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Murder Match

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Summary

Katherine Valcourt, vingt-huit ans, a créé Murder Match, une application aussi insolente qu'originale où les utilisateurs évaluent des scénarios de crimes fictifs. C'était censé être un projet amusant. Une idée un peu macabre, quelques plaisanteries douteuses et des utilisateurs prêts à donner leur avis sur tout. Jusqu'au jour où un homme est retrouvé mort dans des circonstances étrangement similaires à l'un des scénarios de l'application. Soudain, les plaisanteries deviennent inquiétantes, les profils anonymes attirent l'attention de la police et Katherine se retrouve au centre d'une enquête qui menace de détruire sa réputation. Pour couronner le tout, le lieutenant Azou, son ancien amour, est chargé de l'affaire. Entre les rendez-vous catastrophiques, les suspects trop charmants, les secrets numériques et une famille incapable de garder son calme — ou de garder une information pour elle — Katherine tente de comprendre qui transforme son application en terrain de jeu criminel. Mais quelqu'un semble particulièrement intéressé par son opinion. Quelqu'un qui n'a jamais accepté d'être rejeté. Et cette personne ne compte pas abandonner avant d'avoir obtenu la reconnaissance qu'elle estime mériter. Dans Murder Match, un mauvais rendez-vous peut gâcher une soirée. Un mauvais match peut bouleverser toute une vie.

Status
14h ago
Chapters
3
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapitre 1

Chapitre 1 — Le swipe de trop

Le problème avec les applications de rencontre, c’est qu’elles promettent toutes de trouver la bonne personne sans jamais préciser combien de mauvaises il faudra supporter avant.

J’avais donc créé ma propre application.

Pas pour trouver l’amour. J’avais déjà suffisamment de problèmes avec les hommes vivants pour ne pas chercher à en attirer davantage.

Non, mon application s’appelait Murder Match et son concept était simple : les utilisateurs découvraient des scénarios criminels fictifs, les notaient, les commentaient et votaient pour les plus originaux.

Une sorte de concours d’imagination macabre, à mi-chemin entre un jeu narratif et une expérience sociale.

Aucun véritable meurtre.

Aucun mode d’emploi.

Seulement des histoires, des personnages imaginaires et des situations conçues pour faire réfléchir autant que sourire.

Du moins, c’était l’idée.

À vingt-huit ans, j’avais appris trois choses sur les êtres humains.

Premièrement, ils affirmaient vouloir de l’honnêteté jusqu’au moment où quelqu’un leur disait la vérité.

Deuxièmement, ils trouvaient toujours le moyen de transformer une fonction parfaitement simple en un problème dont personne ne voulait assumer la responsabilité.

Troisièmement, lorsqu’on leur proposait une application contenant le mot murder, ils la téléchargeaient d’abord, lisaient les conditions d’utilisation ensuite puis s’étonnaient de ne pas pouvoir signaler leur ex pour crime de mauvaise foi.

Je n’avais pas prévu que le troisième point deviendrait aussi populaire.

À 18 h 42, j’étais assise à ma table de cuisine, un vieux ventilateur oscillant à côté de moi et un verre d’eau tiède à portée de main.

La chaleur de la journée s’accrochait encore aux murs.

Dehors, un scooter accéléra dans la rue avant de disparaître au milieu des bruits familiers du quartier.

Sur mon écran, Murder Match affichait trois notifications non lues et un message de ma mère.

Je commençai par les notifications.

La première venait d’un utilisateur qui souhaitait savoir si les scénarios pouvaient inclure des fantômes.

La deuxième était une réclamation concernant une note de deux étoiles.

La troisième était une photo de chat envoyée par ma cousine dans le groupe familial.

Je regardai l’écran.

Puis le chat.

Puis l’écran.

— Il est très mignon, murmurai-je. Mais est-ce qu’il a lu les conditions d’utilisation ?

Le chat, visiblement peu intéressé par mes problèmes professionnels, continuait de dormir sur le dos.

Je répondis à ma cousine avec un cœur bleu, ouvris la réclamation et soupirai.

Utilisateur : Deux étoiles seulement ? Mon scénario était original.

Moi : Vous avez décrit une personne qui disparaît mystérieusement après avoir reçu une facture. C’est moins un meurtre qu’une expérience administrative.

