Chapitre 1
- PAPA arrête !!!!!
J’entends mon fils crier sur son père. Ma vision est trouble et mon esprit égaré. Je suis à moitié allongée au sol, je peine à me relever. Tom au-dessus de moi a le bras levé prêt à cogner encore une fois. Le sang coule dans mes yeux. « il m’a pété l’arcade l’enfoiré »
Du coin de l’œil je vois Leandro se jeter sur Tom et il n’en faut pas plus pour me redonner force et courage.
- CASSE TOI LEAND’ ! Ta mère est qu’une inutile qui est pas foutue de faire les choses correctement...
« Connard »
J’ai à peine le temps de me relever que je vois Leandro voler à travers la pièce, atterrir au sol en se tenant la tête.
Mon cerveau vrille, je ne réfléchis plus, je prends le premier objet à ma portée et je frappe Tom à l’arrière de la tête.
Un cri de rage sort du plus profond de ma gorge en même temps qu’il s’écroule. « Désolée Nonna pour ton vase en cristal »
Le bruit de verre brisé laisse place à nos respirations haletantes à Leand’ et moi. J’ai la main droite en sang mais je n’y pense pas. J’aide mon fils à se relever, je le prends dans mes bras le corps tremblant.
L’urgence et la frayeur dans son regard me sortent de ma torpeur.
- Viens, on s’en va. VITE !
La panique s’installe. Je ne sais pas combien de temps ça nous a pris pour sortir de la maison. On enfile veste et chaussures, je prends mon sac à main suspendu dans l’entrée, les clés de voiture sur le comptoir et on court dehors.
Je vois Tom inerte au sol dans le salon en refermant derrière moi et je crois bien que cette image va me hanter jusqu’à mon dernier souffle.
« Putain Lisa reprends toi et casse-toi vite »
Je sors de l’allée à toute vitesse, je suis en pilotage automatique, guidée uniquement par cet instinct de survie d’une mère qui doit à tout prit éloigner son enfant de tout ça.
- Tu....tu....tu crois qu’il est mort ?
La voix de Leandro me sort de mes pensées
- Non mon cœur, je pense qu’il est juste dans les vapes et qu’il va se réveiller et tenter de nous rattraper. Alors on va foncer sans s’arrêter.
- On va aller où ? On a rien maman, on a rien prit avec nous. J’ai même pas mon portable sur moi. Et le lycée ? Et on a pas de vêtements... On va faire comment ?
- Shhhh respire Leand’..... On roule et on s’éloigne. Le reste on y pensera après. Ta tête ça va ? T’as mal quelque part ?
- Je.... Ça va.... J’ai une bosse, je crois que je me suis cogné en tombant mais ça va... Et toi maman ? Tu saignes à la lèvre et au sourcil...
Sa voix tremble, c’est qu’un ado de presque 15 ans putain et je m’en veux qu’il ait eu à voir ça. Je sens ma poitrine se serrer de culpabilité, de remords, de colère, je sais même plus en fait. J’ai une boule dans la gorge, je la ravale comme je peux pour lui répondre mais ça m’écœure. J’ai le goût du sang sur ma langue.
« Putain d’enfoiré de mes deux, je voudrais être un homme pour lui foutre une volée à ce connard de Tom » « allez surveille ton langage Lisa, reprends-toi merde ! Pense à ton fils »
- Ça va mon chéri, t’inquiète pas. Est-ce que tu peux regarder dans mon sac à main si j’ai mon téléphone ? Et un paquet de mouchoir stp
Je vois du coin de l’œil mon fils fouiller dans mon sac et sortir mon portable. Il sort aussi du paquet un mouchoir et le tapote contre mon arcade droite.
Je sursaute à son toucher. « Merde ça fait mal »
- Pardon maman, je voulais pas te faire mal.
Je souffle un bon coup pour me donner du courage et balance de but en blanc à Leandro :
- C’est rien, je pensais pas avoir encore mal. Ecoute Leand’, ce qu’on va faire c’est qu’on va partir et qu’on va pas revenir chez nous. Ton père....ce soir il est allé trop loin. Je suis désolée mon cœur, mais je peux plus rester avec lui.
