Chapitre 1 : Un réveil banal dans une ville pas banale
Le jet froid et puissant d’eau sortant de la buse de douche avait de quoi être efficace pour réveiller le corps chaud et endormi de William. Il était, cinq minutes auparavant, dans son lit à ressort intelligent, endormi dans les bras de Morphée mais surtout de son Hélène.Seulement voilà, quand le central appelle à 3h du matin pour intervenir sur un code rouge, synonyme de fusillade et d’au moins un cadavre à ranger dans le réfrigérateur de la morgue, cela veut dire qu’il doit être présent sur les lieux pour nettoyer la mare de sang avec un petit balais et pleins de paperasse. Une douche froide et un café express n’étaient que les seuls éléments pouvant le faire sortir de sa somnolence. Les délicieux rêves de vacances dans les Caraïbes indépendantes allaient devoir attendre. Pas le temps de raser la barbe de trois jours, encore moins le temps de coiffer les épis de cheveux brun sombre et légèrement grisâtres sur certains coins : il faut s’équiper.
La tenue standard pour ce genre de situation enfilée, soit ses bottes d’intervention, un pantalon cargo noir de jais, un pull-over tactique bleu foncé et un gilet pare-balle avec les lettres LPD en blanc parfaitement cousus sur sa poitrine et son dos ; il enfonça dans le holster tactique de sa cuisse droite son pistolet de service calibre 45 et sur sa ceinture en cuir synthétique noir sa plaque d’inspecteur, ressemblant à un bouclier sur lequel on aurait gravé une colombe et un aigle, se battant pour une branche d’olivier. Un petit baiser était posé sur le front blanchâtre d’Hélène, encore profondément endormie, comme pouvais l’indiquer ses légers ronflements et son apparente surdité face au vacarme de celui qu’elle appelait Billy affectueusement. La journée allait être longue, et ce n’étaient pas les flocons de neige tombant délicatement sur le trottoir à LED qui allaient la rendre plus agréable.
Les détails de la situation avaient été envoyés à William par le biais de son implant cérébral, obligatoire pour tous les membres du Libertad Police Departement. C’était une prise d’otage dans un petit magasin alimentaire, dans les quartiers Sud de la ville. Ces derniers avaient l’habitude des règlements de compte entre gang et de la violence quasi permanente depuis le renvoi massif des ouvriers des usines Protgo dans leurs taudis, préférant les machines efficaces aux travailleurs faillibles.Une prise d’otage en apparence plutôt banale : cinq détraqués ont débarqué à 2h30 dans la boutique, fusils automatiques dans les mains, et ont canardé le plafond tout en acculant quatre clients et le vendeur dans l’arrière-boutique, au niveau de la zone de repos. Depuis qu’ils sont arrivés, ils s’acharnent sur le coffre-fort de la boutique, qui semble être renforcé numériquement, ainsi que sur le seul travailleur présent ce soir, afin d’obtenir les codes d’accès.La police a été prévenue par la résidente de l’appartement située au-dessus de la scène, probablement indisposée et effrayée par la salve de munitions militaires ayant traversé son planché pour se figer dans sa télévision et terminer prématurément son émission hebdomadaire.Trois unités de police ont débarqué sur les lieux, en ayant mis en place un périmètre de sécurité particulièrement efficace. Seuls les rats et les chats pouvaient arriver à traverser l’épais système anti-population.
La voiture autonome de Johnson avait encore un petit trajet de 10 minutes avant d’arriver sur le futur massacre au plomb, le temps suffisant pour vérifier les derniers préparatifs de matériel.William n’avait que le strict minimum pour ce qui est du matériel d’intervention, cadeau des coupes budgétaires de la part du conseil. Pour palier à ce manque d’argent public, il était obligé d’acheter avec ses propres deniers des éléments aussi nécessaires que des kits de gels stims ou une deuxième arme de fonction : un vieux fusil à pompe datant de la guerre des Terres Rares, assez bien entretenu pour ne pas exploser à la figure au moindre tir.