La réponse arriva presque immédiatement.

Utilisateur : Vous n’avez aucun respect pour les artistes.

Je souris.

— Et vous n’avez aucun respect pour les intrigues.

C’était ce que j’aimais dans mon travail.

Derrière un écran, les gens montraient parfois une version d’eux-mêmes qu’ils auraient probablement cachée lors d’un dîner en famille.

Certains étaient inventifs, d’autres franchement inquiétants et beaucoup confondaient l’originalité avec le fait d’ajouter trois adjectifs à une idée déjà vue.

Murder Match ne prétendait pas mesurer la moralité de ses utilisateurs.

Ce n’était ni un test psychologique ni un outil permettant d’identifier un criminel.

C’était un jeu narratif, une façon d’observer les réactions des lecteurs face à une histoire, à ses personnages et à leurs décisions.

J’avais même ajouté une règle en gros caractères : les scénarios doivent rester fictifs et ne peuvent pas encourager la violence réelle.

J’en étais assez fière.

Jusqu’à ce qu’un utilisateur m’oblige à la répéter dix-sept fois en une seule après-midi.

Je consultai la file de modération.

Un nouveau signalement venait d’apparaître.

Le compte concerné s’appelait @Jojo_972.

Je le reconnus immédiatement.

Il avait déjà soumis plusieurs propositions, toutes plus paresseuses les unes que les autres.

La dernière consistait en une phrase si vague que j’avais d’abord cru à une erreur de saisie.

Je pousserais quelqu’un dans la mangrove et je partirais.

Pas de personnage. Pas de contexte. Pas de véritable intrigue. Pas même une tentative de rendre le tout intéressant.

J’avais refusé le scénario, puis bloqué le compte après plusieurs messages agressifs.

Ma réponse, que je n’avais pas regrettée une seule seconde, figurait encore dans l’historique de modération.

0/10.

Pas d’effort, bloqué.

Je n’avais pas l’habitude de m’excuser d’avoir fait mon travail.

Le nouveau signalement concernait une discussion publique dans laquelle quelqu’un avait publié une capture d’écran de mon commentaire, accompagnée d’un texte :

Les développeuses qui se prennent pour des juges, c’est quelque chose.

Je cliquai sur le profil du plaignant. Un compte récent, sans publication antérieure.

Je refermai la fenêtre.

— Formidable. Un comité de soutien aux scénarios médiocres.

Je n’avais aucune raison de penser que cela allait plus loin. Des gens se vexaient sur Internet pour moins que ça.

On me traitait parfois d’arrogante parce que je refusais des textes incohérents.

D’autres m’expliquaient que mon application était malsaine, puis revenaient le lendemain pour noter de nouvelles histoires.

Je n’allais pas passer ma soirée à enquêter sur les susceptibilités de personnes que je ne connaissais pas.

Mon téléphone vibra.

Maman : Tu as mangé ?

Je répondis :

Moi : Oui.

C’était faux. J’avais mangé deux biscuits et la moitié d’une banane, mais j’estimais que le mot manger laissait une marge d’interprétation raisonnable.

Trois petits points apparurent.

Maman : Quoi ?

Je fixai le message.

Ma mère avait développé un système de détection du mensonge qui fonctionnait particulièrement bien à distance mais uniquement lorsqu’il s’agissait de mon alimentation, de mon sommeil ou de ma vie sentimentale.

Moi : Du riz.

Maman : Avec quoi ?

Moi : Avec du courage.

Elle répondit par un autocollant représentant une femme levant les yeux au ciel.

Je déposai mon téléphone face contre la table.

Puis je remarquai quelque chose.

La page d’administration affichait un indicateur orange près de la section des sessions actives.

Ce n’était pas inhabituel.

Une session de test oubliée, un rafraîchissement en retard ou un navigateur resté ouvert pouvaient provoquer ce genre de notification.

Je cliquai dessus.

Trois entrées apparaissaient : ma session actuelle, celle du serveur de préproduction et une ancienne session d’administration marquée comme expirée.

Cette dernière n’aurait pas dû apparaître dans le tableau de bord actuel.

Elle ne permettait aucune action depuis l’interface, et son statut indiquait clairement qu’elle était inactive. Il pouvait s’agir d’un enregistrement résiduel après une migration.

