Chapitre 1
Alaska marche lentement vers son endroit habituel, celui qui lui permet de respirer un peu, de penser en regardant le vide ou en lisant. À l’extérieur, elle porte ce sourire automatique que tout le monde connaît : un sourire qui rassure, qui dit « je vais bien », même quand ce n’est pas vrai. Elle l’a tellement porté qu’il est devenu un réflexe, un masque qu’elle enfile chaque matin comme un manteau. Il semble collé à sa peau.
Dans le couloir du collège, les autres la voient comme une fille calme, timide, posée, presque joyeuse. Elle répond, elle rit un peu, elle joue son rôle. Certains lui demandent pourquoi elle est toujours si heureuse, et d’autres répondent à sa place qu’elle est simplement contente de vivre. Personne ne remarque que ses mains tremblent parfois, ou que son regard se vide un peu trop longtemps, juste assez pour que les larmes montent. Personne ne voit la peur qui lui serre la poitrine, la tristesse qui lui pèse au cœur, l’angoisse qui lui brûle la gorge, ou encore les marques sur ses bras.
Alaska a appris à cacher tout ça. Elle a appris à survivre en silence.
Ce matin-là, pourtant, quelque chose est différent. Avant de partir, elle s’est mise à pleurer, prise d’une peur qu’elle n’arrivait plus à maîtriser. Elle a supplié son père de rester à la maison, mais il a insisté pour qu’elle y aille. Elle sent que son masque va peser plus lourd que d’habitude, comme si le sourire qu’elle porte depuis des années commençait à se fissurer. Comme si son corps n’avait plus la force de jouer la comédie.
Dans la cour, les voix et les rires lui semblent trop forts. Et quand elle entre dans la classe, tout recommence : les chaises qui grincent, les discussions, le professeur qui parle… chaque bruit lui paraît amplifié. Elle s’assoit au premier rang, comme toujours. Elle baisse les yeux, comme toujours. Elle respire doucement, comme toujours.
Mais à l’intérieur, rien n’est comme d’habitude.
Alaska sent que quelque chose approche. Pas un drame. Pas un cri. Juste une vérité qui remonte. Une vérité qu’elle ne pourra pas cacher éternellement.
Et pour la première fois, elle se demande :
Combien de temps encore ce masque va-t-il tenir ?