Les lumières des gyrophares illuminaient avec une certaine harmonie les bâtiments du quartier, comme si les tags et autres fentes lézardant les murs avaient été dessiné exprès pour se mélanger parfaitement avec un décor de film policier. La neige commençait sérieusement à s’accumuler dans la rue quand Johnson et son vieux bolide arrivèrent devant la zone de rétention du public. Une petite foule de curieux, d’environ une trentaine de personne, s’était amassée aux niveaux des rubans holographiques délimitant le périmètre d’intervention. L’inspecteur de police sortit de son véhicule, le gros canon dans sa main gauche, sa ceinture d’intervention dans la main droite.Si les passants et autres voyeurs n’avaient pas remarqué la venue du nouveau responsable de la scène, un jeune policier, dans sa vingtaine, se lançait rapidement à sa rencontre.
« Bonsoir Inspecteur Johnson, commença à lancer le jeune flic, qui avait tout juste l’air d’être sortie de l’académie, merci d’avoir pu venir aussi vite, la situation s’est aggravée depuis le dernier rapport envoyé et le sergent Kamazof commençait à s’impatienter.
- Merci, agent ? répondit William, avec une certaine fatigue dans la voix
- Peters, monsieur, j’ai intégré le service depuis deux jo…
- D’accord, d’accord, interrompit le vétéran, particulièrement chafouin pour l’heure. Du nouveau depuis que vous m’avez réveillé ?
- Euh… On a une victime dans la prise d’otage. Une cliente du nom de Rita Landowski, 68 ans, qui habitait l’immeuble juste en face. D’après les scans IR que l’on opère depuis tout à l’heure, elle est décédée d’une crise cardiaque causée par la situation. Elle était fragile d’après le rapport médical qu’on avait demandé pour chacun des otages.
- Et pourquoi Kamazof ronge son frein ?
- Il semblerait que le sergent veuille lancer un assaut.
- Je vois, il ne va pas aimer que je marche sur ses plates-bandes alors. Contacter le central, informez-les qu’il va falloir sûrement réveiller le légiste et rajoutez que l’inspecteur Johnson reprend l’affaire
- Oui monsieur ! »
Le temps de la discussion permit à William de s’équiper comme il faut : la ceinture d’intervention contenait le matériel de soin, quelques menottes zip, trois chargeurs de son pistolet et une dizaine de cartouche calibres 12 dignes de nourrir le puissant cracheur de feu. Il demanda en passant à côté d’un camion de siège quelques grenades flash et s’approcha, la mine renfrognée, vers le maître de ce spectacle : le sergent Théodore Kamazof.L’homme était du genre bourrin. Cela se voyait autant dans son regard, autoritaire et menaçant, que par les quelques cicatrices sur le visage ainsi que son bras robotique intégralement renforcé en duranium. Ancien militaire, tout comme ses descendants et descendantes, il n’avait connu que la violence et les champs de bataille durant sa vie. Les rues malfamées n’en sont juste que des nouveaux. Il avait l’air particulièrement énervé de voir Johnson débarqué : il savait qu’il allait devoir lâcher les brides et filer le chariot à un connard de gratte-papier.
« Bonjour sergent, j’espère que je ne vous dérange pas ? lança l’inspecteur de police, légèrement enjoué à l’idée de faire chier le sergent bourru.
- Putain, Johnson, barrez-vous de mon périmètre, vous n’avez pas le…
- Alors, si, j’ai le droit de vous remplacer. Mais je ne le ferais pas, en tout cas, pas totalement. Vous allez lancer l’assaut, après mon passage.
- Attendez, vous allez faire quoi ?
- Créer un passage. Vous avez 5 minutes pour vous préparer, au pas de course sergent ! »
Ni une, ni deux, Johnson se dirigea vers la ruelle contournant le magasin. Une équipe d’intervention trônait ici pour sécuriser l’éventuelle fuite des psychopathes. Seuls 3 points d’accès et de sorties étaient envisageables dans cette boutique : la porte d’entrée située vers la rue, où une légion de policiers et de tireurs d’élite avaient déjà braqués leurs canons argentés dans cette direction ; la porte de l’arrière-boutique, où l’équipe d’intervention susnommée se préparait en cas de sortie précipitée des preneurs d’otages ; et un ensemble de fenêtres au niveau du sol, servant principalement à illuminer la réserve souterraine de la boutique. C’est par cette cave que l’inspecteur débrouillard allait s’infiltrer. Empruntant un coupe-verre à ventouse au spécialiste de la cohorte le précédent ; il ouvrit, avec un certain talent, un espace assez grand pour qu’il puisse passer, lui et son barda.
