Create New List
Share with your friends
Customize readability

L'offrande au Roi Dragon

All Rights Reserved ©

Summary

On m'a toujours dit que j'étais une tare. Trop grosse. Trop laide. Une honte pour mon père, pour sa nouvelle épouse et pour mes demi-sœurs qui me détestent. Je suis la honte du royaume. Alors lorsque les dragons, nos ennemis de toujours, réclament une nouvelle fois qu'on leur livre une princesse en offrande, je ne m'inquiète pas vraiment. Après tout, mon père leur en envoie une autre chaque année. Mais cette fois, le Roi Dragon a prévenu : « Si l'on me livre encore une autre que la véritable fille du roi, je réduirai ton royaume en cendres et j'affamerai ton peuple. » Et au lieu de se battre pour me garder... Mon père me livre sans la moindre hésitation. Mes demi-sœurs affirment que le Roi Dragon me dévorera durant la nuit de noces. Le problème, c'est que je ne sais même pas ce qu'est une nuit de noces.

Genre
Fantasy
Author
CAROLE73
Status
3h ago
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapitre 1

EVENGELINE

— Évangeline ! Où te caches-tu encore ?

Au lieu d’écouter la bonne qui s’occupe de moi, ou tout au moins de faire semblant, je cours de toutes mes forces vers la Forêt Interdite. C’est le seul endroit où je trouve enfin la paix, car peux de personne ose jamais la franchir.

On raconte que des dragons y vivent, mais je ne crois pas à ces sornettes inventées pour effrayer les enfants.

Pour moi, c’est mon paradis sur terre. Demain, j’aurai huit ans, et le château de mon père grouille déjà de monde pour les préparatifs, une agitation étouffante qui me donne mal à la tête.

Ici, c’est tout l’inverse.

J’aime m’approcher de l’étang, me coucher sur l’herbe fraîche et écouter le silence, ou le chant discret des oiseaux et des insectes. C’est ma mère qui m’apprend à écouter les voix du silence, avant qu’elle ne disparaisse de ma vie.

Je m’installe au bord de l’étang, là où l’herbe est haute et fraîche, encore gorgée de rosée matinale.

Je m’allonge sur le dos pour reprendre mon souffle, les yeux ouverts vers le ciel immense, à contempler les nuages blancs qui dérivent lentement au gré du vent et dessinent des formes éphémères.

Mon imagination s’emballe à toute vitesse : je distingue d’abord un grand oiseau majestueux balayé par une bourrasque, qui se métamorphose en un instant pour laisser place au visage d’un vieil homme à la barbe immense et vaporeuse.

Un petit rire m’échappe, un son léger et solitaire qui s’envole au-dessus de l’eau calme.

Autour de moi, le miroir de l’étang reflète le bleu profond du firmament, cerné par des saules pleureurs dont les branches frôlent la surface et par de vieux chênes aux troncs tortueux qui murmurent dans le vent.

L’atmosphère est si paisible, bercée par le clapotis discret de l’eau et le bourdonnement lointain des insectes.

Mais bien vite, mes paupières s’alourdissent. Un long bâillement m’échappe et mes yeux commencent à papillonner, luttant mollement contre la torpeur qui m’envahit. Je sens le sommeil m’envelopper peu à peu de sa ouate chaude, me portant vers une douce somnolence...

Puis, juste avant que le silence de la forêt ne m’engloutisse tout à fait, des voix discordantes et des gémissements étouffés déchirent l’air, un peu plus loin, dans les fougères.

Je me lève d’un bond et, d’un pas prudent, je m’avance pour voir ce qu’il en est. Je me cache derrière un vieux chêne noueux, retiens ma respiration et observe la scène.

Ce que je vois me glace le sang : trois garçons, un peu plus grands que moi, s’en prennent à une créature que je n’aurais jamais cru voir de ma vie. Un petit dragon tout noir, à peine grand comme un gros chien, recroquevillé dans la boue. Ses écailles sombres, d’un noir ténébreux qui absorbe la lumière, sont écorchées et maculées de suie, et ses petites ailes repliées sur son dos frissonnent à chaque coup.

Face à lui, les trois garnements ricanent bêtement. Vêtus de tuniques de velours et de pourpoints aux couleurs de riches familles, bien trop luxueux pour traîner dans la boue des bois , ils affichent des visages bouffis d’arrogance et de cruauté.

Le plus grand, celui qui mène la danse, a les joues rougies par l’effort et un sourire carnassier collé aux lèvres, ses cheveux blonds collés de sueur sur le front.

Ses deux acolytes, trapus et hilares, l’encouragent en se frottant les mains.

Pendant une seconde, mon esprit refuse d’y croire ; je me dis que je me suis endormie au bord de l’étang et que je fais un affreux cauchemar.

Mais le cauchemar semble si réel.

L’animal tente piteusement de ramper pour fuir, mais l’un des garçons lui assène un énorme coup de gourdin dans le dos. Le petit dragon pousse un cri rauque, un sifflement de souffrance qui me transperce le cœur, tandis que les deux autres lui assènent des coups de pied vicieux.

