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Barbie in the Wild

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Summary

Leçon n° 1 de Stacy Wharton : ne jamais sortir sans mascara waterproof, surtout quand la météo annonce un blizzard. Stacy Wharton, riche héritière solaire et candide, n’avait qu’un seul but : intégrer la prestigieuse école de mode de Los Angeles. Une bévue administrative anéantit pourtant ses plans à la dernière minute, ne lui laissant qu’une unique issue de secours au fin fond du Wyoming. Loin de baisser les bras, Stacy débarque avec son optimisme légendaire et ses tenues pastel, persuadée de s’y faire rapidement des amis. Sur place, la réalité est nettement plus rugueuse : les étudiants voient débarquer cette fille de la haute d’un très mauvais œil. À commencer par Trace. Futur vétérinaire agricole et cow-boy taciturne, il ne voit en elle qu’un parasite superficiel bon à rien. Derrière son pull en cachemire rose et son sac Chanel, Stacy a pourtant du cran à revendre. Et sous la couche de préjugés, le rustre du coin risque fort d’être pris à son propre piège.

Genre
Humor,Romance
Author
Danae
Status
15 mins ago
Chapters
3
Rating
n/a
Age Rating
18+

Le Rose ne va pas à la Boue

— Comment ça, je ne suis pas acceptée ?

Stacy bloqua son geste, son pinceau à blush suspendu à quelques millimètres de sa pommette. À travers les baies vitrées coulissantes de sa chambre – une pièce baignée de lumière avec une vue imprenable sur l’océan Pacifique –, la brise tropicale de Maui faisait doucement voler ses rideaux en lin blanc. Au bout du fil, cependant, le ton se faisait plus sérieux alors que le responsable des admissions de l’Académie de Mode de Los Angeles poussait un soupir embarrassé.

— Miss Wharton... Je suis sincèrement navré. Il y a eu un problème interne sur notre plateforme de gestion. Votre dossier d’inscription a été égaré lors du changement de serveur le mois dernier, et l’algorithme a validé un autre étudiant à votre place ce matin. La promotion de première année est officiellement complète.

La couleur quitta le visage hâlé de Stacy. Ses lèvres peintes d’un rose délicat se pincèrent, et un petit nœud de panique se serra brusquement dans sa poitrine.

— Mais... c’est impossible ! murmura-t-elle, la voix légèrement tremblante. Mes bagages sont presque prêts, mes cours étaient choisis ! Je suis censée arriver la semaine prochaine. Vous ne pouvez pas juste... m’effacer du système !

— Écoutez, Miss Wharton, nous sommes parfaitement conscients que l’erreur vient de nos services, reprit l’homme, d’un ton sincèrement désolé. Je vous promets que nous vous garantissons une place réservée en deuxième année dès l’automne prochain, à condition, toutefois, que vous validiez une première année dans un domaine équivalent, comme stipulé par notre règlement.

Stacy ferma les yeux un instant, retenant les petites larmes de déception qui menaçaient de gâcher son maquillage. Elle les retint. Elle avait passé plus d’une heure à s’offrir ce visage parfait, elle n’allait certainement pas le gâcher, même lorsque son université manquait de briser ses rêves.

— D’accord. Je... je comprends. Merci quand même.

Lorsqu’elle raccrocha, le silence de sa grande chambre lui pesa lourdement. Stacy posa doucement son téléphone sur la coiffeuse, la gorge nouée.

— Respire, Stacy. Respire... murmura-t-elle en se redressant face au miroir.

Une seule chose possédait le pouvoir de la calmer. Elle attrapa le dernier numéro de Vogue posé sur sa table de nuit, faisant défiler les pages pour ne pas céder à la panique.

— Chanel. Dior. Vuitton, énuméra-t-elle à voix basse pour se donner du courage.

Finalement, elle laissa tomber le magazine sur son lit à baldaquin, l’air passablement découragé. Ses yeux se posèrent alors sur la couverture.

— Mais oui, bien sûr ! Que ferait Victoria Van Der Bilt dans cette situation ? se demanda-t-elle à voix haute, la main sur le cœur. Elle ne pleurerait pas dans son dressing. Non ! Les filles qui lisent Vogue ne se laissent pas abattre ! Elle ravalerait sa peine, elle trouverait un plan d’attaque et elle transformerait cet obstacle en opportunité.