La réserve était particulièrement sombre et légèrement humide. Il était clair qu’une petite visite des inspecteurs de l’hygiène était nécessaire, au vu des nombreuses toiles d’araignée, crottes de rats et taches de moisissures recouvrant les cartons de marchandises. Il s’agissait d’une cave avec de nombreuses étagères remplies de marchandises et de produits conséquents. Certains trésors contenus dans ce débarras ne devaient même pas être présents, du fait soit de restrictions d’importations, soit d’un arrêt de production plusieurs années auparavant. Un escalier en bois synthétique suivit d’une porte d’entrée imperméable en métal permettaient de revenir dans la boutique. Une odeur pestilentielle arriva même aux narines de Johnson : un tas de poissons en état de décomposition dans un congélateur éteint à côté de l’escalier embauma la pièce d’un subtil parfum proche de l’enfer iodé. Il ne fallait pas vomir, sous peine de contaminer une future scène d’inspection, mais le policier sentait les tripes de son estomac jouer les montagnes russes. Heureusement qu’il n’eut l’idée que de boire seulement un café.
Un bruit sourd, provenant de la porte de sortie, se fit entendre. Il ne fallut à Johnson que quelques secondes pour rejoindre un abri, sous forme d’une étagère légèrement renversée où victuailles et produits de ménage trônaient dans un équilibre fragile. Deux coups puissants dans la porte l’ouvrirent violemment, la propulsant à l’autre bout de la pièce, indiquant qu’un des cinq forcenés était cybérisé aux jambes. Ce dernier descendit les marches grinçantes en portant une masse lourde sur les épaules. Le flic caché activa ses lentilles de vision nocturne pour identifier la scène avec plus de détails. Le poids mort l’était réellement car c’était Mme Landowski, la vielle femme abattu par une crise cardiaque.
« Peters aurait pu ajouter qu’elle avait été tabassée, vu sa figure. Bande de connards ! » pesta intérieurement Johnson. Il était en effet clair, au vu du visage tuméfié et de la mâchoire disloquée de la vieille femme, que les brutes n’y sont pas allées de main morte avec elle. La victime a dû probablement quémander de l’aide pour son cœur, qu’ils ont compris pour de la défiance ou du jugement.
« Pfiou ! lança le preneur d’otage, larguant le cadavre comme un sac de patate au centre de la pièce. Ça va moins schlinguer là-haut maintenant. »
C’était un mercenaire, au vu de son équipement étonnement complexe. Treillis militaire, gilet pare-balle renforcé, implants techs de qualité militaire d’ancienne génération et tout le matériel pour prendre d’assaut un petit pays : il semblait faire tache dans l’opération qui se jouait actuellement.
L’homme de loi présent dans la pièce y vit une opportunité en or, le merc étant dos à lui. Préparant une paire de menottes Zip, il s’approcha rapidement et sûrement du tueur. A une distance d’environ un mètre du futur incarcéré, il se jeta dessus.
Son premier objectif était de neutraliser sa voix, pour empêcher qu’il appelle à l’aide et pousse au meurtre du reste des otages. Il décocha ainsi une belle droite en direction de la glotte. La rentrée en contact du poing avec le cou produisit un son similaire à du fenouil cassé en deux. Le tueur, surpris et à terre, ne put lancer de cris, s’étouffant par cette attaque soudaine. Le policier continua son travail de sape en collant un coup de genou dans les valseuses du patient de cette horrible opération. Enfin, le chirurgien de la douleur se permit de casser le bras droit en lui faisant emprunter un angle anormal, que ce soit avec ou sans membres cybernétiques. Une dernière droite de Johnson dans la tempe envoya le blessé dans les pommes. Il est clair qu’il n’était pas ou très peu camé, la douleur l’ayant fait rejoindre les cieux temporairement.
