celle que tu crois.
Je fronçai les sourcils.
— Pardon ?
Mon cerveau refusait littéralement d'assimiler ce qu'elle venait de dire.
Je n'entendais plus rien. Les mots de la femme semblaient résonner dans ma tête sans parvenir à atteindre mon cerveau. Une boule se forma au creux de mon ventre. Je clignai plusieurs fois des yeux, le visage figé, incapable de savoir comment réagir.
Non. C'était impossible.
Je secouai légèrement la tête, comme pour chasser cette absurdité de mon esprit. Ma mâchoire se crispa et mon regard se durcit.
— C'est complètement absurde, rétorquai-je aussitôt, sur la défensive. Vous êtes sérieuse, là ?
Un rire nerveux m'échappa, sans la moindre once d'amusement.
— Vous êtes en train de me dire que la femme qui m'a élevé n'est pas ma mère ? Sérieusement ? Vous vous foutez de moi ?
Je refusais d'y croire. Il n'y avait aucune chance que cette histoire soit vraie.
La panique me submergea brutalement. J'avais l'impression que ma poitrine se resserrait et que l'air refusait de passer. Je n'arrivais presque plus à respirer.
Tout ce que je voulais, c'était qu'on me lâche. Qu'on arrête avec leurs histoires à la con et qu'on me laisse rentrer chez moi. Retrouver ma chambre, mon lit, mes habitudes... retrouver ma mère. Celle qui arrivait malgré mon putain de caractère à me faire rire. Celle avec qui je faisais des balades à la fête foraine, comme si rien d'autre n'avait d'importance.
Mais, au fond de moi, une pensée horrible commençait à s'imposer. Un pressentiment que je refusais d'écouter : je ne reverrais peut-être jamais cette vie.
Soudain, la porte s'ouvrit. Une autre femme entra dans la pièce, un dossier sous le bras et un verre d'eau à la main. Elle les déposa sur le bureau avant de nous saluer brièvement. Puis elle posa sur moi un regard rempli de compassion.
Encore ce regard.
Elles me regardaient toutes les deux comme si j'étais déjà à plaindre. Et putain, ça me rendait dingue.
Je me levai brusquement, faisant valser la photo posée devant moi. Je passai mes mains dans mes cheveux avant de commencer à faire les cent pas dans la pièce.
— Putain... putain...
J'étouffais. Chaque respiration devenait plus difficile que la précédente. Il me fallait une clope. Maintenant.
Je me dirigeai vers la porte, mais la femme m'attrapa doucement par le bras avant que je puisse l'atteindre.
— Jayden... attendez.
Je me retournai vivement vers elle, le souffle court et le regard paniqué.
— J'ai juste envie de rentrer chez moi ! De voir ma mère ! Vous comprenez ça, au moins ?! lâchai-je, la voix tremblante. Ce que vous êtes en train de me raconter est impossible. Complètement impossible !
La femme me regarda quelques secondes, sans perdre son calme.
— Je comprends parfaitement ce que tu ressens... mais tu vas bien rentrer chez ta mère biologique. Seulement... ce ne sera pas dans la même maison. Je suis désolée, Jayden.
Ses paroles me frappèrent de plein fouet. Une colère sourde monta en moi, plus forte encore que quelques secondes auparavant. Ma rancœur s'envenimait à chaque mot qu'elle prononçait.
Elle me fit doucement signe de me rasseoir. Je restai immobile un instant, les poings serrés, avant de reprendre ma place, sans pour autant quitter son regard.
Je refusai d'un simple signe de tête. Ma gorge était sèche, nouée au point de m'empêcher de parler. J'avais l'impression que mes cordes vocales s'étaient complètement bloquées.
À contrecœur, je retournai m'asseoir sur la chaise et entrelaçai mes doigts pour tenter de calmer mes tremblements. Mes jambes n'arrêtaient pas de bouger nerveusement et mes mains tremblaient tellement que je dus prendre une grande inspiration pour me contrôler.
J'attrapai le verre d'eau posé devant moi et le vidai d'une seule traite avant de le reposer un peu trop brusquement sur la table.
