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C’est toujours de ma faute

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Summary

C’est toujours de ma faute Et si, à force de faire croire aux autres qu’on va bien, on finissait par oublier comment exprimer sa propre douleur ? Derrière les silences, les regrets et les sourires se cachent des blessures que personne ne remarque. Entre amour, souffrance et culpabilité, une âme tente de comprendre son passé, ses choix et cette impression persistante d’être toujours celle qui fait du mal, même lorsqu’elle essaie simplement de ne pas souffrir. Parfois, le plus grand combat n’est pas contre les autres, mais contre soi-même. Une histoire de blessures invisibles, de regrets et d’espoir, pour tous ceux qui ont déjà eu l’impression de ne jamais être compris.

Status
1d ago
Chapters
2
Rating
n/a
Age Rating
13+

Chapter 1– Le poid du silence

C’est toujours de ma fauteChapitre 1 — Le poids du silence

Il y a des douleurs qui ne font aucun bruit.

Elles ne brisent pas les assiettes, ne claquent pas les portes et ne laissent aucune trace visible sur la peau. Elles s’installent doucement, presque poliment, dans un coin de l’âme. On apprend à vivre avec elles comme on apprend à vivre avec un meuble encombrant dans une petite pièce : on finit par contourner leur présence, jusqu’au jour où l’on ne se souvient même plus de ce que signifie vivre sans elles.

Elle connaissait bien ce genre de douleur.

De l’extérieur, rien ne semblait véritablement la distinguer des autres. Elle avançait, accomplissait ce qu’elle avait à faire, répondait lorsqu’on lui parlait et souriait lorsque la situation l’exigeait. Elle avait appris les gestes nécessaires pour donner l’impression que tout allait bien.

Mais il y avait des moments où elle se retrouvait seule, et où ce personnage qu’elle avait construit avec tant d’efforts n’avait plus aucune raison d’exister.

Alors, elle se taisait.

Pas parce qu’elle n’avait rien à dire. Au contraire. Il y avait tant de choses en elle qu’elle ne savait jamais par laquelle commencer. Des souvenirs qu’elle aurait voulu comprendre, des blessures qu’elle n’arrivait pas à nommer, des questions auxquelles personne ne semblait avoir de réponse.

Et, au milieu de tout cela, cette petite voix.

Celle qui revenait toujours au même endroit.

Et si c’était toi, le problème ?

Elle aurait aimé pouvoir lui répondre avec assurance. Lui rappeler qu’elle aussi avait été blessée, qu’elle aussi avait essayé, qu’elle n’avait pas toujours su quoi faire, mais qu’elle n’avait jamais eu l’intention de faire du mal.

Pourtant, chaque fois qu’elle tentait de se défendre dans sa propre tête, elle finissait par trouver une raison de se condamner.

Peut-être avait-elle mal parlé.

Peut-être aurait-elle dû se taire.

Peut-être avait-elle attendu trop longtemps, demandé trop peu, ou espéré quelque chose qu’elle n’aurait jamais dû espérer.

Elle reprenait les conversations dans tous les sens, examinait chaque phrase, chaque silence, chaque geste. Là où les autres voyaient peut-être un simple désaccord, elle cherchait la faute qu’elle aurait commise. Elle revenait sur ses mots comme on revient sur une scène de crime, convaincue qu’en observant suffisamment longtemps les détails, elle finirait par découvrir ce qui avait tout gâché.

Et lorsqu’elle ne trouvait rien, elle imaginait ce qu’elle aurait pu faire autrement.

C’était épuisant.

Mais le plus étrange, c’est qu’elle ne savait même plus quand cette habitude avait commencé. À quel moment avait-elle appris qu’avant de demander pourquoi quelqu’un l’avait blessée, elle devait d’abord chercher ce qu’elle avait fait pour le mériter ?

À quel moment s’était-elle mise à croire que comprendre les autres était plus important que se comprendre elle-même ?

Elle aurait voulu avoir des réponses.

Elle aurait surtout voulu pouvoir se regarder sans chercher immédiatement ce qui n’allait pas chez elle.

Parce qu’au fond, elle ne se détestait pas entièrement. Il lui arrivait même, dans de rares instants, de ressentir de la tendresse pour la personne qu’elle était. Elle savait qu’elle avait des défauts, qu’elle pouvait se tromper, qu’elle n’avait pas toujours les bons mots au bon moment.

Mais elle commençait à comprendre qu’il y avait une différence entre reconnaître ses erreurs et faire de soi-même une erreur.

Cette différence, pourtant, lui échappait encore.

Elle avait tellement peur d’être injuste envers les autres qu’elle était devenue injuste envers elle-même.

Elle accordait aux gens des explications qu’elle ne s’accordait jamais. Elle pouvait comprendre la fatigue, les mauvaises journées, les paroles prononcées sous le coup de la colère. Elle savait trouver des circonstances atténuantes aux gestes des autres.