« Un merc au tapis, plus que quatre et ce sera dodo pour moi, se répéta plusieurs fois William. Il faut maintenant espérer que Kamazof puisse préparer efficacement l’assaut. »
L’infiltré croisa la dépouille de Landowski lorsqu’il se dirigea vers la sortie de la cave pestilentielle. Roué de coups et la gueule en sang, le corps trônait au milieu de l’espace dans une position hautement inhumaine. Elle n’était pas la première personne morte que Johnson croisait, que ce soit dans sa carrière policière ou lors de son service militaire. Il était même assez courant que la morgue soit remplie en fin de semaine. Cette vieille était clairement l’un des symptômes de l’abandon de la populace dans l’engrenage de la compétition entre individus. Mais trêve de bavardages, il faut se mettre en action.
La boutique, d’après les plans que William reçut lors de son briefing, était construite avec un couloir permettant de relier chaque pièce importante pour le bon fonctionnement de l’honnête commerce. Les derniers scans IR avaient révélé la localisation des preneurs d’otages. Le coffre-fort tant convoité par les Mercs se trouvait dans le bureau du propriétaire du magasin à l’opposé de la sortie de la réserve souterraine, avec un malfrat cherchant à tout prix à le percer. Les otages, au nombre actuel de quatre, se retrouvaient retranchés par deux gardiens dans la salle de repos, annexe au fameux bureau aux milles trésors. Enfin, le dernier criminel se trouvait dans le magasin, vacant entre les différentes gondoles de produits et se cachant efficacement des tireurs d’élites.
Il était primordial pour William de sécuriser dans un premier temps les otages, afin de ne pas avoir à remplir plus de paperasse que prévu. Montant délicatement les marches grinçantes, il entrouva la porte, le canon du fusil en avant. Le couloir était digne d’un décor apocalyptique. Les impacts de balles dans les murs apportaient une certaine texture à un tableau fait de traces de sang, de verre brisé ou de lumières défaillantes. Ce spectacle s’accompagnait d’un show sonore mélodramatique, où hurlement de peurs et vociférations brutales se conjuguaient pour former une œuvre qu’un compositeur néo-baroque des années 20 n’aurait pas refuser de créer dans sa folie droguée.
Johnson se déplaça lentement en position basse à la gauche de la sortie de la réserve. Il devait avant tout se faire discret et tout en se dépêchant d’intervenir. Les mercenaires ne vont pas mettre longtemps avant de se rendre compte qu’un des leurs n’est pas en train de taper la causette avec le cadavre de Landowski. Il passa près de la porte défoncée du bureau patronal, où un soldat s’affairait avec énervement à craquer le code numérique et biométrique du coffre-fort. La raison de cet entêtement est inconnue pour William sans pour autant être dénué de questionnements. En effet, pourquoi se compliquer la tâche d’ouvrir délicatement le butin d’un petit magasin alors qu’une grenade bien placée à la porte aurait fait un travail tout aussi réussi. Surtout que les puces de libdee sont justement suffisamment solides pour pouvoir résister à une explosion nucléaire, selon la banque intercorporatiste de Libertad. Toutes ces réflexions passèrent aussi rapidement dans l’esprit de William que son ombre devant l’entrée de la pièce. Cependant, cet énergumène n’était pas la priorité du flic : Il devait se focaliser sur la libération des otages. Arrivant au niveau de la porte entrebâillée de la salle de repos, les sanglots des otages n’arrivaient pas à camoufler le bavardage des deux brutes armées.
« Je pense encore que c’est une connerie monstrueuse cette opé…
- Tu me les brises, tu répètes ça depuis qu’on est arrivé.
- Ben j’ai pas changé d’avis, c’est une idée de merde. On vient braquer un putain de commerçant pour quelques libdees alors qu’on aurait pu faire une opé voyou avec tout le matos que l’on a.
- Steve, t’as gueule…
- Je vois pas pourquoi on est là.