Un blanc s’installe, je le laisse accuser mes mots, je sais qu’il va m’en vouloir. Peut-être pas aujourd’hui ni demain. Mais il m’en voudra à un moment donné. Et c’est pas grave, je prendrai sur moi. Mais je peux plus rester comme ça. Je peux plus subir, j’en peux plus. Jouer cette comédie, cette façade de bienséance, ce rôle de la femme au foyer modèle propre sur elle. C’est pas moi ça. Ça l’a jamais été. Je me demande à quel moment je me suis perdue moi-même. A quel moment j’ai laissé mon mari avoir une telle emprise sur moi ? Sur ma vie, mes pensées, mes décisions, mon physique même ???
Une rage sourde monte en moi. Elle me fait l’effet d’une boule de feu que je dois contenir encore et encore.
On roule depuis presque quatre heures et je décide de faire une pause.
On est en direction du sud de la France. Je sais pas trop pourquoi je vais là-bas, mais il fallait que je mette le maximum de distance avec Tom et le plus rapidement possible. On est en pleine nuit. Enfin, presque le petit matin. Il est 3h passé et je suis à bout de force. Mais je dois tenir encore quelques heures. Une fois qu’on sera à Marseille on avisera. Je jette un coup d’œil à Leandro, il dort. Ses traits se sont apaisés au fur et à mesure qu’il a plongé dans le sommeil.
Je vois le panneau Aire de repos et je prends la sortie. J’ai besoin de me soulager les jambes, de boire un café et de me nettoyer le visage. Pas forcément dans cet ordre.
J’ose pas regarder mon téléphone. Par chance il était dans mon sac à main lors de ma fuite. Leandro me l’a mis sur silencieux et je ne l’ai pas touché depuis.
« Allez Liz, t’es une adulte. Regarde ce putain de téléphone et assume ! »
Je prends une grande inspiration et je déverrouille l’écran. Merde..... 20 appels manqués de Tom, 6 messages vocaux et 32 SMS....
Mes mains tremblent, je panique. J’ouvre maladroitement l’icône des messages.
Le premier texto était ya une heure
-Lisa t’es où ?
-Chérie reviens à la maison, je suis désolé ma puce. Tu sais que je voulais pas
-Lisa je t’aime. Reviens stp qu’on en discute. Tu peux pas partir comme ça de la maison en pleine nuit.
-Promis je t’en voudrais pas
Plus je lis les sms et plus ça devient agressif
-Ecoute moi bien salope, si je te retrouve t’es foutue. Toi et ton batard de fils.
-Quand je vais vous mettre la main dessus vous allez la sentir passer !!!!
-Liz REVIENT TOUT DE SUITE PETITE PUTE ! TU CROIS QUE TU PEUX ME QUITTER COMME CA !
Et j’en passe....
La peur prend le dessus un instant. S’il nous retrouve on est morts. Je verrouille le téléphone non sans couper les données mobiles avant et je réveille Leandro
- Leandro, réveille-toi mon cœur. On va faire une pause 5 minutes
Je le vois papillonner puis se redresser d’un coup. La peur et la confusion marquent son visage.
- Hé c’est rien, tout va bien. Shhhhh tout va bien Leand’
Il se rappuie contre son dossier et ferme les yeux 5 secondes.
- On est où ?
- Sur une aire de repos avant Lyon. On va se dégourdir les jambes et se rafraîchir un peu puis on reprend la route.
- On va ou maman ?
- A Marseille
Ma voix sonne comme une sentence qu’il faut qu’on accepte sans rechigner.
Le silence retombe et on sort de la voiture.
Dans quelques heures il faudra que je prévienne Nikki. Elle va surement être contactée par Tom et je ne veux pas qu’il raconte n’importe quoi. Non pas qu’elle le croirait, elle a jamais pu le blairer, mais je préfère être celle qui lui annonce ma fuite.
La station-service de l’aire est presque vide. Je me dirige rapidement vers les toilettes des femmes et me jette sur le premier lavabo à ma portée pour me rafraichir le visage et les idées au passage.