Un petit élan de détermination raviva son doux regard bleu. Elle n’était pas du genre à baisser les bras. Son enthousiasme revenu, elle posa un léger baiser sur la couverture.

— Merci Victoria, soupira-t-elle, ravie.

Même dans les moments les plus sombres, la célèbre rédactrice en chef de Vogue arrivait à l’éclairer de sa lumière. Cinq minutes plus tard, une nouvelle résolution animait ses traits.

— Mister Earl Grey, c’est le moment de réveiller l’artillerie lourde, annonça-t-elle, les traits empreints d’une gravité peu habituelle.

L’intéressé se contenta d’émettre un petit aboiement adorable.

Prise par la gravité de l’instant, Stacy lança un message SOS à ses trois meilleures amies et, moins de vingt minutes plus tard, Ashley, Fallon et Daisy débarquaient dans sa villa.

— Stacy, c’est horrible, se désola Ashley, en sortant de sa porche, l’air affolé.

— L’heure est grave les filles, les salua-t-elle avec sérieux.

— Cela me rappelle la fois où la collection capsule Balmain s’est épuisée en trois minutes... Tu as dû porter la collection de la saison précédente pendant une semaine entière, lui rappela Daisy, complètement dévasté.

Stacy afficha un air douloureux à ce souvenir.

— Ne vous inquiétez pas, cette fois, je compte bien ne pas laisser un tel drame se reproduire.

Les trois copines l’observèrent avec de grands yeux curieux, l’air aussi résolu qu’elle.

— Qu’est-ce que tu as en tête ? demanda Fallon, intéressée.

— Sortez les bikinis les filles, après-midi piscine !

L’après-midi se déroula donc au bord de la grande piscine à débordement du manoir Wharton. Installées sur des transats en teck sous les parasols frangés, lunettes de soleil sur le nez et verres de jus de fruits frais à la main, les filles avaient sorti l’artillerie lourde. Trois iPads, deux ordinateurs portables et une pile de prospectus universitaires s’étalaient sur la table basse entre les bols de fraises.

— C’est une injustice totale ! pesta malgré tout Fallon en croisant ses bras parfaits avec un regard noir. Ton père devrait immédiatement attaquer l’école en justice !

— Oh non, pas de procès, répondit Stacy en secouant doucement la tête avec un doux sourire. Ils ont eu un bug informatique, ce sont des choses qui arrivent. Il faut juste qu’on trouve une filière équivalente disponible en admission tardive. Une année, ça passe très vite !

— D’accord, alors épluchons tout ce qui reste de vacant, déclara Daisy en faisant défiler la plateforme nationale d’admission, le visage concentré.

— Il nous faut un truc chic, ajouta Ashley en réajustant son chapeau de paille. Hors de question de te laisser aller dans un endroit sans goût.

Pendant plus de deux heures, sous le soleil cuisant d’Hawaï, elles filtrèrent les universités encore ouvertes à des inscriptions tardives dans les cursus créatifs et textiles. Mister Earl Grey les observait avec toute son empathie de pomeranian, calé dans son petit transat. Malheureusement, la plupart des grandes universités affichaient des cursus déjà complets. Les quatre amies semblaient prêtes à s’écrouler de désespoir lorsque Stacy aperçut une dernière ligne.

— Attendez... Regardez celle-ci !

Ashley, Fallon et Daisy se penchèrent ensemble sur son iPad rose gold.

— Université du Wyoming ? grimaça Ashley. Du Wyoming, Stacy ?

— C’est où le Wyoming déjà ? demanda Fallon.

— C’est pas là où se trouve la Maison Blanche ? hasarda Daisy.

— C’est Washington ça, ma chérie, répondit patiemment Ashley. Stac’, tu ne peux pas aller là-bas, aucune marque de grande couture ne sort du Wyoming.

— Oui, mais regarde le nom du programme ! s’enthousiasma Stacy. Management & Exploitation des Matières Précieuses !

Un grand sourire radieux éclaira son visage.

— Des matières précieuses, les filles ! Vous vous rendez compte ? La soie, le cachemire, le travail des étoffes nobles, la haute couture écoresponsable... C’est tellement poétique ! C’est exactement ce qu’il me faut pour valider mes crédits textiles !

Ashley s’enfonça dans son transat, un brin dubitative :

— Tu es sûre de toi ? Le Wyoming, c’est très... au nord. Rien à voir avec Hawaï. Tu vas devoir porter des... parkas.