- T’as gueule, putain »
L’infiltrateur observa rapidement la pièce par le petit espace disponible. Les quatres otages étaient cachés derrière deux tables en plastique retournées. On pouvait voir que les geôliers n’ont pas été tendre qu’avec la grand-mère mais aussi avec chacun des civils assis. Oeuils au beurre-noir, nez cassés, brûlures de cigarettes sur les joues : ils ont été torturé pour ouvrir le coffre et peut-être aussi pour le plaisir. Les deux preneurs d’otages étaient planqués derrière les murs proche de la fenêtre qui été barricadée par un réfrigérateur du siècle dernier. Il est en tout cas difficile de dire si l’état délabré de la pièce était antérieur ou postérieur à l’arrivée des hommes armés. Encore une fois, il est clair que les conditions de travail dans ce magasin laissaient à désirer : la lutte contre le confort au nom de la sacro-sainte économie d’argent se faisait aussi à l’échelle la plus petite du commerce.
« Pourquoi tu veux rien me dire, merde ?
- On est là pour le butin que cet abruti de Vincent est en train d’ouvrir
- Mais il y a quoi dans ce putain de coffre ?
- Dis… ça fait longtemps qu’Andrew est parti jeter le tas de viande, c’est pas normal…
- Maintenant que tu le dis…
À ces mots-là, William su qu’il n’avait que quelques secondes pour planifier et s’activer : les feux de l’enfer vont s’allumer dans la boutique. Le flic avait déjà envisagé plusieurs possibilités pour se mettre en action mais une seule permettait de libérer les otages, indiquer à Kamazof que l’assaut commence et neutraliser la moitié des salopards. Avec sa main gauche, il attrapa une grenade flash et l’activa. Cette dernière se déclenche au premier rebond sur une parois solide, d’après le fabricant Ultratech. 89% de réussite aux tests techniques, c’était les scores les plus faibles du marché mais au moins, elles n’étaient pas chères. En tout cas, c’était ce que se disait Johnson en préparant son lancer, priant toutes les croyances qu’elle va fonctionner.
Une légère poussette sur la porte permit d’augmenter discrètement l’amplitude de l’entrebaillement, assez pour lancer la flash au pied du merc de gauche. Un « Putain » eu le temps de sortir, signe qu’il se rendit compte de ce qui allait se passer, avant que la grenade explosa. Une boule de lumière éclatante sortie du minuscule projectile, accompagnée d’un grand « boom » assourdissant, éliminant douloureusement les deux sens des otages et des deux hommes armés. Les hurlements de douleur s’ensuivirent de la part de ce public hétéroclite, accompagnés de rafales d’armes automatiques en direction de la porte. Cette dernière finit déchiqueter par les tirs aveuglés des deux soldats, tentant de maîtriser la puissance de leurs batteuses avec une seule main.
« Ces enfoirés sont équipés de MK45 ? Putain de briefing incomplet de merde » s’hurlait dessus William, connaissant très bien la puissance de ces fusil automatiques militaires chambrés en 0.308 et reconnues pour leur efficacité à créer un steak haché à base d’humain en une ou deux rafales. Heureusement, elles n’ont pas beaucoup de munitions dans leurs chargeurs respectifs et le clic spécifique d’un magazine vide se fit entendre très rapidement, juste à temps pour que Johnson puisse sauter dans la pièce et esquiver l’arrivée du prénommé Andrews dans le couloir, remonté comme jamais par le spectacle son et lumière proposé dans la pièce voisine au bureau du patron. Au même instant, les portes d’entrée et de sortie de secours du magasin explosèrent, faisant trembler le bâtiment et délogeant les amas de poussières des meubles peu entretenus : Kamazof avait compris le signal explosif et déclencha l’assaut à sa manière. Les tireurs d’élites alignèrent avec facilité le merc de la boutique grâce à leur vision IR et lui présentèrent une livraison de munitions magnétisées partant de leur fusil électromagnétique. Les deux équipes d’assaut entrèrent avec fracas dans la boutique. Andrews, pris en étau par les deux escouades, se fit littéralement découper en deux morceaux sanguinolents par le tir croisé, les dizaines de balles se logeant au hasard dans la carotide, le bras gauche, l’estomac, la colonne vertébrale ou encore la tête. Le don d’organes ne pourra rien en retirer, à l’opposé du boucher charcutier du commissariat.
