Chapitre 1
IRIS
Ça faisait une semaine que j’avais été embauchée dans ce club branché que tous les gens huppés fréquentaient et franchement ça me sauvait la vie.
Je n’en pouvais plus, je ne m’en sortais plus !
Mes parents étaient morts de façon tragique il y a cinq ans et je devais m’occuper de ma petite sœur depuis. C’était la seule rescapée de l’accident de voiture qui avait emporté mes parents mais maintenant, elle était en fauteuil roulant.
J’avais du arrêter mes études alors que j’allais devenir avocate si j’avais eu six mois de plus…
Mais la vie en avait décidé autrement et le quotidien était difficile. Les factures s’accumulaient malgré tous les petits boulots que je faisais. Certains jours je courais d’un endroit à un autre sans prendre une demi-heure pour moi. Une fois, j’étais même tombée dans les pommes en plein service dans un café-restaurant parce que je n’avais pas eu le temps de manger depuis la veille.
Alors ce nouveau poste était une aubaine parce que rien qu’avec les pourboires d’une soirée, je faisais autant qu’en travaillant une semaine entière. Et encore, je n’avais pas encore fait de samedi soir et d’après ce que mes collègues m’avaient dit, c’était le soir ou les plus riches se retrouvaient. Ceux-là sortaient des billets de cent comme si c’était des pièces de monnaie.
Je m’habillais chez moi, un peu honteuse de mettre quelque chose d’aussi sexy. C’était la tenue du club. Un short noir en cuir, un bustier violet, des collants noirs transparents et des bottes à talon.
Je me regardais dans la glace. C’était flatteur mais vraiment trop sexy. Alors j’enfilais un long manteau en laine grise et je partais rejoindre l’arrêt de bus qui m’emmènera jusqu’au centre ville.
Évidemment, avoir une voiture n’était absolument pas envisageable.
J’avais déjà mal au pied avec ses foutues talons en arrivant au club. Quelle idiote, j’aurais dû prendre des baskets et me changer en arrivant. J’avais tellement la tête dans mes problèmes que je ne prenais plus le temps de réfléchir, des fois.
Je retrouvais vite les marques que j’avais prises les autres soirs. Des grands sourires aux clients, ne pas m’offusquer de voir leurs yeux parcourir mon corps et le tour était joué, ils laissaient de jolies billets sur les tables avant de partir.
Ma collègue Lisa pesta en se glissant derrière le bar.
« Un souci ? » lui demandai-je.
« Mon collant s’est effilé sur toute la longueur, j’ai dû raccrocher quelque chose. Quentin ne doit pas me voir comme ça, il ne tolère pas le moindre accroc sur nos tenues. »
« Je sais bien. J’ai une paire de collants de rechange dans mon sac. Tu n’as qu’à monter les prendre et te changer. » lui proposai-je en espérant qu’il ne m’arrive pas la même chose ce soir.
« T’es la meilleure ! » cria-t-elle en embrassant bruyamment ma joue.
« Il faut juste que tu ramènes une bouteille de bourbon et une autre de champagne millésimé à la table principale du coin VIP. Ceux-là, il ne faut pas les faire attendre. En contrepartie, tous les pourboires de cette table seront à toi. »
« Comment refuser une telle offre ? » répondis-je avec un grand sourire.
Lisa fila à l’étage et je plaçai les deux bouteilles sur un plateau avant de rejoindre le coin vip.
Le videur qui surveillait l’entrée me fit un grand sourire en enlevant la corde qui bloquait l’accès.
« T’es toujours à croquer, Iris ! » me glissa-t-il quand je passais près de lui. Je lui souris rapidement et quand je me retournai, quelque chose me bouscula et le plateau m’échappa des mains. les bouteilles éclatèrent sur le sol en répandant leur liquide.
Ça, ce n’était pas bon du tout !
« Incapable ! » dit une voix dure.
C’était lui qui m’avait bousculé ! Ce connard arrogant était maintenant assis dans son costume sur mesure. Un air suffisant et content de lui qui me donnait envie de gifler sa belle gueule insupportable.
J’avais envie d’exploser mais je me rappelais que j’avais besoin de ce boulot. Alors je ravalai ma fierté et je me dépêchais d’aller chercher de quoi nettoyer tout ce bazar…
TRISTAN
Je n’avais encore jamais vu cette nana. Ça devait être la nouvelle, Quentin m’avait parlé d’elle. Son regard brillait quand il me vantait ses qualités professionnelles.
Maintenant que je la vois, et que je constate à quel point elle est incompétente, je comprends qu’il devait surtout beaucoup trop penser à son joli p’tit cul rond.
J’avais d’ailleurs, une vue parfaite sur celui-ci pendant qu’elle ramassait sa connerie avec sa balayette et sa pelle. Des pensées salaces me traversèrent en m’imaginant dans un lit seul avec elle.
Je commençais à bander à moitié quand elle se releva. Son regard croisa le mien un instant avant qu’elle ne reparte.
Il y avait une lueur sauvage dans ses yeux. C’était sexy mais elle n’avait clairement pas sa place ici, peut-être plus pour faire bander les mecs dans un club de strip-tease, pour ça elle serait douée, c’est certain !
Elle s’approcha à nouveau et déposa les deux bouteilles qu’on attendait depuis un moment sur notre table.
Elle esquissait un petit sourire timide mais j’en avais rien à foutre du faux air de sainte Nitouche qu’elle voulait se donner.
J’attrapai son poignet au moment où elle allait repartir.
« Comment t’appelles-tu, jolie fille maladroite ? » lui demandai-je.
« Iris. » répondit-elle doucement entre ses lèvres parfaitement ourlées.
« C’est ton vrai nom ? »
« Oui, pourquoi ? »
« On dirait un nom de stripteaseuse. Tu as vraiment raté ta vocation, ma chérie.»
« Sympa, merci ! » s’indignait-elle en levant les yeux au ciel.
« Ne fais-pas ça devant moi ! » la prévins-je fermement.
« Pourquoi ne le ferais-je pas ? »
« Parce que tu me dois le respect. »
« Je vous respecte comme n’importe quel client ici, mais le respect, ça va dans les deux sens, il me semble ! »
« Tu as du caractère, j’aime ça. Mais tempère ce côté-là quand tu parles à ton patron. »
« N’importe quoi ! Monsieur June est mon patron. C’est lui qui m’a embauché, pas vous ! »
« Quentin est le gérant, pas le propriétaire des lieux. »
« Super ! Donc vous allez me virer, patron ? » me demanda-t-elle d’un ton provocateur.
« Tu viens de gâcher deux très bonnes bouteilles que tu ne peux probablement même pas rembourser ! Alors, je devrais te garder d’après toi ?»
« Faites ce que bon, vous semble ! Vous me faites tous chier autant que vous êtes à vouloir me prendre de haut, à vous pavaner, à étaler votre pouvoir et votre richesse quand des gens comme moi bossent comme des acharnés, juste pour remplir le frigo et payer les factures. » débita-t-elle à toute vitesse avant de se précipiter vers la porte de service qui se trouvait tout au fond de la salle.
Tonio me fit les gros yeux en secouant la tête, probablement choqué qu’on ose me parler de cette façon, mais ça m’excitait, ça m’amusait, j’avais trouvé mon prochain passe-temps, ma prochaine proie avec laquelle m’amuser…