— Quelle horreur ! s’indigna Daisy, choquée.

— J’ai vu quelques modèles très stylés chez Balenciaga, réfléchit Fallon, un doigt tapotant son menton.

— Ça va être une vraie aventure ! éxulta Stacy en tapant des mains, les yeux à nouveau pétillants de vie. La nature, une nouvelle culture, de nouvelles personnes à rencontrer...

Totalement sourde aux mises en garde et au scepticisme de sa bande, Stacy se pencha pour attraper Mister Earl Grey. Elle le hissa contre sa poitrine, enfouissant son visage dans sa fourrure crème parfaitement brossée.

— Pas vrai, Mister Earl Grey ? Qu’est-ce que tu en penses, mon trésor ? On va adorer cette année créative, n’est-ce pas ?

Le petit Pomeranian laissa échapper un aboiement aigu et enthousiaste, remuant sa queue en plumeau avec une dignité royale. Stacy se tourna vers ses amies, les yeux étincelants, chassant les derniers vestiges de sa déception initiale.

— Allez les filles, nous avons beaucoup de choses à préparer avant mon départ !

— Une nouvelle garde-robe ? demanda Daisy, les yeux arrondis, tentant de dissimuler son excitation à l’idée de faire les boutiques.

— Pour Mister Earl Grey aussi, approuva Stacy en lui caressant les oreilles. Il lui faut des petits manteaux assortis aux miens. Et des chaussettes pour le froid.

— Ensuite, il va falloir étudier le meilleur emplacement où tu pourrais dormir, renchérit Fallon, surexcitée, en attrapant déjà son iPad. On va te dénicher la maison de campus la plus élégante.

— Et prévenir tes parents, peut-être ? rappela Ashley en esquissant un sourire amusé.

Stacy poussa un soupir ravi, le cœur débordant d’affection pour ses meilleures amies de toujours.

— Que ferais-je sans vous, les filles ?

**

Quelques jours plus tard, le grand départ arriva. Après des larmes abondamment échangées avec Ashley, Fallon et Daisy sur le tarmac, et une longue série de câlins chaleureux avec ses parents — son père lui répétant de l’appeler au moindre problème et sa mère lui rappelant de rester toujours polie —, Stacy embarqua dans le jet privé familial.

Installée dans les fauteuils en cuir crème aux côtés de Jocelyn, son assistante personnelle, elle peinait à masquer son excitation. Certes, ce n’était pas Los Angeles ni la filière mode dont elle rêvait depuis toujours, mais elle était sûre que cela lui apporterait une base solide pour la suite. Et puis, elle ne venait pas en touriste. Elle avait étudié le climat, sélectionné des tenues de saison d’une élégance irréprochable et veillé à faire empaqueter suffisamment de petits cadeaux raffinés — des boîtes de chocolats d’artisan hawaïen et des bougies parfumées à la fleur de tiaré — pour offrir à ses futurs camarades de classe. Il lui tardait tellement de découvrir cette nouvelle vie ! Elle avait hâte de découvrir les traditions universitaires, de visiter les sororités du campus, de décorer sa chambre d’étudiante et de partager un peu d’esprit Aloha avec tout le monde.

Une fois arrivée, le vent glacial du Wyoming manqua de lui couper le souffle et d’emporter ses lunettes de soleil. Stacy resserra rapidement le col de sa parka en souriant : de toute évidence, sa garde-robe d’hiver allait être testée plus tôt que prévu ! Le chauffeur du taxi privé que Jocelyn avait réservé les attendait et elles prirent la route vers l’université du Wyoming. Le trajet entre l’aéroport et le campus offrit à Stacy un spectacle pour le moins saisissant. Collée contre la vitre teintée de la berline, Mister Earl Grey blotti contre son buste, elle regardait le paysage défiler, un peu déconcertée par cette immensité brute.

Ici, pas de palmiers balayés par la brise marine, ni d’océan turquoise à l’horizon. Le paysage du Wyoming s’étendait à perte de vue sous un ciel immense, d’un bleu d’acier presque intimidant. C’était une terre âpre et majestueuse, où de grandes plaines d’herbes sèches couleur paille se languissaient au pied des montagnes de la chaîne de Snowy Range, dont les sommets acérés brillaient d’une neige étincelante. Par endroits, le sol ocre était strié de plaques de neige fondue et de boue sombre. De temps à autre, Stacy apercevait au loin de longues clôtures en bois brut qui semblaient ne jamais finir, délimitant d’immenses ranchs où quelques silhouettes bovines broutaient stoïquement dans le froid.