— Sale bête, tu vas crever ! crie le plus grand, le visage rougi par l’effort et la haine.

— J’ai une idée, les potes ! Et si on lui coupait les ailes, à ce foutu dragon ?

— Oui, et on le jetterait du haut de la falaise pour voir s’il vole aussi bien !

Le plus grand des garçons sort alors un couteau rouillé et s’approche du dragon qui rampe difficilement.

— Tenez-le-moi, les gars.

L’animal gémit, un son rauque et désespéré.

Je cherche autour de moi quelque chose pour le défendre, et c’est là que je tombe sur une grosse branche qui fera office de gourdin. Je l’attrape sans réfléchir et je cours vers eux.

Splatch !

Je tape au hasard. L’un d’eux recule, surpris, et tombe à terre ; je ne lui laisse pas le temps de respirer et le frappe avec mon bâton. Mais le plus grand réagit aussitôt : il m’arrache le bois des mains et me repousse violemment. Il me menace, le regard mauvais, ses habits de fils de noble tachés de boue.

Je soutiens son regard, tremblante mais fière. Il lève son bâton, prêt à me frapper sans hésitation, et je crache d’une voix tremblante mais assurée :

— Vas-y, frappe-moi si tu l’oses ! Je suis la princesse, et mon père te fera fouetter sur la place publique si tu lèves la main sur moi !

Le plus grand des garçons me domine de toute sa hauteur, un sourire cruel aux lèvres. Il laisse tomber le bâton, s’avance, m’attrape brutalement par le bras et me pousse en arrière.

— Toi, la princesse ? ricane-t-il avec mépris. Regarde-toi ! Ton propre père a honte de ton visage et de ton gras, tout le monde au château se moque de toi en cachette ! Tu n’es qu’une erreur, un déchet bon à rien, tout juste digne de lécher la boue de nos bottes ! Ton père, il ne fera rien : il nous récompensera...

Ses mots résonnent comme des coups de poignard en plein cœur, ravivant toutes les humiliations subies au château.

— C’est pas vrai, t’es qu’un menteur ! Mon papa, il m’aime !

Quelque chose explose dans ma poitrine. Je ne réfléchis même plus : je me jette sur lui. Il tente de me repousser, mais je le mords à sang à l’avant-bras. Surpris, il essaie de m’assommer avec mon propre bâton, mais une racine le fait trébucher et il tombe en arrière.

Je reprends mon bâton et menace les deux autres, qui ne bougent plus.

— On se barre, les gars, on laisse les monstres ensemble ! crie le plus grand en se relevant avec une grimace.

— Je ne suis pas un monstre !

— Le monstre ! Le monstre !

Les trois me montrent du doigt en hurlant que je suis un monstre. Je lance mon bâton dans leur direction, mais je vise hélas à côté. J’en aperçois un plus petit ; je l’attrape et je me mets à leur poursuite, mais je trébuche à mon tour sur une racine et je tombe. Je m’écorche l’avant-bras et la paume contre une pierre acérée, et je déchire mon chemisier.

Une vive douleur me traverse, et le sang se met immédiatement à couler abondamment le long de ma peau, tachant l’herbe.

Le garçon me lance un dernier regard dégoûté en serrant son bras mordu, avant de cracher par terre :

— Venez, les gars, on rentre. Qu’elle crève, cette grosse, avec son sale lézard ! Elle va le bouffer, c’est sûr !

Ils s’enfuient en riant, me laissant seule dans l’herbe humide, tremblante et les yeux embués de larmes. Le silence retombe, lourd, brisé seulement par les gémissements étouffés du petit dragon.

Je serre les dents pour retenir mes pleurs et je rampe vers lui. Il est là, recroquevillé, les yeux dorés clos, au plus mal. Il a besoin d’eau, de soins, de forces... et je n’ai rien.

En posant ma main tremblante pour le rassurer, je vois mon sang frais couler le long de mes doigts et goutter sur le sol. Il tourne la tête, et je le vois happer le sang qui coule.

Sans réfléchir, portée par un instinct irrépressible, je tends ma paume ouverte juste devant son museau entrouvert.

— Allez... bois...

Je tends ma main vers lui en reniflant.

— Je sais que ce n’est pas beaucoup... Il faut bien que ça serve à quelque chose d’être grosse... Ma gouvernante dit toujours que je mange trop et que j’ai du gras partout... Alors peut-être que ça te donnera des forces...

Le petit dragon entrouvre péniblement les paupières, attiré par l’odeur de mon sang. Il lèche doucement le liquide qui coule sur ma paume.

Je sursaute.

— Hé...

Ses yeux dorés s’ouvrent un peu plus.

Puis, quand le petit dragon relève légèrement la tête alors qu’il semblait incapable de bouger quelques instants plus tôt, une étrange sensation me remonte le long du dos. Voyant qu’il reprend un peu de forces et sentant que la blessure de ma paume commence déjà à se refermer, je frotte légèrement les bords de la plaie pour qu’une dernière goutte de sang perle à nouveau.

