PROLOGUE
Demain, Élisa ne sera plus là.
Collée à Nayli qui caresse distraitement mes cheveux, j’observe ma grande cousine. Debout devant la télévision, elle s’amuse avec mes frères. Eux ne le remarquent pas, mais moi, je le vois. Ma cousine Élisa est triste.
Dans cette maison, tout est parfait. Ça l’est toujours, chez tatie Alice. On s’y retrouve chaque été pour s’amuser dans la piscine, manger des glaces, regarder des films jusqu’à tard et jouer aux jeux vidéo sans se soucier de l’école le lendemain. Venir chez tatie Alice, c’est un vrai bonheur. Mais aujourd’hui, c’est un peu différent. Car demain, Élisa s’en va.
Je n’arrive pas à croire que son départ soit déjà là. Et pourtant, demain, elle montera dans un avion qui l’emmènera loin, très loin d’ici. Qui aurait cru que, des trois filles de tatie Alice, ce serait elle qui partirait vivre dans un autre pays ? Bientôt, elle ne sera plus là pour les vacances.
Je connais ses rires, ses sourires, ses gestes tendres. Mais au fond, qui est-elle vraiment, ma cousine Élisa, qui demain ne sera plus là ?
Au moment du coucher, comme chaque soir, ma grande cousine caresse mes cheveux. Avant qu’elle se lève, je la retiens doucement par le poignet.
— J’ai un cadeau pour toi.
Je sors de ma poche une figurine de chien blanc, pareille à celui qu’elle a perdu quelques mois plus tôt. C’est l’une des rares choses que je sais d’elle : la perte de Roxy, son bichon maltais, l’a brisée. Elle sourit, mais plus comme avant. Ses yeux brillent toujours autant, mais plus comme avant. Roxy avait pourtant un sale caractère ; elle ne se montrait gentille qu’avec Élisa, et elle avait mordu mes frères plus d’une fois. Mais ma cousine l’aimait. De tout son cœur.
— Merci, ma chérie…
Elle me serre plus fort contre elle, et ses sanglots rejoignent les miens.
— Dois-tu vraiment partir ? Aussi loin, pour toujours ?
— C’est le destin, ma chérie. C’est ainsi.
— Et nous, dans tout ça ?
— Vous êtes tout pour moi. Et si je pars, tu auras une bonne raison de venir me voir au Canada.
Je fronce les sourcils, et elle les lisse du bout des doigts en souriant.
— Moi aussi, j’ai un cadeau pour toi. Je voulais te le donner demain, mais…
Élisa quitte la chambre un instant, puis revient avec un paquet noué d’un ruban rouge. Je le délie et y découvre plusieurs fleurs séchées qui semblent éclore entre les plis du papier. En dessous repose un petit carnet usé.
— Un jour, tu voyageras toi aussi, et tu viendras me voir dans ce nouveau pays. En attendant, je te confie un peu de moi, pour t’accompagner sur un bout de chemin. Maintenant, endors-toi, belle petite fleur.
Ma cousine s’allonge près de moi. Je m’endors, bercée par ses caresses et par sa voix qui me décrit les paysages du Canada.
Le lendemain, Élisa est partie.
Sur la table de chevet, le carnet qu’elle m’a offert semble briller sous les premiers rayons du soleil.
« Un bout de moi », a-t-elle dit. Que voulait-elle dire par là, ma grande cousine Élisa ?





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