La femme me fixa quelques secondes, puis reprit d'une voix calme :
— Est-ce que le nom Ethan Blake te dit quelque chose ?
Je soutins son regard, le visage fermé.
— Non, répondis-je froidement.
Elle marqua un silence avant de lâcher :
— C'est ton véritable prénom...
Mon sang se glaça.
— Écoutez, je ne remets pas en doute vos compétences, mais c'est impossible. Il y a forcément une erreur quelque part. Vous avez dû vous tromper de personne ou de dossier.
Sans répondre, la femme sortit plusieurs documents de sa pochette et les étala devant moi. Je pris une profonde inspiration, puis expirai lentement, essayant tant bien que mal de garder mon calme. Ma mâchoire se crispa et je serrai les dents, sentant la colère et l'angoisse se mélanger dans mon ventre.
Non. Il devait forcément y avoir une putain d'erreur.
Elle me tendit d'abord une photo prise lors de mon arrestation, la veille, puis en sortit une seconde. Cette fois, c'était le cliché d'un petit garçon. Je fixai les deux photos l'une après l'autre, le regard plissé.
À première vue, je ne voyais absolument aucune ressemblance entre ce gamin et moi.
— Voici les empreintes que nous avons prélevées sur tes jouets le jour de ta disparition, il y a treize ans, expliqua-t-elle en désignant les documents. Et voici celles relevées hier, lors de ton arrestation. Elles correspondent parfaitement.
Je restai silencieux quelques secondes, complètement déstabilisé. Pour la énième fois, j'eus envie de lui répéter qu'elle faisait fausse route. Pourtant, aucun mot ne sortit de ma bouche. Je me contentai de pousser un long soupir, profondément agacé, avant de détourner les yeux.
L'atmosphère dans la pièce était devenue pesante. Lourde. Étouffante. Et plus elle me donnait de preuves, plus j'avais l'impression que le sol se dérobait sous mes pieds.
— Tu n'as vraiment aucun souvenir ? me demanda-t-elle d'une voix douce, presque hésitante.
Mes mains devinrent moites. Je sentais la transpiration perler dans mon dos tandis que mon cœur cognait contre ma poitrine.
— Non. Et peu importe ce que vous me racontez, je veux vivre avec elle. C'est elle qui m'a élevé. ELLE.
J'insistai sur le dernier mot, le regard dur. Je passai nerveusement mes mains dans mes cheveux, complètement dépassé par la situation. Je n'avais aucune intention de leur donner davantage d'informations. De toute façon, je ne voulais plus rien entendre.
La femme resta silencieuse quelques secondes avant de reprendre calmement :
— Malheureusement, ce ne sera pas possible. La loi est formelle.
Je serrai les dents. Encore une fois, quelqu'un venait de décider à ma place.
— Elle m'a sorti de l'enfer, pourtant... S'il vous plaît, suppliai-je en relevant les yeux vers la policière.
Cette fois, aucune insolence dans ma voix. Aucun sarcasme. Rien. Juste une supplication désespérée.
Elle m'observa quelques secondes avant de demander doucement :
— Peux-tu me dire ce qui s'est passé ?
Mes mains tremblaient tellement que je dus les serrer l'une contre l'autre. Je baissai les yeux vers la table et, d'une voix à peine audible, murmurai :
— J'ai vécu quatre ans en enfer... Dans une maison insalubre, avec des hommes et des enfants.
Ces quelques mots suffirent à me donner des frissons. Mon estomac se retourna brutalement. Une boule se forma dans mon ventre et une violente envie de vomir me prit à la gorge.
Suis-je vraiment en train de vivre ça ? Ou est-ce simplement un putain de cauchemar dont je vais finir par me réveiller ?
Je n'eus pas le temps d'aller plus loin.
Toc. Toc.
La porte s'ouvrit brusquement et une femme passa la tête dans la pièce avant d'entrer complètement.
— Madame la ministre arrive.
Je relevai lentement la tête.
Quoi ?