Le petit dragon l’avale aussitôt.

Je me lève. Il faut que je le cache ; si personne ne le voit, personne ne lui fera de mal ! J’ai peur que les méchants garçons reviennent.

Je m’accroupis dans la boue et les feuilles pourries, glissant mes bras tremblants sous son corps écailleux. Je serre les dents jusqu’à en avoir mal aux mâchoires et je tire de toutes mes forces. Il est d’une lourdeur insoutenable, bien plus lourd que son petit gabarit de bête blessée ne le laissait supposer. Il est presque aussi grand que moi, peut-être même un peu plus long : un véritable bloc de muscle, d’écailles et d’os compacts. Chaque centimètre gagné m’arrache un gémissement d’effort, mes muscles hurlent sous la tension et mes mains glissent sur sa peau tiède et ténébreuse.

Malgré la douleur de mon avant-bras en sang et la fatigue qui me pèse sur les épaules, je refuse de lâcher prise. Je rampe à reculons dans la fange, m’arc-boutant contre le sol meuble, tirant, poussant, transpirante et obstinée, jusqu’à ce que je parvienne enfin à le glisser entièrement à l’abri, au fond de l’anfractuosité sombre creusée à la base d’un vieux chêne centenaire, bien dissimulée sous un épais tapis de ronces et de fougères.

Je retire mon gilet de laine en sachant très bien ce qui m’attend : perdre ce vêtement me vaudra une terrible raclée de la part de ma bonne en rentrant au château. Mais je m’en moque. Le petit dragon tremble tellement de froid que sa souffrance est insupportable.

Je pose délicatement mon gilet chaud sur son petit corps meurtri pour le caler, puis je me couche contre lui pour lui donner un peu de ma chaleur, retenant un sanglot.

Mais le temps passe, et je dois rentrer.


Sans savoir si cela lui serait d’une quelconque utilité, je me mets à ramasser tout ce qui pousse autour de moi. Des poignées d’herbe, des feuilles de pissenlit, du trèfle... tout ce qui me tombe sous la main. J’en fais un petit tas à côté de lui, au cas où il aurait faim. Après tout, je n’ai jamais vu de dragon de ma vie. Peut-être qu’ils mangent de l’herbe. Peut-être que non. Mais je préfère lui laisser quelque chose plutôt que de le laisser seul sans rien.

— Repose-toi, petit dragon... Je reviendrai t’apporter de la vraie nourriture, je te le promets. Je ne vais pas te laisser crever de faim ; je te jure que je trouverai un moyen de te ramener à manger et à boire.

Je lui caresse une dernière fois la tête d’un geste hésitant, sentant la chaleur de ses écailles qui commence lentement à se réveiller grâce au peu de sang que je lui ai donné.

Let CAROLE73 know what you thought about this chapter!
Love this

0

Love this

Funny

0

Funny

Spicy

0

Spicy

Suspenseful

0

Suspenseful

Emotional

0

Emotional

Profound

0

Profound

Heartwarming

0

Heartwarming

Shocking

0

Shocking

Good Writing

0

Good Writing

Compelling Plot

0

Compelling Plot

Great Character

0

Great Character

Strong Dialog

0

Strong Dialog

Further Recommendations

Wolf's Mate

Victoria: Hi,I analyzed your work, and I think it has a very unique and engaging storytelling style. The way you present your ideas and emotions really stands out. By the way are you currently working on any other stories or writing projects?

Read Now
The Alpha and His Rogue

Mia: Loved to see Colton get a second chance mate

Read Now
Claimed By The Wrong Prince

nikki364: I love the plot twists and character development. I couldn’t put this down ❤️🔥

Read Now
Alpha’s Claim

ChiChi_Smiles: This is a very interesting Story ☺️there was no dull moment from the beginning to the end 💯 Good story line,Good Writing ❤️❤️❤️

Read Now
The Cursed Alpha's Fifth Luna

Sami13579: Good plot interesting

Read Now
The Ashen Sisters Book 1: Ivy & Rowan

virgie: So heart-wrenching at the beginning chapters with loss and trauma. Good that our girl found her mate. Great that he is helping her work through trauma and find her sisters. Hope she finds the rest of the perpetrators.

Read Now
Called by the Alpha

Jennifer: This book is really good so far. I hope it continues. 💜

Read Now
To Catch a Ghost, Part 1

Wendy Salvo: I really liked this story but now that I’ve read all three I wanted to come back with a thought, the forward on this story talks about a reverse harem and not having to choose, but there isn’t any choice, or thought of a harem until the moment she connects with them, there is only foreshadowing of o...

Read Now
Off limits to fate, My Alpha, my sin

Merrell Bunting: BE Hamel is always worth reading! Strong characters who don’t act stupidly and a good plot. Worth the time!

Read Now
L'offrande au Roi Dragon