Je notai son numéro de référence dans mon carnet.

Puis je consultai les journaux d’activité auxquels mon interface me donnait accès.

Aucun changement de scénario.

Aucune modification de note.

Aucune action de modération attribuée à cette session.

Rien qui justifie une alerte urgente.

Je refermai la page, avec l'impression d'avoir repéré un tiroir mal rangé dans une maison parfaitement propre.

Je détestais les tiroirs mal rangés.

Ils donnaient l’impression que quelque chose avait été oublié.

Et j’avais déjà assez de choses à oublier sans me rajouter des problèmes techniques imaginaires.

À 19 h 06, mon téléphone sonna.

Numéro inconnu.

Je laissai sonner quatre fois avant de décrocher.

— Si c’est pour me vendre une formation en investissement, je préfère vous prévenir que mon compte bancaire est actuellement une œuvre de fiction.

Un silence.

Puis une voix féminine, professionnelle, légèrement essoufflée.

— Madame Valcourt ?

Je me redressai.

— Oui.

— Capitaine Morel, de la police. Nous devons vous parler au sujet d’un décès survenu aujourd’hui.

Mon regard se posa sur mon ordinateur.

Sur le logo de Murder Match.

Sur le carnet où j’avais inscrit la référence de cette ancienne session.

Je n’aimais pas les coïncidences.

Pas parce que je croyais qu’elles cachaient toutes quelque chose, mais parce que les gens avaient tendance à leur donner une importance qu’elles ne méritaient pas.

Pourtant, ma main s’immobilisa sur le bord de la table.

— Quel genre de décès ?

— Un homme a été retrouvé mort cet après-midi. Certains éléments de la scène présentent des ressemblances avec un scénario publié sur votre application.

Je ne répondis pas tout de suite.

Le ventilateur grinça en tournant vers moi.

— Quel scénario ?

— La référence qui nous a été communiquée est le numéro 001.

Je connaissais ce numéro.

Tout le monde dans l’équipe le connaissait.

C’était l’un des premiers scénarios que j’avais publiés, avant même le lancement officiel de l’application.

Je l’avais conservé parce qu’il avait suscité des discussions intéressantes sur la manière dont quelques détails pouvaient modifier l’interprétation d’une histoire.

Il ne décrivait aucune méthode précise.

Il reposait sur une mise en scène : une table dressée pour deux, une assiette intacte, une serviette rouge pliée en triangle et un message laissé à l’attention d’une personne absente.

J’avais écrit ce scénario un dimanche pluvieux, en mangeant des pâtes froides au-dessus de mon clavier.

Je n’avais jamais imaginé qu’un policier prononcerait un jour son numéro au téléphone.

— C’est impossible, dis-je.

La capitaine ne sembla ni surprise ni agacée.

— C’est précisément ce que nous cherchons à vérifier.

— Mon application contient des histoires fictives. Les utilisateurs les notent. C’est tout.

— Nous en discuterons avec vous. Pour le moment, je vous demande de ne rien supprimer ni modifier dans les données relatives à ce scénario. Ne contactez pas les personnes susceptibles d’être concernées. Un enquêteur vous proposera un entretien.

Je passai une main sur mon front.

— Vous pensez que je suis impliquée ?

— Je n’ai pas dit cela, madame Valcourt. Je vous demande de conserver les éléments existants et de rester disponible.

Elle me communiqua un numéro de dossier, puis mit fin à l’appel.

Je restai immobile.

Le numéro de dossier était désormais écrit dans mon carnet.

En dessous figurait la référence de la session expirée.

Les deux lignes se suivaient sans raison particulière, mais mon cerveau avait déjà commencé à les relier.

Je me levai pour boire un verre d’eau.

Je bus trop vite, m’étranglai presque et dus m’appuyer contre l’évier.

— Très digne, Katherine.

Je retournai à l’ordinateur.

La première chose que je fis fut de résister à l’envie de tout vérifier. La capitaine avait été claire : ne rien modifier. Je ne voulais surtout pas donner l’impression de chercher à contrôler ce que la police allait découvrir.

Je conservai les informations déjà visibles, notai l’heure de l’appel et laissai la page d’administration intacte.