William, de son côté, avait plongé dans la salle de repos, arme en avant. Il décocha un premier tir avec son fusil à pompe en direction du merc à droite de la fenêtre. La chevrotine fut expulsée à grande vitesse du canon et, comme il était attendu d’une munitions telle, s’expanda dans une grande zone pour neutraliser le mercenaire aveuglé. La jambe droite fut directement touchée et explosa par conséquent en charpie, repeignant le sol d’une peinture pourpre texturée par les petits bouts d’os, de chair et de muscle. Chutant lourdement par ce déséquilibre soudain, la passoire s’explosa le nez directement en contact avec le sol : il était pour l’instant groggy.
« Putain » hurla William, en se crachant sur le parquet synthétique de la salle de repos. Il sentit une douleur vive et soudaine au niveau des côtes gauches, probablement une fissure due à l’atterrissage forcée de son plongeon. Pas le temps de souffler, il doit neutraliser le dernier preneur d’otages. En déployant toute son énergie disponible et en faisant fi de la probable blessure, il se releva d’un seul bond et chargea le dénommé Steve. Ce dernier commença à se remettre de l’aveuglement soudain et aperçut un fou armé se jeter vers lui. Avec un réflexe quasi surhumain boosté par des implants militaires, il contra le plaquage avec un coup de crosse bien placé sur la joue gauche du flic. Il se retrouva projeté sur le côté, déboussolé et désarmé de son canon à chevrotine. Le temps pour neutraliser la flicaille étant compté, Le merc lâcha son fusil MK45 vide et dégaina rapidement un couteau à neurotoxine de son étui de poitrine en tissu renforcé. Une seule entaille et la cible était contaminée par du poison de fugu, un des rares poissons encore élevé avec respect pour nourrir les corpos les plus riches ou les plus courageux. Cette lame étant très populaire dans le marché noir des tranchées des guerres de corpo pour ses propriétés létales, il est possible que ce fut un souvenir de mobilisation ou un achat de luxe
Titubant à cause du coup au visage, l’inspecteur peina à se relever et vis dans le flou de sa vision une masse informe foncer sur lui. À l’instinct, il dégaina son pistolet et libéra quatre coups de feu vers l’ombre. Cette dernière recula et Billy reçut un jet de liquide chaud sur le visage. Un son sourd et brutal s’ensuivit et puis le calme. Le boucher venimeux s’est fait abattre sans sommation, l’ensemble des balles s’étant logé dans la gorge et la tête, explosant ainsi sa boîte crânienne et son cerveau et libérant un passage aéré au sang expulsé au niveau de la carotide et de la veine cave.
Soudain, l’équipe d’intervention surgit dans l’antre de la porte, enjambant les morceaux de murs, de bois synthétique explosés et de cadavres fumants. Les otages, quant à eux, étaient pour la plupart encore sonnés et aveuglés mais surtout encore en vie. Les flics s’empressèrent de récupérer et évacuer les pauvres âmes tourmentées tandis que le service médical rappliqua pour récupérer William Johnson. Fatigué, courbaturé, endolori par une douleur costale, il peina à se lever malgré quelques minutes seul. L’adrénaline descendait petit à petit, et l’arme était devenue de plus en plus lourde. Le sergent Kamazof apparu, dans son uniforme immaculé, tel un général constatant les dégâts après la bataille menée par ses hommes sans son implication. Son visage était marqué par un mélange de mélancolie, de colère et de sérénité, tout comme le calme avant la tempête d’une gueulante sévère.
« Bon boulot Johnson, vous vous êtes encore une fois surpassé dans cette situation merdique, lança le vétéran militaire. J’espère au moins que vous avez prévu votre journée pour le rapport.
- Faites pas chier Kamarov, vous avez pu lancer votre petite fête malgré tout, répondit avec douleur William. La fracture costale se faisait plus amplement ressentir maintenant que la tension s’était abaissée.
- On va prendre la relève, allez vous faire soigner, vous avez une sale gueule, et je ne parle pas du masque pourpre que vous portez actuellement. Vous feriez peur à un croque-mort avec.