« t’as une sale gueule Liz » « putain j’ai une coupure à l’arcade » « merde il t’a pas loupé » « Oh ta gueule Liz »
Je reste devant le miroir à observer mon visage jusqu’à ce que les larmes me montent aux yeux. Quand est-ce que ma vie a dérapé à ce point ? A quel moment mon mari est devenu violent ?
Je perds le fil de mes pensées et je reste bloquée sur mon reflet jusqu’à ce que j’entende la voix de Léandro qui me ramène à moi.
- Maman, tout va bien ?
Je me reprends instantanément.
- Oui oui, tout va bien Leand’.... J’arrive
On achète de quoi boire et manger et on reprend la route aussi rapidement que possible.
Vers 6h du matin, nous sommes à 1h de Marseille et il faut que je réfléchisse à un plan.
Leandro, qui s’était rendormi, se réveille tout doucement.
- Hé la marmotte, t’as bien dormi ?
- Ouais, ça va.... Ma...Maman ? On va faire quoi maintenant ?
Je souffle légèrement.
- Je sais pas Leand’, on va déjà se trouver un endroit ou se poser à Marseille et on avisera.
- D’accord.
Nous finissons le trajet en silence, chacun perdus dans ses propres pensées.
Il est 7h lorsque nous entrons dans Marseille, la circulation du vendredi matin nous accueillant.
Je me dirige un peu au hasard dans cette ville que je ne connais pas, suivant des panneaux tel que Vieux Port ou Basilique Notre Dame de la Garde.
Je me gare finalement vers le vieux Port et nous descendons de la voiture.
- Allez viens Leand’ on va essayer de se trouver une chambre d’hôtel et de se faire un petit déjeuner
Nous marchons le long du quai à la recherche d’un café mais ce ne sont que des restaurants et je me sens sale et mal fagotée pour oser entrer et demander un petit déjeuner ou ne serait-ce qu’un café. Alors on continue notre chemin, la fatigue se faisant ressentir de plus en plus.
Et puis un peu plus loin je vois un vieux monsieur passer le balai sur la terrasse d’une pizzeria. Le dos vouté, il se redresse et nous fixe un instant. J’essaie de lui sourire mais ma blessure à la lèvre transforme ça en une espèce de grimace tordue. « Parfait Liz, très bonne première impression idiote ! Heureusement que je porte des lunettes de soleil »
Le vieux monsieur nous salue d’un hochement de tête et retourne à sa tâche.
- Excusez-moi, est ce qu’on peut boire un café ?
- Sì, signora, certamente.
Il nous fait signe de la main de nous installer à l’intérieur de la pizzeria et nous suit.
Nous entrons dans une salle de restaurant baignée par la lumière du matin et nous installons contre la baie vitrée.
Les lieux sont vides à l’exception du vieux monsieur et d’un client assis à une table dans un coin.
Le client n’a pas l’air perturbé par notre arrivée puisqu’il ne relève même pas la tête de son ordinateur portable.
- Qu’est ce que vous prendrez Signora ? me demande le vieil homme, j’en déduis qu’il est le propriétaire
- Je vais prendre un expresso s’il vous plaît. Et toi Léandro ? Tu veux quoi ?
- Heu..... un chocolat chaud
- Un espresso per la signora e una cioccolata per il bambino. Bene.
Le vieil homme s’en retourne à son bar nous préparer notre commande et nous nous installons plus confortablement.
Je ne suis pas très à l’aise à l’intérieur avec mes lunettes de soleil mais je n’ose pas les enlever. Je dois avoir la paupière gonflée malgré le nettoyage sommaire et l’eau fraîche dont je me suis aspergée sur l’aire de repos.
Le patron nous ramène nos boissons et je vois bien à son expression qu’il trouve mes lunettes bizarres.
- Excusez moi monsieur, est ce qu’il y aurait un petit hôtel pas cher dans les environs ?
- Sì, la rue juste derrière.
Et il repart derrière son comptoir.
J’aperçois, derrière Leandro, le client avoir relevé la tête et me regarder lors de ma demande au patron. Un visage anguleux et les yeux les plus bleus que je n’ai jamais rencontré me dévisagent. Mal à l’aise je me tortille sur mon siège et dévie mon regard sur l’extérieur.
« merde alors, c’est quoi ce mec ? «