Ensuite, j’ouvris le scénario numéro 001 depuis sa page publique.

Le texte était toujours là.

Une table dressée pour deux.

Une assiette intacte.

Une serviette rouge.

Un message adressé à une personne qui ne viendrait plus.

Je relus chaque phrase.

J’avais volontairement laissé l’identité du personnage absent dans le flou.

L’histoire ne disait pas si cette personne était morte, partie ou simplement en retard.

Les lecteurs avaient proposé plusieurs interprétations.

Certains avaient trouvé le scénario triste.

D’autres l’avaient qualifié de prétentieux.

Une utilisatrice avait écrit que la serviette rouge était « beaucoup trop dramatique ».

J’avais répondu qu’elle était libre de choisir une autre couleur.

Je n’avais jamais cru qu’une serviette pouvait devenir un détail important.

Mon téléphone vibra de nouveau.

Cette fois, c’était une notification de Murder Match.

Un commentaire venait d’être ajouté à une ancienne discussion.

Je l’ouvris.

Le compte qui l’avait publié n’affichait aucun nom, seulement une suite de caractères générée automatiquement. Le commentaire ne contenait ni menace explicite ni insulte.

Une seule phrase :

Alors, tu penses toujours que je manque d’imagination ?

Je cessai de respirer pendant une seconde.

Je relus le message.

La discussion concernée était ancienne et ne figurait plus dans les pages publiques habituelles.

Pourtant, le commentaire était visible depuis ma notification.

Cela ne prouvait pas qu’une personne avait accédé à mon compte, ni même qu’il existait un lien avec le décès.

L’interface pouvait présenter un problème d’affichage.

Une publication pouvait avoir été réactivée par une action autorisée.

Je n’en savais rien.

Et c’était précisément ce qui me dérangeait.

Je conservai une capture de l’écran, le lien de la discussion et l’heure d’apparition de la notification.

Je ne répondis pas.

Je ne tentai pas de retrouver l’auteur par mes propres moyens.

Je savais suffisamment de choses sur les traces numériques pour comprendre une vérité simple : une preuve mal conservée pouvait devenir inutile et une personne paniquée pouvait détruire en quelques secondes ce qu’elle aurait dû laisser intact.

Je sauvegardai les éléments visibles dans un dossier séparé, sans modifier les données de l’application.

Puis je m’éloignai de l’écran.

Mon cœur battait beaucoup trop vite pour une femme qui, dix minutes auparavant, discutait avec un inconnu de l’originalité d’un scénario imaginaire.

Je pensai à la session expirée.

Au numéro 001.

À l’appel de la capitaine Morel.

Et à cette phrase qui semblait me connaître suffisamment pour me reprocher quelque chose.

Je n’avais pas peur du commentaire lui-même.

Des messages désagréables, j’en avais reçu.

Des gens vexés par une note, aussi.

Ce qui m’inquiétait, c’était le lien possible entre ces éléments.

Un décès réel ressemblant à l’une de mes histoires.

Un commentaire faisant référence à une ancienne dispute de modération.

Une anomalie technique qui, jusque-là, ne prouvait rien.

Trois faits séparés ne formaient pas automatiquement une explication. Je le savais.

Mais ils formaient une question.

Et je commençais à détester cette question.

À 19 h 31, ma mère envoya un nouveau message.

Maman : Tu vas bien ?

Je lui répondis que oui, puis restai un moment à regarder les mots affichés sur mon écran.

Je n'avais aucune envie de lui mentir mais encore moins de déclencher une panique familiale alors que je ne comprenais moi-même pas ce qui se passait.

Je finis par la rappeler.

Elle décrocha au bout de deux sonneries.

— Je ne veux pas te faire peur mais—

— Alors ne commence pas tes phrases comme ça.

— Il y a quelqu’un qui demande des informations sur toi.

Je me redressai.

— Qui ça ?

— Je ne sais pas. Une personne a commenté sous la publication de ta cousine. Elle demande si c’est bien toi qui as créé l’application des meurtres.

Je fermai les yeux.

Évidemment.

Bien sûr que quelqu’un avait déjà trouvé le moyen de transformer un appel de police en sujet de conversation familial.

— Tu lui as répondu ?

— Non. J’ai demandé à ta cousine de ne rien publier de plus.