C’était vaste, sauvage, d’une beauté austère et dramatiquement vide. Tout l’inverse de la douceur tropicale et parfumée de son île natale.

— C’est... très épuré, n’est-ce pas, Mister Earl Grey ? murmura Stacy en caressant la petite tête de son Pomeranian, s’efforçant de trouver le côté poétique de cette nature sans artifice.

Puis, la voiture bifurqua enfin, et les premières structures du campus commencèrent à se dessiner au loin. Stacy se colla à la vitre, Mister Earl Grey calé sur ses genoux. Elle s’attendait à des bâtiments modernes aux lignes épurées, des verrières lumineuses, peut-être quelques sculptures d’art contemporain et des étudiants arborant le dernier style à la mode.

Au lieu de ça, le décalage entre le rêve et la réalité fut monumentale.

L’architecture était massive, faite de briques sombres, de pierre brute et de denses poutres en bois qui semblaient avoir affronté un siècle de blizzards. Partout autour d’elles, les étudiants marchaient d’un pas lourd, enfoncés dans d’épaisses vestes en toile matelassée, des jeans de travail râpés et de grosses bottes en cuir crottées de boue. Pas un seul sac de créateur à l’horizon, ni une paire de talons. Était-ce une nouvelle tendance utility-wear d’avant-garde qu’elle avait manquée dans les derniers magazines ? L’air qui s’infiltra par la vitre entrebâillée dévoilait un mélange piquant de pin, de terre humide, de feu de bois... et une note très distincte de ferme.

— Miss Stacy... murmura Jocelyn à côté d’elle, les yeux écarquillés derrière ses lunettes, l’air aussi déboussolé que si elles venaient d’atterrir sur Mars. Vous... vous êtes sûre que c’est bien ici ?

Stacy ravala la petite vague de stupeur qui venait de lui traverser la gorge, réajusta son col de parka haute couture et esquissa son plus beau sourire, refusant catégoriquement de se laisser démonter.

— Mais oui, Jocelyn ! C’est... authentique ! Un retour aux sources très... rustique-chic !

Le chauffeur coupa le moteur devant l’imposant bâtiment en tôle et briques rouges. Stacy attrapa Mister Earl Grey contre son cœur, le serrant doucement dans ses bras.

— Allons faire une première impression mémorable, mon trésor, chuchota-t-elle à l’oreille du petit Pomeranian.

Elle ajusta sa tenue avec un soin méticuleux avant de pousser la portière. Stacy incarnait la perfection du glamour hivernal : une parka haute couture rose poudré sur mesure, cintrée à la taille par une ceinture dorée et surmontée d’un col XXL en fausse fourrure d’une douceur absolue. En dessous, elle portait un ensemble en maille de cachemire crème d’une élégance folle, mais ce qui dénotait le plus dans ce décor de terre et de graviers, c’étaient ses bottines à talons aiguilles en cuir verni rose pastel. Rien, absolument rien dans son apparence ne suggérait qu’elle s’apprêtait à poser le pied dans un hangar agricole.

Ses talons claquèrent avec une assurance triomphante sur le marchepied de la voiture. Elle prit une grande inspiration, prête à éblouir le Wyoming.

Stacy posa le pied au sol.

Il n’y eut pas de “clac” élégant. Seulement un long schlouck peu ragoutant.

Elle baissa les yeux. Son talon aiguille verni venait de s’enfoncer de dix centimètres dans une flaque de boue épaisse et malodorante.

— Non mais regardez-moi ça, c’est un gâteau à la fraise ou une étudiante ?

Stacy releva brusquement la tête. À quelques mètres de là, une fille en veste de travail râpée l’observait avec un rictus moqueur, flanquée de deux étudiantes qui ricanaient franchement. Stacy ravala son indignation et resserra sa prise sur Mister Earl Grey. Une désagréable impression commençait soudain à s’immiscer en elle.

Finalement, ce n’était peut-être pas la nouvelle tendance utility-wear d’avant-garde qu’elle aurait pu manquer dans les derniers magazines...



Leçon n°1 : Un talon verni à dix centimètres sous terre reste un talon verni. La grâce est une question d’attitude, pas de météo.

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