Pour elle, en revanche, la sentence tombait rapidement.

Elle aurait dû savoir.

Elle aurait dû comprendre.

Elle aurait dû faire mieux.

Comme si elle avait toujours possédé toutes les réponses. Comme si elle n’avait jamais eu le droit d’être perdue, de se tromper ou d’avoir besoin qu’on lui explique les choses avec patience.

Et c’était peut-être cela qui lui faisait le plus mal : cette impression de devoir mériter jusqu’à la douceur.

Elle ne demandait pas grand-chose, du moins le croyait-elle. Parfois, elle aurait simplement voulu pouvoir dire qu’une parole l’avait blessée sans devoir ensuite rassurer la personne qui l’avait prononcée. Elle aurait voulu exprimer un désaccord sans craindre de perdre quelqu’un. Elle aurait voulu être comprise sans devoir préparer un dossier de preuves pour démontrer que sa douleur était légitime.

Mais elle avait peur.

Peur d’être mal comprise. Peur de paraître ingrate. Peur de blesser ceux qu’elle aimait en essayant de leur expliquer qu’ils l’avaient blessée eux aussi.

Alors, souvent, elle renonçait.

Elle gardait les mots pour elle et prétendait que ce n’était pas si grave. Elle minimisait ce qu’elle ressentait jusqu’à ce que les autres puissent continuer leur journée sans avoir à s’inquiéter pour elle.

Puis, lorsqu’elle se retrouvait seule, elle se demandait pourquoi personne ne remarquait qu’elle n’allait pas bien.

Elle ne voyait pas toujours le piège dans lequel elle s’enfermait. Elle cachait sa douleur pour ne déranger personne, puis souffrait de devoir la porter seule. Elle voulait être comprise, mais taisait ce qui aurait permis aux autres de mieux la comprendre.

Et lorsqu’elle finissait par parler, les mots sortaient parfois de travers. Ils étaient trop nombreux, trop hésitants, ou arrivaient après un silence si long que personne ne savait plus comment les accueillir.

Alors elle regrettait encore.

Même sa manière de souffrir lui semblait parfois être une faute.

Ce soir-là, pourtant, une question traversa son esprit avec une insistance inhabituelle.

Et si elle avait passé tant de temps à chercher ce qui n’allait pas chez elle qu’elle avait oublié de se demander ce qui lui était arrivé ?

Elle resta immobile avec cette pensée.

Elle ne signifiait pas que les autres avaient toujours tort. Elle ne signifiait pas qu’elle était irréprochable, ni que chacune de ses décisions était juste. Elle savait qu’elle avait sa part de responsabilité dans certaines histoires.

Mais depuis quand sa part de responsabilité était-elle devenue la totalité de la faute ?

Elle n’avait pas de réponse.

Seulement cette question, fragile et inconfortable, qui venait de faire une petite place dans le silence.

Pour la première fois depuis longtemps, elle essaya de ne pas se condamner immédiatement.

Elle essaya simplement de se regarder.

Pas comme une coupable cherchant à obtenir une réduction de peine. Pas comme une personne obligée de justifier son existence. Juste comme un être humain qui avait peut-être commis des erreurs, mais qui avait aussi traversé des choses qu’il n’avait jamais vraiment pris le temps de comprendre.

C’était peu.

Cela ne réparait rien. Cela n’effaçait aucun souvenir et ne lui donnait pas soudainement le courage de tout raconter.

Mais c’était un début.

Car il arrive qu’une personne ne sache plus comment demander de l’aide, non parce qu’elle n’en a pas besoin, mais parce qu’elle a fini par croire que sa douleur est une conséquence naturelle de ses propres défauts.

Elle en était arrivée là sans même s’en apercevoir.

Et peut-être que le plus difficile ne serait pas d’apprendre à pardonner aux autres.

Peut-être que le plus difficile serait d’accepter qu’elle aussi avait droit à une compréhension, à une patience et à une douceur qu’elle distribuait si facilement autour d’elle.

Elle baissa les yeux.

La petite voix était toujours là.

Et si c’était toi, le problème ?

Cette fois, elle ne chercha pas à répondre.

Elle se permit seulement de penser qu’il existait peut-être une autre question.

Et si, pour une fois, tu essayais de comprendre avant de te condamner ?

Elle ne savait pas encore où cette question la conduirait.

Elle ignorait combien de temps il lui faudrait pour apprendre à faire la différence entre ses erreurs et sa valeur, entre la culpabilité et la responsabilité, entre aimer les autres et s’abandonner pour les garder.

Elle ne savait même pas si elle réussirait un jour.

Mais ce soir-là, dans le silence où elle avait si souvent perdu contre elle-même, quelque chose avait changé.

Pas le monde.

Pas son passé.

Seulement la manière dont elle commençait, timidement, à envisager sa propre histoire.

Et c’était peut-être là que tout devait commencer.

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