— Tu as bien fait.

Je lui expliquai seulement que la police souhaitait me parler au sujet de mon application.

Je ne mentionnai pas le commentaire anonyme.

Pas encore.

Je ne voulais pas alimenter une panique dont les conséquences auraient probablement dépassé le problème initial avant même le petit-déjeuner.

Quand nous raccrochâmes, j’avais trois nouveaux messages dans le groupe WhatsApp familial.

Je les ignorai.

Mon regard revint à l’écran de l’ordinateur.

Murder Match était toujours ouvert.

Les scénarios défilaient dans une liste que j’avais créée pour donner aux lecteurs l’impression de parcourir un catalogue d’histoires possibles.

Je connaissais chaque titre.

Je connaissais chaque note.

Je connaissais les commentaires les plus absurdes, les utilisateurs les plus assidus et les discussions qui avaient duré des semaines.

Je pensais connaître les limites de ce que j’avais construit.

Mais je n’avais aucune idée de ce qui s’était réellement passé cet après-midi-là.

Je ne savais pas qui était mort.

Je ne savais pas qui avait retrouvé son corps.

Je ne savais pas si le commentaire anonyme venait d’un plaisantin, d’un utilisateur vexé ou de quelqu’un lié à l’affaire.

Et je ne savais pas pourquoi une personne semblait vouloir me rappeler que, selon elle, je n’avais pas assez reconnu son imagination.

Je pris mon carnet et écrivis une dernière phrase sous les trois premières lignes.

Ne rien conclure avant d’avoir des faits.

Puis je refermai le carnet.

Mon regard se posa une dernière fois sur la page du scénario numéro 001.

La table dressée pour deux.

L’assiette intacte.

La serviette rouge pliée en triangle.

Je connaissais ce texte par cœur. Je savais où chaque phrase commençait, où elle s’arrêtait et quels mots j’avais hésité à conserver.

Pourtant, une impression désagréable s’installait en moi : celle d’avoir oublié un détail.

Je repris le texte depuis le début, plus lentement cette fois.

Rien ne changea.

Aucune phrase nouvelle.

Aucun commentaire supplémentaire.

Aucune preuve que quelqu’un avait touché au scénario.

Seulement cette histoire que j’avais écrite sans imaginer qu’elle sortirait un jour de mon écran.

Je me forçai à fermer la page.

Demain, je parlerais à l’enquêteur.

Je répondrais à ses questions, je fournirais les éléments demandés et je laisserais la police faire son travail.

Le rapprochement entre le meurtre et mon scénario serait peut-être moins précis qu’on ne me l’avait laissé entendre.

Le commentaire pouvait n’être qu’une mauvaise plaisanterie.

L’anomalie technique pouvait n’être qu’une anomalie.

C’étaient des possibilités raisonnables.

Je m’y accrochai comme on s’accroche à une poignée dans un bus qui freine trop brusquement.

Puis je remarquai que la notification du commentaire affichait une heure différente de celle que j’avais notée quelques minutes plus tôt.

Je vérifiai une seconde fois.

La notification indiquait désormais 19 h 14.

Je n’avais pas pensé à conserver l’heure lors de sa première apparition et je ne pouvais pas savoir si l’affichage avait été actualisé, si mon téléphone avait synchronisé les données en retard ou si j’avais simplement mal regardé.

Ce n’était pas une preuve.

Pas même un indice solide.

Seulement une petite incohérence supplémentaire.

Je la notai dans mon carnet.

Puis j’éteignis l’écran.

Dans le reflet noir du moniteur, mon visage paraissait plus fatigué que quelques minutes auparavant.

Je me dis que le lendemain, tout cela semblerait probablement moins inquiétant.

La police vérifierait les ressemblances, découvrirait peut-être qu’elles étaient superficielles et je pourrais retourner à mes bugs, à mes scénarios et aux gens qui considéraient une note de deux étoiles comme une atteinte à leur dignité.

Je me dis que c’était possible.

Je me dis que je n’avais aucune raison de penser le contraire.

Mais, pour la première fois depuis la création de Murder Match, je regrettai d’avoir donné un nom aussi mémorable à mon application.

Parce qu’un nom mémorable attire l’attention.

Et que, parfois, la mauvaise personne finit par vous trouver.

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