- Au fait, il y a un merc neutralisé dans la réserve, encore en vie. Et celui-là devrait l’être aussi, même s’il n’en a plus pour très longtemps si on ne fait rien, ajouta l’inspecteur en pointant le soldat à la jambe explosée. Ce dernier grognait avec douleur, indiquant qu’il commençait tout juste à se réveiller de sa torpeur.
La sortie de la boutique fut bien plus simple que l’infiltration. Sur le chemin, William croisa les restes hachés du cracker de coffre ainsi que le corps sans vie et sans tête du dernier mercenaire dans les rayons. Il faudra bien six mois minimum pour que le propriétaire soit remboursé par les assurances et le conseil, au vu de la vitesse de l’administration. En ajoutant trois mois supplémentaires pour nettoyer et réparer les lieux, ce local va devenir dans quelques semaines un squat de premier ordre pour les perdants du capitalisme de cette ville. C’était en tout cas la première pensée que l’on pouvait avoir si on ne faisait pas attention aux détails. Johnson se doutait que le tenancier de ce commerce trempait dans des affaires louches, une équipe de pro ne braquant pas normalement une si petite supérette. Mais pour l’instant, ses côtes se rappellent à lui chaque fois qu’il respire : il va falloir qu’il se fasse soigner à l’ambulance du LPD.
Assis sur un capot de voiture de police, William laissa les infirmiers poser du médigel sur son sternum gauche. Le contact froid et humide piqua légèrement le blessé qui serra ses dents de gène. Peu à peu, la douleur fut remplacée par une chaleur réconfortante.
« Pas d’actions trop risquée pendant un bon mois, inspecteur, indiqua calmement le médecin chef qui pris en charge l’héro du jour. Malheureusement, ce n’est pas assez grave pour que je puisse demander un arrêt de travail pour vous. Je vous fournis une boite de calmant, une gélule avant que vous fassiez une bêtise, ça limitera la douleur mais vous serez un peu à l’ouest pendant deux heures » indiqua l’homme-médecine en blouse blanche immaculée.
Johnson acquiesça timidement. Il espérait sincèrement ne pas devoir gober ces médicaments mais au fond de lui, il savait que le mois n’allait pas lui laisser du répit. C’est en se levant de l’ambulance qu’il sentit une goutte tomber sur sa main tremblante de stress. Rien d’alarmant en cette saison hivernale pour une personne peu attentive, cela était évidemment un flocon de neige se déposant tranquillement sur sa peau. Un détail cependant glaça le sang de l’inspecteur : la goutte était bien trop chaude pour être le fruit de la météo. Levant lentement sa main à ses yeux, pour observer tout en se méfiant de ce qu’il allait pouvoir découvrir, il vit une large trace écarlate.
Une autre goutte, similaire en tout point, s’abattit sur sa joue, une autre encore sur son avant-bras. La neige s’était-elle transformée en pluie de sang ? « Bordel… C’est quoi ces… » commença à lancer William quand tout d’un coup, un grand fracas retentit juste à côté de lui, suivi de hurlements du public urbain venu assister à un spectacle sanglant.
Une voiture de police était explosée au niveau de son toit, comme si elle venait de recevoir une enclume du haut du toit. Ce qui n’était pas si éloigné de la vérité. Johnson s’approcha lentement, le pistolet dégainé rapidement en direction du véhicule embouti. Les autres policiers aux alentours, aussi intrigués et décontenancés par la soudaineté de l’événement, se préparaient à transformer le moyen de transport en passoire en cas de danger.
Arrivé à hauteur de l’engin démonté, William put enfin voir le désastre : le squelette métallique était complètement éclaté et tordu dans des angles alambiqués, laissant apparaître des morceaux de tissus sortis par différentes fissures. Du liquide coulait par des tuyaux, reflétant à merveille les gyrophares policiers de la ruelle. La voiture était complètement fichue, à l’image du cadavre éclaté dessus, habillé dans un élégant costume vert émeraude teinté de sang sortant de sa carotide sectionnée ainsi que du trou béant au milieu du front. La journée de Johnson allaitêtre bien plus longue que prévu.